• Nous allons maintenant parler d'un philosophe qui s'est fait une spécialité de traiter des questions jugées moins nobles par sa discipline, comme la mode, et qui se fait aussi sociologue en analysant le phénomène de l'Hypermodernité ! Il en livre une vision tout en subtilités et en nuances, retranscrivant bien la complexité de notre époque ! Il s'agit de Gilles Lipovesky, auteur de L'ère du vide, et l'ouvrage, c'est Les Temps hypermodernes, ouvrage érudit et assez difficile à aborder car contenant une grande masse d'informations.

    On connaissant la Modernité, puis la Post-Modernité, caractérisées par la fin de la Transcendance et des idéologies - puis voici l'Hypermodernité ! C'est une époque marquée par la surconsommation des objets, pas tant à des fins ostentatoire et de prestige mais pour jouir du moment présent ! En effet l'avenir inquiète fortement l'individu hypermoderne, individu fragilisé car n'étant plus protégé par le groupe et l'institution ! Bref, ce moment pousse encore plus loin l'individualisme et l'hédonisme des Modernités précédentes !

    Le culte du progrès a fait place à la jouissance dans le temps présent. Le politique est certes en déroute mais l'homme s'investit dans l'Humanitaire et il y a une avancée dans la foi dans les Droits de l'Homme ! Tout ceci dans une époque qui se durcit à nouveau !

    Dans ce cadre, l'individu pense d'abord à lui, à sa santé, à son bien-être, un individualisme "nouvelle formule" du "toujours plus". Notre personnage n'est plus "cool" et '"décontracté" comme dans les années 1970 mais veut profiter le plus de la vie, dans l'urgence, avant l'apocalypse ! C'est aussi l'époque de l'immédiateté.

    N'oublions pas que c'est l'époque de la Mondialisation qui laisse pas mal de gens sur le carreau. On assiste à un retour du spirituel en même temps que la domination de la techno-science ! La psychologie et le "développement personnel" sont mis en avant.

    Bref, c'est l'ère de l'homo consomator.

    Il y aurait beaucoup à dire encore mais j'y reviendrais prochainement dans un billet généraliste : "Modernité et désenchantement du Monde" pour montrer le début du processus, entamé avec la Modernité !

    L'édition sur Google Play, donc que j'ai lu en numérique, contient aussi en préalable une présentation de notre philosophe et de ses théories par Sébastien Charles puis par la suite une interview de l'auteur !

    A bientôt !


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  • Tenu pour responsable de beaucoup de maux, le Capitalisme est-il moral ? C'est la question à laquelle le philosophe André Comte-Sponville, pétri de politique et d'économie tente de réponse dans une conférence dont le petit livre Le Capitalisme est-il moral est la transcription. Il procède en quatre temps.

    Tout d'abord, notre philosophe dresse le constat que la génération qui a été jeune entre 1980 et 2000 est beaucoup moins imprégnée de politique que l'a été la sienne, celle qui avait 20 ans en Mai 68. Cette génération des années Reagan se désengage à contrario du fait politique et se gorge de morale ! C'est en effet bel et bien à un retour de la morale que l'on assiste avec des figures comme l'Abbé Pierre ou des Institutions comme SOS Racisme ou les Restos du Coeur. Mais pour Comte-Sponville, les solutions ne sont ni dans la politique, ni dans la morale ! Et à ces deux générations semble maintenant succéder, depuis l'an 2000, une autre génération plus investit dans le spirituel et donc le religieux à travers un retour à ces valeurs comme en témoigne le succès des JMJ ! Ajoutons que le retour de la morale puis du religieux sont en quelques sortes une réaction à la proclamation, à la fin du XIXème siècle de la "Mort de Dieu" !

    Dans un second, temps, notre penseur procède à une sorte de catégorisation et pose quatre ordres dans la société qui agissent chacun à un niveau différents et interagissent entre eux ! Il tente ainsi de répondre à la question posée au début.

    On a tout d'abord, au plus bas niveau, l'ordre techno-scientifique (le 1er ordre) auquel appartiennent des disciplines comme la Physique ou l'Economie. Cette ordre crée des lois pour expliquer la réalité mais ne s'embarrassent pas de morale ! L'auteur donne parmi d'autres exemple, celui parlant de la météorologie ou la pluie n'est ni bien ni mal ! Donc on a déjà un élément de réponse pour savoir si le Capitalisme est moral ou pas ! Il est de fait amoral... Sur ces points, je ne suis pas d'accord, car dans l'Economie, il y a bien des décisions humaines !

    C'est en accord avec le deuxième ordre qui est l'ordre politique et juridique. Le politique légifère par exemple en matière de bio-éthique car ce n'est pas au généticien de dire si le clonage humain est une bonne chose ou pas, juste il peut dire si c'est techniquement faisable ! Ce 2ème ordre va réguler le 1er ordre !

    Il y a ensuite au-dessus un 3ème ordre qui est celui de la morale et encore au-dessus un 4ème ordre, celui de l'éthique ou encore de l'amour ! Comte-Sponville ne croit pas en un 5ème ordre qui serait celui du divin. Mais se faisant, il nous a présenté en long et en large son système de pensées et c'est assez convaincant !

    Dans le chapitre suivant, Comte-Sponville présente la notion reprise à Pascal de "ridicule" c'est à dire lorsqu'il y a confusion entre les ordres, lorsque par exemple on demande à un savant de résoudre un problème moral. Puis, il définit les "barbaries", lorsque les ordres inférieurs tentent de dominer et réguler les ordres supérieurs par exemple lorsque le politique se charge de morale ou encore les Puritains qui s'enquièrent d'éthique, et les "angélismes", lorsque au contraire ces ordres supérieurs veulent résoudre les problèmes incombants aux ordres inférieurs comme la "volonté politique" de vaincre le SIDA (qui est un casse-tête médical - mais qui dépends certes de la volonté politique d'allouer des crédits de recherche) ou de résorber le chômage ou encore lorsque les religieux veulent dicter l'ordre moral ! Là encore la démonstration est impeccable !

    Enfin, dans sa conclusion, notre philosophe pose que ce qui vaut pour les individus n'est pas ce qui vaut pour les groupes ! En effet, les individus sont sensibles à la hiérarchie des primautés, c'est à dire s'élèvent dans la hiérarchie des ordres : l'amour et ce qui importe le plus pour eux et en un sens, ils sont soumis à la grâce ! A contrario, les groupes sont soumis à la pesanteur et sont plus attirés par les ordres inférieurs selon la hiérarchie descendants des primats ! La technique et l'argent sont ce qui compte plus pour ces groupes comme les entreprises par exemple ! Démonstration brillante là encore !

    Finalement, André Comte-Sponville nous propose là rien de moins qu'une grille de lecture du monde et de l'humain à chacun de s'en servir comme bon lui semble et d'assumer ses responsabilités !

    Le texte de la conférence est complété par des questions - concrètes ! - du public à notre philosophe à l'issue de cette intervention et ne m'attarde pas dessus ni sur ces réponses qui ne sont au fond que des précisions et des éclaircissements et n'apportent rien de fondamentalement nouveau !

    A bientôt !


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  • Pour ce centième billet dans la catégorie "Philosophie" (sur Overblog !), nous allons nous intéresser à cet art du questionnement qu'est la philosophie à travers l'ouvrage très didactique de Deleuze et Guattari, paru en 1991 et intitulé Qu'est- ce que la philosophie ?

    Nos deux penseurs s'interrogent dans ces pages sur ces manières d'accéder à la Vérité que sont la philosophie, la logique et la science et tracent les lignes de démarcations entre ces différentes démarches !

    La philosophie pourrait, par simplification outrancière, se résumer aux concepts. Faire de la Philo, c'est créer des concepts ! (?) Cela me rappelle au passage un trait d'humour de François, un camarade de Philo qui dans les années 1990 me faisait remarquer que le concept s'applique désormais à tout lorsque nous allâmes déjeuner dans l'enseigne Flunch qui nous accueillait dans leur "nouveau concept de restaurant" !

    Mais le concept se décline aussi en personnages conceptuels et se relie à un plan conceptuel, un plan d'immanence !

    A contrario, la logique et surtout la science opèrent par fonctions et par rapport à un plan de référence et avec des observateurs partiels. On doit aussi mentionner l'art qui lui se situe sur un plan de composition et avec des figures esthétiques et procède par percepts et affects.

    La pensée se constitue donc de ces trois manières : la philosophie, la science et l'art, et veut ordonner le chaos, poser du sens sur la réalité, dégager la Vérité.

    Dans ce texte, nos deux auteurs veulent aussi se confronter à l'Histoire de la Philosophie et puisent dans la Philosophie antique bien évidement, Platon et Aristote en tête mais aussi dans la Phénoménologie en passant par toutes les "écoles" intermédiaires. Il s'agit de retracer comment la pensée se forme face à la singularité !

    Un ouvrage que je ne saurais que conseiller à tout étudiant en Philo, à quiconque s'intéresse à la constitution des savoirs, et à tous les curieux ! Ca se lit facilement au contraire d'un Kant, d'un Hegel ou d'un Heidegger même si j'ai trouvé la seconde moitié du livre un peu plus ardue ! On y entre dans le vif du sujet !

    A bientôt !


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  • Voici déjà le troisième essai que je lis d'Alexandre Jollien, philosophe, écrivain, père de famille et handicapé moteur cérébral. Vivre sans pourquoi - sous-titré "Itinéraire spirituel d'un philosophe en Corée" - est un parcours initiatique qui nous emmène loin en Asie et loin de nos habitudes et préjugés !

    S'agit-il d'une quête de soi ? Pas sûr car Jollien nous montre qu'il est préférable de se défaire de notre égo, de cesser de se juger précisément et de ne penser qu'au jugement que les autres portent sur nous. Aussi se tourner vers le Christ et vers Dieu qui n'est pas un Dieu qui juge et qui tient des comptes !

    S'agit-il alors d'une quête du sens ? Pas exactement à ce que j'ai compris car, dans l'orientation à ce texte que lui donne son titre, il convient de cesser de se questionner. Pour faire simple, ce que Jollien a appris de son maïtre zen et de lectures comme celle de Maître Eckhart est que le mieux est encore de s'abandonner et de souscrire à la vie, dans tous ses aspects.

    Les sagesses antiques et orientales sont, selon moins, plus bénéfiques à notre équilibre que n'importe quelle prescription d'antidépresseurs dont nous alimente ces charlatans de psys ! Attention, je ne vous dis pas d'arrêter votre éventuelle médication sans l'accord du dit psy !

    Jollien, qui vit dans un corps, défaillant, comprends aussi qu'il faut accepter le corps ! Il s'agit de vivre dans la joie et aussi dans l'amour du prochain, donner moins d'importance aux objets et cesser la rumination mentale ! Mettre également fin au bavardage !

    La vie n'en sera pas plus facile mais on s'enlèvera ainsi bien des soucis ! Les Stoïciens, que Jollien ne cite pas explicitement mais qui ont influencé le Christianisme, parlent d'agir sur nos représentations.

    Alexandre Jollien se forge ici des outils, à la fois avec le Christianisme et aussi avec le Bouddhisme ! Étrange syncrétisme mais pas si illogique, ni impensable au fond ! Matthieu Ricard est aussi mentionné.

    J'ai beaucoup apprécié ce livre mais sa lecture demande une certaine part de méditation et de réflexion pour tenter de saisir le "message" de Jollien si message il y a ? C'est bien plus un "carnet de route" d'un itinéraire personnel. Je vous ai fait ici la version courte, synthétique mais forcément incomplète.

    A bientôt !


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  • La Philosophie est vaine et inutile lorsqu'elle n'est qu'érudition et pédantisme ! Au contraire, elle doit, comme dans les temps antiques, comme l'a montré Pierre Hadot, être "philosophie de vie", et nous aider au quotidien face à nous-même, aux autres et au monde ! C'est cela aussi une quête de la Vérité !

    Alexandre Jollien avait, à priori, bien des obstacles devant lui pour trouver la sérénité, à défaut de la sagesse. Né en 1975, il a vécu dix-sept ans dans une institution spécialisée pour personnes handicapées physiques. Pourtant, il entama des études de philosophie et nous livre par la suite ses réflexions éclairées et nourries du fruit de son expérience. Une autre preuve que l'esprit domine  la matière !

    Notre écrivain-philosophe se dévoile dans Le Philosophe nu. Comment éprouver de la joie quand les passions nous enchainent ? Le corps est-il la prison que l'on dit ? Jollien n'aura de cesse de rebattre ces thèmes tout au long de son oeuvre en gestation.

    La volonté et la raison peuvent nous aider ! Mais hélas, des choses résistent. Il faut alors s'examiner, se contempler nu, descendre au plus profond de son intériorité ! Les passions sont connus et nombres de philosophes, dont Descartes, en ont déjà parlé : joie, insatisfaction, jalousie, fascination, amour, tristesse... Les passions sont comme un torrent qui déferle en nous ! Il faut donc les ausculter et il n'y a pas plus difficile exercice car nous ne les éprouvons pas tous de la même façon ! Difficile de généraliser donc.

    Les émotions seraient donc l'ennemi de la philosophie et des émotions, Jollien, dans son corps abimé, ne cesse d'en éprouver. Il est donc bien placé pour en parler !

    Notre penseur va trouver des solutions dans le bouddhisme chinois. Un travail sur soi qu'il poursuivra de longue haleine, notamment dans  Vivre sans pourquoi, autre livre dont je vous entretiendrais bientôt ! Dans les fait, il s'appuie notamment sur Houei-neng, maître du bouddhisme et ira vivre ensuite en Corée du Sud.

    Début de réponse : la solution serait de puiser la joie tout au fond de soi-même en oubliant les aléas du sort ! Je vous renvoie aussi à la philosophie stoïcienne qui propose d'agir sur nos représentations. Tout cela n'est pas facile, mais avec la pratique et l'entrainement...

    A bientôt !


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  • J'ai toujours pensé que la démarche pluridisciplinaire était la plus fertile. Dans Les Echelons de l'Être - De la molécule à l'esprit, Michel Lefeuvre adopte une telle démarche lui qui est à la fois philosophe et biologiste.

    Dans ce livre, l'auteur s'interroge sur le chemin qui mène des composés organiques, les molécules qui composent nos cellules, à l'être pensant qu'est l'Homme. Doit-on y voir le retour d'un certain matérialisme ?

    Car nous, les humains sommes ambivalents, constitués à la fois de chair et d'esprit. En conséquence, nous possédons deux faces, l'une extérieure qui est régit par l'apparence car elle est observable et l'autre intérieure, notre "monde intérieur" précisément, nos idées, face qui demeure elle voilée.

    Il y a une complexification évidente lorsqu'on s'élève du support moléculaire à des structures telle que notre cerveau. A partir de ce cerveau, l'Homme va rechercher la vérité et la justice, notions intangibles et immatérielles ! C'est la naissance du mental avec les animaux supérieurs.

    Et avec cette élévation dans la hiérarchie des organisations, naissent de nouvelles sciences, la chimie, la biologie, la psychologie...

    Un essai qui fait un peu le bilan et ouvre des pistes de réflexions de recherche ! Ce sont des thématiques, le Vivant, l'Evolution, la Conscience, sur lesquelles j'aurais l'occasion et l'envie de revenir à l'avenir !

    A bientôt !


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  • Introduction aux Catégories - PorphyreAprès avoir passé deux étés à vous parler des textes de Platon, je vais bientôt m'attaquer aux textes d'Aristote - en commençant par l'Organon, cette instrument qui définit les règles de la Logique et de la déduction, nécessaires aux autres travaux du Péripatéticien, au sein du Lycée !

    Mais avant cela - avant de vous parler des dix Catégories d'Aristote qui définissent les choses sur lesquels on porte des prédicats et on déduit des Vérités, je m'attarderais sur un texte de Porphyre, Philosophe Néo-Platonicien (de même que Plotin ou Jamblique) qui est précisément une Introduction aux Catégories ! Je serais encore une fois très sommaire et évasif pour ce blog car une étude détaillée de ma part serait plus adéquate dans mon cadre universitaire !

    Porphyre s'attarde ici sur des définitions. Il commence par donner celles des mots "genre" et 'espèce" dont ils montre que ces termes sont relatifs ! Ainsi "animal raisonnable" est le genre de "homme" qui est son espèce mais à contrario, "animal raisonnable" est l'espèce d'"animal" qui est son genre. De là on pose que le genre qui n'est que  est qualifié de "généralissime" et l'espèce qui n'est qu'espèce est "spécialissime" ! Les intermédiaires sont des "espèces subordonnées". L'espèce est une division du genre. Selon Platon, il fallait descendre des termes les plus génériques aux plus spécifiques. Enfin, genre et espèce s'appliquent aux individus qui sont en dessous.

    Porphyre donne ensuite quatre définitions sur le sens du mot "différence" - entre les attributs notamment. Il convient aussi de séparer essence et accidents. L'accident ne modifie pas l'essence et n'est que temporaire. Il y a des accidents séparables (de l'essence de l'individu) comme dormir (car on ne le fait pas tout le temps) et des accidents inséparables comme être Noir (pour un corbeau ou un Ethiopien) car on l'est tout le temps  - ou plus encore être mortel.

    Parmi les attributs importants, il y a être mortel ou immortel et être raisonnable ou pas. L'Homme est un mortel raisonnable (quoi que ? Sur le fait qu'il ait toujours sa raison, on peut douter).

    Le Néo-Platonicien étudie aussi le cas du Propre. C'est à dire ce qui appartient à une espèce, à elle seule ou à d'autres espèce aussi. Là encore, il y a quatre modalités/possibilités/configurations.

    Il y a donc en tout cinq termes : espèce, genre, différence, accident et propre. Puis il étudie leurs rapports et leurs différences entre eux - selon dix cas possibles - mais là, ça devient un peu trop technique et compliqué pour moi !

    Je reviendrais sur tout cela dans mon futur article sur les Catégories d'Aristote lui-même, le texte commenté par Porphyre ici !

    Ces questions de genre et d'espèces vont aussi conduire à la Querelle des Universaux au Moyen âge, avec la Scolastique - ligne de fracture entre réalistes et nominalistes ! En résumé, les mots qui désignent des termes généraux comme "chevaux" ont-ils une existence ou ne sont-ce que des mots où il n'y aurait que des individus particuliers ? Sur la question que les idées n'auraient pas d'existence réelle contrairement à ce qu'affirmait Platon pour qui elles étaient ce qu'il y avait de plus réel, le monde sensible n'étant qu'un reflet (voir les ombres de la Caverne du Livre VII de la République) - mais c'est un autre débat, cela nous mènerait trop loin et je ne suis pas encore compétent !

    A bientôt !


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  • Je vous ai présenté précédemment le Volume 1 de l'ouvrage de Bernard Stiegler, De la misère symbolique, rassemblé avec le Volume 2 dans un seul tome chez Champs essai ! Après "L'Epoque Hyperindustrielle", il est temps de vous parler de "La Catastrophé du sensible" - mais je m'en tiendrais à un résumé très survolant et général tant la pensée de ce philosophe est complexe et poussée !

    Stiegler fait ici un réquisitoire contre les propos de Patrick Le Lay alors président de TF1 sur le "temps de cerveau disponible pour Coca-Cola" ! Il y a là une volonté de liquidation de la "Valeur Esprit" qui est intentionnelle et nos industries culturelles, à l'ère post-industrielle, vise à créer des cerveaux dociles et soumis, des consommateurs-travailleurs plutôt que des individus-citoyens ! Notre philosophe appelle à reformer ces "rétentions tertiaires" que sont les livres, œuvres d'art et autres supports de mémoire de l'Humanité !

    Les technologies actuelles doivent être remises au service des processus d'individuation psychique et collective. S'appuyant sur Simondon, le philosophe de la Technique, Stiegler détaille en quoi consiste cette individuation et la définit longuement en utilisant l'image de la spirale ! A notre époque, la Technologie Numérique est au cœur de ces processus ! Au passage, Stiegler montre que Sigmund Freud, le grand théoricien du psychisme humain, n'a pas assez pensé la prothèse technique dans la constitution de ce psychisme !

    Stiegler continue une oeuvre en devenir qui s'ébauche et se complète, s'affine au fil des ouvrages et il n'hésite pas à revenir sur ses précédents écrits et s'en justifie. Il mèle Histoire des techniques, Philosophie, Anthropologie et Esthétique dans un propos brillant et érudit mais jamais obscur pour peu qu'on se donne la peine de lire attentivement !

    Dans ce livre - Volume 2, notre penseur s'intéresse à la figure de l'artiste qui va "à contre-courant" et permets de constituer le "fond pré-individuel" ! Chaque individu se forme en effet en prenant en compte ce qu'à laisser la Culture ! Il baigne dans un milieu ambiant ! Il est là aussi question de "sublimation" !

    Nous possédons une âme noétique qui accède au divin mais pas de manière continue ! Elle est élévation en puissance et pas toujours en acte - à l'image du poisson-volant symbole de l'Ecole de Philosophie de Stiegler d'Epineuil-le-Fleuriel et de Pharmakon.fr !

    Les enjeux sont importants ! C'est aux intellectuels que revient la tâche de "fourbir des âmes" pour permettre aux individus de s'individuer et pas "de vivre et penser comme des porcs" - pour reprendre le titre d'un ouvrage de Gilles Châtelet auquel Stiegler aime se référer souvent ! Il faut fournir des concepts, si chers à Deleuze, dans une lutte à la fois esthétique et politique ! Car l'art a à faire avec le politique et cela on le sait depuis la Tragédie grecque, depuis qu'elle s'est affranchie de la Religion pour renouer avec le Tragique ! Tel est le prix pour sauver la "Valeur Esprit" , chère à Paul Valéry et si mise à mal par le Capitalisme !

    Un livre enthousiasment et qui donne à penser !

    A un moment, un possible Volume 3 est évoqué - mais je ne crois pas qu'il soit paru à ce jour - Work In Progress ! On poursuivra cependant cette intéressant réflexion dans les livres ultérieurs de Stiegler !

    A bientôt !


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  • L'ouvrage très dense de Bernard Stiegler, De la misère symbolique, regroupe en fait deux volumes datant de 2004 De la misère symbolique - Volume 1 : L'Epoque Hyperindustrielle - Bernard Stiegleret 2005 ! Nous allons nous intéresser ici au Volume 1 : "L'Epoque Hyperindustrielle".

    La pensée de Stiegler est très complexe et très développée. Ce philosophe réputé creuse les même sillons depuis des décennies, de livre en livre et approfondit à chaque fois son analyse et ouvre de nouvelles pistes. Il a la profondeur que n'a pas un Michel Onfray qui n'est après tout qu'un Historien de la Philosophie et un vulgarisateur ! Pour ceux  qui seraient intéressés à découvrir la pensée de Stiegler, je vous renvoie à son site Pharmakon.fr où il expose largement ses travaux.

    Stiegler puise chez Platon, chez Simondon, chez Derrida, chez Freud, chez Jean-Pierre Vernant et bien d'autres.

    Pour notre penseur, nous vivons une époque de grande misère - symbolique - qui exige de raisonner dans les champs de la politique et de l'esthétique. Le neuromarketing et le capitalisme ont "canalisé la libido", tué le désir pour le remplacer par la pulsion dans le même temps où producteurs et consommateurs étaient prolétarisés - perdant ainsi leur savoirs-faire et savoirs-vivre.

    Stiegler emprunte à Deleuze lorsqu'il pense le marketing comme "élément de contrôle social" ou les "sociétés de contrôle". C'est en effet notre perception, notre sensibilité, qui en nous permettant de nous individuer, permet aussi aux êtres humains de faire société.

    L'homme est un animal noétique qui a une tendance à s'élever mais aussi à régresser ! De Simondon, Stiegler reprends largement les concepts d'individuation psychique et collective, puissant aussi chez Husserl pour les notions de Protention et Rétention.

    Notre philosophe, dans ce premier volume de ce qui constitue l'essai De la misère symbolique, volume 1 trois à quatre fois plus bref que le volume 2 sur lequel je reviendrais une autre fois, se livre à une brillante analyse du film d'Alain Resnais, On connait la chanson, pour montrer en quelque sorte que c'est bien la culture, les rétentions tertiaires collectives, qui tissent du lien entre nous ! Chacun des spectateurs de ce film constitué de dialogues qui sont en réalité des play-backs de chansons célèbres, connaît les morceaux que l'on entends durant la séance, preuve si il en est d'un patrimoine commun !

    Le cinéma constitue ainsi un moyen de compréhension de la misère symbolique. Incapable de s'individuer, parce que le désir est parti, l'homme régresse vers la barbarie.  On est entré dans l'ère des médias de masse qui mettent tous les esprits en synchronisation. Paradoxalement, le collectif n'est possible parce qu'il y a du singulier. La pensée uniforme détruit le lien.

    Les relations humaines sont hantées par des rituels, des règlements, des lois, des routines, des mélodies... La perte des savoirs-vivre tends à détruire tout cela et donc à nous désunir. On ne s'individue jamais qu'à partir du patrimoine commun et quand celui-ci est riche et diversifié !

    Stiegler a donc un projet philosophique vaste et ambitieux : changer les relations humaines et la production des oeuvres de l'homme en particulier dans le domaine de l'art, porteur de sens. Il s'agit de penser de nouveaux symboles pour éviter toute misère "symbolique".

    Le Contemporain n'est pas Post-Moderne (avec la French Theory) mais "hypermoderne" en ce sens qu'il est industrialisé - la prolétarisation ! Le numérique constitue à cet égard un défi et Stiegler a dirigé l'Institut National de l'Audiovisuel -  l'I.N.A. (il s'intéresse aussi à l'analogique : cinéma, radio, télé...) et a contribué à l'Institut de Recherche et d'Innovation - l'I.R.I.

    Parce que l'omniprésence de la technique prise l'individu de son propre savoir-faire, celui-ci ne peut plus s'individuer de manière autonome ! Il devient esclave de la machine, n'a plus la vision d'ensemble de la tâche !

    L'enjeu est de se réapproprier soi-même dans une époque qui nous déshumanise !

    J'y reviendrais et j'en dirais davantage à l'occasion du Volume 2 : "La Catastrophé  du Sensible" !

    A bientôt !


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  • Mine de rien, cela fait huit ans que je lis Philosophie Magazine, dès 2011 et bien avant mes études de Philo ! Dans le numéro 127 - de mars 2019 - la rédaction consacre un dossier à la mémoire - aussi bien ses mécanismes physiologique que son rôle dans nos parcours de vie et dans la société. Mais le numéro ne contient pas que cela et a aussi toutes les rubriques habituelles !

    Philosophie Magazine  surfe sur l'actualité et tente de l'éclairer à partir des écrits des grands philosophes. Or l'actualité, en cette année 2019 mouvementée, ce sont les Gilets Jaunes qui se lèvent avec raison contre un pouvoir aux mains d'un président-voyou, Macron, élu par les oligarques, pour dépouiller la France à leur profit ! Évidemment, ça, ce n'est que mon avis personnel et Philosophie Magazine n'osera jamais tenir ce genre de propos à l'instar de la panoplie de journalopes des merdias qui attendent que le Prince leur jette ses restes ! Le magazine préfère organiser sa propre session du Grand Débat National, vaste fumisterie de Macron ! Ils appellent cela "En direct de la Démocratie" !

    C'est en effet à Lille, avec les philosophes Fabienne Brugère, Pierre-Henri Tavoillot et Denis Maillard que la parole à été donnée aux citoyens autour de trois thèmes imposés : la réforme des institutions démocratiques, l’Écologie et la lutte contre les inégalités ! Un protocole est suivi à chaque fois : retours d'expérience, conceptualisation, argumentation et propositions et vote.

    Je ne rentre pas dans le détail de ce débat ! On connaît les propositions si on suit l'actualité ! Représentation contre participation des citoyens, nouvelles assemblées, ferroutage,  recyclage, limiter sa consommation en écologie et restauration de l'ISF, création d'un revenu universel, taxation de l'héritage... On sait tous bien que rien ne sortira de ce genre de consultation car le brigand qui nous dirige n'en fait qu'à sa tête !

    Dans les pages suivantes, on a une interview d'Aubrey de Grey, un type qui pourrait passer pour un illuminé car il  se propose de nous faire vivre mille ans en investissant massivement dans la recherche ! Le gars ne se revendique pourtant pas transhumaniste ! On hallucine !

    Vient ensuite le coeur de ce numéro : "L'étrange logique de la mémoire". Au menu, on commence par le constat qu'aujourd'hui, le commun des mortels a l'impression de perdre la mémoire  - et ce serait du au fait que l'on imagine notre futur bouché ! Car il existe aussi une "mémoire du futur" ! Paradoxe !

    Denis Peschanski, historien et Francis Eustache, neuroscientifique nous présentent ensuite leurs recherches en cours, selon de multiples axes sur la mémoire d'un événement traumatique, le 13 novembre 2015 au Bataclan et alentours. ils étudient les syndromes post-traumatiques et notamment comment évolue la perception de ce drame contemporain au fil du temps ! C'est très instructif !

    Puis, on a un panorama de la pensée de plusieurs philosophes célébres, de Raymond Lulle, René Descartes à Sigmund Freud, Henri Bergson et Paul Ricoeur sur la mémoire et l'importance de nos souvenirs en appuyant sur ce qui rapproche et sépare ces penseurs sur ce sujet !

     Le grand spécialiste de la mémoire, Larry R. Squire, nous introduit ensuite aux concepts de mémoire non-déclarative et mémoire déclarative avec la subdivision dans cette dernière entre mémoire épisodique et mémoire sémantique.

    Le dossier central se conclut avec Raphael Enthoven - que je n'apprécie pas trop pour ces récentes prises de positions outrancières contre les Gilets Jaunes ! - qui nous commente des extraits de Proust sur la mémoire là encore ! On connait évidemment le passage de la madeleine ou des pavés déchaussés !

    J'ai trouvé passionnante l'interview de la sociologue Eva Illouz qui suit où elle nous montre que l'amour est un processus en déclin dans nos sociétés, et lié au capitalisme et à la marchandisation des objets ! Pessimisme ? En tout cas, je suis d'accord avec elle quand elle dit que le mal-être des gens dépends autant d'une faiblesse de notre psychisme individuel que de la pression que fait peser une société devenue folle sur chacun - et aux psychiatres de prescrire du chimique pour faire rentrer les gens "dans les cases" !

    Je ne connaissais pas le penseur perse Sohrawardi condamné à mort pour hérésie envers l'Islam, dans la seconde moitié du XIIème siècle ! Ce philosophe s'inspire de Platon mais modifie le dualisme de celui-ci en ajoutant au monde des idées et au monde sensible un troisième monde, celui de l'âme que nourrissent les rêves et la poésie ! Intéressant là aussi !

    Le magazine se termine comme à l'habitude par quelques rubriques à visée pédagogique - comme un exemple de rédaction pour bacheliers et étudiants en philo sur "liberté et égalité" - point de désaccord traditionnel entre la Droite et la Gauche ! Puis la "revue de presse" et présentation des derniers ouvrages importants parus dans le domaine de la philosophie !

    En conclusion, un numéro un peu faible pour ce qui a trait à l'actualité ! Je n'aime pas leur prise de position plus ou moins avouée anti-Gilets Jaunes (mais qui transparait dans un quizz un peu moqueur à la fin du numéro !). Ce Philosophie Magazine  est plus convaincant lorsqu'il revient sur les classiques et l'Histoire de la Philo ! Manque de recul ?

    Et j'allais oublier le carnet central sur des extraits de Essai sur l'entendement humain de John Locke.

    Ce billet est le 1600ème de mes Skyblogs, le 2535ème d'Overblog et eklablog et je crois le 2717ème au total que j'ai écris dans ma carrière de bloggeur !

    A bientôt !


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  • Tandis qu'en ce mois de janvier 2019, est sorti Sagesse, le troisième - gros - tome de la "Brève encyclopédie du monde" de Michel Onfray (qui à l'origine ne devait comporter que trois volumes mais en aura trois de plus si on prête vie à son auteur !), je vais revenir sur le précédent opus, Décadence, paru en 2017 qui parle de l'effondrement de la Civilisation judéo-chrétienne 

    Onfray part d'un constat et d'un présupposé : si des civilisations comme celle de l'Égypte antique, celle des Sumériens ou celle de Rome ont disparu, rien n'indique que la notre ne subira pas le même sort ! Il va même plus loin en affirmant que le processus est amorcé depuis des siècles !
     
    Le livre du philosophe ornais compte plus de 800 pages en édition de poche et c'est une véritable somme d'érudition !  L'auteur est décidément un "bourreau de travail" ! Toutefois, beaucoup de chroniqueurs ont pointé le "pessimisme" d'Onfray voire son "ressentiment" ! L'auteur ayant connu un orphelinat catholique dont il nous rappelle régulièrement les mauvais traitements que des prêtres salésiens pédophiles faisaient subir aux enfants, s'est toujours montré depuis résolument athée !
     
    L'ouvrage procède donc en trois temps ! D'abord la genèse de la religion chrétienne, depuis la "fable Jésus", les diverses sectes des premiers temps... Ensuite l'apogée au Moyen âge, dans une société réglée sur le religieux, où les Rois tirent leur pouvoir de Droit divin ! Puis le déclin, amorcé dès la Renaissance, avec le schisme protestant, la montée de l'esprit rationnel, les Lumières, Vatican II etc,...
     
    Comme on s'en doutera, on a tous les passages obligés de l'exercice : Jésus, le déni du corps, le Péché originel, Saint Paul, Constantin et Théodose, l'Islam, les Croisades, l'Inquisition, la Découverte du Nouveau Monde et le génocide des Amérindiens, Giordano Bruno, les hérésies, les procès d'animaux, la Saint-Barthélémy, la Contre-Réforme, la Révolution française, Nietzsche et la "mort de Dieu", le nihilisme contemporain, les rapport entre la papauté et le nazisme, Mai 68, la Révolution Iranienne de 1979, Ben Laden et le 11 Septembre !
     
    Je ne reviens pas sur tous ces "événements" car aurait bien l'occasion d'en reparler un jour dans des articles dédiés dans mes rubriques "Histoire" dans mes blogs !
     
    Michel Onfray reprends aussi des éléments qui étaient déjà dans son Traité d'athéologie et dans sa Contre-Histoire de la Philosophie (notamment sur Épicure et Montaigne !). Il s'inscrit aussi en quelque sorte dans la lignée de Samuel Huntington.
     
    Notre philosophe se donne ici un peu le rôle de penseur omniscient, n'évite pas les raccourcis intellectuels et les jugements à l'emporte-pièce ! Il semble en effet difficile de brasser un aussi large éventail de connaissances sans faire des approximations ! On comprends que ça ai pu en énerver certains !
     
    Pour ma part, je suis un grand admirateur d'Onfray et ai lu du début à la fin une douzaine de ses ouvrages (et parcouru/entamé une demie-douzaine d'autres !). Je serais toutefois plus réservé sur ce Décadence qui prête à polémiques et pourra blesser quelques chrétiens sincères !
     
    Pour être complet, ce volume a donné lieu à une série de conférences, dans le cadre de l'Université Populaire fondée par l'auteur en 2002, qui s'est tenue à Deauville en 2018 - et qui constitue la dernière saison de cette manifestation, annulée au cours du cycle Décadence qui aurait du se conclure en 2019, Onfray ayant été lâché par les politiques de Basse-Normandie et par France Culture qui en assurait les retransmission l'été (la plus forte audience estivale de la chaîne de radio d'ailleurs ! Mais bon quand les ordres viennent de l'Élysée, les pantins placés par cooptation s'inclinent !).
     
    A bientôt !

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  • L'ontologie est la partie de la philosophie qui traite de l'être ! Or cette problématique a été traitée depuis les origines de l'Histoire de la pensée. Déjà chez Aristote, on a les Catégories qui classent les "choses" en essence (ousia en grec) et attributs.

    Mais pour Martin Heidegger, cette question a été délaissée dans les temps modernes et en tout cas n'a pas été résolue bien qu'elle soit fondamentale ! C'est pourquoi le philosophe allemand - connu pour s'être compromis avec les nazis mais bon, ce n'est pas le sujet !- tenant de la phénoménologie en bon élève d'Husserl tente de reposer la question de l'être dans le monumental - par le nombre de pages et la teneur du propos ! - Être et Temps, publié en 1927.

    Je n'ai pas évidemment l'ambition d'expliciter ici totalement, ni même partiellement cet ouvrage capital et très ardu en quelques dizaines de lignes ! La tâche est colossale et Heidegger souvent obscur ! Un tel ouvrage doit se lire maintes et maintes fois - en prenant des notes - pour que l'on commence à en saisir le sens ! Je ferais donc un rapide et sommaire survol et ferais probablement des billets plus thématiques dans un certain avenir - ou des écrits dans d'autres cadres que ce blog - pour mes études de philo par exemple !

    Pour produire une analyse précise de cet ouvrage monumental, je prévois toute une série d'articles qui reviendrons sur chacune des parties du livre ! Ce billet a pour principale fonction de teaser/d'annoncer cette série à venir !

    Pour Heidegger, dès l'incipit, il convient de distinguer l'être et l'étant ! L'étant est de l'être porté à l'existence, de l'essence réalisée. Il y a une grande diversité d'étants - tout ce qui est en fait ! - témoins d'autant d'être ! Or pour étudier l'être, en plus d'une méthode - qui sera l'analytique existentiale, il nous faut un être qui s'y prête bien. Cet être, pour Heidegger est le Da-Sein ! Explicitons !

    Dès la Deuxième Section de la Première Partie, le philosophe introduit le temps, qui est un aspect fondamental du problème ! En effet le Da-Sein est inscrit dans le temps. Mais il a bien d'autres "caractéristiques" (mais pas véritablement d'attributs !), comme la mondéité. Le Da-Sein est la grande affaire d'Heidegger et nous y reviendrons dans les prochains billets sur cet ouvrage !

    Pour terminer cette introduction très rapide sur Être et Temps, quelques infos biographiques sur ce philosophe !... On retiendra qu'il fut l'élève d'Edmund Husserl et prolongea la réflexion de celui-ci sur la phénoménologie, l'orientant plus dans une perspective ontologique.

    Le grand soucis avec Heidegger est sa compromission avec le régime nazi ! Est-ce que cela disqualifie pour autant sa pensée, je ne le pense pas !

    A bientôt !


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  • Les Cahiers de l'Herne consacrent le numéro 114 de leur revue au grand penseur contemporain, bientôt centenaire, Edgar Morin, le père de la pensée complexe !

    Morin est l'auteur de La Méthode, œuvre en six volumes, débutée en 1977 et qui se présente plus comme une "stratégie qui s'adapte" que comme un programme rigide. Ce numéro de L'Herne de plus de 200 pages contient des inédits du philosophe/sociologue, des hommages de ses amis, des articles de fond, des lettres, des poèmes, etc,... C'est une revue de haute tenue et très instructive !

    Notre penseur souligne l'ambivalence du monde moderne - monde qui débute à la Renaissance (mondialisation commencée avec Christophe Colomb) - entre création et destruction. On a eu le péril atomique et désormais, on a la menace du réchauffement climatique ! Va-t'on vers un suicide de l'Humanité ? L'Humanité est immature et il y a nécessité d'une métamorphose !

    La pensée de Morin doit nous permettre de penser ces crises. Le monde d'aujourd'hui est difficilement intelligible et doit être envisagé dans la complexité. La crise est devenue le mode d'être de nos sociétés et constitue un stade de leur développement, entre organisation et désorganisation. Morin nous invite à penser le tout et les parties, dans un mouvement dialogique ou encore de circularité et de rétroactions.

    Le principe universaliste de l'Humanisme a été mis à mal par la colonisation. Faut-il penser un nouvel Humanisme ? Mais qu'est-ce qu'un "être humain" ? A la fois biologique et social ! Nature et culture ! Il ne faut plus compartimenter le savoir et il faut au contraire réconcilier Sciences de la Nature et Sciences de l'Homme. On a en fait une Trinité : individu, société, espèce !

    Edgar Morin - L'HerneUne grande partie de l’œuvre de Morin - et en particulier La Méthode - traite de questions d'épistémologie. On assiste à une nouvelle épistémologie, en effet, dans la seconde moitié du XXème siècle à partir des travaux de George Ganguilhem. Il faut, pour Morin, relier les connaissances, pratiquer l'interdisciplinarité.

    Descartes a séparé les objets de connaissances en éléments simples et a fonder la science moderne (avec Bacon et Galilée) ! Morin allie Sciences de l'Homme et Sciences de la Nature et veut dépasser l"Homme, "maître et possesseur de la Nature" !

    Quant à la nature de l'Homme, Morin montre que celui-ci n'est pas que raison mais aussi passions ! Complexité de l'être humain ! Il est Homo sapiens / Homo demens, Homo faber / Homo ludens, Homo oeconomicus / Homo consumans, Homo prosaicus / Homo poéticus et Homo empiricus / Homo imaginarius ! Le monde actuel n'est pas exclusivement rationnel ! L'Homo demens  caractérise la démesure du  XXème siècle - que les Grecs nommaient Hybris !

    Il faut penser la Folie et le chaos, le désordre ! Étrangement, ce n'est pas la Folie qui a crée la bombe H mais la Raison ! Ceci Morin le remarque !

    La Raison/ Le logos succède aux mythes ! Il y a un parallèle entre la foi dans les dieux et l'attachement à des idées : "mourir pour ses idées" ! Le Marxisme fut la religion du XXème siècle. il y  a des idées philosophiques, politiques ou scientifiques.

    Il faut coordonner les données hétérogènes pour éviter l'idéologie ! Il y a  contestation par Morin et éboulement des trois piliers de la science : la nature est déterministe et obéit à des lois, la séparabilité des objets et la preuve établie par induction/déduction  !

    "Edgar Morin est un homme traversé par la pensée." Il produit de la pensée, une méthode et des concepts mais s'abreuve aussi de la pensée, s'informe des dernières connaissances, lit beaucoup dans tous les domaines ! Il a une capacité d'accueil, d'écoute, de sympathie et de modestie et est envahi par les pensées d'autrui. Il pratique par ailleurs une certaine indifférence aux jeux mondains et à l'aristocratie intellectuelle - longtemps snobé par l'Université française mais étudié ensuite en Amérique du Sud notamment.

    Les domaines d'études d'Edgar Morin sont vastes et inclut aussi le cinéma et la "culture de masse", à travers des essais comme Le Cinéma ou  l'homme imaginaire, Les Stars  ou L'esprit du temps. Morin est un spécialiste d'études filmiques. Le penseur de la complexité réalise même un premier film, en 1960, Chronique d'un été, avec Jean Rouch, qui fait s'exprimer la jeunesse et des individus significatifs de l'époque, à la recherche du bonheur et qui révèle leur désarroi ! Plus tard, Morin écrira le scénario de L'Heure de la vérité. A travers les suicides de stars, comme Marilyn Monroe, et les films de la "Nouvelle Vague", ce sont les "happy end" à la Hollywood qui disparaissent ! Mai 68 n'est pas loin !

    Morin aime le cinéma à une époque où des intellectuels comme ceux de l’École de Francfort (Adorno et Marcuse) méprisent cet art, et le juge comme un outil d'aliénation des masses ! En réalité, les films permettent d'étudier les archétypes. Ils sont les nouvelles mythologies comme le Western !

    Revenons maintenant sur le parcours de Morin, sa biographie ! Il est issu d'une famille juive originaire de Salonique. Il perds brutalement sa mère à l'âge de 10 ans : "l"œuvre pour reconstruite la mère" dira la psychocritique et Morin écrira notamment L'Homme et la Mort, un de ses premiers livres, en 1950 !

    Notre homme a un passé de Résistant durant la Seconde Guerre mondiale et abandonne son patronyme de Nahoum pour son nom de Résistant, Morin. Alors communiste et gaulliste, Morin est exclu du PC en 1951 suite à un article polémique qu'il a rédigé pour une revue. Il s'expliquera de son engagement communiste et de cette rupture dans le texte intitulé Autocritique.

    Son premier ouvrage fut L'An zéro de l'Allemagne, en 1946

    Il y a la rencontre avec Roland Barthes au moment ou Barthes écrivait ses Mythologies (voir mon billet là encore !)

    Morin fonde la revue Arguments  à l'hiver 1956 avec Roland Barthes, Jean Duvignaud et Colette Audry. Cette revue durera jusqu'à l'hiver 1962 et promouvait une pensée hétérodoxe qui veut se renouveler !

    Morin fut aussi un proche de Marguerite Duras. Les archives de ces deux-là sont conservées à l'IMEC à l'Abbaye d'Ardennes, près de Caen, près de chez moi !

    La langue morinienne est faite de néologismes avec une forte mobilisation des préfixes pour traduire la complexité. Il utilise aussi des métaphores comme celle de la chrysalide pour souligner son changement personnel, celui de son œuvre et de la société !

    Morin commente Mai 68 avec Cornelius Castoriadis et Claude Lefort. Il fait œuvre de sociologue avec notamment La rumeur d'Orléans où il analyse les mécanismes de la rumeur, dirigée ici contre les commerçants juifs avec un antisémitisme latent. Ma propre grand-mère avait entendu cette rumeur à l'époque et n'en démordait pas sur sa véracité : c'est arrivé ! "Je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un !" ...

    Mais le penseur de La Méthode  a commence à se dissocier de la sociologie à partir de la fin des années 1970 (1977 : parution du premier tome de La Méthode - voir mon billet dessus !). A partir des années 1980, la sociologue devient affaire de spécialistes et non plus d'intellectuels ! Des spécialistes qui ne s'engagent pas politiquement, contrairement à Morin !

    Dans la pensée de Morin, l'improbable doit être considéré (contre la statistique et plus largement le calcul qui a court depuis Descartes !). Morin a par ailleurs une pensée systémique et pas systématique !

    Edgar Morin propose aussi de rénover l'enseignement (La Tête en friche, Relier les connaissances - le défi du XXIème siècle, Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur, La Voie -voir aussi mon billet -  et Enseigner à vire - manifeste pour changer l'éducation). Notre penseur croit à la pédagogie du "grand récit" (depuis le Big Bang !). De plus, pour lui, la littérature est un lieu de vie et peut nous apprendre au même titre que la philosophie et les sciences ! En matière d'enseignement, il faut remettre - avec Platon - l'Eros au cœur ! Enfin, dans la pédagogie morinienne, il s'agit de montrer comment on est parvenu à établir la connaissance (métadiscours !), à bien réfléchir pour éviter les erreurs ! Déceler les mouvements browniens de la pensée !

    La Terre est actuellement propulsée par 4 moteurs : sciences,  technique, industrie et capitalisme. Il convient de les contrôler, régulés par l'éthique ! Enjeux de l"ère planétaire" ! Penser la complexité pour résoudre les problèmes actuels !

    Quelques mots encore sur l'épistémologie de Morin !

    Pour lui, il convient de penser le savoir en tenant compte du sujet, c'est valable pour toutes les sciences ! L'Homme est aussi, on l'a vu, passions ! Même le mathématicien a la passion des mathématiques ! On s'implique dans sa propre connaissance !

    On va retrouver un certain pessimisme lié à une vision simplificatrice des choses (à travers l'effondrement écologique ou le transhumanisme !).

    On a une chaîne qui remonte du social au physique et au cosmologique - et forme le "grand récit" en redescendant ! Morin entends réformer nos modes de pensées et de connaissances afin de mieux relever les défis du siècle qui commence ! C'est une tâche énorme que d'autres devront poursuivre !

    J'aurais l'occasion de vous reparler d'Edgar Morin - vous en ai déjà parler maintes fois ! - car je trouve ce type stimulant !

    A bientôt !


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  • Le Critias - ou De l'Atlantide - est l'un des derniers dialogues de Platon, très court, censé former une trilogie avec le Timée et un autre texte intitulé Hermocrate qui n'a jamais été retrouvé ! Sur ce dernier dialogue, Friedrich Nietzsche suppose qu'il a été réécrit et incorporé aux Lois. Le propos de cette trilogie est de présenter l'univers, l'Homme et la société !

    De plus, Critias est un texte incomplet ! En effet, la fin manque ! Il y est question de l'Atlantide de manière encore plus détaillée que dans le Timée où elle n'est qu'évoquée ! Le récit de Critias fait suite à celui de Timée et il nous décrit une île riche en ressources et dont il nous détaille la géographie, la population et le régime politique.

    Initialement, les dieux se sont partagé le monde ! Ainsi, il y a 9000 ans, Poséidon s'est uni sur une haute montagne au centre d'une île par delà les Colonnes d'Hercule avec une mortelle nommée Clitô ! De cette union, naquirent dix enfants qui devinrent les dix rois des dix régions de l'Atlantide, unis sous une loi gravée dans le temple de Poséidon sur une stèle d'orichalque, le précieux métal lié au mythe de l'Atlantide !

    La géographie de l'Atlantide s'organise autour de la montagne centrale, en cercles concentriques, alternance de canaux, de cités et de murailles. L'île est une nation puissante qui s'oppose dans un conflit antique à l'Athènes de l'époque alors plus grande que l'Athènes de Platon ! Sous l'égide des dix rois, s'organise une armée puissante et innombrable !

    La visée de ce texte est aussi de décrire une cité idéale telle qu'elle est exposée en théorie dans La République. Il s'agit aussi de montrer que l'Athènes d'alors est capable de s'opposer à des ennemis puissants unis par des rois fabuleux !

    La fin du récit qui manque - et dont on suppose qu'elle n'a en réalité jamais été écrite, devait raconter dans le détails la guerre entre les Atlantes et les Athéniens ! Mais Platon nous laisse sur notre faim !

    Mine de rien, nous nous acheminons vers la fin du - long ! - corpus platonicien !

    A bientôt !


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  • Timée - PlatonLe dialogue du Timée est un dialogue tardif de Platon, un de ses derniers textes ! Sous-titré De la Nature, il tient à la fois de l'exposition de Cosmogonie que de la présentation de Sciences naturelles ! C'est aussi dans ce texte - avec le Critias - , que l'on trouve une allusion assez conséquente au mythe de l'Atlantide !

    Le texte s'ouvre par un bref échange entre Socrate, Critias et Hermocrate - avec des rappels à l'autre texte qu'est La République, concernant en particulier la communauté des femmes et des enfants puis Timée de Locres, un philosophe pythagoricien propose alors une très longue réflexion sur la nature du monde physique - basé sur les mathématiques, idée chère aux pythagoriciens et que reprendra Galilée en disant que "le monde est écrit en langage mathématiques" des siècles plus tard !

    Disons-le tous de suite les principes de physique sur lesquels reposent l'explication du monde du Timée sont complétement obsolètes ! Pour faire cours, il est supposé un démiurge, un dieu créateur qui se comporte à la manière d'un artisan, qui fabrique le monde, celui-ci reposant sur les quatre éléments que sont le feu, l'eau, la terre et l'air ! Il est aussi question de proportions mathématiques et de triangles et de figures ! Tous ces éléments se combinent entre eux - pour former la matière ! - et se transmutent !

    Ici Platon prends le relais des poètes comme Hésiode et nous fournit le plus ancien ouvrage de cosmologie qui nous soit parvenu dans son intégralité. Là encore tout part du Chaos primordial et on a ici un récit alternatif à celui des poètes !

    Les domaines de connaissance abordés par le Timée sont très larges ! Il y a vraiment à boire et à manger dans ce texte ! Jugez plutôt ! Mathématiques, biologie, chimie, médecine, psychologie, politique et religion sont abordées ! Enfin, je ne l'ai pas dit plus tôt mais la question de l'âme est évoquée ! Les dieux, tels Zeus, Héra ou Hadès sont ici en fait des dieux secondaires crées par le démiurge. Le mouvement et le temps sont traités de même que l'opinion et le discours vrai... On a donc bien ici un large éventail de problématiques - même si tous les principes énoncés sont dépassés et certaines explications, bien naïves, feront sourire !

    En fait, on se rends vite compte que le philosophe est tout aussi démuni que le poète pour fournir un système du monde ! C'est ainsi la thèse de Luc Brisson, un grand spécialiste de Platon que j'aurais peut-être l'occasion de vous présenté une autre fois ?

    Voilà, il y aurait beaucoup à dire sur ce texte mais je ne vous livre ici qu'une présentation générale ! C'est un texte un peu "technique" en un sens, par moment, en ce sens qu'il livre quantités d'explication des phénomènes de la nature d'après une méthode qui se veut hypothético-déductive et qui repose largement sur la logique. On abordera plus amplement les systèmes d'explication de la Nature - la Pḧysique et la Biologie principalement - lorsqu'on abordera l’œuvre d'Aristote (bientôt !).

    A bientôt donc justement !


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  • Le Politique - PlatonNous allons nous intéresser aujourd'hui au dialogue de Platon intitulé Le Politique. Ce texte fait suite au Théétète et au Sophiste. Après s'être demandé quelle était la figure du sophiste, l’Étranger d’Élée se demande qui est le politique et à quoi correspond l'art royal ! Le dialogue est en effet sous-titré De la Royauté.

    Ce dialogue ne mets pas en scène Socrate - qui n’apparaît plus dans les textes désormais - mais l’Étranger d’Élée et Socrate le Jeune (qu'on ne peut confondre avec le mentor de Platon !).

    Le Politique et le Philosophe font, au contraire du Sophiste, parties de ceux qui savent ! Le texte débute par une interrogation sur ce que sont les différentes sciences, les arts de la connaissance. Comme dans le texte précédent, Le Sophiste, on procède par division/dichotomie.

    Ainsi, ceux qui possèdent la science royale devraient être les seuls à pouvoir être roi - mais de quoi s'agit-il ? Premier division : entre les sciences qui ont des conséquences dans l'action et les sciences théoriques où on travaille avec la force de son âme. C'est le cas de l'art royal qui est plutôt commandement que jugement. Il n'est pas un héraut qui retransmets les commandements d'autrui.

    L'art royal parce qu'il commande aux vivants, les hommes, est assimilé à l'élevage. Se pose alors la question de la division des vivants (hommes, bêtes,...) à ce stade !

    L'art royal est donc l'art de paître les hommes mais les laboureurs, les boulangers et les maîtres de gymnase pourraient alors aussi revendiquer cet art et le titre de pasteur d'hommes !

    Souvent, dans ses textes, Platon, qui se revendique pourtant du Logos, (la raison), recours aux mythes. Il évoque dans ce dialogue le monde en mouvement inversé, un temps où c'étaient les dieux qui faisaient paître les hommes. Mais un jour, ils lâchèrent la barre et le monde sombra dans le chaos, repris son mouvement naturel, les êtres s'écoulant alors dans le temps de la naissance à la finitude.

    De là, Platon - à travers l’Étranger, montre que la figure de pasteur divin est trop haute pour un roi. il faut distinguer les pasteurs d'aujourd'hui et ceux du temps de Cronos ! En fait le politique est "celui qui soigne les animaux bipèdes vivants en groupes."

    Il est ensuite question de la formation de la science en nous ! Pour apprendre des choses aux individus, il faut recourir à des exemples et des comparaisons - Platon prends alors l'exemple du tissage et montre qu'il y a des arts producteurs et des arts auxiliaires. Et les arts comme le tissage ou la politique se règlent sur la juste mesure ! Et la dialectique s'exercera mieux sur les petites choses !

    Ensuite, on a une évocation des cinq formes de gouvernement. Trois formes droites : la monarchie, l'aristocratie et la démocratie et deux formes dénaturées/déviées, la tyrannie ou l'oligarchie où l'illégalité remplace la légalité ! Je vous renvoie à mon billet sur Les Politiques,  texte de l'élève de Platon, Aristote, qui reprends cette typologie.

    Seuls quelques individus seront capables d'être des politiques et des rois car l'art de la politique est un art qui ne s'acquiert pas par la multitude !

    Platon interroge la question es Lois ! Doit-on et peut-on avoir un gouvernement sans lois ? Or la loi est généralité et comme les individus sont tous différents, elle ne saurait s'appliquer à tous les cas ! Il y a uniformisation contre multitude. Le législateur n'ajuste pas ce qui convient à chacun mais ce qui convient à la majorité. Dans les faits, il faut agir contre les règles écrites et les coutumes des ancêtres.

    On a ensuite une comparaison avec le médecin et le capitaine de navire afin de dire que celui qui n'utiliserait pas à bon escient son art devrait être traduit devant les tribunaux !

    L'art politique doit enfin être séparé de l'art militaire et de la jurisprudence. Il doit l'être aussi de la rhétorique qui est une science qui lui est en fait subordonnée !

    Le politique est donc celui qui veille sur les hommes, les instruit et prends soin d'eux, qu'ils soient bons ou mauvais. A ce stade, Platon édicte des règles d'association entre les individus, à travers les mariages.

    L'art royal évoqué dans ce dialogue, Le Politique, fait aussi écho aux prescriptions et au Philosophe-Roi d'un texte antérieur de Platon, La République !

    En tout cas, je constate là encore que ce texte est plus ardu que les textes de jeunesse de Platon !

    En espérant vous avoir éclairé, mais rien ne vaut la lecture directe du dialogue en question par vos soins !

    A bientôt !


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  • Le Sophiste - PlatonNous abordons, avec le Théétète, le Parménide ou aujourd'hui Le Sophiste, les textes de la maturité de Platon et force est de constater que ces écrits- là sont de plus en plus ardus par rapport aux textes sur lesquels j'ai fait des billets en 2017, les écrits de jeunesse !

    Le Sophiste est un dialogue platonicien qui a trait à la métaphysique, domaine hautement spéculatif ! Si Socrate y apparaît au début, il n'est pas l'une des deux personnes qui dialoguent ici ! C'est ici l’Étranger d’Élée qui mène le dialogue face au jeune Théétète qui lui donne la réplique ! La figure de Parménide, qui était déjà présente dans un précédent dialogue éponyme est également évoquée et ses thèses discutées !

    Il est question ici de l'être, de la nature de l'être, du non-être, interrogations et enquêtes qui doivent permettre de définir la nature du sophiste ! On sait que Platon a construit toute sa philosophie par opposition à des gens comme Protagoras ou Gorgias, les sophistes qui professait tout et son contraire pour de l'argent, figures opposées à celle du Philosophe !

    Si Socrate n'intervient pas ici, c'est aussi parce que, à travers l’Étranger d’Élée, Platon critique la Théorie des Idées qui attribue traditionnellement à Socrate !

    Pour parvenir à une définition du sophiste, l’Étranger et Théétète vont s'employer à pratiquer une sorte de classification par dichotomie. Le sophiste est finalement, à ce stade, définit comme un chasseur intéressé par les jeunes gens riches, un marchand de connaissances pour l'âme, un commerçant de détail, un fabricant des sciences qu'il vend, un athlète au combat de paroles et un purificateur ! On est donc pas sorti de l'auberge !

    On a donc six définition qui montre aussi la prétention encyclopédiste du sophiste, spécialiste auto-proclamé en tout et contradicteur de tous sur tous les sujets ! Il parle mais ne parle de rien ! Il est du côté du Non-Être et de l'obscurité, là où le Philosophe est du côté de l'Être et dans la lumière (ça rappelle le Livre VII de la République et le mythe de la Caverne !).

    Le sophiste énonce des propositions fausses et parle de ce qui n'est pas ! Or comment parler de ce qui n'est pas ! Dès lors ce dialogue se tourne autour du problème de l'Être et du Non-Être ! C'est ici que Parménide est évoqué, l'Un, le Tout et toutes ces notions !

    A un moment du texte, il est question des Fils de la terre et des Amis des Formes où Il est établit et rappelé que la question de l'Être est à l'origine de l'opposition entre Idéalistes et Matérialistes. Les partisans des Idées admettent l'existence de l'âme mais aussi d’entités invisibles et transcendantes comme la justice ou la sagesse ! Les Amis des Formes excluent de l'existence l'agir et le pâtir - dès lors comment connaître ?

    Cet écrit propose aussi à un moment des éléments de linguistique ! Un discours n'est possible qu'avec des sujets et des verbes entremêlés - tout ça pour dire que tout discours porte forcément sur un objet ! La dialectique a aussi son rôle à jouer ! Sont aussi énoncés les différents genres : Être, Mouvement, Repos, Même et Autre ! Il y a donc cinq genres et ceux-ci sont entremêlés de même !

    Le Non-Être n'est pas forcément le non-existant ! En effet, le Non-Grand peut être le Petit ou l’Égal ! Le Non-Être est donc une réalité ! De là, les phrases vraies disent des choses de ce qui est et les phrases fausses de ce qui n'est pas !

    On en revient au sophiste qui est celui qui est producteur de discours (Logos), production humaine et non pas divine. Avec le Logos, le sophiste produit des simulacres de la réalité, là où le Divin produit la Nature et l'image de la Nature (reflets, ombres,...)? Dès lors, la tromperie est possible - on peut mêler l'Autre et le Logis et ainsi obtenir des discours faux et introduire l'erreur. Le sophiste est celui qui imite les choses qu'il ne connaît pas, sachant pertinemment qu'il trompe son interlocuteur !

    Voila ! Je n'ai évidemment pas la prétention d'avoir fait le tour de ce texte et vous invite à le lire vous-même si la philosophie vous intéresse - et à l'accompagner de lectures d'ouvrages critiques qui ne manquent  pas ! Ce qui précède n'est qu'une mise-en-bouche !

    A bientôt !


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  • Parménide - PlatonQue voilà un texte difficile ! A vrai dire, j'ai lu le Parménide  - ou Des Idées - de Platon - qui est un discours sur l'Un - et n'ai rien compris !

    Ce texte représente pourtant un tournant majeur dans l’œuvre du philosophe - et occidentale en général ! - puisqu'il y reprends une cosmologie qui est antérieure à lui-même ! Ce dialogue, Parménide, est en outre considéré comme fondamental par les Néo-Platoniciens - comme Plotin - puisqu'on s'y entretient de l'Unicité de l'être ! N'ai donc pas compris grand chose mais vais tout de même essayer de vous en entretenir en m'aidant notamment de Wikipédia !

    Dans ce dialogue, si Socrate est présent, ce n'est pas lui qui s'exprime ! il s'agit plutôt d'un échange entre Parménide, alors âgé et le "jeune Aristote" - qui n'est pas ici Aristote de Stagire, l'auteur de la Métaphysique. On notera une impossibilité pour Socrate, même jeune, d'avoir pu rencontrer Parménide car leurs dates d'existence ne correspondent pas !

    Platon introduit ici un nouvel élément dans le réel, celui des "Formes intelligibles", là où le "sensible" est ce qui est dans le flux, en changement perpétuel ! Lorsque j'imagine un arbre, c'est une Forme intelligible que je visualise, Forme que je ne peux pas toucher !

    L'Un est le principe d'unité sous-jacent à la multiplicité des Idées et des phénomènes. Mais l'Un fait-il partie de l'Être ou lui échappe-t'il ? Ou est-il, troisième hypothèse, dans un état intermédiaire changeant ?

    En lisant ce texte, j'ai eu l'impression qu'on disait tout et son contraire ! En fait, cela vient qu'on examine 9 hypothèses au total - et il est parfois difficile de s'y retrouver !

    On va ainsi passer en revue les caractéristiques de l'Un : a-t'il des parties ou non (?), est-il dans l'espace et le temps ou non (?), est-il semblable ou dissemblable (?), en mouvement ou au repos (?) etc... C'est, en fait, j'ai l'impression un texte très "technique" qui s'appuie sur la tradition philosophique qui a précédé Platon - et cette tradition - qui nous est méconnue (les Pré-Socratiques) est considérable (et si mal conservée !) !

    Reste vivante la question de l'accès aux Formes ! Comment les connaissons-nous ? Par la réminiscence ? Via notre âme ? Sont-elles seulement connaissables ?

    Parménide examine successivement, dans les 9 hypothèses, les thèses relatives à l'Être : Être/ Néant (ou non-Être), Repos/Mouvement, Identité/Différence, Égalité/Inégalité, Vieillesse/Jeunesse, Absolu/Relativité, Fini/Infini en nombre, Un/Multiple, Divisible/Indivisible, En contact/Sans contact et Grand/Petit. Pour certaines de ces thèses, on a là une préfiguration des catégories (de l'être) d'Aristote !

    je ne reviendrais pas sur les 9 hypothèses, disons "simplement" qu'elles se divisent en deux groupes : la thèse positive - qui regroupe les hypothèses 1 à 5 avec des nuances : "l'Un est".  Puis la thèse négative avec les hypothèses 6 à 9 qui pose "l'Un n'est pas" ! Ardu je vous l'ai dit !

    Pourtant ce dialogue difficile a une influence considérable sur la suite de l'Histoire de la Philosophie puisqu'il fonde véritablement toute la métaphysique occidentale ! Chaque moment de l'analyse de l'un a donné lieu à une branche de la philosophie, pas seulement le Néo-Platonisme mais aussi pour ne citer qu'un exemple, l'Idéalisme de Berkeley !

    Il faudra donc que je revienne sur ce texte à titre personnel, une seule lecture ne saurait suffire (pour aucun texte philosophique de manière générale  - à part peut-être les textes de Michel Onfray !). Une chose est sûr, il ne faut pas commencer Platon et la Philo par ce texte ! Sous peine de découragement !

    Avant de prendre congés, je voulais vous signaler que si j'ai obtenu ce mois-ci ma Licence L3 de Philosophie, je ne poursuis pas en Master, pas pour le moment, pas avant deux ans, 2020 - 2021 ! Vais en effet, entre temps, essayer de passer le concours de bibliothécaire en suivant une formation préparatoire pour les deux prochaines années !

    Je continuerai cependant à lire de la philosophie dans l'intervalle mais en autodidacte - et peut-être même à un rythme plus soutenu que durant ma formation de philo car ai coutume, pour une lecture au programme, à faire 3 ou 4 lectures de mon initiative !

    A bientôt !


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  • A l'été 2017, nous avions examiné ensemble les textes du corpus platonicien du tome 1 de la Pléiade ! Durant cet Théétète - Platonété 2018, nous allons nous pencher sur le tome 2 avec des textes aussi importants que le Théétète, le Timée, Le Philosophe ou Les Lois - avant d'aborder les textes apocryphes !

    Aujourd'hui, il sera question du Théétète ou De la Science, texte fondateur de la tradition épistémologique qui tente de donner une définition de la science et de ce qu'est la connaissance. Il forme un ensemble, un  triptyque avec Le Sophiste et Le Politique - et on peut éventuellement rajouter Le Philosophe. C'est un texte de la maturité !

    Pour poser la Science, il faut d'abord démontrer que les Formes existent car ce sont elles qui permettent d'établir ds définitions, d"avoir une dialectique qui construit et ne fait pas que réfuter !

    Selon le jeune Théétète, un des interlocuteurs de Socrate dans ce dialogue, la connaissance procède de la sensation. Or le monde sensible est devenir - les objets se déplacent mais plus encore se corrompent ! Il va donc falloir poser une définition du mouvement en recourant à la tradition d'Héraclite et de Parménide.

    Selon Héraclite, le monde est mouvement ! Dans cette perspective, la connaissance est impossible car comment poser une définition stable sur des objets qui ne cessent de changer ! La Science est condamnée d'avance !

    Si la connaissance est sensation, cela fait dépendre cette connaissance des capacités empiriques des individus - il y a déjà du Berkeley chez Platon ! On perçoit par notre corps et comme le disait Protagoras, "l'homme est la mesure de toute chose." Socrate nuance ce point de vue et ajoute " à la mesure de l'homme compétent". Mais aussi, selon cette conception, la connaissance ne serait qu'un simple "point de vue" et introduit le relativisme en sciences ! La vérité est-elle encore possible ?

    Le Théétète  est donc un dialogue aporétique - qui mène à une aporie, une impasse philosophique. C'est aussi un des derniers dialogue qui mets en scène Socrate, un des premiers dialogue de maturité - comme on l'a dit ! - et un des derniers de jeunesse !

    Au début de ce texte, Socrate rappelle aussi que sa mère était accoucheuse et que lui-même accouche les âmes des hommes ! Si l'on perçoit pas nos sens, et notre corps, il y a certains choses que nous "percevons" par notre âme (comme le concept de pair et impair par exemple !) Ce dialogue se déroule quelques jours avant le procès de Socrate.

    La connaissance procède de la compétence mais aussi du savoir d'être compétent. On sait la propension de Platon à s'attaquer aux sophistes qui prétendent à une compétence universelle mais trompeuse. Dans ce texte, à cet égard, Socrate risque de blesser son autre interlocuteur Théodore qui a reçu une éducation sophiste -  ce qui conduit ce dernier à se défausser de la conversation en arguant de son âge ! Il est suggéré ici que Socrate, "accusé de corrompre la jeunesse" prends en réalité grand soin de l'éducation de celle-ci !

    Socrate procède par des exemples et montre que les compétences vont des sciences aux artisans. Une science est une science de quelque chose, elle a un objet ! Il y aurait donc autant de sciences que d'objets/ Mais en disant cela, on ne dit pas ce qu'est une science, on se contente d'énumérer ses objets ! Ne peut-on définir la science que par une liste de sciences ? Définition bien insuffisante en réalité !

    La connaissance est ce qui implique d'accéder à la vérité et donc aux essences. Socrate va réfuter Protagoras et Héraclite en montrant que la perception ne peut accéder à la vérité !

    De même, la science n'est pas l'opinion vraie car on peut avoir une opinion vraie sans en avoir la science ! On peut tomber sur le vrai par hasard ! De plus, l'âme humaine est une "tabula rasa", semblable à ces tablettes de cire qu'utilisaient les Grecs. Les objets entrent dans l'âme par les sens et y laissent une trace. Plus la trace est profonde, mieux on retiendra !

    Il convient alors de définir ce qu'est un faux jugement, quand la perception n'est pas en adéquation avec la pensée mais aussi quand la pensée n'est pas en adéquation avec elle-même !

    Socrate utilise alors l'image d'un colombier pour une connaissance que l'on possède mais que l'on a pas, qui est seulement une possibilité à disposition, comme ces oiseaux dans le colombier, représentants les connaissances, et dont on peut se saisir !

    La science est en réalité l'opinion vraie quand celle-ci est accompagnée d'une définition. Connaître, c'est être assuré d'une science. C'est donc l'opinion vraie justifiée !

    Voilà, il y aurait encore beaucoup à dire car l’œuvre de Platon est inépuisable et la tradition philosophique depuis 2500 ans n'est jamais qu'un commentaire de Platon ! Par exemple, ici, on voit l'influence de Théétète sur la philosophie des sciences et la tradition empirique - ou encore sur l'ontologie ! c'est d'une richesse prodigieuse !

    A l'avenir, je prévois aussi de vous faire des billets sur des ouvrages critiques de l’œuvre de Platon, là Luc Brisson me vient en tête car suis plongé aussi en ce moment dedans !

    Philosophiquement votre ! A bientôt !


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  • Pour une philosophie de terrain - Christiane VollaireL'image du philosophe perché dans sa tour d'ivoire à la peau dure ! Il serait l'intellectuel parfait qui théorise des revendications qui ensuite vont donner lieu à des luttes "sur le terrain" !

    Christiane Vollaire, dans son essai Pour une philosophie de terrain, montre à contrario que c'est le combat sur le terrain - bref la praxis ! - qui va faire émerger de nouvelles réflexions philosophiques. Étymologiquement, le "terrain" est d'abord le terrain militaire, le lieu de la bataille - et donc de l'action ! Pour une philosophie de l'action qui agit sur le réel ?

    On retrouve là la vieille opposition entre idéalisme - les idées tombent du ciel ! - et empirisme - tout procède des sens. La philosophie de terrain va engager le corps, le mouvement, le déplacement, voir l'exil ! C'est aussi l'expérience qui va importer !

    L'auteure se base d'ailleurs sur son expérience personnelle. Diplômée de philosophie, elle a d'abord enseigné puis a été infirmière durant dix années. Elle a aussi pas mal publier dans des revues de philosophie et de médecine, réfléchissant sur sa pratique. Se pose alors, dans le recours au terrain, pour la pratique/pensée philosophique, la question de l'enquête. Quel est le statut de l'enquêté ? Victime, témoin ou expert ? Quelle attitude doit adopter l'enquêteur ? Doit-il être neutre ? Doit-il s'immerger dans le milieu étudié (investigation participante) ?

    Dans un second chapitre, Christiane Vollaire revient sur sept figures de la philosophie et leur rapport au réel ! On a Spinoza, Marx et Engels, Simone Weil, Hannah Arendt, Pierre Bourdieu et Michel Foucault.

    Avec Spinoza, nous est rappelé que l'intellectuel parle toujours depuis un point de vue inscrit dans un contexte historico-politique. Ici, c'est celui d'une société très religieuse.

    On connaît les théories de Marx et Engels sur la réification des prolétaires et la marchandisation du travail. Il est montré ici que ces schémas se reproduisent alors dans la famille avec le patriarcat.

    Simone Weil étudie et condamne la division du travail qui conduit à la séparation entre travail intellectuel et travail manuel - où ceux qui donnent les ordres sont dans un rapport de domination et ceux qui les subissent ne pensent plus pour éviter la souffrance.

    Hannah Arendt revient sur le procès Eichmann en 1961, s'interroge sur les conditions du procès, les responsabilités dans le massacre des Juifs et pose la "Banalité du Mal"  - ce qui lui valut nombres de reproches !

    Pierre Bourdieu se penche lui sur la Guerre d'Algérie et le déplacement des paysans algériens pour éviter qu'ils ne soient contaminer par les rebelles ! Une réflexion sur l'exil donc - et la désocialisation.

    Enfin, je ne m'attarderais pas sur Michel Foucault, théoricien du bio-pouvoir et très engagé sur le terrain notamment sur la question des prisons ! Il est aussi question ici de son analyse de la révolution iranienne en 1979 qui s'est retourné en déversement de violence.

    Enfin, dans le troisième temps de l'ouvrage, il est question d"études sur le terrain mené par la philosophe, auteure de cet essai !

    C'est d'abord en Égypte en 2011, depuis la place Tahrir où elle donne la parole à des protagonistes qui s'opposent à un système étatique intégralement corrompu.

    C'est ensuite au Chili, en 2012, dans un pays également corrompu, livré avec le coup d'état de Pinochet de 1973 à l'ultralibéralisme à des fins d'enrichissement personnel. On voit alors que l'Amérique du Sud est une terre déchirée la violence qui s'inscrit dans trois temporalités, courte, moyenne et longue durée et où se pose un problème mémoriel.

    Puis, c'est la Bulgarie en 2014 où, on n'en a pas beaucoup parlé, mais vingt personnes se sont immolés par le feu un peu partout dans le pays, là encore pour protester contre un État corrompu. Christiane Vollaire donne la parole à ceux qui étaient là.

    Pour finir est associée la possibilité de lier la philosophie de terrain à une pratique de la photographie documentaire, loin du pathos et du sensationnel - et qui donne encore plus de sens. En clair, procéder à une "politisation de l'Esthétique" là où on avait une "esthétisation du Politique". Il est ici mentionnée la collaboration avec le  photographe Philippe Bazin.

    Un petit ouvrage - moins de 200 pages - néanmoins très dense - avec une bibliographie assez fournie et qui ouvre de nouvelles pistes de réflexions ! A une époque où la philosophie peut apparaître comme sclérosée, il est temps de la faire renouer avec le réel à travers la pratique et de savoir "d'où l'on parle" !

    A bientôt !

    PS : J'ai emprunté ce livre à la Bibliothèque Universitaire de ma ville où j'espère par ailleurs faire un stage cet été 2018 !


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  • Depuis presque une dizaine d'années, je consigne des réflexions - qui me viennent de mes lectures et deDes Réflexions à foison - VII mes expériences du monde - dans des carnets numériques ! C'était déjà bien avant que je fasse des études de Philosophie ! Peut-être un jour établirais-je un système et des synthèses thématiques ?

    Voici les quelques discussions du jour !

    Le langage permet de maîtriser le temps ! Il permet de ramener les choses au présent et nait avec l’écriture de l’Histoire.

    Pourtant, le langage est incapable de dire ce qu’est « le Temps ». Pour se faire il utilise des approximations telles que « le temps s’écoule » confondant temps et phénomènes temporels !

    (03/11/2013)

                                                                       ***

    Ouverts d’esprit, racistes ? Antisémites ?

    On l’est tous potentiellement car on ne choisit pas dans quel milieu on naît !

    Tous se joue dans l’éducation or on ne choisit pas – nos aînés – notre milieu – nous l’impose.

    L’intolérance n’est pas génétique !

    Claude Lévi-Strauss : Nature et culture !

    (04/11/2013)

                                                                    ***

    1 univers avant le Big Bang ---- 1« tour de manège » de plus

    n univers --- n « tours de manège »

    Mais tout de même un univers initial

    Donc 2 théories interféreraient

                              Univers cyclique

                              Et naissance du premier univers

    A combien de « tours de manège » en sommes –nous ?

    (Et le multivers dans tout cela ?)

    (04/11/2013)

                                                                       ***

    La métempsycose ? La réincarnation des âmes ? Quelle « foi » y accorder ?

    Moi, je me rappelle que lorsque j’avais 5 ans et que me venait mes premières pensées –pas encore quoi que des réflexions – sur la mort, j’avais, à 5 ans, l’impression d’avoir vécu bien plus longtemps que 5 ans ! Il est vrai que quand on est enfant, on n’a pas la même notion du temps ! Et la légende du « baiser de l’ange » qui nous effacerait nos souvenirs de nos vies antérieures ?

    L’oubli est nécessaire à la construction de la mémoire et de l’identité – à l’échelle d’une seule existence – et de plusieurs ?

    Deux potes à moi, des intellos des bacs à sable, ont eu une conversation dans le bus, dont je me souviens, à la fin des années 1980, du temps du lycée ; Ils expliquaient qu’ils avaient l’impression de connaître déjà des lieux où ils ne sont jamais allés.

    Mais il faut remarquer que de par la culture qu’il acquiert, par ses lectures, l’individu curieux de nature possède une mémoire antérieure à sa naissance. Par exemple, je n’ai pas vécu la Seconde Guerre mondiale mais j’en ai des images par les documents historiques que j’ai lu ! C’est par l’écrit que l’homme entre dans l’histoire. D’où aussi mon journal comme témoignage et fil rouge pour ma famille !

    (18/11/2013)

                                                                       ***

    La bêtise, ce n’est pas tant le manque de culture mais plutôt d’avoir des certitudes !

    « Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien ».

    Attention toutefois à ne pas tomber dans la fausse modestie. Pourquoi se cacher que l’on a une grande culture lorsque c’est effectivement le cas ! Moi et mes nombreuses lectures : entre 2 et 5 romans/essais par semaine !

    (18/11/2013)

                                                                     ***

    Le but de la quête de la connaissance n’est pas d’acquérir une érudition absolue, ni même d’approcher la Vérité mais plutôt de combattre ses propres certitudes.

    Je me rends compte que cela peut être déstabilisant !

    Le sage est plus « perdu » que l’ignorant !

    (19/11/2013)

                                                                     ***

    La Vie a-t-elle un sens ? En tout cas, elle est complexité !

    (20/11/2013)

                                                                     ***

    Dans les temps antiques, le cosmos, les dieux et les passions humaines étaient reliés. Puis, il y a eu compartimentation – et désenchantement ? – dans leur étude.

    Avec les plus récentes découverte de la Physique – Le Big Bang, le multivers, la science se mêle de nouveau au religieux – est-ce un bien ? Un mal ?- au philosophique et au métaphysique ! Un retour de la transdisciplinarité que j’appelle de tous mes vœux – pour mieux approcher la complexité du réel !

    (25/11/2013)

                                                                     ***

    J’imagine – ou plutôt, j’en ai rêvé – que l’avenir du cinéma et du jeu vidéo se situe dans une sorte de « 3D Max Interactive », au croisement entre technologie Wii, holographie en couleur et possibilité de déplacer des objets sur des interfaces en « solide » à la manière de Minority Reports ou des films Marvel Iron Man ou Agents of Shield !

    On visionnerait un film de manière nouvelle, on se déplacerait dans le décor, on pourrait même bouger les objets mais, dans le cas d’un film – et pas d’un jeu vidéo ! – on aurait un message d’erreur si on déplace un objet dont le héros a besoin !

    Visionnaire !

    (29/11/2013)

                                                                        ***

    Être lucide sur le monde rend-t-il plus heureux ?

    (01/12/2013)

     

    C'est tout pour cette fois ! A bientôt !

    (Libre à vous de creuser ces pistes de réflexions en commentaires ! J'y répondrais volontiers !)


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  • Hegel est un philosophe ardu à lire mais tellement brillant ! Nous allons aujourd'hui nous intéresser à ses théories sur l'art. L'Art, pour Hegel, relève avec la Religion et la Philosophie, de l'Esprit absolu qui succède lui-même à l'Esprit subjectif et à l'Esprit objectif.

    L'art qui va nous intéresser ici, pour illustrer notre propos, est l'architecture  - c'est un art du dessin - comme la sculpture et la peinture, dans lequel notamment Michel-ange a brillé à la Renaissance. Pour Hegel, l'architecture est un langage, et c'est à ce titre qu'elle est un art, quand elle se différencie des productions purement fonctionnelles. Elle est alors dite autonome, ce qui se produit lorsque la fonction et la forme ne sont pas séparées ! Ou encore quand elle ne sert pas seulement à satisfaire des besoins pratiques !

    L'Histoire de l'art vue par Hegel - L'art symboliqueL'architecture devient autonome et langage, lorsqu'elle communique certaines représentations qui façonne l'"extériorité sensible", l'espace que nous percevons autour de nous, dans les trois dimensions !

    L'art permet de manifester l'Absolu et il a longtemps été associé à la religion. Hegel considère alors que c'est au moment où il est associé au religieux que l'art est le plus libre. L'art est mis au service des dieux, manifeste l'Absolu mais en réalité, à travers l’œuvre d'art, c'est lui--même que l'artiste exprime !

    L'art imite-t'il la nature ? Au départ, peut-être ! Se référer à la "religion des fleurs" en  Inde ! C'est une première étape de l'art symbolique ! Puis il s'en affranchit en géométrisant les formes. C'est la seconde étape de cet art symbolique !

    L'Histoire de l'art et de l'architecture comprends trois âges pour Hegel : l'âge symbolique, l'âge classique et l'âge romantique. On part de formes lourdes qui vont s'affiner ! Nous allons nous intéresser aujourd'hui à l'art symbolique avec l'architecture égyptienne.

    Dans l'art symbolique, à travers l'architecture, le contenu spirituel de la représentation est d'abord général et abstrait. Il y a chez les Égyptiens, auxquels nous allons nous intéresser, une géométrisation des formes et de la nature - même dans la représentation des personnages ! Mais le plus bel exemple est la pyramide qui a une forme de tétraèdre et qui est un universel abstrait avec un côté spirituel : le tombeau d'un Pharaon.

    En réalité, l'architecture est l'art symbolique par excellence ! La pyramide est une représentation de l'Absolu alors que par la suite, dans l'art classique, avec le temple grec, on a affaire à une construction qui contient une représentation de l'Absolu.

    La pyramide est l'exemple parfait d'une œuvre symbolique (au sens historique), car, si elle possède une figure, c'est une figure abstraite. Certes elle est un tombeau mais elle existe de manière autonome par rapport au tombeau.

    L'architecture est un langage muet qui gagne en autonomie. Les architectures doivent demeurer des symboles et pas seulement des signes. Elles communiquent donc des représentations mentales.

    Je vous parlerais prochainement de l'art et de l'architecture classiques !

    A bientôt !

    PS : Pour concocter ce billet, je me suis appuyé sur les cours de Philo/ Esthétique que je suis à la fac, et d'un blog intitulé "Le phiblogZophe" consacré à la photographie, à l'architecture et au cinéma - et à Heidegger !


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  • Je vous livre ici à nouveau quelques unes de mes pensées ! Et oui ! Je réfléchis parfois !


    Le Monde est dans notre Esprit.
    (14/10/2013)


    Pour accéder à des vérités supérieures comme une prise de conscience de son soi, il faut un « déphasage » ! Ainsi lors de crise, il faut un déphasage – recul - par rapport à la société (cas des marginaux, des précurseurs, des révolutionnaires…) et pour se connaître soi-même, la maladie mentale peut constituer ce genre de déphasage ! A condition d’un retour à la « normale » après ce déphasage. Prise de conscience puis retour critique !
    (17/10/2013)

    Des Réflexions à foison - VI



    La souffrance apparaît avec la Vie et le mal avec l’Homme.
    (18/10/2013)


    L’individu est riche d’altérité. Sans même prendre en considération l’inconscient, on n’est jamais le même à aucun moment de sa vie et de plus, nous portons des masques sociaux en fonction de nos interlocuteurs !
    (20/10/2013)


    Ce sont les gens qui ne savent rien qui ont des certitudes.

    La connaissance entraîne le doute

    (Et le doute détermine la connaissance. Descartes ?)
    (26/10/2013)


    Comment appréhender Dieu et les intermondes ? Plus généralement l’Invisible ?

    Il y a des choses que la science ne peut prouver car elle se base sur l’expérimentation et sur ce qu’elle voit ! Or ces choses précitées sont-elle des réalités … ou pas du tout du fait qu’on ne peut les « toucher » par nos sens, par une méthode empirique.

    La science se fonde-t-elle sur l’empirisme. Sur l’observation oui !

    Ressortent-elle donc à contrario de notre imagination ? Peut-on les former dans notre esprit comme des idées ?

    Les idées de Platon. Idéalisme et empirisme. Idéalisme et matérialisme. Matérialisme et empirisme…

    Un autre sujet à creuser !
    (27/10/2013)


    Pour être heureux, il faut croire en quelque chose de supérieur à soi.

    L’Humanité !?
    (28/10/2013)


    Peut-on imaginer que la matière, l’Univers et tout ce qui est soit né du rien ?

    Comment concevoir ce rien qui précède l’existence de l’Univers ? Dès lors qu’on tente de l’imaginer, on tente de se le représenter donc on donne une forme – et un nom – à ce qui n’en a pas !

    Or le point zéro est indicible. Peut-être même – en tout cas dans l’état actuel de nos sciences – par les mathématiques !
    (01/11/2013)

    Sur ces mots - pleins de sagesse ? - que je livre à votre sagacité, je vous dis à bientôt !


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  • Idées directrices pour une phénoménologie - Edmund HusserlLa phénoménologie transcendantale est la grande affaire d'Edmund Husserl. Notre homme n'est pas philosophe de formation et pourtant son objectif est d'établir la philosophie comme une science au même titre que les mathématiques ! La phénoménologie est une méthode.

    En 1913, dans son gros ouvrage dont le titre complet est Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pure - et son premier tome "Introduction générale à la phénoménologie pure" - Husserl pose pour la première fois une première définition et présentation systématique de ce qu'est la phénoménologie qu'il distingue de la psychologie empirique d'alors ! Le spectre de la première discipline étant plus large que celui de la seconde.

    Il s'agit de se détacher de l'"attitude naturelle", notre façon naïve de percevoir et d'appréhender les choses, compréhension spontanée et immédiate - et fautive de ce fait ! - du monde. En effet, l'expérience et la conscience naïves envers le monde ne sont pas dénuées de préjugés !

    Husserl distingue immanence - ce qui est dans la conscience et donné absolument - et la transcendance - ce qui est hors de la conscience et non donné absolument ! Ce livre d'Husserl est un prolongement à Descartes et une réponse à la Critique de la Raison Pure  de Kant ! Pour le philosophe de Moravie, le monde s'explique par l'activité du sujet ! C'est le sujet qui donne un sens aux choses, qui cherche à dégager la rationalité du monde. Ce n'est pas le monde qui explique le sujet mais plutôt l'inverse !

    Les Idées de la phénoménologie comporte quatre sections !

    Dans la première section, Husserl porte son attention sur la connaissance des essences ou comment passer de l'observation de faits particuliers simples à la saisie des essences ? Le texte présent est donc bien une épistémologie, fonder la philosophie comme une science ! On est au delà du simple principe de l'induction toutefois.

    Comment passer de l'observation particulière de mon moi ou du moi d'autrui à l'essence de la subjectivité ?

    Cette préoccupation pour les essences nous rapprochent des considérations mathématiques, discipline qui s'intéresse par définition aux essences, le triangle idéal, le carré idéal etc,... Les faits bruts n'ont pas de sens en philosophie - sauf à rester dans le dogmatisme ! Il faut s'en arracher, en tirer le sens et synthétiser  -comme on synthétisera nos différentes perceptions et souvenirs...

    La deuxième section contient des descriptions proprement phénoménologiques : comment pouvons-nous avoir accès aux choses telles qu'elles se donnent ?

    C'est possible en mettant entre parenthèses l'attitude naturelle - de là on découvre l'ego ! Dans cette section, Husserl pose tous ses concepts fondamentaux : intentionnalité, réduction ego, transcendantal,... Husserl va aussi plus loin que Descartes dans l'analyse du "je" et ne le fais pas reposer sur Dieu !

    Dans la troisième section, sont introduits les notions de noème - l'objet constitué en tant que sens par la conscience - et de noèse - l'acte de l'esprit qui rends possible ce genre de constructions ! Souvenir, perception et imagination sont ainsi trois types de noèses !

    Enfin, dans la quatrième et dernière section, Husserl réponds aux objections qui lui ont été faites ! La réduction phénoménologique ne fait rien perdre au monde et permets au contraire d'expliquer le monde notamment le temps - la rétention ! - et l'espace - le corps !

    Le monde ne se comprends qu'à partir du mode de données et la phénoménologie permets aussi une ontologie, un accès à l'être ! Heidegger, l'autre tenant de la phénoménologie - quoiqu'un peu différente de celle de Husserl - mettra cette question ontologique au cœur de on ouvrage majeur Être et Temps !

    Voilà, la pensée de Husserl est éminemment complexe mais diablement intéressante !

    A bientôt !


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  • La façon dont nous traitons les animaux en dit souvent long sur nous, sur notre humanité, notre rapport au monde et aux autres. Que l'on fasse partie des "30 Millions d'amis" ou que l'on exploite sans vergogne les bêtes, nous avons des responsabilités vis-à-vis des animaux. Progressivement, nous prenons conscience que l'animal a une sensibilité et peut souffrir et nous reconsidérons le grand mensonge que nous nous cachons à nous-même, la réalité des abattoirs tandis que le végétarisme et le véganisme trouvent de plus en plus d'échos !

    L'homme a longtemps considéré l'animal comme lui étant inférieur ! Le pli est posé dès les textes du premier Monothéisme. En effet, dans le Judaïsme et les écrits de la Genèse, il est posé que les bêtes sont mises à disposition d'Adam et qu'une fois le Pêché originel introduit, l'homme a le droit de consommer les animaux et de les mettre sous le joug. Fini le temps de l'Harmonie et de la coexistence pacifique !

    Pourtant, par la suite, les penseurs juifs comme Moise Maimonide établiront que "la connaissance de Dieu est préférable aux holocaustes" et on "ne fera point cuire un chevreau dans la lait de sa mère".  On ne sacrifie plus les bêtes sur les autels et on préfère la prière intérieure et le recueillement.

    Découlent aussi de la tradition et du canon, dans le Judaïsme, moins dans le Christianisme mais à nouveau dans l'Islam un certain nombre d'interdits alimentaires : porcs, fruits de mer etc,...

    Chez les Grecs, la problématique de l'animal commence avec Pythagore. Tuer un animal est commettre un crime effroyable car croyant en la réincarnation, les pythagoriciens affirme que tuer une bête est comme tuer un père ! On retrouve pareille pensée dans les religions de l'Orient, comme le Bouddhisme !

    Pour les Stoïciens, l'animal est dépourvu de raison qui est l'apanage de l'Homme. Tout relève d'une harmonie cosmique, œuvre des Dieux et chaque chose est à sa place et à son utilité. L'animal a un rôle à jouer et est un "miroir de la nature". Il est aussi "au service de l'Homme".

    Platon établit que, hormis celles qui sont inertes, chaque chose a une âme, en découle une hiérarchie des âmes. L'âme est vu comme un attelage ailé dans le Phèdre, peut se réincarner en animal suivant sa nature dans le Phédon et a trois parties dans la République.

    Aristote décrit une âme végétative, sensitive et intellectuelle. L'âme est ce qui anime et informe le corps.Aristote a beaucoup écrit sur les animaux notamment une Histoire des animaux et il établit qu'il y a une continuité d'une espèce à l'autre qui passe par d'infimes variation, une "échelle des êtres".

    Théophraste, ami et collaborateur de son mentor Aristote fut véritablement le premier penseur à manifester une amitié réelle envers les animaux avec lesquels les hommes forment une "véritable famille" Nous leur sommes "apparentés" " dans la même maison". Les bêtes sont pour lui aussi animées de sensations et de désirs. Les hommes sont devenus insensibles et s'arrogent le droit de tuer les animaux - cette opinion est aussi partagée par Plutarque. Aux sensations et désirs que posséderaient les bêtes selon Théophraste, Plutarque rajoute les sentiments , l'intelligence - déjà décrites chez eux par Aristote - et enfin l'imagination.

    Pour Porphyre, ce sont de "mauvaises habitudes" qui ont poussé l'Homme à devenir le plus cruel des animaux ! Après Théophraste et Plutarque, Porphyre élargit la gamme de capacités des animaux et comme son maître Plotin pense que le corps - et donc la consommation de viandes - alourdit l'âme de l'Homme !

    Quittons l'Antiquité pour aborder la Renaissance - qui est une redécouverte des textes antiques ! Montaigne le premier fait un éloge des bêtes dans un passage fort célèbre de L'Apologie de Raymond Sebond, où il place les hommes et les animaux sur un pied d'égalité ! Les animaux possèdent des capacités remarquables qui dépassent même dans certains cas les nôtres ! Les bœufs et le chiens sont capables de compter, les fourmis et les abeilles font des sociétés complexes, les éléphants ont de la mémoire, etc,... L'auteur des Essais  multiplie les exemples dans ce texte sur lequel j'ai par ailleurs travaillé durant mes études de Lettres !

    Les choses se compliquent avec Descartes qui marquent un grand retour en arrière ! Le Penseur de la Haye voit le monde selon la dualisme de la chose pensante et de la chose étendue (res cogitens  et res extensa). Le monde n'est alors plus qu'un gigantesque mécanisme d'horloge dans lequel les animaux - qui n'ont pas le langage, ne penseraient pas -  et sont donc des machines. Ils ne sauraient ressentir les choses ! On peut donc frapper son chien comme l'affirmera Malebranche puisqu'il ne ressent pas la souffrance ! Cela nous parait impensable aujourd'hui - et révoltant !

    Les Quakers sont à l'opposé de cette pensée. L'argument de cette secte religieuse dérivée du Protestantisme est théologique. Pour eux, la présence de Dieu se fait ressentir dans tout être vivant et donc on doit le respect à chacun de ces êtres ! Chaque créature désire avoir son droit naturel.

    La Mettrie, athée et libertin du Siècle des Lumières, provoque le scandale avec son ouvrage L'Homme-machine. Il retourne l'argumentaire de Descartes en posant que l'Homme - qui a la pensée - n'est lui aussi qu'un automate perfectionné ! Dès lors pourquoi dénier la pensée aux animaux ? Ceci choquera profondément l’Église pour qui l'Homme tient une place éminente dans la Création.

    Condillac démonte aussi les théories de Descartes sur les animaux-machines. S'appuyant sur Hume, il analyse les différences entre sensation et réflexion et pose que la sensation est l'unique source de la connaissance, en bon empiriste. La différence entre l'Homme et l'animal est que, contrairement à ce qu'on croit, seuls les hommes s'imitent les uns les autres - perfectionnant ainsi leur connaissance, les animaux, eux, ne font que réagir de la même façon dans un nombre de situations limitées !

    Jean-Jacques Rousseau avance quand à lui que l'on a nul besoin de faire souffrir les animaux, la Terre regorgeant d'autres ressources ! Le droit des bêtes à ne pas souffrir ne doit pas reposer sur la présence ou non de telles capacités sensibles ou intellectuels chez elle mais sur le ressort de la pitié ! Si on veut manger un bœuf, il faudrait l'égorger nous-même et ne pas se cacher la réalité et déléguer la sale besogne ! Avec le philosophe suisse, apparaît la critique de l'alimentation carnée dans notre modernité !

    Emmanuel Kant lie lui les obligations que nous avons avec les bêtes dans les obligations que nous avons avec nos semblables. Il faut faire "comme si" les bêtes étaient des personnes humaines. Or pour Kant, l'homme est une fin et non un moyen. qui se comporte mal avec une bête se comportera mal avec un homme !

    Les Penseurs de la Cause Animale

    Arthur Schopenhauer - dont on savait l'amour pour son caniche ! -  porte de violentes accusations contre le Judéo-Christianisme qu'il accuse d’avoir rendu les hommes cruels à l’égard des animaux par son anthropocentriste ! L'Homme n'est pas le seigneur de la terre et les bêtes ne sont pas un produit à notre usage !

    Jeremy Bentham introduit l'Utilitarisme dans le débat animal. Selon lui, il faut raisonner de manière pratique en termes de recherches de plaisir et d'évitement de désagréments et de souffrances ! Il ne s'agit alors pas tant de renoncer à ou d’interdire l'alimentation carnée mais d'éviter le maximum de souffrance à l'animal en lui infligeant une mort rapide et indolore.

    Charles Darwin va secouer encore plus fort les institutions religieuses en abolissant la frontière entre l'Homme et l'animal. En effet, si l'Homme descend du singe, il est lui-même un "Homme-animal" ! Scandale ! Et cela oblige à reconsidérer les capacités et les droits des uns et des autres !

    Passons pleinement dans la Modernité dans un troisième temps ! L'idée du végétarisme va peu à peu émerger dans nos société ! Ainsi le Russe Léon Tolstoï prône celui-ci afin pour l’Homme de trouver sa voie morale. On en doit pas tuer les bêtes ! il faut savoir d(où vient le poulet qu'on a dans notre assiette, la souffrance qu'il enduré ! En finir avec l'hypocrisie institutionnalisée ! Pour un végétarisme éthique ! Henry Stephens Salt prends acte de l'émergence de ces nouvelles pratiques alimentaires et montre pour appuyer le mouvement que la consommation de viande n'est pas un impératif biologique ! Le mouvement pour aller "de la Barbarie à l'Humanité" est en marche !

    On commence à considérer véritablement le point de vue de l'animal, notamment avec Jacob von Uexkull qui analyse que chaque bête à son expérience du monde propre et singulière. Heidegger et Deleuze s'en souviendront ! On en peut donc définitivement pas comparer l'animal à une machine ! Enterré Descartes !

    Les notions opposées de "spécisme" et anti-spécisme" sont introduites par Peter Singer et son ouvrage de référence La Libération animale. Comme il y a un racisme, il y a un spécisme, a tendance à classer le monde vivant en espèce et à établir une hiérarchie ! Pour singer, l'élément qui confère des droits aux animaux n'est pas la capacité à raisonner ni la même la force physique mais la capacité à ressentir, l'aptitude à la souffrance qui est commune à tous. Un principe d’égalité !

    Carol J. Adams établit, elle, un parallèle intéressant et pertinent entre les luttes du féminisme et du végétarisme, ayant constaté dans les années 1970 que nombre de féministes étaient également végétariennes ! Le dénominateur commun est que dans les deux cas, on a une opposition à une tentative de domination masculine. Que l'on pense aux publicités pour les hamburgers qui utilisent l’imagerie "Pornochic" !

    Tom Regan mélange les approches de Kant - l'animal n'est plus un simple moyen ! - et utilitariste de Bentham ! Les animaux voient là encore leur sensibilité réaffirmée et ils faut éviter de les faire souffrir.

    On entre alors dans un processus de codification et de légifération du Droit animal, notamment avec Martha Nussbaum qui pose "dix règles pour le bien-être animal" parmi lesquelles la santé physique, le sens, l’imagination et la pensée, les sentiments, la raison pratique ou encore l'affiliation.

    Jacques Derrida dans un texte publié après 2004 - donc de manière posthume -, attaque violemment notre attitude vis-à-vis des bêtes ! Le philosophe qui se sentait gêné nu devant son chat dénonce l'"exploitation d'une survie artificielle à des fins d'exploitation interminable"  - en clair engraisser les vaches, les porcs, les poulets indéfiniment dans des élevages afin de les abattre - souvent non sans une forme de cruauté ! Derrida fait même un parallèle choquant avec la Shoah pour mieux marquer les esprits !

    Les Penseurs de la Cause Animale

    On doit donc, et c'est le cas avec Sue Donaldson et Will Kymlicka, reconsidérer les Droits des animaux et leur donner de nouveaux statuts ! Ces deux derniers auteurs que nous aborderons proposent une classification entre animaux domestiques et animaux sauvages - auxquels ils ajoutent les animaux liminaires - entre deux ! - tels les rats, les souris, les pigeons,etc,...

    Récemment, des groupes d'activistes telle l'organisation L214 - qui filme clandestinement dans les abattoirs afin de dénoncer les conditions de mises à mort - sensibilisent de plus en plus à la cause animale. A priori, je ne suis pas prêt à renoncer aux steaks au poivre que me prépare mon paternel les samedis midis mais je dois avouer que de telles démonstrations de cruauté envers les bêtes d'élevages font réfléchir ! Il n'est pas inenvisageable que je réduise ma consommation de viandes dans un premier temps !

    Le discours végan - qui banni toute exploitation de l'animal - y compris la fourrure, la laine, la chasse, la corrida, les produits pharmaceutiques testés sur l'animal et l'expérimentation animale - semble plus cohérent que le végétarisme ! Mais est-ce tenable dans nos sociétés de carnivores/omnivores !? Enfin cohérene dans une certaine mesure et limite ! En effet, la science découvrant que les plantes ont aussi une sensibilité et des intérêts, cela a l'air d'une blague mais que faire du "cri de la carotte" ? Et les robots ? N'exploitons-nous pas avec l'intelligence artificielle - à l'aube du transhumanisme - une autre forme d'êtres vivants ?

    C'est un vaste débat philosophique et de société qui est loin d'être clôt !

    A bientôt !

    PS : Ce billet a été réalisé avec l'aide précieuse du Hors-série Le Point Références N°69 de juin-juillet 2017 - "L'Homme et l'Animal - Les textes fondamentaux" dont il constitue un compte-rendu !


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  • Discours de métaphysique - G.W. LeibnizL'Histoire de la philosophie a connu un certain nombre de génies touche-à-tout à commencer par Aristote puis à la Renaissance Pic de la Mirandole - auquel une de mes profs de Lettres me comparait non sans malice ! - et enfin Leibniz qui fut le dernier génie encyclopédique de l'Humanité !

    Enfant, Leibniz maîtrisait déjà le grec et le latin et lisait toute la tradition philosophique ! Adulte, il brilla par son éclectisme ! On lui doit le calcul infinitésimal - avec Newton - la dynamique, une machine à calculer, une horloge portative, des éoliennes et tout un tas d'innovations ! Il était au sommet dans le domaine philosophique mais aussi en mathématiques, en physique, en médecine, en biologie, en psychologie, en géologie, en paléontologie, en droit, en Histoire,etc... Graphomane n'arrivant pas à mener un ouvrage ou un projet à terme, on n'a pas à ce jour encore fini d'éditer les 250000 pages qu'il a laissé de son vivant ! Husserl, autre graphomane célèbre, est battu !

    Dans le domaine philosophique, il est connu pour ses Essais de théodicée bien qu'il n'existe pas vraiment d'ouvrage qui résume sa philosophie ou qui serait l'équivalent de l’Éthique pour Spinoza ou le Discours de la méthode pour Descartes !

    Pour Leibniz, le fonctionnement de l'esprit humain repose sur deux principes - le principe de non-contradiction et le principe de raison suffisante ! Ces deux principes s'appliquent sur deux règnes, le règne de la nature et le règne de la grâce ! Ces deux règnes sont unis par la métaphysique.

    Un des problèmes qui se pose aux philosophes chrétiens est de savoir pourquoi le mal existe si Dieu est bonté et est omniscient et omnipotent ! Il y a contradiction apparente ! En réalité, un mal existe pour un bien et l'homme a une vision limitée du monde, ce monde que Dieu a crée comme le meilleur des mondes possibles !

    Leibniz veut expliquer la foi par la raison. Rationaliste, Leibniz pose Dieu comme ordonnateur du cosmos et de ses lois mais aussi comme gouvernant du monde. Dieu existe car il a toutes les perfections donc possède aussi l'existence (preuve a-apriorique) et Dieu existe comme cause motrice initiale (preuve à-posteriori).

    Penchons nous maintenant sur le Discours de métaphysique, court mais dense texte de 1686 !

    Leibniz y repose que le monde est bon car il est l’œuvre de Dieu qui est Bonté ! Il va plus loin en affirmant que c'est le meilleur des mondes possibles - que Dieu a conçut librement par son entendement. Dieu agit toujours de la meilleure façon possible, optimale !

    L"homme est libre de ses choix et il n'y a pas de fatalisme - comme chez Spinoza ! Toutefois, chaque essence - ou "monade" - contient en elle toutes ses possibilités, le conatus qui se réalise la meilleure façon possible ! Chaque monade possède un point de vue unique sur l'univers! Et si l'homme est libre, il est toutefois prédestiné dès le départ. Dieu connaît par avance toutes les actions de l'homme qui n'en reste pas moins maître de ses choix ! Les hommes inclinent sans nécessité.

    Leibniz qui connaissait toute la tradition philosophique fait le lien entre la philosophie antique, médiévale et moderne ! Il jette des ponts entre scolastique et les philosophies modernes comme le cartésianisme, le rationalisme et l'empirisme anglais.

    Les substances interagissent les unes sur les autres et Dieu les accommode ensemble. La question se pose aussi de savoir si Dieu répare le règne de la nature au fur et à mesure des imperfections de celui-ci ! Une sorte de Dieu horloger ? A -priori, si j'ai bien compris la philosophie de Leibniz, Dieu ne "bricole" pas ! Car toutes les possibilités sont là dès le départ ainsi que le devenir de chaque substance et Dieu a choisit le meilleur !

    Dieu s'est incarné en Christ dans le Christianisme afin de réparer le Péché originel qui a rapport à la connaissance et est un péché d’orgueil davantage que lié au sexe (explication simpliste !).

    C'est Dieu qui a fixé les lois du règne de la nature ! Le règne de la grâce a trait à la théologie, à la théologie "révélée" (Bible, Nouveau Testament...) et à la théologie rationnelle qui veulent expliquer pourquoi et comment Dieu s'est incarné !

    Dans le Discours de métaphysique, Leibniz revient sur les mouvements des corps - et "corrige" Descartes ! Les corps sont mis en mouvement par le moteur premier ! Il s'oppose aussi à la version de Newton ! Il s'interroge sur les causes finales et les concilie avec les causes efficientes du modèle cartésien. Les règles mécaniques ne dépendent pas que de la seule géométrie - res extensa - mais ont aussi rapport avec la métaphysique et Dieu qui a fixé les lois de la nature.

    Enfin, dans ce texte, le philosophe s'interroge sur la connaissance, sur les idées chères à Platon, sur la réminiscence du même Platon. Pour les empiristes, nos âmes sont au contraire des "tablettes vides" et tout vient de nos sens. Mais nos idées sont-elle en nous ou viennent -elles de Dieu (l'occasionnalisme de Malebranche ?) ?

    Nous sommes libres de nos actions mais celles-ci interviennent en fonction des lois de Dieu dans la nature. Leibniz interroge aussi comme Descartes l'union du corps et de l'âme.

    En conclusion, il revient sur Dieu comme monarque du meilleur royaume possible. Dieu accorde la grâce à qui il veut suivant ses propres raisons inconnaissables !

    Leibniz est un penseur d'une richesse affolante ! J'aurais l'occasion d'y revenir car, pensée subtile et difficile à saisir, j'ai certainement du faire quelques erreurs et raccourcis dans ce présent billet ! Peut-être un sujet de mémoire de Master pour moi ?

    A bientôt !


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  • Nous allons maintenant parler d'un dialogue de Platon - dont j'ai pour la première fois entendu parler en Licence L1 Cratyle - Platonde Lettres modernes, dans un cours sur les Surréalistes en 2008  - ce texte, c'est le Cratyle.

    Socrate s'engage dans ce dialogue dans une discussion avec Hermogène et Cratyle portant sur le langage et plus précisément sur la question de la rectitude des mots.

    Le mot qui désigne la chose est-il la chose ? Hermogène pose d'abord que le langage dérive d'une convention et d'un arbitraire - ce qu'on ne peut nier ! Toutefois, si on va au bout des conséquences de cette proposition, il pourrait alors exister un langage "public" où chacun désigne les mêmes choses des mêmes noms - et un langage "privé" où chacun désigne les choses pour lui-même avec les termes que lui seul à choisi ! Une idée qui intéresserait Ludwig Wittgenstein qui a montré que le langage était un collectif et qu'un langage privé ne pouvait exister faute de références communes !

    La question du langage est sous-tendue par la problématique du vrai et du faux. En effet, le langage permet d'établir la vérité ou du moins de tenter de la cerner. Si le langage est relatif, propre à chaque individu - chacun son langage - cette vérité inaccessible. La connaissance naît du partage et de la confrontation !

    Or les activités humaines ne se font-elles que par rapport à leur propre valeur ou à l'opinion qu'on en a ? Par rapport à leur valeur ! Aussi pour "tisser", il faut un instrument propre à cette activité, déterminé par sa valeur, une navette et pour "nommer" un instrument qui est le mot. Il apparaît alors qu'il faut un spécialiste des mots, un législateur. Par ailleurs, l'instrument doit s'adapter à l'usage, à chaque cas ! On signalera au passage la parenté étymologique entre "tissage", "tisser" et "texte" fait de mots !

    Le législateur institue le langage qui se forme ensuite et se constitue par l'usage, aussi bien chez les Grecs que chez les Barbares.

    Socrate pose ensuite qu'il y a une recherche naturelle de dénomination. Homère intervient ainsi que  la tradition.

    Les Dieux font un usage correcte des noms, avec les dénominations correctes des choses. Car de fait, les Dieux sont plus raisonnables que les hommes. Les noms donnés par les Dieux reposent en outre sur une étymologie plus appropriée ! Les noms manifestent une réalité ! La nature des choses.

    Socrate multiplie alors les exemples de noms de héros dans Homère et  décompose leur étymologie pour montrer qu'ils correspondent bien à leurs caractères ! Exemples tirés d'Hésiode aussi ! Socrate décompose ensuite les noms de "Dieux" (theon - celui qui  court à l'image des dieux primitifs, le soleil et la lune), "Démons" et "héros" (qui provient de eros, l'amour entre un Dieu et une mortelle - ou encore d'eroteticos, l'orateur).

    Socrate affirme ensuite que de nouveaux mots sont formés en ajoutant/ retranchant des lettres ou des syllabes. Le langage s'altère,  évolue au cours du temps, par l'usage, fixé par le législateur.

    Viennent ensuite des explications de Socrate sur les noms : "homme" - anthropos (celui qui fait l'étude de ce qu'il voit), "âme" - psyche et "corps" -  soma (le "sépulcre" - sema - de l'âme). Puis des explications sur les noms des divers Dieux ! Ce Cratyle est donc un texte de référence pour un certain nombre d'étymologies de termes et de concepts ! Après les Dieux, les éléments, la division du temps, les astres, des concepts et des qualités ayant trait à l'âme et à la pensée ! Il semble toutefois utile que le lecteur ait des rudiments de grec ancien, matière de moins en moins enseignée dans nos écoles !

    Socrate montre aussi par ailleurs les emprunts de mots d'un peuple à l'autre, entre les Grecs et les Barbares - ce qui en rends plus difficile l'analyse étymologique.

    Quantités de termes sont analysés dans ce texte qui  se révèle en fait très technique ! Hélas, ne m'y connaissant pas en grec ancien, je ne suis pas à même de dire si les "interprétations " de Socrate sont hétérodoxes - voire farfelues ! - ou pas ?

    Reste la question des noms primitifs dont dérivent toutes les étymologies précédentes. Socrate pose que ceux-ci procèdent par imitation - et dans un rapport au corps ! On dénomme en imitant par la voix. Les choses ont en effet une sonorité ! Et une couleur ! Mais, en matière d'imitation, il ne s'agit pas ici de musique ou de peinture ! Il s'agit d'imiter les "essences" ! Les sons et les lettres imitent les choses ! Par la suite, Socrate recours aussi  à des exemples.

    On retrouve ainsi dans le Cratyle, sous- jacent, l'idée d'une langue Adamique ou Edenique qui donne aux choses leurs véritables noms.

    Le dialogue se clôt enfin par un échange entre Socrate et Cratyle - resté muet jusque là, sur les critères de vérité (le langage énonce toujours le vrai car le faux ne se dit pas !), sur l'imitation,  qui reprennent, synthétisent et approfondissent ce qui a précédé dans le texte. Le critère de vérité résulte de l'adéquation entre la chose et son imitation. Socrate questionne enfin sur le statut de l'image née de l'imitation, propos récurrents dans l'oeuvre de Platon. L'image est inférieure à la réalité (qui sera elle inférieure à l'Idée !).

    Un dialogue qui a ainsi trait à l'Epistémologie chez Platon et avec lequel nous complétons et terminons notre analyse de tous les textes de l'Edition Pléiade de Platon établie par Léon Robin !

    A bientôt !


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  • Attardons nous maintenant sur le dialogue de Platon - mettant comme toujours en scène son maître Socrate, Euthydème - Platonle "Père de la Philosophie" - dialogue intitulé Euthydème, nouvelle attaque en règle contre les sophistes ! On connaît les arguments de Platon qui les accuse de travestir la vérité - voire de ne pas la rechercher, de se faire payer pour leur enseignement et surtout pour plaider aussi bien "blanc" que "noir" sans distinction !

    Ce dialogue a pour sous-titre De l'Eristique ou encore Le Disputeur dans l’Édition de la Pléiade établie par Léon Robin (Tome I). Il traite du genre réfutatif qui est un genre de discours. Socrate y rencontre deux sophistes "au savoir prodigieux", Euthydème et Dionysodore. Si Socrate/Platon semble faire leur éloge au début du texte, il porte un jugement sévère contre eux dans l’Épilogue du dialogue !

    Le texte est construit comme un récit enchâssé où Socrate raconte à son ami Criton, philosophe athénien du Vème siècle avant J.-C. sa conversation avec les deux sophistes alors en présence de Clinias et Ctésippe, échange duquel Criton n'a pu entendre un traître mot, étant trop loin dans la foule !

    Je vous avouerais que ce dialogue me pose problèmes n'ayant rien compris aux échange sur le "savoir absolu" possédé "de tout temps" par les deux sophistes (est-ce une allusion à la réminiscence et au Ménon ?) et à la partie sur les pères de tous les hommes ! Platon effectue-t'il là une démonstration de l'absurde du discours des sophistes ? Je n'en suis pas sûr ?

    Conformément à un dialogue précédent - encore le Ménon ! - on s'interroge quant à savoir si la vertu s'enseigne, ce que prétendent professer les deux sophistes du texte et même bien plus ! Socrate réfute alors que ceci n'est qu'une question de définition et de justesse des mots ! On sait que Platon a soucis de faire œuvre d'épistémologie - là encore par apport à la vérité ! - et ce problème du langage s'inscrit dans une problématique de bannir l'herméneutique (ce dont il sera question dans d'autres textes - en particulier La République) - pour la remplacer par la calculabilité ! Mais bon cela dépasse le cadre du dialogue présent ! Et cela prouve en tout cas que l'on peut jeter des passerelles entre les textes du corpus platonicien et la cohérence de l’œuvre (malgré trois périodes et des revirements dans la pensée qu'il ne faut pas négliger !). Platon est continuités et ruptures !

    Le dialogue repose encore une fois sur la dialectique et par moment le discussion s'envenime ! Les deux sophistes s'amusent avec leurs interlocuteurs - en particulier avec Clinias - ce qui les rends antipathique et Socrate doit intervenir pour calmer le jeu ! Il y a toutefois par ce procédé du "clash" une touche humoristique pas toujours présente dans les dialogues de Platon même si il y a souvent l'ironie socratique !

    Socrate pose que la recherche du bonheur passe par la possession de bien qui s'acquiert soit par la fabrication, soit par la chasse ! Or fabrication et chasse sont des techniques qui relèvent d'un savoir ! De plus, il n"y a pas que la fabrication qui relève d'une connaissance mais aussi l'utilisation ou comment bien utiliser l'objet produit ! De plus, il y a recours à autrui car la production du pêcheur, de l'agriculteur, du chasseur, passera entre les mains du maître de cuisine !

    Les sophistes, eux, prétendent enseigner la vertu et pour cela, ils changent les hommes, transforment les gens mauvais en bonnes personnes - de fait, ils font "périr" les gens - pas au sens physique évidemment mais au niveau de leur personnalité,, ils les changent !

    Suivent ensuite dans le dialogue des "prises de bec" particulièrement avec Ctésippe et des digressions dont je n'ai pas saisi toute la teneur - comme évoquées plus haut ! Enfin, le texte est volontiers moqueur à l'égard de sophistes que Platon/Socrate discrédite une fois de plus au profit de la philosophie, l'amour de la sagesse et la seule "méthode" de recherche du Vrai avec la dialectique ! Dans ce teste, Platon se mets en quelque sorte à la place des sophistes !

    Je vous dis à bientôt ! Nous parlerons du langage avec le Cratyle - texte dont j'ai entendu parlé la première fois lors de mes études de Lettres modernes !

    A bientôt donc !


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  • Ménon est un dialogue de Platon qui est un questionnement sur la vertu, comme l'indique le sous-titre, De la Vertu. Ménon - PlatonEn effet, Ménon et Socrate essaient de trouver une définition de la vertu et de savoir si elle s'enseigne ou si elle relève du don, de la capacité innée. Et donc, si elle ne s'enseigne pas comment s'obtient-elle ? On verra qu'une fois de plus avec Platon/Socrate les arguments sont d'une grande finesse !

    Dans un premier temps nos interlocuteurs posent que la vertu a rapport avec l'excellence. Quelle est alors l'essence de l'excellence ? Ménon cite des exemples de vertu, chez l'homme, chez la femme, chez l'enfant ou chez le vieillard, mais Socrate insiste sur la nécessite de trouver une unité dans tout cela pour parvenir à une définition de ce qu'est la Vertu !

    L"excellence est-elle la capacité de commander aux hommes ? Cela ne saurait donc être la vertu de l'esclave ! "Avec justice et sans injustice" qui plus est ! Un commandement vertueux est un commandement juste.

    La justice est -elle une qualité supplémentaire, participe-t'elle de la vertu ou est-elle vertu ? La vertu ne saurait donc être défini là encore par un cas particulier

    Socrate propose à Ménon, pour parvenir à des modèles de définition, de raisonner à partir du système d'Empédocle. Ceci aurait donc trait au système des perceptions, les sons, les couleurs, etc,..

    Puis, Ménon pose que la vertu serait le désir de posséder les belles choses - qui sont aussi les bonnes choses et les choses utiles ! Mais les biens dont il parle sont des biens extérieurs. Mais là encore, il faut se les procurer "avec justice et piété".

    Nous sommes dans une impasse et Ménon compare alors Socrate à une torpille, ce poisson électrique dont le toucher vous pousse dans la torpeur. En effet, Ménon ne trouve plus ses mots, ne sait plus rien. Il y a alors impossibilité de la recherche et le "paradoxe de Ménon" se fait jour !

    Ce paradoxe dit qu'on ne peut rechercher une chose si on ne sait pas déjà ce qu'elle est ou comment l'identifier dans ce même cas si on la trouve par hasard ? C'est alors un moment célèbre du dialogue où Socrate fait une démonstration à base de figures géométriques tracées dans le sable à l'esclave de Ménon. Ce recours à la géométrie rappelle la phrase censée avoir été gravée au fronton de l'Académie de Platon : "Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre !".

    Le problème géométrique consiste à doubler la surface d'un carré, non pas en doublant chaque côté - ce qui ferait quatre fois la surface et non pas deux ! En fait, il faut passer par les diagonales !

    Il s'agit de montrer que l'on n'apprends jamais rien, on ne fait que se "ressouvenir" ! C'est le principe de la réminiscence ! Mais d'où connaît-on ces choses ? De par nos vies antérieures et plus encore de quand nous n'étions pas humains mais des âmes désincarnées contemplant librement les idées (voir aussi la dialogue Phèdre à ce sujet et son char ailé !). De fil en aiguille, ceci nous conduit à poser l'immortalité de l'âme.

    Pour Socrate, l'opinion vraie et la science sont une même chose qui se rejoignent par le raisonnement de causalité. Une opinion raisonnée repose sur une affirmation qui résulte d'un argument qu'elle cherche à prouver. Le discours peut ébranler l'opinion mais ne peut ébranler la science ! Doxa contre science !

    Arrive alors Anytos et Socrate propose alors de laisser tomber l'essence et de revenir à l'interrogation initiale sur la vertu, à savoir si elle s'enseigne ou pas En procédant par hypothèses !

    Première hypothèse : la vertu est une science. Le savoir guide l'action correcte. C'est l'intelligence qui nous oriente vers le vice ou la vertu. Donc si cette hypothèse est juste, la vertu - parce que liée au savoir - s'enseigne !

    Mais y a-t'il alors des "maîtres de vertu" ? Dans les faits, non, pose Socrate, en prenant en exemple des hommes vertueux comme Thémistocle, qui n'ont pu enseigner la vertu à leurs fils ! De même pour Aristide, Périclès et Thucydide ! Anytos est alors fortement irrité par cette argumentation et prends dès lors ses distances. La vertu ne s'enseigne pas ? Impensable !

    On en revient alors aux Sophistes qui prétendent enseigner la vertu, que Anytos a auparavant, avant de s'irriter, dénigrés et opposés aux grands hommes tels Périclès ! Mais pour Socrate, au final, ni les sophistes, ni les grands hommes ne peuvent enseigner la vertu !

    Pour Socrate, il y a alors une deuxième hypothèse ! Il n'y a pas que le savoir qui puisse guider la bonne action mais aussi l'opinion droite. L'opinion vraie n'est donc pas moins utile que la science. L'homme vertueux ne SAIT pas ce qu'il doit faire mais il a une opinion correcte, droite par faveur divine.

    Ménon se satisfait de cette réponse mais par Socrate qui souligne le caractère hypothétique de la démarche. Le dialogue - qui se termine encore par quelques précisions sur la science et l'opinion vraie - n'est donc pas pleinement satisfaisant dans ses conclusions !

    A bientôt !


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  • Tout comme dans le Gorgias, dans le Ménexène, un texte qui lui est contemporain, Platon s'attaque à la rhétorique.Ménexène - Platon Ce texte a été écrit vers -387 avant J.-C. car il fait référence à la Paix d'Antalcidas.

    Ce dialogue est sous-titré L'Oraison funèbre et nous retrace les événements des Guerres Médiques et de la Guerre du Péloponnèse pour consacrer la grandeur de la Grèce et en particulier d'Athènes et des grands hommes qui sont morts à la guerre pour la cité !

    En outre, comme dans La République et le Critias, Platon critique une certaine vision anthropomorphiques de dieux querelleurs qui ne leur fait pas honneur !

    Court texte - une vingtaine de page, Ménexène est un dialogue qui tourne surtout autour de l'oraison funèbre proclamé par la maîtresse en rhétorique et en musique de Socrate, une certaine Aspasie, une hétaire, c'est à dire une femme éduquée et de haut rang social et amante de Périclès. Ce texte dans le texte forme l'essentiel du dialogue. Cette œuvre complète les points concernant les aspects politiques et judiciaires de la rhétorique évoqués dans le Gorgias !

    Par ailleurs, les épitaphioi, centraux dans ce texte, éloquence d'apparat selon Socrate, sont des discours en l'honneur des soldats morts à la guerre ! Le philosophe dénonce la vacuité de ce genre en se livrant à un pastiche de celui-ci ! Aspasie, femme et étrangère, n'aurait en théorie pas du prononcer d'épitaphioi ! Pastiche enfin car le discours de Socrate est volontairement truffé d'erreurs et d'approximations !

    Ce que Platon dénonce ici, c'est un usage futile de l'éloquence qui ne sert pas à établir la vérité !

    Je vous dis à bientôt pour la présentation d'un autre dialogue de Platon !


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