• Emmanuel Carrère a semble-t-il définitivement abandonné le domaine de la pure fiction pour se lancer dans des biographies, des récits de vie et ici dans Le Royaume dans une présentation érudite - mais sans pédantisme ! - des débuts du Christianisme dans ce qu'il qualifie de "mémoire" qui lui a pris 7 ans de recherches et d'écriture !

    L’œuvre de Carrère peut véritablement se voir comme un ensemble organique - chaque livre se faisant l'écho, complétant et évoquant les précédents opus ! Pas à des fins de publicité personnelle mais par soucis de cohérence et de sincérité !

    La route de l'auteur a croisé celle des Évangiles à plusieurs reprises. Dans une période de doute, entre 1990 et 1993, Carrère a ressenti l'appel de Dieu et a éprouvé la foi - avant de s'en détourner ! Durant cette période, il a eu le besoin de commenter l’Évangile de Jean, remplissant nombre de cahiers !

    Plus tard, il fut contacté pour rédiger - avec d'autres collaborateurs - la "Bible des Écrivains" - associant exégètes et littérateurs ! Il fut alors appelé à travailler sur Marc.

    Enfin, Carrère se lança dans l'écriture de ce livre Le Royaume où cette fois, c'est Paul de Tarse et Luc qui sont mis en éclairage !

    L'auteur nous invite à un voyage dans l'Antiquité, retraçant - à la manière d'un historien (tel Renan au XIXème siècle mais en moins polémique) l'itinéraire de prédicateur de Paul (en Macédoine, à Éphèse, à Corinthe, à Jérusalem, à Rome...), avec Luc dans son sillage. Carrère se base sur la Septante, le texte Q, l’Évangile de Marc, les Actes des Apôtres, La Guerre des Juifs de Josèphe.

    Au départ, le christianisme - qui ne se nomme pas encore ainsi - peine à s'affranchir de la judéité et Paul doit s'opposer à Jacques et à Pierre.

    Ceci se terminera tragiquement - avec l'incendie de Rome en 64 - les martyrs des chrétiens et l’exécution de Paul.

    Le récit de Carrère est dense, détaillé, construit, argumenté - avec quelques digressions (notamment sur la pornographie !).

    Tout ceci pars d'une quête personnelle de l'auteur et aboutit à une présentation - et de nombreuses citations - de la parole de Jésus.

    Bref, j'ai adoré - comme j'ai adoré jusqu'à présent tous les livres de ce Monsieur ! Pour preuve, j'ai fini les 630 pages en une nuit blanche !

    A bientôt !


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  • Depuis 2008, on nous serine "c'est la crise !". Ok, on a beaucoup parlé des banques, qui au final, ne s'en sortent pas si mal. Mais qu'en est-il pour les gens du communs, ceux qui avant la Crise avait déja du mal a boucler les fins de mois !?

    Pour le savoir, la journaliste Florence Aubenas a décidé de mener une enquête en immersion. C'est une technique journalistique qui n'est pas nouvelle; il y a déja eu des précédents aux États-Unis : par exemple un Blanc se mêlant aux minorités Noires en changeant sa couleur de peau. Dans notre cas, Florence Aubenas a choisi de se forger un CV de femme n'ayant jamais travaillé, abandonnée par son compagnon et cherchant un emploi de femme de ménage. Elle a opté pour Caen et sa région comme point de chute, avec un budget limité, gardant son nom mais s'affublant de lunettes et changeant sa couleur de cheveux. Quant on la reconnaissait, elle prétendait l'homonymie. Son expérience devait s’arrêter lorsqu'elle décrocherait un CDI. son parcours du combattant a duré six mois.

    La journaliste était connue auparavant pour avoir été otage en Irak en 2003 puis pour avoir écrit un livre sur l'affaire d'Outreau en 2005. C'est l'argent du livre du procès qui lui a permis de louer un petit appartement à Caen.

    Le moins que l'on puisses dire, c'est que le marché de l'emploi est sinistré mais cela n'est pas une révélation pour beaucoup de gens qui se font rejetter quotidiennement des agences d'intérim et de Pôle Emploi. Dans Pôle Emploi, précisément, la situation est de plus en plus tendue entre les fonctionnaires et les usagers. Toute la souffrance humaine s'y exprime et le gouvernement demande de plus en plus au personnel d'accueil de se comporter en gestionnaires froids et de ne pas faire du social et tout est vite expédié. Ce sont des convocations mensuelles, des "réunions d'informations sans informations", car les autorités qui demandent du chiffre comptent sur un absentéisme statistique pour radier les demandeurs d'emploi. Florence Aubenas décrit des situations de plus en plus absurdes avec un certain humour qui est peut-être l'humour du désespoir.

    N'en déplaise à Wauquier, la majorité des chômeurs ne sont pas "le cancer de la société" ! On voit bien dans ce livre que les femmes de ménages, pour ne prendre que cet exemple de situation précaire, sont prêtes à beaucoup de sacrifices, triment comme des forçats pour des salaires de misères.

    La solution n'est, AMHA, pas de supprimer les aides sociales mais tout bonnement d'augmenter les salaires.

    Je ne veux pas polémiquer sur ce blog mais on sait très bien que le chômage est utile au système capitaliste car en fichant la trouille à ceux qui ont un emploi, il permet de les garder dans les rang : "Si tu n'est pas content tu prend la porte !"

    Enfin, plus anecdotique, le livre se déroule en Basse-Normandie, à Caen, et à Ouistreham, au Car -Ferry. Florence Aubenas revient sur les grandes crises des années 1990 : fermeture de la Société Métallurgique Normande, de Moulinex etc. La région est bel et bien sinistrée comme beaucoup d'autres endroits en France victimes de la délocalisation. Pour ma part, j'ai reconnu pas mal de lieux du livre. Concernant les individus, la journaliste a bien entendu utilisé des noms d'emprunts : son intention n'était pas de blesser les gens comme elle s'en est expliqué un peu partout dans les média en mars 2010 à la sortie du livre et en juin 2010, à Ouistreham, au cinéma Le Cabieu, où était organisé une rencontre avec elle à laquelle j'ai assisté. Elle m'a d'ailleurs gentiment dédicacé mon exemplaire du quai de Ouistreham (nommé ainsi en hommage au roman de G. Orwell : Le quai de Wiggan).

    A bientôt !


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