• Si l'on veut faire la critique génétique d'un auteur, à côté de l'étude de ses brouillons, il peut être intéressant de se pencher sur ses premiers écrits, notamment scolaires. La passion pour l'écriture fut très précoce chez le jeune Howard Phillips Lovecraft et le premier texte que l'on connaît de lui date de ses six ans et s'intitule " La Petite Bouteille de Verre" !

    L'Intégrale du Maître de Providence parue en collection Bouquins chez Robert Laffont - et qui comprend trois tomes - inclut, dans le tome 1, ce qui a été rassemblé sous l'appellation "Premiers Contes" à savoir les écrits de jeunesse de l'auteur, de l'enfance jusqu'à l'adolescence !

    Des textes qui témoignent donc d'une certaine maladresse et pour les plus anciens, les premiers, de la naïveté touchante de l'enfance. Rappelons que Lovecraft est né en 1890 et les textes ici réunis datent de 1896, 1898, 1899 et 1902 alors que le petit Howard avait douze ans ! Ca parle de grottes, de vaisseaux pirates et de détectives.

    A l'âge de douze ans, Lovecraft pensait déjà en termes d"édition et parmi ces quatre premiers textes sauvegardés par sa mère, il y avait en effet celui de 1902, "Le Vaisseau mystérieux" sous le titre duquel il avait écrit "Presses royales, 1902". Ce texte, entièrement dactylographié, se présente, dans son état de conservation original, sous la forme d'un petit livret relié à couverture entoilée, comportant sur la couverture une illustration à la plume de la main de Lovecraft.

    Les deux autres textes sont "La Caverne secrète" et "Le Mystère du cimetière". L'ensemble est actuellement conservé, comme  la plupart des manuscrits de Lovecraft à la John Hay Library de la Brown University à Providence.

    On observe chez notre jeune écrivain un attrait certain pour le passé et celui-ci se montre en outre très anglophile. Dans "La Caverne secrète", si on peut déceler un certain moraliste typique de la société WASP américaine, on peut aussi y voir un prémice du "matérialisme cosmique" qui caractérisera Lovecraft dans son oeuvre de la maturité par rapports aux Horreurs innommables du Mythe de Cthulhu (terme forgé par August Derleth et non de Lovecraft). Dans cette même nouvelle, écrite à huit ans, et qui voit la mort d'une petite fille, on a le motif de la descente dans la caverne qui annonce celle de Dyer et Danforth dans les galeries de la cité des Anciens dans "Les Montagnes hallucinées" ou celle de Peaslee dans "Dans l'abîme du temps".

    La section "Premiers Contes" de l'Intégrale Bouquins contient en plus deux autres textes plus "tardifs", sauvegardé par Lovecraft lui-même et datant pour le premier de 1905 et pour le second de 1905 ou 1908 selon des sources contradictoires (et déjà nettement plus aboutis !) à savoir "La Bête de la Caverne" et "L'Alchimiste" (parus respectivement en 1918 dans The Vagrant et en 1916 dans The United Amateur, des magazines amateurs).

    Dans "La Bête de la Caverne", un homme qui se dit philosophe, bref un érudit, perd la trace du guide et s'égare dans une caverne où dans l'obscurité la plus totale, il va blesser une bête dont il s'apercevra à la fin en revenant avec le guide que sous des aspects simiesques, la créature avait été un homme jadis ! Déjà le thème de la dégénérescence chez notre auteur !

    Dans "L'Alchimiste", le dernier descendant d'une lignée maudite se confronte au sorcier immortel ayant lancé la malédiction condamnant tous les mâles de cette généalogie à mourir à trente-deux ans !

    Voilà pour ces textes ! En réalité, ça reste d'un intérêt limité car cela ne change pas la vision que l'on a de l'oeuvre de Lovecraft - mais bon, ça permet à la limite de briller en société !

    A bientôt !


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  • Après la lecture d'Un siècle de philosophie 1900 - 2000, gros pavé de 700 pages, il me fallait un livre plus léger dans ma PAL (Pile à Lire). Mon choix s'est porté sur un Foilo à 2 euros le recueil de nouvelles de Silvina Ocampo, La musique de la pluie - et autres nouvelles qui est en fait une sélection de textes tirés d'un autre recueil lui-même nommé Mémoires secrètes d'une poupée, paru dans la collection L'Imaginaire chez Gallimard.

    Silvina Ocampo est une écrivaine argentine, née en 1903 et décédée en 1993, qui s'est illustrée dans la poésie et la nouvelle. Ces nouvelles sont empreintes de fantastiques, comme l'illustrent plusieurs nouvelles qui sont dans le recueil dont je parle ici. Elle était l'épouse de l'autre célèbre écrivain argentin Adolfo Bioy Casares.

    Il y a six nouvelles dans ce petit recueil d'une centaine de pages. On commence avec "Rêveuse persuasive" qui est là nouvelle que j'ai le plus apprécié et qui raconte le quotidien de Luz, une gamine d'une dizaine d'années qui a des dons de voyance. Ces rêves lui montrent des brides de futur pour peu qu'elle puisse les interpréter. La petite est toutefois en bute avec sa mère qui ne reconnaît tout d'abord pas son don puis finit par l'accepté ! Dès ce premier texte, on voit la tonalité fantastique !

    Tonalité fantastique encore plus affirmé dans le second texte, " Okno, l'esclave" avec une femme qui entend un chien dans le voisinage et, dessinatrice, entreprend de le représenter, avant elle-même de se changer en chien. On n'est cependant pas dans La Métamorphose de Kafka avec son Gregor Samsa qui se change en cafard géant ! Ce récit m'a laissé dubitatif, et n'ai pas vraiment compris ou l'auteure voulait en venir (mais n'ai pas vraiment essayer de décoder !) - Tout cela est sans doute métaphorique !

    "L'inauguration des monuments" est aussi ma nouvelle préférée du recueil, peut-être même plus que l'histoire de la petite voyante à bin y réfléchir ?! C'est le récit de la vengeance posthume d'un général qui avait peur des chevaux ! Le général Drangulsus a été précipité dans une crevasse par un cheval peureux que lui avait fourni à dessein un certain Domingo Alopex à qui le militaire avait jadis  piqué la fiancée ! L'ironie du récit est que la statue équestre du général va tuer Domingo en se dévissant et en l'écrasant ! Toujours la subtile touche fantastique !

    La nouvelle suivante, "La musique de la pluie" dresse le portait d'un pianiste atypique, Octavio Griber, qui joue avec ses gros orteils et a pour habitude de désaccorder ses pianos avec ses petits papiers. Dans le récit, il donne un concerto par une nuit d'orage en interprétant seulement des morceaux ayant pour thèmes l'eau et la pluie !

    Une nouvelle transformation a lieu dans "L'automobile" où une femme, Mirta, folle de voiture, finit par se transformer en une de ces mécaniques ! Du moins, c'est ce que pense le narrateur, son mari lors d'un séjour à Paris ! a moins qu'elle ne soit partie avec son amant français ! L'alternative entre l'explication rationnelle et l'explication fantastique propre au genre !

    Le recueil se termine par "Le Destin" où Lily, la narratrice n'a d'yeux que pour Roque, un boulanger. Mais elle est invisible à ses yeux et le jeune homme emmène Silvio, un collègue boulanger, mauvais garçon, dans un supposé rendez-vous galant avec deux jeunes femmes sur un terrain vague ! Mais Silvio cède à la colère quand il voit que les deux donzelles ne sont pas là et que Roque s'est moqué de lui ! Lily, devenue invisible, a suivi le duo et assiste à l'assassinat de son amour secret poignardé par le mauvais Silvio ! Ainsi se termine le recueil !

    Quelques bons récits mais ce recueil me laisse sur ma faim ! Je n'ai pas trouvé grand relief à ces histoires mais suis prêt à donner une seconde chance à Silvina Ocampo car il y a quelques bonnes idées et la traduction laisse supposé un style littéraire intéressant ! Ca vaudrait le coup de lire en Espagnol, si seulement je lisais cette langue, pour se faire une meilleure idée !

    A bientôt !


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  • Je continue à profiter du confinement - qui devrait se terminer bientôt  ?! - pour avancer dans mes lectures et C'en est fini de moi du romancier, scénariste et poète Alfred Hayes est le 27ème livre que je lis en 2020 (hors BD en ne comptant même pas tous les livres !). Je ne connaissais pas cet écrivain, né en Grande-Bretagne en 1911 et décédé à Los Angeles en 1985 mais ai trouvé ce premier roman que je lis de lui extrêmement plaisant avec surtout des personnages bien croqués et très attachants ! Je comprends alors que cet auteur, quoique discret, ai pu être acclamé par la critique ! Pour être complet, ajoutons qu'il s'installa un temps à Rome et écrivit des scénarios pour Roberto Rossellini.

    Dans C'en est fini de moi, on suit le parcours de Asher, romancier et scénariste vieillissant, ayant atteint la soixantaine, ayant connu un grand succès à Hollywood mais que depuis, on n'appelle plus guère pour solliciter les services et qui a connu deux mariages désastreux ! Le roman s'ouvre d'ailleurs par une scène assez mystérieuse où notre homme, blessé, fuit dans la rue. On comprendra plus tard que la blessure est psychologique et qu'il vient d'assister aux ébats de sa seconde épouse avec son amant, révélant la trahison de celle-ci !

    Notre Asher est donc au bout du rouleau et quitte la Californie pour retourner à New York, véritable personnage du roman (comme chez Paul Auster), la ville où il a grandit ! On peut se demander qu'elle est la part que Alfred Hayes, qui exerce la même profession que son personnage, a tiré de sa propre vie !? On n'écrit jamais mieux qu'à partir de sa propre expérience mais je ne pourrais répondre à cette question car n'ai pas fait de recherches approfondit sur la vie de l'auteur !

    A New York, un Asher nostalgique et qui va retourner sur les lieux du passé, fait la connaissance de Michael, son cousin, un jeune homme de 30 ans, cynique, manipulateur et désabusé, qui écrit des poèmes pornographiques qu'Asher qualifiera d"'idiots" ! Michael a une petite amie d'origine ritale nommée Aurora d'Amore, une créature délicate et un peu naïve (mais pas si innocente que cela car manipulée par Michael, elle va manipuler à son tour Asher !). La jeune femme est étudiante en Droit et notre écrivain en pleine errance va entretenir une sorte d'amitié amoureuse pour le moins ambigue avec elle et on voit bien par le récit à la première personne, selon le point de vue d'Asher que celui-ci s'aveugle sur ses propres sentiments à propos d'Aurora !

    Mais au contact de l'étudiante en Droit candide, Asher se "sent une nouvelle jeunesse" alors qu'il éprouve une certaine antipathie pour l'autre moitié de ce couple d'enfants sauvages, Michael, qui finira par avouer qu'il déteste son cousin plus âgé que lui car selon le trentenaire, Asher est persuadé de pouvoir détecter ce qui est véritablement authentique dans le monde, du fait, selon le jeune auteur de poèmes pornographiques, qu'il est né à l'époque de la Grande Dépression ! En réalité, au-delà d'une ressemblance physique, les deux cousins partagent le même désespoir pour la vie et une passion pour la même jeune femme Aurora !

    Michael, en se servant d'Aurora, va tromper le "détecteur d'authenticité" d'Asher pour mener à terme sa démonstration. Aurora va soutirer de l'argent au vieux scénariste en inventent une histoire d'abus sexuel (qu'Asher ne qualifie même pas de viol car il y manque l'angoisse et la souffrance mais plutôt d'"accident" !). La petite amie de Michael prétends alors devoir se faire avorter mais en réalité, le jeune cousin s'achètera la même chemise de soie qu'Asher avec les 500 dollars !

    En guise de dénouement, Aurora, peut-être par mauvaise conscience et remords, finit par coucher avec Asher avant de s'évaporer dans la nature et de retourner vers Michael à qui elle dit appartenir ! Le duo fait une dernière "blague" au vieux cousin !

    Finalement, on a là un roman doux-amer avec des personnages un peu perdus !  Mais ça reste excellent ! Je conseille !

    A bientôt !


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  • Virginia Woolf est une grande figure de la littérature moderniste anglaise du XXème siècle. Elle est surtout connue pour avoir fait partie du Groupe de Bloomsbury et s'être suicidée par noyade à 59 ans.

    Mais les écrits de cette écrivaine de grand talent sont aussi célèbres par la façon dont ils retranscrivent la société britannique. C'est dans ce cadre que se situe Londres, un recueil de textes réunis par Mario Fortunato, écrivain et ancien directeur de l'Institut culturel italien de Londres pour une édition italienne.

    Dans cet ouvrage, on trouve des articles de presse, des conférences, des extraits du journal intime de Virginia Woolf, rédigés entre 1909 et 1932. Faisons-en maintenant une revue de détails si vous me le permettez !?

    Le premier texte raconte une sortie de Virginia durant l'hiver pour s'acheter un crayon et est l'occasion de nous décrire l'ambiance des rues londonienne, l'allure des passants interlopes, de nous brosser le tableau d'une librairie, le destin des ouvrages obscurs et de nous faire rencontrer le papetier et son épouse.  Bref "partir à l'aventure" !

    Il y a ensuite deux textes qui nous décrivent l'intérieur de la maison des époux Carlyle, Thomas l'essayiste et sa femme  Jane. Si le premier texte est assez court, le second propose une "réflexion" sur les tâches ménagères, l'entretien d'une maison qui n'a pas l'eau courante et comment ça forge le caractère des individus fussent-ils célèbres, plus parlant que l’œuvre elle-même et les biographies.

    Après nous avoir présenté un "Salon moderne" puis le "Tribunal des Divorces" - où il s'agit pour ce second lieu de maintenir les apparences puritaines, Virginia Woolf nous parle longuement, dans un texte de conférence, de ses membres, des lieux et de l'effervescence intellectuelle qui s'y déroulait, parlant du beau, du bien, etc,... Puis dans un second temps, on y vint à parler ouvertement de sexe et l'ambiance y fut réputée sulfureuse. Mais ce récit ne dit pas ce qu'il en était vraiment sur ce dernier point, se contentant de relever les rumeurs ! On aurait pourtant aimé savoir !

    Le texte suivant, "Orage sur Wembley" parle de l'Exposition coloniale qui s'y est tenue en 1924  - 1925 et utilise ces conditions climatique qui causèrent apparemment des dégâts aux pavillons comme une métaphore judicieuse pour le déclin de l'Empire colonial britannique. Bien à propos et prophétique !

    "Les Docks de Londres" nous décrit à la fois la saleté des docks et l'effervescence qui y règne, l'intense activité qui voit des tonnes et des tonnes de marchandises y transiter tous les jours pour alimenter le cœur de l'Empire, en provenance de ses Dominions. Le texte suivant sur Oxford Street nous parle du commerce fin qui se tient une fois que les matières brutes des docks ont été transformées en produits de luxe.

    L'écrivaine nous parle ensuite des Abbayes et des Cathédrales de Londres ! D'abord la Cathédrale Saint-Paul qui célèbre les vertus des morts du commun, puis l'Abbaye de Westminster réservée aux Rois et Reines et aux aristocrates. Il semble y avoir chez Virginia Woolf un certain rejet de la démocratie au profit de la monarchie, fut-elle parlementaire comme en Angleterre. Un autre texte sur la Chambre des Communes - où le pouvoir est délégué aux comités et où plus aucune figure n'a la stature pour être immortalisée dans le marbre - confirme cette impression.

    Le "portrait d'une Londonienne" est celui de Madame Crowe, qui a tenu Salon pendant soixante ans, de  cinq heures à sept heures afin de collecter toutes les rumeurs ou ragots à la manière d'une commère mondaine. Mais nulle condamnation ici de la part de Virginia Woolf qui insiste au contraire sur le fait que la vieille Dame reconstituait les morceaux épars de la vie de Londres en un  tableau cohérent et était la mémoire vivante de la ville !

    Dans le dernier texte, l'auteure nous raconte son baptême de l'air au-dessus de Londres, comment l'Humanité nous parait alors insignifiante depuis le ciel et comment le sentiment de finitude et de mort semble imminent, le pilote de l'avion se transformant alors en figure de Charon  - pour avouer à la fin que le baptême de l'air n'a pas eu lieu ce jour là et que tout s'est fait en imagination, retranscrit par la magie des mots et le miracle de l'écriture !

    Un excellent recueil dans une très belle traduction d'une certaine Chloé Thomas. A priori, j'aime beaucoup le style et la prose de Virginia Woolf et renouvellerai l'expérience, peut-être avec Mrs Dalloway ?

    J'ai emprunté ce livre avant le confinement à la Bibliothèque de Caen, la BAdT, et remercie au passage le lecteur ou la lectrice érudite qui a ajouté des indications biographiques (dates de décès, noms de famille,..) dans les marges au crayon à papier de manière fort pertinente et utile ! Eh oui, c'est aussi ça la vie d'un livre !

    A bientôt !


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  • Pendant que le confinement continue, moi je poursuis mes lectures avec notamment le premier roman du cinéaste Pier Paolo Pasolini, Les Ragazzi, paru pour la première fois en 1955. Le récit faut adapté au cinéma, sous le titre Les Garçons,  en 1959 par Pasolini et Jacques-Laurent Bost.

    Le cadre des Ragazzi est la Rome de l'après-Seconde Guerre mondiale où on suit des adolescents du sous-prolétariat urbain qui vivent au jour le jour d'expédients et de combines plus ou moins légales ! Ils revendent notamment toute sorte d'objets comme de la ferraille pour gagner de quoi manger. Entre deux larcins, les gamins se décrassent de la saleté  ambiante dans les eaux polluées du Tibre ou des fontaines.

    Le roman nous dresse toute une cartographie de Rome avec ses quartiers et les protagonistes parlent une sorte d'argot/dialecte local, le romanesco. On suit plusieurs adolescent mais surtout le personnage de Riccetto, dit le Frisé, depuis sa première communion et les années qui suivent. On voit ainsi son évolution, passant de vol en escroquerie, allant même jusqu'à se prostituer, tandis que ses compagnons sont tués, meurent ou sont envoyés en prison !

    Nos adolescents sont dépeints par Pasolini comme des pauvres gamins errant sans but. Nos "héros" sont "hors de la modernité", "vestiges d'un monde disparu", rebuts de la société, voleurs, amoraux, marginaux et joueurs... Pasolini dépeint le monde de l'après-guerre, dévoré par la misère et c'est assez poignant ! Les familles sont décomposées, pères ivrognes, mères soumises, frères repris de justice, soeurs qui se prostituent dans une ville sinistrée après les combats ! C'est aussi un monde clandestin. Et c'était pourtant la réalité que l'auteur décrivait ici ! Mais d'une certaine façon, ces jeunes ont survécu et résisté à la corruption issue de la modernité et de l'industrialisation et sont les seuls à être véritablement libres !

    Ces jeunes sont abandonnés par la société, classe inférieure délaissée même par le Parti communiste alors surpuissant ! L'ennui domine leur quotidien.

    Les personnages ne sont aussi jamais nommés par leurs noms propres mais par leurs surnoms, leur état-civil dans cette sorte de société parallèle.

    A sa sortie, le livre fut victime de censure et écarté des sélections de plusieurs prix littéraires car il décrivait notamment la prostitution masculine homosexuelle ! Il y eu donc aussi une plainte pour le "caractère pornographique" supposé du livre ! Les communistes reprochèrent à l'ouvrage son manque de "perspective" ! Ce ne fut pas la première ni la dernière fois que Pasolini fut cloué au pilori, et on sait qu'il finira assassiné sur une plage d'Ostie !

    En attendant, c'est une lecture qui vous prends aux tripes ! A découvrir ! Pasolini est certes un auteur sulfureux mais Ô combien intéressant !

    A bientôt !


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  • L'ouverture d'esprit doit faire partie des attributs de l'homme cultivé et on ne doit jamais s'interdire de s'ouvrir à d'autres cultures ! Nous mènerons nos pas aujourd'hui en les contrées lointaines et exotiques du Moyen-Orient et visiteront l'Arabie Saoudite dans le livre de souvenirs d'enfance d'Ahmed Abodehman, La Ceinture, roman autobiographique !

    L'auteur aborde ici tout un patrimoine culturel, fait de mythes et de légendes, de rêves et de récits sur les ancêtres, tradition orale ainsi mise par écrit ! C'est aussi un retour à la nature qui est présente à chaque page de l'ouvrage, le désert bien sûr !

    Ahmed Abodehman a grandi dans un petit village peu pénétré par la modernité... N'allez pas pour autant croire qu'on a affaire à des gens arriérés, plutôt des individus proches des choses - de la nature donc - et qui connaissent les "vraies valeurs"  - avec leurs coutumes et leurs traditions ! On n'est évidemment pas ici non plus dans un rigorisme religieux !

    Vous l'aurez compris, on est à mille lieux des représentations habituelles de l'Arabie Saoudite entre Pétrodollars et Wahhabisme ! Il est bon d'avoir ainsi à une autre image, plus humaniste et qui n'alimente pas le ressentiment et le "Choc des Civilisations" !

    De plus, c'est écrit avec une certaine poésie ! Notre écrivain veut retranscrire une ambiance "magique"  - un peu "Mille Et Une Nuits" peut-être ? Ici, les autochtones chantent et expriment des sentiments profonds !

    Ce livre fut une bonne surprise ! Une plongée dans l'authentique qui est une des choses que l'on demande au fond à la littérature ! La sincérité de l'auteur aussi !

    Ahmed Abodehman vit depuis 1982 à Paris avec sa femme et sa fille ! C'est pour cette dernière qu'il a écrit La Ceinture ! Il ne s'agit pas d'une traduction ! Publié en 2000, ce roman le fut directement en Français puis fut seulement ensuite traduit en plusieurs autres langues et c'est l'auteur lui -même qui assura la traduction en arabe ! De ce fait, Abodehman est le premier écrivain originaire de la Péninsule arabique a écrire directement en Français ! Ajoutons que journaliste, il est le correspondant du quotidien saoudien Al Riyadh à Paris.

    A bientôt !


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  • Une Histoire de la Lecture - Alberto ManguelNous allons aborder maintenant un ouvrage épais, qui parvient à nous instruire tout en nous divertissant - comme devrait le faire toute bonne littérature (credo que je pratique dans mes propres écrits !), érudit et plaisant à savoir Une Histoire de la Lecture de l'auteur argentin, Alberto Manguel, bibliophile avéré ! C'est un livre qui m'a été donné en bibliographie dans le cadre de mon actuel Master Métiers du Livre et de l’Édition.

    Manguel aborde le monde de la lecture dans son ouvrage, parle évidemment des différentes figures du lecteur, aborde des problématiques comme pourquoi lit-on ou comment lit-on ? Ca regorge d'anecdotes et de digressions et il me sera bien difficile de vous résumer ce livre qui part un peu dans tous les sens !

    Alberto Manguel est fils de diplomate et a beaucoup voyagé dans son enfance, et adulte est devenu romancier, essayiste et traducteur réputé avant de s'établir au Canada ! Il a donc été confronté au réel et est en mesure de nous dire si les livres sont en phase avec ce réel ! Il semble bien que oui !

    Son Histoire de la Lecture est un ouvrage de référence, de la méta-lecture, un "livre sur les livres", traduit en 25 langues ! Il ne s'agit pas ici, notons le en examinant le titre de" L'Histoire de la Lecture" mais d'une Histoire possible ! La plupart des anecdotes sont éloquentes mais comme le montre le dernier chapitre, tout n'a pas été dit et de nombreux autres chapitres auraient pu être entamés ! Mission ratée donc ?

    Ce livre s'apparente en fait davantage à un recueil d'articles ! Citons quelques titres de chapitres en guise d'exemples :"Lire en silence", "Lire des images","La Forme du Livre", "Lecture Privée", tout ça dans une section "Faits de Lecture" ! Et dans une autre section "Pouvoirs du Lecteur", on aura "Commencements", "Lire en lieu clos"," Le Voleur de Livre", ou "Le Fou de Livre" ! Évidemment, on croisera dans ces pages les incontournables que sont   l'évocation de la Bibliothèque d'Alexandrie ou l'invention de l'imprimerie ! Et aussi la figure de Jorge Luis Borges, l'auteur étant comme je vous l'ai dit argentin !

    Le dernier chapitre en effet s'inspire de la "Bibliothèque de Babel" de Borges !

    Une lecture à conseiller pour tous les lecteurs frénétiques dont je suis !

    A bientôt !

    Compte à rebours -30


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  • On va parler aujourd'hui de littérature américaine, avec une auteure contemporaine que j'aime bien, Tracy ChevalierA l'orée du verger - Tracy Chevalier ! Dans A l'orée du verger, la romancière nous livre une saga familiale, celle des Goodenough, une lignée originaire d'Angleterre, partie pour le Nouveau Monde puis qui va s'installer dans l'Ohio, dans le Black Swamp !

    James Goodenough a en effet quitté les siens et le Connecticut, pour s'installer sur des terres inhospitalière, où la boue s'immisce partout, avec sa femme Sadie, dont le vice est l'alcool, et leurs nombreux enfants dont plusieurs succomberont à la fièvre des marais !

    Tracy Chevalier nous décrit la passion de James pour les pommiers - on a ici une passion peu banale, cette fois à destination du règne végétal, là où Prodigieuses créatures, un roman précédent de la même écrivaine, nous montrait une passion pour le minéral, à travers la recherche de fossiles ! James cultive donc des pommes à cidre et des reinettes dorées, fruits qui l'emplissent de nostalgie avec leur goût de miel et d'ananas ! Mais cultiver ces pommes dans le Black Swamp n'est pas chose facile - même si James est doué pour les greffes ! Il doit faire face à l'hostilité de son épouse !

    Sadie est en effet dévorée par le regret ! Elle regrette la perte de plusieurs de ses enfants et ne s'acclimate pas au Black Swamp, contrairement aux pommiers ! Elle sombre dans l'alcoolisme et se saoule à l'eau de vie de cidre ! Elle prends finalement les arbres en grippe ! Tout ceci se terminera par un geste fatal et un drame !

    Un drame survient donc, et suite à cela, un des fils, Robert, décide de "fuir" vers l'Ouest, prenant ses distances ! Il deviendra d'abord chercheur d'or et vivra d'autres petits métiers, avant de se rapprocher de San Francisco et des grandes forêts de redwoods et de séquoias, arbres immenses et majestueux !

    Là, des rencontres changeront son destin : Molly, une cuisinière qui vends ses charmes à l'occasion, pourrait être celle avec qui il fondera une famille, William Lobb, un "chasseur d'arbres" l'initiera à la botanique, deviendra son ami et lui donnera un métier !

    Jusqu'au jour où la famille de Robert reprends contact avec lui ! Sa sœur Martha effectue le long voyage vers l'Ouest, enceinte de la prochaine génération Goodenough ! Mais la frêle jeune femme, futur maman, aura-t'elle suffisamment de force pour mettre au monde un enfant ? La vie de Robert va alors changer !

    A la fin du roman, il fait route vers l'Ancien Monde, accompagné de jeunes plants de redwood, d'une femme et de deux enfants !

    Ce roman est assez intéressant, bien écrit, avec des personnages attachants, un sens de la tragédie humaines et des aléas du sort, de l'absurdité et de l’imprévisibilité du destin, avec une note d'humour légère qui rends le propos plus digeste ! Bref, j'ai beaucoup aimé cette lecture et vous la recommande ! C'est aussi tout un pan de l'Histoire des USA - avec en trame de fond la légende de John Appleseed - John "Pépin-de-pommes" qui planta des pommiers d'une côté à l'autre des Etats-Unis !

    Un récit qui s'appuie aussi sur une bonne et large documentation !

    A bientôt !


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  • J'adore particulièrement l'écrivain japonais contemporain, Haruki Murakami dont j'avais dévoré la trilogie 1Q84 - chroniquée sur ce blog ! Il est né en 1949 et a été plusieurs fois pressenti pour le Prix Nobel de Littérature. Murakami revendique des influences allant de Raymond Chandler à Kurt Vonnegut en passant par Richard Brautigan et Franz Kafka. son écriture s'inscrit résolument dans le style post-moderne et il ne dédaigne pas non plus flirter avec la science-fiction et le fantastique, s'essayant avec brio au réalisme magique, à la quête picaresque teintée de romantisme et de surréalisme ou à l'enquête policière.

    Des hommes sans femmes - Haruki Murakami

    Ma dernière lecture de cet auteur est son recueil de sept nouvelles de 2017, Des hommes et des femmes, écrites en 2014 où il nous dresse avec un certain talent une galerie de personnages à la psychologie et aux motivations fouillées. Passons en revue ces différentes nouvelles !

    Dans  "Drive My Car", on rencontre le personnage de Kafuku, un acteur de théâtre d'un certain âge qui, suite à un retraite de permis, doit engager Misaki, une jeune femme de 24 ans qui pourrait être sa fille et qui conduira donc sa Saab jaune pour l'accompagner sur ses lieux de travail. On nous dresse le portrait d'une relation toute particulière faite de respect et de retenue où chacun cache ses sentiments. Néanmoins, Kafuku finira par se confier sur sa femme, décédée d'un cancer de l'utérus, et sur le fait que celle-ci ait ressenti le besoin d'avoir des amants. Kafuku deviendra même "ami" avec un de ces hommes, assez insipide, pour comprendre les motivations de sa femme, secret qu'elle a emporté dans la tombe. Misaki, elle, se confiera sur sa famille, son père qui les a abandonné, elle et sa mère, et ladite mère qui dévalorisait sa fille.

    Le seconde nouvelle se nomme "Yesterday" en référence à la chanson des Beatles, écrites par Paul McCartney. Le narrateur raconte son amitié avec un certain Kitaru, un type assez excentrique capable d'apprendre à la perfection le dialecte du Kansai. Tous les deux sont jeunes et travaillent dans un restaurant. Une jeune fille entre dans l'histoire, la copine de Kitaru, que celui-ci a décidé de ne pas toucher tant qu'il n'aura pas réussi son examen d'entrée à l'Université. Kitaru souhaite qu'Erika Kuritani sorte avec son ami, le narrateur et finira par prendre la clé des champs sans donner de nouvelles. Murakami élabore donc des personnages complexes dont il ne donne pas toutes les clés du comportement. Au lecteur, d'extrapoler !

    "Un organe indépendant" raconte l'histoire à la fois pathétique, poignante et exemplaire du Docteur Kotai, un célibataire endurci mais ayant des aventures sans lendemain. Il s'agit d'un homme dont le comportement ne dévie pas d'une ligne droite, attitude pas très adaptée, selon le narrateur, à un monde où tout est courbe. Le brave Docteur finira par tomber amoureux et à se laisser mourir d'anorexie par dépit amoureux. Un récit tragique au fond !

    "Shéhérazade" reprends le principe de la conteuse des Mille et une nuits ! Habara - qui semble souffrir d'une forme grave d'agoraphobie  - ne peut pas sortir de chez lui et se voit assigné une infirmière à domicile qui lui fait ses courses et son ménage. Très vite, ils font l'amour et celle que Habara ne connaît que sous le pseudonyme de la princesse orientale, lui narre quelques récits, réels ou fictifs, après l'acte : sa vie antérieure de lamproie, ses effractions dans le domicile d'un garçon dont elle était amoureuse alors qu'elle était encore à l'école. La nouvelle se termine sans que l'on connaisse la fin du récit de Shéhérazade - pourtant ce n'est pas frustrant !

    La nouvelle suivante se nomme "Le Bar de Kino". En instance de divorce, car sa femme l'a trompé avec un collègue de travail, le brave Kino reprends un bar et voit se succéder les clients les plus bizarres comme ce monsieur Kamita - capable d'éconduire deux brutes, on ne sait comment - ou cette femme aux brûlures de cigarettes sur le corps avec qui Kino fera l'amour comme des bêtes ! La nouvelle prends sur la fin une tournure nettement fantastique et étrange avec l'apparition de serpent , la disparition d'un chat et ce monsieur Kamita qui serait finalement un "dieu des rizières" veillant sur Kino ! Murakami retrouve ici le style de 1Q84, une écriture énigmatique et très peu de réponses !

    La sixième nouvelle, "Samsa amoureux" est un hommage à Franz Kafka, une des influences de l'écrivain japonais ! Ici, il semble que là où l'auteur praguois nous avait laissé avec un protagoniste transformé en cafard, celui-ci, Gregor Samsa donc, redevienne un beau matin humain. Mais il a perdu la mémoire et se réveille nu et désorienté. Il rencontre très vite une petite bossue venue changer la serrure cassée de sa chambre - où ses parents l'avaient enfermé ! Il est question d'une invasion de la ville de Prague par des soldats et des tanks. S'agit-il des nazis ou des Soviétiques ? Le message à retenir - comme Gregor tombe amoureux de la petite bossue - est que seul un homme peut tomber amoureux (et pas un cafard en l'occurrence !). Il est aussi question de "monde à déchiffrer". En fait donc, on pourrait dire que pour Samsa c'est une nouvelle naissance dans un monde inconnu !

    La dernière nouvelle "Des hommes sans femmes" donne son titre à l'ouvrage/ au recueil et aligne les métaphores : les marins, vérifier la pression des pneus, les licornes. Un mari appelle le narrateur au téléphone à 1 heure du matin pour lui apprendre que sa femme s'est suicidée ! Jadis, ce narrateur a eu une histoire sentimentale avec cette femme mais n'était pas tombé amoureux lors de leur rencontre au collège à 14 ans ! Il ne découvrira la profondeur de ses sentiments que des années plus tard, celle-ci ayant été emmenée par quelque marin ! Un peu comme moi avec mon amie Barbara C. qui est finalement partie avec un type plus vieux qu'elle, l'ingrate, et n'a jamais soupçonné mes sentiments pour elle (Barbara si tu me lis !?). Une nouvelle qui parle des "hommes sans femmes" et suscite là encore interrogations et questionnements chez le lecteur !

    Murakami est vraiment un auteur exceptionnel ! Toutefois, on pourra regretter l'aspect "inachevé" de certaines de ses nouvelles ! C'est un faux-semblant car en fait, à chaque fois, l'écrivain a fait passer son message, à charge au lecteur de faire fonctionner ses neurones et de le comprendre - ou de mettre à contribution ses sentiments et son empathie pour les personnages de Murakami !

    A bientôt !

    PS : Ça y est ! Je remercie les lecteurs de mes blogs car ai atteint les 1000 "kiffs" sur mes Skyblogs - mais cela concerne surtout les articles érotiques de mon Skyblog secret (eh oui, le cul ça fait vendre !).


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  • Nous allons aujourd'hui parler de littérature japonaise avec Ueda Akinari dont Wikipédia nous apprends qu'il est la plus grand auteur de ce pays du XVIIIème siècle ! Il eut une vie romanesque, fils de courtisane, commerçant, élève d'un philosophe, médecin, quasiment aveugle à la fin de sa vie.

    Ueda Akinari est le précurseur d'un genre nouveau, le Yohimon dont son Contes de pluie et de lune en est une incarnation. C'est un recueil de neufs contes fantastiques dont le Folio à 2 euros N°5797, "La maison dans les roseaux" nous en livre quatre sur les neuf !

    On peut ainsi lire "Le rendez-vous aux chrysanthèmes", "La maison dans les roseaux", "Carpes telles qu'en songe..." et "Le chaudron de Kibitsu". Je ne détaille pas ces contes pour vous en laisser la surprise !

    Mais toutefois, il est notable que ces contes sont vraiment spécifiques de la culture japonaise et ne pourrait pas avoir été écrits ailleurs ! Ils se déroulent dans le Japon féodal ! On retrouve donc des bushi et des shoguns, le code de l'Honneur... A côté de cela, à côté de la guerre - très présente, il y a son inévitable pendant, la mort, à travers deux sous-thématique : les fantômes et les esprits vengeurs (dans trois des quatre nouvelles ici !) et la réincarnation (ici en animal, conformément aux religions de l'Asie).

    Les fantômes - comme les démons, renards ou blaireaux - sont les maîtres de l'illusion qui trompent - et parfois, ils se vengent aussi !

    C'est un texte plaisant et exotique - accompagné des nécessaires pages de notes pour mieux contextualiser ! En un mot, c'est dépaysant ! Et cela fait du bien de découvrir les "classiques" d'autres cultures, expérience que je compte bien renouveler !

    A bientôt !


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  • La joueuse de go est un roman de Shan Sa, auteure d'origine chinoise, née en 1972 et s'étant exilée suite La joueuse de go - Shan Saaux évènements de Tian An Men en 1990. Elle compose ici, dans ce récit Prix Goncourt des Lycéens en 2001, son troisième roman, l'histoire de deux êtres, une jeune fille Mandchoue et un sous-officier japonais durant l'occupation de la Mandchourie dans les années 1930 par un Empire du Soleil Levant impérialiste, dominé par l'armée et expansionniste !

    La narration est alternée, un coup, la jeune fille s'exprime puis c'est le militaire japonais, à tour de rôle comme dans une partie de go !

    La jeune fille découvre les premiers émois de sa jeunesse, dans un Nord de la Chine occupé. Elle fréquente et côtoie deux étudiants révolutionnaires, Min et Jing, et connait de nouvelles expériences. C'est aussi une joueuse passionnée et chevronnée de go, ce jeu de pions où il faut encercler les pions de l'adversaire.

    Le jeune militaire connait la dure carrière des soldats japonais, formaté par la propagande, subissant les privations et prêt à se sacrifier pour sa Patrie. Il ne connait les femmes qu'à travers les prostituées des bordels de la troupe. C'est dans un de ces lieux - servant dans la réalité de bases arrières à des réseaux d'espions - qu'un officier supérieur va lui demander de se rendre en civil sur la place des Mille-Vents pour espionner les Chinois qui jouent au go !

    C'est donc sur cette place des Mille-Vents que nos deux personnages vont se rencontrer, se jauger, s'affronter...S'aimer ?

    Une histoire écrite comme un haïku, avec des chapitres brefs et des phrases courtes. Une bonne surprise avec une fin réussie et logique, lecture dépaysante qui nous emmène dans une culture plurimillénaire !

    A bientôt !


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  • Les romans d'Haruki Murakami sont empreints d'une certaine poésie et d'un certain mystère. Murakami est l'écrivain des potentialités non-exploitées, des voies de traverses et des récits de vie !

    L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage s'inscrit dans ce sillon. On y suit un homme de l'âge de ses 20 ans jusqu'à ses 36 ans dans des récits de plusieurs périodes en parallèle : sa jeunesse et le temps présent.

    Tsukuru formait avec quatre amis - deux garçons et deux filles - un petit groupe soudé du temps du lycée. Ses amis avaient des patronymes contenant des noms de couleurs. Il y avait Rouge, Bleu, Blanche et Noire. Mais lui, "Tsukuru" signifiait celui qui "construit des choses" et était "l'incolore" et se sentait de ce fait vide. Un triste jour, il se retrouva exclu - traversa une période de dépression consécutive - et cela continua à lui peser sur le coeur !

    A la demande de sa petite amie Sara, Tsukuru va tenter d'élucider le mystère - la raison - de cette séparation et renouer contact avec ses amis. Il apprendra qu'un des membres du groupe avait alors porté d'horribles accusations contre lui. Cette personne était-elle dérangée psychologiquement ? C'est l'hypothèse du roman ! Ou bien comme le pensera plus tard, Tsukuru, avait-elle voulu faire imploser le groupe précocement présentant que cela finirait par arriver !

    Ce roman est donc un récit de vie, sur les relations entre les êtres, sur les choix que l'on fait et que l'on ne fait pas, sur les voies non-prises, sur la façon dont on se construit et se perçoit !

    Un très bon roman ! Toutefois, le reproche que l'on pourrait faire, le défaut que l'on pourrait trouver est que certaines questions posées par la narration reste sans réponse - y compris après la dernière page ! C'est au lecteur de compléter selon sa vision du monde ! Ce n'est pas vraiment une faiblesse mais cela pourra gêner certains lecteurs !

    J'adore Haruki Murakami - je ne vous le cache pas ! J'avais déjà beaucoup aimé les trois tomes de 1Q84 !

    A bientôt !


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  • Partons cette fois pour une destination exotique, le Pérou et la forêt amazonienne et le petit village d'El Idilio, dans ce roman de Luis Sepulveda, Le vieux qui lisait des romans d'amour, en 1992.

    Le Vieux qui lisait des romans d'amour - Luis SepulvedaLe roman raconte l'affrontement entre un homme, Antonio José Bolivar, et un ocelot et fait à cette égard penser à Le vieil homme et la mer d'Ernest Hemingway. Pourtant le propos est différent et il ne s'agit pas ici de lutter contre l'adversité que de protéger la nature des ravages de l'homme ! De plus, le héros de Sepulveda, rompu aux techniques des "sauvages" est moins démuni que le personnage d'Hemingway !

    Ce roman reçu un très bon accueil à sa sortie remportant aussi bien le prix populaire des Relais H que l'élitiste Prix France Culture ! Il est vrai que le récit résonne avec des combats de l'époque, le chef Raoni, le chanteur Sting et la défense du poumon de la planète, l'Amazonie.

    Mais l'Amazonie, ce ne sont pas que des millions d'espèces végétales et animales méconnues mais aussi des peuples indigènes qui possèdent un savoir - par exemple médical - et des traditions, des légendes uniques, vivant en harmonie avec la Nature.

    Ce savoir, l'auteur, Luis Sepulveda, ami de Chico Mendes, le grand partisan de la cause écologiste assassiné par des crapules, le connait bien ! Né au Chili en 1949, emprisonné puis contraint à l'exil sous la dictature Pinochet, il a parcouru l'Amérique latine et vécu en Amazonie parmi les indiens Shuars - dont les Jivaros sont la forme "corrompue" au contact des Espagnols ! Le héros du roman a suivi une trajectoire similaire. Ayant atteint le Chili, Antonio José Bolivar se lie avec les autochtones Shuars et apprends d'eux les "règles" innombrables et complexes de la forêt.

    Cela va lui servir le jour où une ocelot - dont un gringo a tué les petits - laisse une trace sanglante, faite de colons éviscérés sur ses pattes ! L'antipathique et imbécile maire d'El Idilio -la Limace - recourt au service du "Vieux" pour traquer l'animal !

    Ce récit est teinté d'exotisme, de descriptions précises et authentiques ! Mais ce n'est pas un exotisme raffiné fait de colliers de fleurs et de Ukulélé mais de cadavres dévorés par les vers et de squelettes nettoyés par les fourmis ! La mort, la puanteur, la corruption des Blancs, la malaria rôdent !

    Ce roman est un plaidoyer pour appeler à respecter la Nature, à sauvegarder des savoirs ancestraux qui risquent de disparaitre, entrainant notre propre disparition ! Ce roman date de 1992 mais son propos n'a jamais été aussi actuel !

    Donc tant sur la forme que sur le fond, Sepulveda fait mouche !

    Et les "romans d'amour" me direz-vous, c'est le secret du "Vieux", il aime lire les romans d'amour. En fait, c'est pratiquement le seul autre accès - biaisé - qu'il a -avec son quotidien dans la jungle et, à El Idilio - avec la Nature Humaine ! Or ce dépaysement par les livres ne coïncide pas avec la cruauté des colons. C'est en quelque sorte un contrepoint narratif et un élément comique !

    Excellente - mais courte et intense ! - lecture !

    A bientôt !


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  • Voici le premier roman d'un journaliste et écrivain finlandais - Tuomas Kyrö - qui signe avec Les tribulations d'un lapin en Laponie, en 2012, une sorte de conte de fée moderne mettant en scène un expatrié roumain, optant pour la mendicité - sous l'emprise d'un infâme mafieux russe - afin de réaliser le rêve de son existence : offrir des chaussures de foot à Miklos, son fils adoré.

    Dit comme cela - le roumain mendiant, le russe mafieux, on semble dans le cliché ! C'est délibéré de la partLes tribulations d'un lapin en Laponie - Tuomas Kyrö de l'auteur qui prend ces "codes" à contretemps pour mieux s'en jouer et les démonter ! Car notre SDF va échapper à sa "condition", trouver un lapin blessé et s'enfuir en Laponie pour ramasser des baies et des airelles. Le récit a donc un côté résolument burlesque, tout en étant à la fois bucolique.

    Le roman présente par ailleurs la société finlandaise où le capitalisme le dispute à la Nature. Notre héros va de rencontre en rencontre : une petite fille dans un hôpital, un employé de l'agence pour l'emploi, un restaurateur vietnamien, un couple d'ermites attaché à la modernité etc... Ces personnages secondaires sont introduits l'un après l'autre comme un jeu de domino et permettent à l'auteur de libérer sa plume !

    Vous l'aurez compris, le trait est un peu forcé mais, tout en étant dans l'exagération, le romancier aborde des questions graves et sérieuses : la liberté, la pauvreté, le racisme etc...

    Enfin, et je n'avais pas "percuté" au premier abord, ma connaissance des auteurs nordiques étant assez limitée - et se limitant à Selma Lagerlöf et Stieg Larssen - mais le roman sur notre "lapin" est à hommage au Lièvre de Vatanen d'Arto Paasilinna. C'est d'autant plus évident après coup que le héros de Kyrö se nomme Vatanescu, sorte de figure paasilinnienne roumanisée !

    C'est drôle, ça fait réfléchir bref c'est à lire car cela allie l'utile à l'agréable !

    A bientôt !


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  • Richard Ford est un écrivain américain contemporain de renom, à l'écriture ciselée, précise et évocatrice. Canada - Richard FordAvec Canada, il évoque, à travers Dell Parsons, son narrateur de 15 ans, l'adolescence d'un personnage qui va perdre son innocence suite à un délit commis par ses parents, "fuir" au Canada - franchissement de frontière ! - et aller à la rencontre de son nouveau destin.

    Le livre s'organise en trois parties.

    Dans un premier temps, les Parsons, sont une famille vivant à Great Falls dans le Montana. Il y a les parents et les deux jumeaux, la fille Berner et Dell le garçon. Le père, Bev, au ancien de l'US Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale - l'intrigue se déroule durant l'année 1960 - se livre à des magouilles, vends de la viande abattue illégalement, et acculé par ses complices indiens, est poussé à braquer une banque et entraine sa femme dans cette "aventure" fatale !

    Les parents sont ensuite arrêtés et, tandis que Berner fugue, Dell est conduit par Mildred, une amie de sa mère, chez le frère de celle-là, Arthur Remlinger qui tient, avec son amie Florence La Blanc, un hôtel, le Leonard, au Canada. C'est l'objet de la seconde partie.

    Mais Arthur a du sang sur les mains, ayant dynamité des années plus tôt un syndicat, ce qui a provoqué "accidentellement" la mort d'un homme. De nouveaux meurtres vont être commis et Dell va y être mêlés : fin de l'innocence !

    La troisième et dernière partie se passe de nos jours ! Dell est un vieux professeur de Littérature, étudiant Au coeur des ténèbres et Gatsby le magnifique, des histoires de chute et fait le parallèle avec sa propre vie ! Ce sont des chapitre là encore introspectifs sinon conclusifs. C'est une histoire de pêché originel et d'errance de la lignée des descendants.

    J'aime beaucoup le style de Ford, qui évoque des petits détails qui semblent à priori inutiles mais qui eu delà de la technique littéraire du XIXème siècle du "petit fait vrai" permettent d'aérer le texte et lui donne son rythme !

    Les lecteurs ont reconnu la qualité de ce roman qui a reçu le Prix Fémina Étranger 2013 !

    A bientôt !


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  • George R. R. Martin a réussi un coup de maitre avec sa saga fleuve Game of Thrones. Le récit total devrait compter entre 7 et 8 gros volumes - regroupés chez nous en autant d'intégrales !

    Cependant, il existe d'autres histoires mettant de côté Daenarys Targaryen, Jon Snow ou Tyrion LannisterL'Oeuf de Dragon - 90 ans avant le Trône de Fer - George R.R. Martin puisqu'elles se déroulent des générations avant ! Ce sont des nouvelles - ou plutôt des novellas au vu de leur longueur dont L'Oeuf de Dragon fait partie.

    Je dois dire que ce récit autour d'un tournoi de chevalerie - avec descriptions des atours et des qualités de chevaliers participants rappelant la Chanson de Geste - m'a particulièrement plu ! D'abord parce que les personnages sont attachants, bien caractérisés malgré leur nombre important. Ensuite, parce que les enjeux vont bien plus loin qu'un simple tournoi amical ! Et comme dans tout Game of Thrones, il y a du sang et des morts !

    On suit le chevalier errant Duncan - en abrégé Dunk - qui parcourt les routes avec l'Oeuf - un jeune écuyer qui n'est autre qu'Aegon Targaryen que son père Maekar a confié aux soins du chevalier. Dunk va participer à un tournoi organisé par Lord Ambrose Beurpuits, sire de Murs-Blancs,qui marie sa fille à un Frey.

    On a alors droit à toute une galerie de chevaliers, nobles ou errants, bien dessinés comme je l'ai dit et chacun avec ses motivations. Il y a ainsi Heddle le Noir, Alyn Chantecoq, Joffrey Caswell, Kirby Pimm, Lord Gormon Peake, Glendon Boule, Jehan le Ménétrier, Kyle le Chat, Uthor Enverfeuille parmi tant d'autres...

    Mais en réalité, derrière le tournoi se profile un complot contre le Trône de Fer, occupé par Aerys Ier Targaryen. En arrière plan, pour expliquer cette machination, il faut savoir qu'il y a peu les Targaryen étaient divisés et se battaient pour le trône.Il y eut ainsi la Guerre du Dragon Rouge contre le Dragon Noir et Daemon Feunoyr, le Dragon Noir fut battu au champ d'Herberouge. Les rebelles furent ensuite soit exécutés, soit graciés, soit exilés. Or ils sont de retour !

    Comment Dunk, le héros de ce récit, va-t-il se tirer de ce nid de guêpes ?

    Bref, une histoire prenante qui de plus est bien écrite/traduite !

    A lire particulièrement pour les inconditionnels de Game of Thrones !

    L'auteur, George R. R. Martin prévoit d'écrire d'autres nouvelles sur Dunk et l'Oeuf !

    En attendant qu'elles voient le jour, je vous dis à bientôt !


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  • Si vous aimez les histoires qui finissent bien, ne lisez pas La saison de l'ombre de Léonora Miano !

    L'auteure est née en 1973 à Douala au Cameroun où elle grandit avant de venir vivre en France en 1991. Ici, elle retrace une page noire de l'Histoire de l'Afrique. C'est une véritable tragédie qui mène à l'élimination planifiée de tout un peuple.

    Au début du roman, on a un peu de mal à situer temporellement l'action. A quelle époque sommes-nous ? On le devine assez vite cependant.

    Un drame a eu lieu au village Mulongo. Un incendie s'est produit au cours duquel dix fils et deux adultes ont disparus. On n'a pas retrouvé de corps ! Les mères des fils sont mises à l'écart pour ne pas contaminer le reste du village. Des mesures doivent être prises et sont prises.

    Une galerie de personnages très étoffés : Mukano le chef, Mutango, son frère, Eyabe, une des dix mères, Mendene, le ministre des cultes, Ebese sa compagne et matronne, Ebesi, une autre mère éplorée, Ekélé, l'ancienne...

    Ne tournons pas plus longtemps autour du pot, c'est de Traite transatlantique qu'il est question ici, traite pratiquée par des Africains au service des "hommes aux pieds de poule" contre d'autres Africains : les Côtiers et les Bwele contre les Mulongo, prise de guerre, captures.. ! Les conséquences tragiques d'un arrachement d'un peuple à sa terre, à ses racines et ses ancêtres. En Afrique, on ne mets pas tout par écrit comme en Europe et donc la transmission orale par les ancêtres est capitale !

    Ce roman intéressant nous fait découvrir une culture, des rites, un vocabulaire loin de nous Européens.

    Léonora Miano s'est beaucoup documenté, auprès de ses ancêtres et aussi notamment en lisant une enquête très sérieuse et non littéraire nommée La mémoire de la capture. Cela donne un récit prenant mais très souvent dur !

    "La bibliothèque éclectique ", c'est aussi découvrir d'autres cultures !

    A bientôt !


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  • Pierre Gagnon n'est certes pas le plus connu des écrivains québécois, néanmoins, ignoré par les critiques de "référence" (Télérama), il vit un petit succès de librairie, par le bouche à oreilles.

    Il a auparavant traduit en livre son journal au jour le jour sur son expérience personnelle du cancer et écrit sur la vieillesse avec Mon vieux et moi.

    J'ai vendu ma bagnole à un Polonais est un recueil de nouvelles qui tournent autour de l'enfance, de passions - comme la guitare ou le vélo. L'écriture est lumineuse et optimiste, l'humour est présent - ce qui est un bien car parfois les sujets sont graves (l'enfance maltraitée).

    Les récits sont à la première personne avec différents narrateurs. Dans "ce sont des choses qui arrivent" le personnage qui raconte est victime d'un traumatisme crânien et délire - comme l'écriture. Dans "je veux cette guitare", on a une autre forme de délire, celui d'un enfant qui idolâtre une guitare.

    "Carrière" nous emmène dans le monde du vélo avec un champion cycliste marqué par un accident de la vie. "L'oncle Charlie" porte sur ces vieux que l'on oublie dans des mouroirs et traite le sujet avec une chute ironique.

    "J'ai vendu ma bagnole à un Polonais" nous confronte à d'autres cultures et à des communautés truculentes.

    "La minoune" est un petit bijou de tendresse où la vie d'une chatte est dans la balance !

    "Jimmy Esthétique Pour Elle et Lui, faits divers" est la plus longue des nouvelles et mets en scène un couple père/fils, un coiffeur aimant les commérages et une jeune fille brillante lassée de sa vie.

    Enfin, "Nico" porte sur la relation d'un jeune garçon débrouillard et son mystérieux père autoritaire !

    Entre ces différents récits, des textes plus courts, pas plus d'une page : "Aussitôt levé", "Croire" ou "Salon du Livre"

    Si vous avez envie de sortir des sentiers battus, que vous aimez les nouvelles et les histoires courtes et amusantes et voulez tester de nouveaux auteurs d'autres horizons, essayez Pierre Gagnon !

    A bientôt !


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  • Jorge Luis Borges est un écrivain argentin du XXème siècle mais il est plus que cela, presque une légende, un L'aleph - Jorge Luis Borgemaitre d'érudition, un modèle pour de nombreux écrivains qui lui ont succédé dans le temps et un clairvoyant lui qui était aveugle - et peut-être pour cette raison !

    C'est aussi un des piliers du genre fantastique, un bibliophile, lui qui occupa les fonctions de bibliothécaire.

    Mais il ne s'agit pas ici de présenter une biographie du maitre. Je vais plutôt vous parler - sans l'épuiser - de son recueil de 17 nouvelles, l'aleph - publié en 1962 (en 1967 pour la version française) et des thèmes qui s'en dégagent.

    Qu'est-ce qu'un aleph (première lettre de l'alphabet selon la cabale)? C'est un point, un lieu ou peuvent être vus simultanément tous les lieux de tous les angles ! A partir de là, Borges essaie de faire de cette vision divine de la littérature. C'est donc le point de vue de l'écrivain qui se voudrait omniscient !

    Or c'est une illusion ! Ne serait-ce que parce que l'oubli entre en ligne de compte ! Je note au passage qu'on retrouve là des éléments du Phèdre de Platon (mais cela n'engage que moi !). De plus, la littérature est impuissante à retranscrire, à énumérer tout l'Univers. Il faudrait pour cela une bibliothèque - Babel - infinie !

    De plus, l'Univers est un labyrinthe et il est aisé de se perdre dans sa vision ! Il n'en reste pas moins que l’œuvre de Borges, à l'image de ce petit recueil de 220 pages en édition L'imaginaire Gallimard est très dense en contenu et très cosmopolite et éclectique.

    Nous avons sous-entendu que la bibliothèque et le labyrinthe étaient deux des thèmes de prédilection de Borges. Il y en a bien d'autres. Ses récits mettent en scène des Rois, Borges lui-même, des immortels, des dieux, des prêtres, des érudits...On croise à maintes reprises la figure de Dante et de sa Divine Comédie qui veut décrire les autres mondes.

    De même que l'aleph est tous les lieux, les "héros" de Borges sont souvent des hommes qui sont tous les hommes et cela va bien au- delà d'une idée de réincarnation, d'éternel retour (la Roue chère à l'auteur) ou de solidarité des êtres. C'est plus difficile à analyser et je ne m'y risquerais pas. Il y a un peu de tout cela à la fois !

    Bref, Borges tente de décrypter le monde, de déceler une écriture de Dieu (le Dieu des chrétiens, des musulmans ou encore des mayas...) que ce soit dans le Zahir, un des noms de Dieu, dans l'image obsédante ou dans les motifs de la peau d'un jaguar.

    Vous l'aurez compris, il y a dans ce recueil - et dans l’œuvre de Borges - un crédo fantastique et un registre qui va au-delà, jusque dans le mystique !

    A lire ne serait-ce que pour cela !

    A bientôt !


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  • Des souris et des hommes - John SteinbeckDes souris et des hommes ! Voilà un roman de John Steinbeck, publié en 1937, que j'ai lu au collège en classe de Troisième il y a fort longtemps et que je relis ces jours-ci ! Ce roman reste toujours un chef d’œuvre !

    L'histoire poignante - mais sans sensiblerie - de deux journaliers dans le monde rural des États-Unis dans les années 1930 - unis par une indéfectible amitié. Il y a George Milton, un type qui essaie de tirer son épingle du jeu, malin mais sans malice, petit de corpulence et Lennie Small un vrai colosse - qui ne mesure pas sa force - d'une gentillesse sans limite mais avec la mentalité d'un enfant de 3 ans, bref un attardé qui devient vite la cible de gens comme Curley, le fils du propriétaire qui engage nos deux compagnons sur son exploitation.

    Ce roman est magnifique, l'histoire est assez connue et je ne fais pas de grosses révélations en disant que la fascination de Lennie pour les choses douces, les souris, les petits chiens, les robes et les cheveux des femmes, vont le mener à sa perte ! Voulant caresser ces choses, et ne mesurant pas sa force, il a tendance à les briser -donc à les tuer. Et puis, il y a la femme de Curley, une "vraie pute" sur laquelle le colosse va poser son dévolu ! Elle a de si beaux cheveux !

    Au final, George devra prendre une décision irrémédiable et déchirante !

    Le point fort de Steinbeck, c'est, que sans nous faire entrer dans la pensée des personnages - ainsi pas de monologue intérieur notamment - il parvient à tout nous révéler de leurs psychés. Ceci par le dialogue, abondant - la pièce fut adapté au théâtre et au cinéma plusieurs fois - et des descriptions. Le monde rural est également très bien rendu et très vivant - la vie dans un ranch, les journaliers et les ouvriers agricoles.

    Steinbeck, qui fuyait la publicité, a en effet vécu cette vie d'ouvrier agricole. Il a visité Panama et a vécu à New York. il est célèbre pour des souris et des hommes mais aussi pour Tortilla Flat, Les raisins de la colère ou encore A l'est d'Eden. Il ne craint pas de retranscrire la manière non châtiée de s'exprimer de l’Amérique profonde. Il constitue avec Faulkner, Hemingway et d'autres, un des écrivains américains incontournables de cette période de l'entre-deux Guerre et de la crise de 1929, moins dans les élans fougueux d'un Faulkner ou la violence et les personnages épiques d'Hemingway, plus dans l'authenticité !

    Je me demandais si une lecture psychanalytique pouvait s'appliquer à Of Mice and Men ? Vous me voyez venir à dix kilomètres ! George et Lennie comme deux instances d'un même psychisme, le surmoi ?, le Ca ? Cela me parait un peu trop facile et fumeux - et surtout très réducteur alors passons ! Mais bon, j'y ai pensé alors je l'évoque ici !

    On retrouvera certainement d'autres romans de Steinbeck un jour sur ce blog !

    A bientôt !

     


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  • Une rose pour Emily et autres nouvelles est un recueil - de nouvelles donc - de William Faulkner, paru en Folio 2 euros, qui reprends en fait des textes issu d'un plus large recueil, Treize Histoires.

    William Faulkner, un des plus grands écrivains américains du XXème siècle, nait en 1897 à New Albany dans leUne rose pour Emily - William Faulkner Mississippi, dans une vieille famille aristocratique ruinée par la Guerre de Sécession. Son père est un raté et un ivrogne et sa mère une femme autoritaire.

    L’œuvre de Faulkner est donc fortement marquée par les habitudes du Sud de l'Amérique, puritanisme, jugements moraux, ségrégation des Noirs. Elle se déroule entre Alabama, Tennessie et Mississippi. La plupart des nouvelles - et les quatre du recueil qui nous intéresse présentement - se déroulent dans la petite ville de Jefferson.

    Les quatre nouvelles ont pour titre Une rose pour Emily, Chevelure, Soleil couchant et Septembre ardent. Avant de les aborder rapidement une par une, voyons les dénominateurs communs !

    Tout d'abord, les personnages centraux de ces récits cachent tous un secret (meurtre, mariage, faute, viol supposé). De ce fait, ils sont en proie à la rumeur populaire, aux commérages - dont le salon de coiffure est un des lieux privilégiés - et donc aux jugements.

    Pour préserver leurs secrets, les protagonistes s'abritent derrière des murs, dans des lieux clos qui les protègent du "danger" : vieille demeure d'Emily Grierson, salon de coiffure, case de Nancy etc... Le voyageur de commerce - qui tente de percer les secrets - est aussi un élément récurrent.

    Dans une rose pour Emily, la nouvelle qui donne le titre au recueil, la vieille fille Emily Grierson vient de mourir. Faulkner glisse des indices - dans le désordre - tout au long du texte afin de préparer le dénouement, le genre nouvelle étant avant tout un art de la chute. Pour le lecteur perspicace, la fin est assez évidente - c'est ce qui la rends plus cocasse (le lecteur perçoit la vérité mais pas les commères du voisinage !). En effet, il y a d'abord cette odeur de charogne, puis cet achat d'arsenic chez les droguiste et enfin la disparition soudaine d'un homme. Mais je vous invite plutôt à lire le texte pour voir comment cela est bien amené !

    Je passe plus rapidement encore sur les trois autres textes :

    Chevelure et Septembre ardent ont pour cadre le salon de coiffure. Dans le premier texte, la rumeur se charge du cas de Susan Reed et de Hawkshaw le coiffeur qui trompe bien leur monde au dénouement. Dans le deuxième texte que je cite - qui est en fait le quatrième et qui clôt le recueil, il est question de la question noir et d'un jugement porté rapidement sur un noir accusé d'avoir agressé une blanche.

    De domestique noir, il est aussi question dans Soleil couchant (comme dans Une rose pour Emily d'ailleurs, fait que je n'ai pas mentionné, le fidèle domestique noir qui protège les secrets de sa maitresse). Nancy qui a fauté et est enceinte (du maitre de maison ? On ne sait ?)craint la vindicte de son compagnon Jésus. Menace réelle ou imaginaire. Le dénouement reste ici en balance.

    Bref, d'excellents textes qui posent tous la question du jugement social et s'amuse à s'en moquer pour mieux le fustiger et le déjouer.

    Faulkner est une valeur sûre, à n'en pas douter.

    Je vous dis à bientôt !


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  • Voici un roman, Différente, d'une auteur suédoise, Sara Lovestam, qui comme vous vous en doutez au titre parle d'altérité, principalement lorsque cette altérité pose problème.

    Tant il est vrai que nous existons d'abord par le regard des autres et les rapports en société... Faut-il s'en réjouir ?

    L'écrivaine à l'origine de ce roman connait bien son sujet - et à quel point la société peut exclure puisqu'elle vient en aide -par le biais de cours de suédois - à des immigrés et écrit dans un magazine gay. il sera aussi question d'homosexualité dans ce livre.

    Les protagonistes sont Martin, Paula et Léo (qui est une femme qui aime les femmes) dans un triangle amoureux dont vous devinez la configuration.

    Tout part du fétichisme de Martin, une obsession bien particulière pour les femmes amputées - qui a une origine dans l'enfance que l'on découvre vers la fin du roman. Il rencontre Paula, née sans jambes et tombe amoureux d'elle. Là encore la question du regard de l'autre...

    Mais Martin aime-t-il Paula pour sa particularité physique ou pour elle-même. C'est évidemment la question que celle-ci se pose ! Le lecteur comprend alors que cette histoire à deux n'aboutira pas.

    Et puis, il y a Leo, la lesbienne "brute de décoffrage", pas toujours diplomate - qui s'éprend de Paula et réciproquement. Paula se rends compte alors qu'elle a toujours aimé les autres femmes non pas parce qu'elles sont son équivalent avec un corps "complet" mais pour leur féminité. Elle se découvre alors homosexuelle.

    A cela s'ajoute une intrigue sur le mystère des origines de Paula, son abandon à la naissance et l'identité de sa mère naturelle? C'est un peu compliqué à démêler et il faut être attentif à la lecture !

    Un roman dont je ressort très mitigé ! Il y a des choses intéressantes que j'ai évoqué précédemment mais quel est ce besoin qu'on les auteurs actuels de truffer leurs écrits de scènes de sexe osées. C'est à croire qu'ils sont dans une totale misère sexuelle pour en parler avec autant de crudité. il y a des des magazines et des DVD spécialisés pour cela. déjà que quand je lis ce genre de passage -pourtant je ne suis pas prude ! - chez Houellebecq entre partenaires hétéros, ça m'agace tant c'est gratuit (encore que chez Houellebecq cela se discute car ça participe d'une réflexion sur la misère des temps), alors là des scènes éroticopornographiques entre deux lesbiennes , cela me laisse encore plus froid ! Mais bon après tout, tout ceci n'est qu'un détail et Sara Lovestam n'est pas une dépravée ! Mais bon, c'est une mode générale, une sorte de surenchère dans le sexe (et aussi la violence) !

    Bonnes lectures et à bientôt !


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  • Et voilà, l'histoire de Tengo et Aomamé, des Précurseurs et des Little People se termine avec ce livre 3 de 1Q84 ! Une fois de plus, Murakami nous livre un récit où la romance, la réflexion et le fantastique sont étroitement mêlés !

    1Q84  - Livre 3 - Haruki MurakamiMais je ne pense pas qu'on puisse parler de récit fantastique à propos de 1Q84 ! Un récit fantastique advient lorsqu'il y a toujours une possibilité entre une explication surnaturelle et une explication rationnelle. Or ici, il n'y a pas vraiment d’ambiguïté, il y a bien deux lunes dans le ciel et des petits bonshommes de 5 centimètres qui sortent de la bouche des cadavres ! Je parlerais plutôt donc de "merveilleux" ! Avec une touche de culture shinto et japonaise !

    L'intertexte, très riche, est aussi à chercher du côté de Shakespeare, d'Alice au pays des merveilles ou de la légende d'Orphée aux enfers !

    Le centre de l'histoire est bien un récit sur la solitude de deux êtres qui cherchent à se rejoindre et y parviendront dans un autre monde !

    Mais ne vous attendez pas à ce que toutes les énigmes soient résolues. Il subsistent quelques questions non élucidées - pas mal en fait ! Ce n'est pas ce qui importe ! Murakami aurait très bien pu livrer un tome 4 à son histoire !On lui reproche souvent un style trop détaillé mais je remarque qu'il a aussi l'avantage de toujours bien "récapituler" à intervalles réguliers les questionnements de ses personnages. Le récit est raconté à la troisième personne - toutefois, on pénètre bien dans l'esprit des protagonistes - même si ils ne disent pas "je".

    De toute façon, un récit à la première personne serait problématique car on change successivement de point de vue : Tengo, Aomamé auxquels se joint dans ce dernier Livre le point de vue d'Ushikawa.

    Voilà, une très bonne lecture tant sur le fond que sur la forme mais une lecture de longue haleine, trois tomes massifs -mais dont on ne décroche pas avant la fin !

    A bientôt !

    PS : Je dédie ce billet à Barbara C.


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  • Voici un roman, L'Âge de fer, de J.M. Coetzee qui m'a laissé perplexe. Perplexe parce que l'auteur est prix Nobel de Littérature 2003, que le sujet, la dénonciation de l'Apartheid a pourtant tout pour remporter mon adhésion, et bien pourtant la "sauce" n' a pas prise, loin de là, je dirais même que ce livre m'a agacé !

    Une fois encore, ce n'est pas le sujet qui m'a gêné mais cette espèce d'approche intellectualisante à l’extrême du récit. La narration est antinaturelle au possible, se perd dans des bavardages verbeux et prétentieux. On est bien là dans le roman d'un universitaire, d'un prof de littérature et pas d'un écrivain ! J'ai vraiment eu l'impression que ce roman prenait le lecteur de haut !

    Un exemple : à un moment, un jeune Noir est victime d'un acte criminel et meurt, en se vidant de son sang, dans les bras de la vieille femme au cœur du récit et là on a droit à des pages et des pages interminables de considérations sur la symbolique du sang ! Cela ralentit le récit et je pense que dans le cas d'un accident de la route, on a d'autres choses qui viennent à l'esprit ! Pareil, au deux tiers du roman, la vieille femme a une conversation avec un clochard dans sa voiture alors qu'elle envisage de se suicider : qui parle comme cela !? Personne ! Antinaturel au possible !

    Bon, je me dois tout de même de faire un compte-rendu de lecture moins subjectif après ces quelques impressions désastreuses.

    Le récit se présente, à la première personne, comme la lettre qu'une vieille femme blanche , bourgeoise d'Afrique du Sud et atteinte d'un cancer métastasé adresse à sa fille partie aux États-Unis. Elle évoque évidemment ses craintes face à la mort, son monde qui disparait et prend conscience de la situation critique de la population noire- on est en 1986 -, des jeunes enfants qui eux ne meurent pas dans leur lit mais sous les balles des Afrikaners. Elle fait immanquablement le rapprochement avec sa situation dans ce roman à thèse qui fait un emploi raté du pathos qui pour le coup aurait gagner à être moins cérébral comme je l'ai dit plus haut !

    Le titre vient du fait que tous ces jeunes gens enterrés sont comme des gisements de fer sous le sol.

    Parmi les personnages, il y a Vercueil, un sans-domicile qui envahit l'espace du domicile de la vieille femme, personnage que j'ai trouvé antipathique au possible et pas assez brossé (sans mauvais jeux de mots !).

    Il y a Florence la domestique noire et son fils Bheki qui sera parmi les victimes, le gamin lui aussi ne m'a pas touché.

    Bref il est rare que j'enterre un roman dans ce blog mais pour le coup ce livre est extrêmement "bof bof". Je suis allé par acquis de conscience au bout de la lecture mais si on veut voir une œuvre plus touchante, plus parlante - et moins verbeuse et prétentieuse - sur l'Apartheid autant voir ou revoir le film Cry Freedom !

    Je relirais probablement un jour du J.M. Coetzee car il doit bien y avoir une raison pour laquelle il a eut le prix Nobel pour l'ensemble de son œuvre donc je ne désespère pas mais cela ne sera pas tout de suite car j'ai d'autres priorités de lectures !

    A bientôt !

    PS : Ah si, seul point positif pour ce livre, quitte à faire dans l'érudition, les références à la culture antique : Thucydide, Ulysse, Énée, Aristote, Platon... L'héroïne était prof de littérature classique. Et au moins ces références, pour une fois, ne tombent pas comme un cheveu sur la soupe !


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  • Marlena de Blasi est critique culinaire et journaliste de la table pour des magazines américain. on lui doit des livres de recettes mais aussi des sortes de roman qui sont dans une certaines mesure autobiographiques (bien qu'elle signale que des noms ont été changés).

    Mille jours en Toscane - Marlena De BlasiDans un précédent roman, Mille jours à Venise (que je n'ai pas lu), elle raconte son mariage avec Fernando, un italien et son séjour dans la ville lagunaire. Mais le couple décide de partir à la campagne -Fernando quittant la Banque - pour s'installer en Toscane. Là, ils font la connaissance de Barlozzo, septuagénaire sympathique parfois bourru, qui les initie à ces contrées, principalement, on ne s'en étonnera pas, autour des arts de la table. On découvre toute une cuisine traditionnelle - dont je vous passe l'énumération mais qui ne se limites pas à des plats de pâtes, et à partir de là, on découvre la tradition, l'Histoire, la nature. C'est le sujet de Mille jours en Toscane.

    De fait, la communauté paysanne va se ressouder autour du couple et lui réserver un bon accueil. On découvre avec ce livre que le bonheur est souvent un choix !

    Toutefois, j'aurais quelques réserves. Si l'aspect folklorique est bien retranscrit à travers la restitution de phrases en italiens au fil des pages, je trouve qu'il y a paradoxalement une trop grande importance accordée à la cuisine même si justement, c'est de là que tout part, comme une sorte de rituel. On ne fait pas un roman en additionnant bout à bout des recettes et on pourrait craindre qu'il n'y ai pas d'intrigue. il y en a une pourtant basé sur les rapports humains, ici authentiques.

    Un livre d'où ressort inévitablement une certaine magie païenne et rustique mais qui moi pour le coup m'a échappé ! La lecture reste cependant agréable et le livre est divisé en parties selon les saisons avec chasse au sanglier, cueillette des châtaignes etc...

    C'est en quelque sorte un "récit de voyage" ou plutôt un "récit de séjour" qui nous incite au voyage...

    C'est en tout cas une lecture qui tombe bien en été !

    A presto !


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  • Sous ce titre emprunté à un poème de Baudelaire, Assommons les pauvres !, il y a un roman de Shumona Sinha, auteure d'origine indienne, également connue pour sa poésie en bengalie primée.

    Ce court roman est la rencontre de deux mondes et tourne autour de ceux que l'on nomme -souvent avec mépris - les "immigrés clandestins". La narratrice est une interprète -qui a réussi il y a longtemps à s'intégrer en Occident - et qui fait le lien entre ce monde de pauvreté, ces terres couleurs ocres où rien ne pousse qui permettrait d'assurer la subsistance et notre société moderne hyperconsumériste et individualiste, marquée elle par une nouvelle forme de barbarie qui consiste à refouler la misère, du moins à ne pas vouloir la voir !

    Notre narratrice en vient à se demander qui dirige depuis les coulisses ce théâtre d'êtres humains, marionnettistes ou marchands d'hommes, versés dans l'illégalité mais possédant également des vitrines publiques, des sociétés légales dont les immigrés pourvoient à la main d’œuvre bon marché !

    Le livre pourrait donner dans le misérabilisme - et on a effectivement toute l'ordure du monde - mais allège son sujet par l'humour, un humour légèrement décalé. en effet, nos marchands d'hommes fournissent aussi des récits aux paysans en partance pour une vie meilleure et les agents de l'immigration font souvent face à des histoires décousues, incohérentes voire totalement délirantes ! La narratrice reconnait, à sa grande honte, avoir envie de rire dans ces moments là. Peut-être pour mieux se libérer d'un poids !

    Car notre "héroïne", au début du roman, agresse un clandestin avec une bouteille de vin. La barbarie du monde moderne la gagnerait-elle ? Des chapitres sur sa vie sentimentale et sexuelle montre aussi la perte du sentiment amoureux chez elle, perte du désir de l'autre, de l"empathie, de l'estime de soi, à trop côtoyer la misère et l'indifférence face à celle-ci !

    Du point de vue stylistique, on sent la verve poétique de l'écrivaine et j'ai été notamment frappé par la récurrence des champs lexicaux relatifs aux éléments : eau (la pluie, la mer), feu, terre (la boue), l'air (le ciel)... Il serait intéressant de se plonger dans sa poésie pour voir si il y a là une constante de procédés ! A côté de cela, il y a l'Occident aseptisé fait d'ordinateurs et de formulaires !

    Bref, un bon roman, qui décille le regard, au propos politique mais pas seulement...

    A lire pour apprendre la tolérance !

    A bientôt !


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  • Aujourd'hui, il sera question de littérature mexicaine avec un roman de Laura Esquivel surtout connue pour son succès, Chocolat amer, en 1990.

    Vif comme le désir, comme son titre l'indique, est un roman sur l'amour mais aussi sur la communication. Lluvia, née un jour de pluie, y parle de sa famille et en particulier de ses parents, de son papa Jubilo.

    Jubilo a un don ! Il est capable de ressentir les moindres messages du cosmos - et d'arranger les rapports entre les gens en facilitant la communication. Il n'est donc pas étonnant qu'il adopte le métier de télégraphiste, dans un Mexique post révolution de Pancho Villa.

    Jubilo a un amour dans la vie : la belle Lucha, femme d'un charme indéniable. Tout deux brulants de désir, ils passent leurs journées à faire l'amour !

    Mais la communication peut présenter une double facette : tantôt aisée, tantôt brouillée. Et Jubilo de regretter, comme sa grand-mère maya, une certaine forme de "progrès", l'abrutissement des masses par les médias, un besoin de luxe qui va susciter des insatisfactions chez son épouse.

    Et puis, Jubilo a le tort de se faire un ennemi en la personne du très vulgaire - et très influent - Don Pedro. En un sens, il est l'exact opposé de Jubilo et les évènements vont se précipiter -les malentendus - qui vont générer des "secrets de famille" qui vont conduire au drame et à la séparation des deux époux !

    c'est ce secret , caché dans le silence que Lluvia va essayer d'éclaircir pour rapprocher ses deux parents. Y parviendra-t-elle ?

    Un roman lumineux et optimiste - traversé pourtant par des touches sombres - narré tantôt à la première, tantôt à la troisième personne ! Une lecture agréable d'un auteure que je ne connaissais pas et que j'ai découvert avec un certain plaisir !

    A bientôt !


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  • Voici un roman efficace contre la morosité ambiante, écrit par un suédois, né en 1961, Jonas Jonasson et qui Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonassonmêle deux trames en parallèle autour d'un centenaire facétieux, Allan Karlsson.

    Mais qui est le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire ? Il s'agit d'un centenaire, né en 1905 qui la veille de son anniversaire à la maison de retraite décide de se faire la malle parce que Soeur Alice lui casse les pieds.

    Par un jeu de domino, le vieux blagueur va rencontrer une foule de personnages tous aussi cocasses les uns que les autres, des gangsters maladroits et malchanceux auxquels il subtilise une valise contenant cinquante millions de couronnes, Julius un escroc sexagénaire, Benny un vendeur de hot-dogs surdiplômé et Mabelle qui use de jurons à chaque phrase et protège Sonya, une éléphante.

    De quiproquo en malentendus, le vieillard et sa "bande" sont vite confondus avec un groupe de tueurs en série - des morts aussi ridicules qu'improblable de gansters ont lieu sur leur passage - et l'inspecteur Aronsson se lance sur leur piste.

    Parallèlement, on suit la biographie invraisemblable d'Allan Karlsson depuis sa naissance. Supposé limite crétin congénitale, il fait preuve de malice et semble avoir neuf vies lorsqu'il traverse le siècle.Il a la manie de tout faire exploser et se retrouve donc dans la Guerre Civile Espagnole au côté des communistes avant de sauver la vie de Franco par "mégarde".

    Ensuite, son parcours est tout aussi invraisemblable et est une véritable réécriture de l'Histoire officielle : il travaille sur la bombe atomique à Los Alamos, rencontre Truman, va en Chine, traverse l'Himalaya, est "kidnappé" par les hommes de Staline, met en colère Staline, est envoyé au goulag, détruit Vladivostok, se retrouve en Corée puis prend une retraite à Bali !

    Un roman qui raconte une histoire improbable mais désopilante. On s'attache vite à Allan Karlsson et c'est à regret que l'on referme le livre. Mais, on espère retrouver sa magie bientôt lors de l'adaptation cinématographique.

    A bientôt !


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  • Le Joueurs d'échecs - Stefan ZweigParlons maintenant de Stefan Zweig, cet illustre écrivain autrichien qui se suicida avec sa femme au Brésil en 1942 parce qu'ayant fuit l'Europe, il ne voyait aucune issue favorable à la guerre pour le Monde Libre !

    Je vais vous décrire plus précisément une longue nouvellle - un court roman - de Zweig qui date de 1943 (donc publié à titre posthume) : Le Joueur d'échecs.

    La structure de la nouvelle possède la particularité d'être constituée de deux récits enchassés tournant bien évidemment autour du jeu d'échecs et plus précisément des méandres de l'esprit, de la cogitation et de la monomanie.

    Ce récit met en scène deux joueurs d'échecs atypiques : le champion du monde, un rustre fils de batelier, arrogant et vénal, inculte mais doué pour cet art du jeu et d'autre part un joueur occasionnel - personnage du récit enchassé - venu à la pratique par la force des choses et conduit à la monomanie.

    Ces deux joueurs phénoménaux vont s'affronter à la demande de la bande du narrateur du récit cadre sur le bateau qui les conduit à Buenos Aires.

    Le personnage le plus intéressant est bien entendu le monomaniaque. Je ne voudrais pas déflorer la surprise de la lecture mais disons seulement que celui-ci, séquestré dans une prison de luxe par les nazis mais en total isolement sensoriel, va se perdre dans l'imaginaire des échecs et développer sa monomanie.

    La partie avec le champion du monde doit lui permettre de savoir si le jeu qu'il pratiqua mentalement seul durant sa captivité est le fruit des errements de son esprit ou bien ancré dans la tradition des échecs. Il se promet de ne pas retomber dans sa drogue et jure de ne jouer qu'une fois.

    Mais va-t-il tenir sa parole ou sombrer ? Je vous laisse le soin de le découvrir.

    Un récit extrémement bien construit, bien mené, au suspens garantit - le récit enchassé est paradoxalement le plus long - que l'on peut apprécier même si l'on ne joue pas aux échecs - surtout si on ne joue pas aux échecs je dirais même car le jeu a alors une aura de mystère et de légende !

    Je suis moins même un ancien joueur occasionnel et bien médiocre aux échecs que je pratiquais au club du collège et suivais les parties des cracks du lycée pendant les intercours !

    A bientôt !

    PS : La nouvelle fut portée à l'écran en 1960 par le réalisateur allemand Gerd Oswald. Je ne l'ai pas vu.


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  • Un autre roman de Philip Roth, Le rabaissement (publié en 2009) va être l'objet de ce billet, peu de temps après vous avoir parlé de Némésis.

    Cet autre roman a en commun avec celui précédemment présenté par mes soins d'être aussi le cheminement intérieur d'un homme, de 65 ans, qui se trouve du jour au lendemain au bord du gouffre, "rabaissé", ayant perdu son élan vital et sombrant dans la dépression !

    Simon Axler est un acteur de théâtre - et quelquefois de cinéma - qui a jadis brillé mais qui a perdu sa capacité - et son envie - de jouer ! Il est désormais rongé par la peur, ressent l'impression d'être un "imposteur" lui qui faisait jusqu'à présent les choses par instinct. Il songe même à mettre fin à ses jours ! Cela va lui valoir d'être hospitalisé dans une institution psychiatrique - où il va faire la connaissance de Sybil Van Buren qui dit avoir surpris son mari, chirurgien de renom, abuser de leur petite fille : affabulatrice ou victime ?

    Mais la vie de Simon va prendre un tour nouveau lorsqu'il retrouve la fille de ses amis acteurs, les Stapleford, qui se nomme Pegeen et est lesbienne. Contre toute attente Pegeen, quittée par son amie, va avoir une liaison avec cet homme, Simon, de 25 ans son aîné. Mais Simon est sur le déclin et les parents le savent qui vont mettre des bâtons dans les roues à ce couple hétérogène.

    Le roman, comme une pièce de théâtre tragique s'articule en trois parties. On a donc vu ci-dessus les parties "Dispersés dans l'air léger" puis "La transformation". La troisième et dernière partie se nomme "Le dernier acte".

    La liaison entre Simon et Pegeen va "requinquer" celui-ci, lui faire "retrouver la flamme". Les deux amants vont jusqu'à pratiquer un "théâtre érotique" invitant une femme de passage dans leur lit.

    Mais au bout du compte, Pegeen quitte Simon sans qu'on en sache vraiment les raisons. S'est-t-elle éprise d'une rencontre de passage ? Est-elle redevenue lesbienne ? A-t-elle écouter ses parents et refusent-elle en conséquence d'être une béquille.

    A un moment du récit, Simon pressentait qu'il retardait l'inévitable (la mort). Son histoire avec Pegeen va lui redonner l'envie de revenir au théâtre, hélas, à ce moment intervient la rupture !

    Simon s'empare alors de son fusil de chasse et monte au grenier dans les dernières pages. Va-t-il commettre l'irréparable ?

    Je vous dirais juste que les dernières lignes du roman de Philip Roth sont un écho aux dernières lignes de la pièce de Tchekhov, La Mouette !

    A bientôt !


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