• Jean Genet est un écrivain, poète et auteur dramatique français, né en 1910 et décédé en Les Bonnes - Jean Genet1986. Par une écriture raffinée et riche, Genet provoqua maintes fois le scandale en exaltant notamment la perversion, le mal, l'homosexualité et l'érotisme ! Ses personnages, à l'image des deux sœurs de la pièce de théâtre Les Bonnes, sont marqués par l'ambivalence ! Par ailleurs, l'écrivain revendique une asocialité profonde et a connu la prison. Genet était clairement attiré par l'"Interdit" !

    Les Bonnes est donc une pièce de théâtre de Jean Genet, écrite en 1947, tragique et violente - que pour ma part, j'ai étudié en 2007 lors de ma première année d'études de Lettres modernes ! Même si Genet le nie, on pourrait penser qu'il s'agit de la mise sur planches du fait divers des sœurs Papin, survenu quatorze ans plus tôt où ces deux femmes ont assassiné leurs patronnes ! Néanmoins, l'auteur reconnaît s'en être inspiré !

    Les deux bonnes sont Claire, la plus jeune et la plus révoltée et Solange qui parait plus réservée. Elles sont au service de "Madame", une riche femme avec laquelle elles entretiennent une relation assez floue ! Le duo complote pour nuire à cette femme mais n'ose pas encore passer à l'acte !

    Ainsi, plus tôt, elles ont rédigé une fausse lettre de dénonciation afin de faire emprisonner l'amant de Madame ! Puis elles tentent d'empoisonner leur maîtresse en lui faisant boire du tilleul ! Mais Madame ne boira pas la tasse fatale et lors de la scène finale, Claire se livre alors à un jeu de rôle où elle prends la place de Madame et boit réellement le tilleul empoisonné, mourant pour le coup pour de bon et assassinant ainsi symboliquement Madame !

    Cette pièce - au propos malsain ! - est une parodie de pièce tragique où la Raison (Solange) s'oppose à la Passion (Claire) ! Mais en voulant tuer Madame, les deux sœurs ne se lancent-elles pas à la recherche d'elles-mêmes, elles simples employées de maison donc déterminée socialement !? Il ne s'agit pourtant pas, comme l'a précisé Genet, d'un plaidoyer pour les domestiques ! Il y a néanmoins une satire et une critique de la bourgeoisie du XXème siècle !

    Cette pièce est en réalité une métaphore où les personnages s'effacent pour symboliser Raison et Passion ! Genet, par nature, était à l'origine hostile au théâtre et souhaitait s'éloigner des conventions classiques ! Cela explique peut-être - par l'aspect anticonformiste de l’œuvre et le caractère sulfureux du dramaturge - que la pièce suscita de vives réactions d'hostilités à sa sortie ! Pour ma part, je n'en suis pas vraiment fan car je trouve Les Bonnes légèrement déprimante !

    La pièce fut mise en scène par Louis Jouvet pour la première fois en avril 1947, au Théâtre de l'Athénée. On a tout de même reconnu la puissance dramatique des Bonnes !

    A bientôt !


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  • Turcaret ou le Financier est une comédie en cinq actes en prose d'Alain-René Lesage, représentée pour la première fois à la Comédie Française le 14 février 1709.

    Lesage se montre ici le digne héritier de Molière. Sa comédie rappelle par bien des égards le Tartuffe de Jean-Baptiste Poquelin !

    La pièce tourne autour d'une jeune veuve dépensière, la Baronne ! Pour régler ses dettes Turcaret - Lesagenombreuses, elle va se servir de M. Turcaret, son amoureux transi, qui lui a fait une promesse de mariage. Or le monsieur est déjà marié en cachette ! La veuve profite donc de l'argent de son financier et donne ces sommes au Chevalier qu'elle aime lequel les débourses dans les jeux d'argent sans compter !

    Au final, Turcaret est ruiné et la veuve et le Chevalier sont trompés ! Les seuls à tirer leur épingle du jeu sont deux serviteurs, Frontin et Lisette, qui ont mis de l'argent de côté !

    C'est donc en quelque sorte une pièce sur la tempérance et la modération ! Turcaret est aussi une satire âpre et vigoureuse de la platitude naturelle et des vices d’emprunt du parvenu de la fortune, dépourvu d’éducation.

    On pense qu'avec cette pièce, Lesage aurait voulu se venger de quelques financiers dont il était débiteur ! Turcaret, avant même sa sortie, déclencha, comme Tartuffe, des réactions vives d'hostilité ! Les financiers usèrent de toutes les ficelles pour faire interdire la pièce allant même jusqu'à proposer de l'argent à son auteur ! Finalement, le dauphin, fils de Louis XIV trancha et exigea qu'on joue la pièce !

    Le financier Turcaret est en effet dépeint de manière fort négative avec toute sa laideur morale et sa bassesse ! Cette pièce, c'est aussi celle des "trompeurs trompés" ! Le serviteur, seul, s'en sort à l'image d'un Scapin ! Ce monde ignoble et odieux a un fort potentiel comique !

    On a reproché à Lesage un tableau fort déplaisant ! Mais il ne faut pas oublier que le genre comédie a un rôle d'édification ! Turcaret est ainsi une "comédie de mœurs" !

    Voilà, le théâtre est un genre qui mérite toute votre attention et celui du XVIIème est au sommet (Corneille et Racine dans le genre tragique et évidemment Molière pour la comédie !) !

    "Au théâtre ce soir..."

    A bientôt !


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  • Je suis de ceux qui pensent que la culture doit être l'affaire de tous et dans cet optique, je ne peux qu'applaudir la Troupe de l'Affaire qui Roule !

    La psychiatrie ne doit pas être un milieu cloisonné - séparée du reste de la société. Le "fou" doit s'ouvrir sur le monde et ne pas être stigmatisé ! Il doit aussi accéder - comme les enfants, les détenus dans les prisons, les personnes âgés - à la culture et dans ce cas au théâtre.

    L'EPSM (Établissement public de santé mental) du Bon Sauveur est l’hôpital psychiatrique de Caen. Il possède une salle de spectacle de 280 places - où la Troupe de l'Affaire qui Roule a donné son spectacle bisannuel ce 18 avril 2014 à 20 heures 30 ! J'étais dans la salle !

    La Troupe de l'Affaire qui RouleLa compagnie existe depuis 15 ans. C'est une troupe d'une quinzaine de personnes - tous patients en psychiatrie - et qui fait du théâtre d'improvisation. Tous les deux ans, ils proposent une pièce sur scène pour un prix d'entrée modique. Évidemment, cela reste du spectacle amateur mais c'est néanmoins offert au public avec sérieux et passion !

    Et puis, il n'est pas facile - pour des personnes la plupart timides ou angoissés dans la vie - de se produire sur scène et cela mérite un coup de chapeau !

    Le spectacle de cette année s'intitulait "Touche pas à mon village" et rassemble une bonne équipe de personnages, les cafetiers, le boulanger, le curé, la mairesse, le comte, les paysans et leur voyante de fille, la rebouteuse, l'idiot du village ("j'en pige pas une"), la maitresse d'école. C'est bien brossé et rempli d'humour à l'image de l'"Abbé Rézina" !

    Le village est en crise et la maire a bien du mal a tenir ses ouailles. L'école doit fermer et les administrés se mobilisent. Un promoteur immobilier est à l'affut au service de la société "Embrouille". Que faire ?

    Deux groupes se constituent ! Il y a les "conservateurs du patrimoine" qui ne veulent pas d'étrangers et ceux qui souhaitent que le hameau s'ouvre sur l'extérieur, notamment commercialement !

    La solution vient du cousin chinois de la mairesse - qui nous avait caché sa grand-mère tonkinoise (son goût pour le saké aurait dû nous mettre la puce à l'oreille !) - qui apporte la solution - et une grosse valise de billets ! Le village deviendra une fabrique de farces et attrapes !

    Une pièce placée visiblement sous le signe du rire et de la bonne humeur !

    Et j'ai la chance de connaitre deux des comédiennes : Christèle et Christine ! Bravo mesdames !

    A bientôt !


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  • Je suis bien conscient que je ne parle pas assez de théâtre et de poésie sur ce blog ! Je vais remédier à un de ces manques en vous parlant du Théâtre du Chaos !

    C'est une compagnie parisienne qui monte de nombreux projets et parmi ceux-ci du théâtre interactif - quiUn peu de brume dans la tête - Théâtre du Chaos relève du théâtre d'improvisation en faisant participer le public !

    J'ai assisté en mars 2014 à l'une de leurs pièces : deux comédiennes et un comédien sur scène endossent plusieurs rôles dans Un peu de brume dans la tête, une pièce de Georges de Cagliari mise en scène par Sara Veyron, une pièce assez juste sur la vie d'une jeune femme atteinte de schizophrénie (je préfère dire "atteinte de schizophrène" que "jeune schizophrène" car la maladie ne la définit pas !), Julie et de ses parents déboussolés.

    Une pièce qui mise sur la déstigmatisation - les acteurs jouent tous très juste ! Peut-être la description des symptômes de la jeune femme est -elle un peu exagérée mais ce n'est nullement dû au jeu de l'actrice - c'est voulu car on est au théâtre et il faut amplifier les choses dans un espace réduit !

    La schizophrénie, cette maladie très mal connue - assimilée à tort à la dangerosité, aux tueurs en série et aux pousseurs du métro. La faute aux médias, aux journalistes que pour ma part et pas seulement sur ce sujet je trouve de plus en plus oublieux de déontologie et de professionnalisme. Il faut dire qu'aujourd'hui journalisme se résume à fouiller les poubelles des gens ou à suivre des présidents en scooter ! Mais je m'égare...

    Comme c'est du théâtre interactif - la pièce dure une petite heure en 5 ou 6 "tableaux", le public dans la salle est ensuite convié à un débat pour cerner dans le cas présent qui est en souffrance, discuter, proposer des solutions, cerner ce qu'est la maladie psychique et ensuite monter sur scène pour jouer ce que l'on a proposé. C'est assez sympa et les comédiens improvisent de nouvelles situations. Je les ai trouvés décidément très doués tous les trois !

    Le théâtre interactif du Théâtre du Chaos court au plus près de la vie. Ils proposent aussi des pièces sur l'alcoolisme, les relations hommes/femmes, le racisme, le diabète... J'aimerais assez découvrir davantage de leur éventail de pièces et le ferais surement si ils reviennent à Caen !

    On peut aussi retrouver ces "intermittents du spectacle" dans d'autres projets hors-chaos, des téléfilms, du répertoire classique. Je vous renvoie au site web de la compagnie Sara Veyron !

    A bientôt !


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  • Nous allons nous intéresser aujourd'hui au célèbre dramaturge du XVIIème siècle, Pierre Corneille (dit "le Grand Corneille" ou "Corneille l'ainé" par rapport à son frère, Thomas Corneille, lui aussi écrivain de théatre).

    Pierre Corneille est né à Rouen en 1606 et décédé en 1684 à Paris. Comme bon nombre d'étudiants en Droit de son époque, Pierre Corneille se tourna vers la littérature de théatre et composa d'abord des comédies, puis des tragi-comédies avant de finalement laisser sa marque dans le domaine de la tragédie.

    Le "Grand Corneille" commença sa carrière d'écrivain de théatre durant la première moitié du XVIIème siècle puis sur la deuxième partie du siècle fut peu à peu évincer par le jeune Racine. A noter, fait important, qu'en 1660, Pierre Corneille publie une luxueuse édition in-folio (grand format donc !) de ses oeuvres complètes, chose étonnante pour un auteur de son vivant. A cette occasion, il livre des analyses de ses pièces sous la forme de trois examens. Corneille, dont les premières oeuvres conservent encore une trace de la période théatrale précédente dite baroque, veut faire rentrer ses oeuvres dans les canons du goût classique. Il avait été au coeur de la querelle littéraire avec sa pièce Le Cid en 1637, sur la question de la vraisemblance.

    En effet, avant le Grand Siècle de Louis XIV, le théatre offrait une multitude de point de vue - les spectateurs étant placés partout autour de la scène - puis avec le temps et le théatre à l'italien, le théatre adopte un point de vue unique. De plus, il ne veut plus représenter l'essence des choses, le micrcocosme/macrocosme mais un point de vue "vraisemblable", le point de vue de l'homme ou encore l'apparence.

    Cinna ou la Clémence d'Auguste est une tragédie de Corneille crée au Théatre du Marais en 1639. C'est une pièce en cinq actes qui met en jeu de nombreux retournements ou "coups de théatre" au début de chacun de ces actes.

    Cinna, un descendant de Pompée, secondé par Maxime conspire contre l'Empereur Auguste. Or celui-ci les tient en haute-estime. Mais voilà, Cinna aime Emilie et celle-ci lui réclame la mort de l'Empereur qui a tué son père. Emilie est aussi comme une fille pour Auguste.

    Celui-ci sera donc très surpris lorsqu'il aura vent du complot. Toutefois, il accorde sa clémence d'où le sous-titre de la pièce.

    La pièce repose donc sur des dilemmes moraux, ce que l'on appelle des "choix cornelliens".

    Une pièce à la lecture agréable ! Comme toujours chez Corneille, l'alexandrin est resplendissant et enchante les oreilles !

    Faites donc un détour par la Rome antique !

    A bientôt !


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  • Voici une courte présentation du théâtre antique de la Grèce en deux temps.

    I - Les quatre sources du théâtre grec

    • Les représentations chorales publiques

    "Theatron" signifie "lieu où l'on peut voir" (les cérémonies religieuses, les assemblées politiques...)

    Le chœur est un ensemble de chanteurs. Par la suite, le chœur est composé de personnages représentant la communauté. il chante, danse et parle. Un interprète soliste, le coryphée, dialogue avec les protagonistes. Quant au chœur, son énonciation s'adresse à elle-même, c'est à dire en fait aux spectateurs.

    • Les thrèmes (chants funèbres) en l'honneur des morts

    Certains sarcophages minoens et mycéniens témoignent de la coexistence de scènes de deuil (pleureuses professionnelles) et de manifestations dramatiques, assorties de parties instrumentales, de passages chantés par des chœurs (thrèmes) et de la présence de coryphées. On se référera aux funérailles de Patrocles dans L'Illiade (chant XXIV, vers 719 et suivants)

    • Les danses costumées et masquées

    Une autre source probable du genre tragique, les rites au cours desquels, de Milet à Corinthe, on se déguisait pour danser

    • Les déclamations des épopées

    Dès le VIIIème siècle avant JC, les épopées commencent à être fixées par l'écriture. Les aèdes mettent à la mode ce genre guerrier, mais ils n'en sont pas les inventeurs : ils récitent en psalmodiant, les longs récits en héxamètres dactyliques, légués par la tradition.

    Plus tard, les "rhapsodes" reprennent le flambeau.

    A l'origine, un lien congénital entre le théâtre et le rite s'impose. Le chant et la danse qui relèvent de ces divers spectacles exigent une compétence, une éducation.

    Le théâtre se place sous le signe de Dionysos, le dieu-masque, fils de Sémèlé et de Zeus. Le masque est le symbole d'une possession divine.

    II - Les institutions

    Le théâtre grec était à la fois civil et religieux.

    Mais si la religion est encore présente dans les institutions qui règlent le théâtre grec adulte, c'est la cité qui lui donne son sens.

    Le culte dionysiaque est présent dans les coordonnées du spectacle (temps et espace),moins dans sa substance.

    Grandes Dionysis, Lénéennes, Dionysis champêtres, c'est au cours de ces fêtes que se déroulent les "premières" des pièces d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide.

    Quelques pièces célèbres (la plupart sont perdues) :

    Sophocle - Ajax, Antigone, Oedipe-Roi, Philoctète Oedipe à Colone

    Euripide - Alieste, Médée, Hippolyte, les Troyennes, Hélène, Oreste

    Aristophane - Les Cavaliers, les Nuées, Lysistrata, les Grenouilles

    Ces pièces sont écrites dans la seconde moitié du Vème siècle avant JC, contemporaines de la Guerre du Péloponnèse.

    Voila pour aujourd'hui, j'aurais l'occasion de revenir dans le détail sur ce théâtre dans le futur.

    A bientôt !


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  • Le Mariage de Figaro - BeaumarchaisAujourd'hui, nous allons parler théâtre et revenir au Siècle des Lumières avec sa volonté d'émancipation en la personne du valet Figaro ! Il y a en effet dans Le Mariage de Figaro une revendication politique !

    Le Mariage de Figaro est une comédie en cinq actes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais lue en 1781 à la Comédie Française mais dont la première représentation publique officielle n'eut lieu que trois ans plus tard, le 27 avril 1784 au théâtre de l'Odéon. Mozart en fit un opéra deux ans plus tard !

    Ecrite et jouée à la veille de la Révolution française, la pièce est considérée comme un signe avant -coureur de ce séisme politique car elle dénonce en effet les privilèges de l'Ancien Régime ! Louis XVI a exécré cette pièce là où Danton et Napoléon l'ont loué !

    Ensuite, cette œuvre fait partie d'un triptyque : "Le Roman de la Famille Almaviva" où elle est centrale entre Le Barbier de Séville et La Mère Coupable !

    Suzanne et Figaro doivent se marier mais la jeune femme apprends à son futur époux que le Comte lui fait des avances et a rétabli le droit de cuissage qu'il avait aboli des années auparavant lors de son mariage avec Rosine, devenue la Comtesse, dans Le Barbier de Séville ! Figaro en ressent alors de l'amertume et comprends pourquoi le noble voulait l'éloigner !

    Deux importuns, Bartholo et Marceline - qui est la mère de Figaro, est amoureuse de lui, ignorant qu'il est son fils ! - vont tenter d'empêcher la noce ! Tandis que Chérubin se languit de la Comtesse !

    Une pièce qui comme vous le voyez tourne autour de quiproquos et de rivalités amoureuses ! Le Comte veut mettre la main sur Suzanne et Marceline sur Figaro !

    Le moment clé du récit est le célèbre monologue de Figaro sur le droit de cuissage et les privilèges ! En quelque sorte, le valet se révolte et préfigure, comme on l'a dit, la Révolution !

    Pour ma part, ai lu cette pièce durant mes études mais suis complétement ignorant des deux autres pièces !

    Le Mariage de Figaro s'inscrit dans le mouvement plus vaste des Lumières, de la naissance de l'opinion publique et montre le pouvoir politique et contestataire du théâtre !

    A bientôt !

     


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  • Parlons aujourd'hui d'une figure originaire de la Normandie, le dramaturge classique, Pierre Corneille, et de sa pièce bien particulière et inclassable de 1635, représentée pour la première fois au Théâtre du Marais l'année suivante, L'Illusion comique ! C'est une pièce en cinq Actes !

    L'Illusion comique - Pierre CorneillePièce bien particulière car elle contient une sorte de mise en abymes ! C'est en effet une pièce sur le théâtre qui était alors accusé de barbarie et de mauvaises mœurs - notamment par l'Eglise  ! Il y a un récit cadre et un récit "encadré" et la pièce concerne donc notre rapport à la réalité - outre une intrigue amoureuse !

    Analysons maintenant plus en détails cette pièce lancée sous l'égide de Richelieu qui souhaitait une renaissance de la culture française pour la gloire du pays !

    Corneille déploie tout un arsenal de moyen dans cette pièce dans le genre baroque, à la fois tragi-comédie, pastorale, avec des influences romanesques et de la commedia del'arte !

    Dans l'Acte I, nous assistons à l'histoire de Pridamant qui recherche son fils Clindor et qui lui-même assiste à un spectacle de "spectres parlants" mené par le magicien Alcandre.

    Les Actes II à IV - récit enchâssé - , raconte alors l'histoire du jeune homme. On retrouve en effet Clindor et son maître Matamore. Ce dernier se vante d'exploits imaginaires - ce qui à donné lieu à l'expression "un Matamore" ! Clindor et Isabelle s'aiment mais Clindor a un rival, Adraste, qui demande la main de la jeune femme à son père et fait espionner les deux amants par la servante Lyse qui veut faire payer à Clindor sa préférence pour Isabelle.

    Géronte le père d'Isabelle fait des reproches à sa fille dans l'Acte III et éconduit Matamore venu fanfaronner ! Clindor fait mine de séduire Lyse qui va alors chercher à se venger. Par la suite, Adraste surprend le baiser de Clindor à Isabelle, lui donne un coup d'épée et va le faire exécuter !

    Dans l'Acte IV, Clindor croupis dans une geôle mais Lyse effectue un revirement et vient le libérer aidée d'Isabelle. Matamore fait aussi parti du groupe, qui s'était caché dans le bûcher !.Le magicien explique à Pridamant qu'il va maintenant voir son fils deux ans plus tard...

    Puis, l'Acte V est encore plus ambiguë ! Les protagonistes ont évolués ! Isabelle porte des habits de princesse et vit dans un palais, se plaint de son "perfide époux", Clindor qui doit renoncer à Rosine pour éviter le suicide d'Isabelle ! Le prince Florilame finit par tuer Rosine et Clindor. Pridamant est alors effondré puis perplexe lorsqu'il les voit tous en vie se partager de l'or ! En vérité, nos héros sont une troupe d'acteurs qui viennent d'interpréter une tragédie ! L'Illusion comique se termine donc sur une apologie du théâtre capable de nous dépayser !

    Après cette pièce, Corneille n'écrira plus que des tragédies, lui qui avait composé auparavant des comédies et des tragi-comédies.

    Une pièce assez surprenante qui marque donc le grand virage de l'auteur qui maitrise désormais complétement son sujet ! Par la suite, Corneille se montrera plus respectueux des règles du genre établies par Aristote dans sa Poétique !

    Voilà pour mon traitement de ce classique !

    A bientôt !


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  • "Suffit-il de bien juger pour bien agir ?"

    Jean-Paul Sartre, homme multi-casquettes, à la fois dramaturge, essayiste et philosophe, Les Mains sales - Jean-Paul Sartrepourrait nous permettre de répondre à cette question, du moins nous éclairer - lui qui a si souvent posé la question de l'engagement des intellectuels - notamment avec sa pièce en sept tableaux de 1948, Les Mains sales !

    Les préoccupations de l'auteur transparaissent à travers les réflexions et les paroles de son héros, Hugo, un jeune bourgeois qui a renié son père et en fait sa classe pour s'engager au Parti, pour le communisme et la révolution !

    L'intrigue se passe durant la Seconde Guerre mondiale, en Illyrie, dans un pays de l'est de l'Europe où un parti révolutionnaire opposé au Régent utilise un jeune idéaliste pour assassiner un de leur membre qui a "dévié de la ligne", un certain Hoederer !

    La pièce s'articule autour d'un récit cadre qui contient un autre récit sous forme de flash-back ! Hugo qui sort de prison retrouve Olga dans la scène 1 ! Il a tué Hoederer et Olga doit déterminer si il peut être encore utile au Parti, "récupérable", ou si on doit l'éliminer ! Hugo joue sa vie et la femme l'interroge sur les circonstances du meurtre que le Parti a commandité et qui a amené le jeune homme en prison !

    Ce sont ensuite les tableaux 2 à 6 où on voit se développer la relation entre Hugo et Hoederer pour lequel il travaille comme secrétaire et qu'il doit liquider ! Mais Hugo hésite, planque son pistolet tandis que sa femme Jessica titille ses doutes !

    Bientôt, Hugo, qui ne songe pas à remettre en compte le Parti, doute du bien-fondé de sa mission et se rends compte que sa cible, Hoederer, est en réalité celui qui détient la vérité ! Sera-t'il un assassin ? Doit-il obéir aveuglément ?

    Finalement, un événement imprévu et non prémédité va précipiter les choses ! Le hasard, la contingence, et Hugo devient un assassin ! Perdu par sa femme dans un crime passionnel !

    Le tableau final revient au "présenté et montre Hugo qui choisit d'être exécuter pour ne pas diminuer la portée de son acte et ne pas salir la mémoire de Hoederer qu'au final il admirait !

    Cette pièce a une indéniable portée politique et philosophique ! Sartre y peint notamment le marxisme qu'il juge alors altéré par le pragmatisme matérialisme : se rallier aux circonstances ! Hoederer pense collectif tandis que Hugo est dans la phénoménologie et le solipsisme qui empêche d'agir en responsabilité ! Sartre, penseur de l'existentialisme, est dans une position intermédiaire ! Je ne développe pas plus ici ces questions fort complexes !

    La pièce peut se lire dans une finalité de réflexion mais aussi d'un point de vue plus dans le divertissement ! Cela reste une pièce très intéressante par bien des aspects et j'ai beaucoup aimé Les Mains sales !

    A bientôt !


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  • Sous son titre en forme de proverbe, On ne badine pas avec l'amour est une pièce de théâtre, de 1834,  d'Alfred de Musset alors âgé de 24 ans. Elle est écrite en prose et est assez caractéristique du drame romantique. Elle est destinée à l'origine à la lecture et non à la représentation. L'influence du drame romantique se fait surtout sentir dans le dernier acte - avec les thèmes de l'échec et de la mort - dans un canevas qui s'apparentait jusque là plutôt  à l'intrigue sentimentale légère !

    Etudier le contexte des œuvres est important dans les études littéraires ! C'était la théorie du critique du XIXème siècle, Sainte-Beuve, alors que les Structuralistes, au siècle suivant, rejetaient l'auteur et la biographie au profit du texte ! Cette pièce a été écrite par Musset après son retour de Venise, seul, et sa rupture amoureuse avec George Sand, la figure féminine des Lettres de l'époque. Musset se lance alors dans ce projet pour La Revue des deux Mondes - dans la lignée d'Un spectacle dans sa fauteuil : écrire un autel à son amour avec Sand !

    Mais notre auteur ne se voit pas écrire une comédie légère et oriente la pièce vers le drame ! La fameuse tirade de Perdican, le protagoniste masculin de l'oeuvre, très désabusée, s'inspire et reprends de pans entiers de la correspondance entre Sand et Musset : "Tous les hommes sont menteurs, inconstants..." mais l'amour vaut tout de même la peine ! Si vous ne connaissez pas cet extrait, filez le lire tout de suite car cela vaut son pesant de pépites !

    La pièce se déroule au château du Baron et mets en scène Camille, sa nièce de 18 ans, qui sort du couvent et Perdican, le fils du Baron, 21 ans, un jeune homme érudit car sortant des études. Les deux jeunes gens se retrouvent après dix ans de séparation dans ce château où ils se sont aimés. Le Baron projette de marier les deux jeunes cousins.

    Malheureusement, Camille a été endoctriné par les religieuses et se méfie des hommes et de l'amour. Elle a pris la décision de vouer sa vie à Dieu en retournant au couvent ! Elle a toutefois des sentiments pour Perdican mais qu'elle cache par pur orgueil !

    Perdican va vite se retrouver au désespoir par ce refus de mariage ! Il intercepte une lettre qui le touche dans son amour propre. Il décide alors  de se venger en séduisant Rosette, une jeune paysanne, sœur de lait de Camille, espérant rendre cette dernière jalouse !

    Mais Camille est au courant du fait que Perdican a lu sa lettre et voit clair dans son comportement ! Elle avertit Rosette qui s'aperçoit de la tromperie et perds connaissance ! a la fin, Camille et Perdican s'avouent finalement leur amour mais Rosette les observait en cachette et meurt d'émotion ! Camille conclut alors "Elle est morte. Adieu Perdican." Une fin tragique somme toute !

    Parmi les thèmes de la pièce, on a donc un certain anticléricalisme et une critique sociale sous-jacente. Le badinage amoureux et le libertinage sont également abordés dans la lignée de Marivaux. Au final, la mort l'emporte sur l'amour, le témoignage d'un siècle désabusé par la Révolution française ? En réalité, la pièce présente une certaine liberté formelle et un caractère intemporel qui la rende difficile à classer, entre comédie et drame !

    Si vous aimez le théâtre, c'est une pièce que vous vous devez de lire !

    A bientôt !


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  • Si vous aimez le théâtre de l'absurde, vous devez alors apprécier le théâtre de Samuel Beckett, plein de non-sens qui font sens !

    Fin de partie est une pièce de cet auteur daté de 1957, année de sa création, et qui fut la deuxième pièce représentée du célèbre dramaturge si novateur dans son art ! Elle fut d'abord écrite en français puis traduite en anglais par son auteur sous le titre d'Endgame.

    Fin de partie - Samuel BeckettLa pièce mets en scène 4 personnes handicapées physiquement et ne pouvant se déplacer - un comble au théâtre ! - hormis Clov, un des deux personnages principaux avec Hamm, son maître.

    Le décor - une maison - se situe aux dires des personnages dans un monde désert, dévasté, bref un univers apocalyptique ! Il y a une dimension biblique et eschatologique dans ce récit !

    Beckett est novateur, en ce sens, qu'il se joue des conventions théâtrales classiques ! Rien ne se produit sur scène, la fin est annoncée dès le début, les personnages s'ennuient à mourir - fin du monde oblige ! - et le disent au public - donc aussi rupture du quatrième mur !

    A quel genre appartient cette pièce ? On serait tenté, comme je l'ai dit en accroche d'article, de l'assimiler au "théâtre de l'absurde" ? En vérité, Beckett a toujours refusé de l'assimiler à un genre pu un courant littéraire et particulièrement à celui-ci !

    Hamm et Clov, son valet, entretiennent une étrange relation d'interdépendance ! Clov désire partir ou tuer son maître mais ne le fait finalement pas durant la pièce ! Pourtant, dans la dernière scène, le valet porte une valise ! Alors ?

    Nell et Nagg sont les parents de Hamm et ne peuvent se déplacer car ils ont perdu leur jambes dans un improbable accident de tandem dans les Ardennes ! Ils vivent désormais dans des poubelles dont ils sortent la tête de temps à autres pour intervenir dans la pièce.

    Il ne se passe rien dans Fin de partie ou plutôt si, mais l'"action" est problématique ! On est en effet amené à se questionner si les "événements" qui se produisent sont exceptionnels ou s'ils font partie d'un "rituel" qui se répète de manière journalière !? En tout cas, Clov ne cesse de répéter que "quelque chose suit son cours" !

    Il n'y a donc pas de logique et le désordre semble régner dans cette pièce improbable et très bizarre ! Quand le présent est vide, on se réfugie dans l'imaginaire, semble-dire Beckett !? La pièce est faite de nombreux silences qui ponctuent le discours et donne son rythme à la pièce, caractéristique essentielle de la dramaturgie de Beckett ! Le langage, élément primordial au théâtre, est ici en faillite ! C'est donc bien novateur et à contre-courant des schémas classiques !

    On pourrait aussi tenir un long discours sur les noms bizarres des personnages, tous constitués de quatre uniques lettres mais je m'en tiendrais là dans cette analyse !

    Pour ma part, j'ai trouvé cette pièce déstabilisante et/car atypique ! A priori, ce n'est pas trop ma tasse de thé mais après tout pourquoi pas?...

    A bientôt !


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  • Les Précieuses ridicules est une pièce de Molière, en un acte et en prose, représenté pour la première fois le 18 novembre 1659 au théâtre du Petit-Bourbon, en deuxième partie de Cinna de Corneille. Cette œuvre lança la mode des satires sur la "préciosité" !

    La Grange et Du Croisy, sont deux jeunes gens, mécontent de l'accueil que leur ont faitLes Précieuses ridicules - Molière Magdelon et Cathos, respectivement fille et nièce du bourgeois Gorgibus.

    La Grange a alors une idée pour se venger : envoyer son valet, Mascarille, qui s'est mis "dans la tête de vouloir faire l'homme de condition". Une pièce qui va donc reposer sur un quiproquo, ressort bien connu au théâtre !

    Magdelon et Cathos s'expliquent devant le vieillard Gorgibus qu'elle veulent une aventure avec un héros de roman à la manière de ceux de Melle de Scudéry. Gorgibus menace alors de les envoyer au couvent si elles ne se marient pas presto !

    Mascarille arrive alors en chaise à porteurs, jouant l'homme de qualité. L'imposteur fait miroiter une "académie de beaux esprits" aux deux jeunes filles forts naïves pour le coup. Arrive ensuite Jodelet, présenté comme le "vicomte de Jodelet" ! Les deux "valets" qui se font passer pour ce qu'ils ne sont pas donnent ensuite un petit bal !

    Puis ce sont La Grange et Du Croisy qui font leurs entrées et frappent les deux valets. Ils révèlent l'imposture et font retirer leurs atours aux deux coquins ! Moralité : "L'habit ne fait pas le moine" ! Les deux Précieuses se sont faites piégées par leur propre goût pour l'extravagance !

    Lors des premières représentations de la pièce, Molière jouait Mascarille et Madeleine Béjart, Magdelon. Les noms des personnages sont d'ailleurs les diminutifs ou les noms de scène des acteurs !

    En 1659, la pièce, bien que représentée un nombre réduit de fois fut un succès considérable. Elle utilise les ressorts du burlesque (le valet habillée en marquis qui se comporte comme un valet,...). Mais certains pensèrent que l'auteur, Molière, se moquait de personnes célèbres ! On cru également à tort qu'il n'était bon que dans le genre de la farce ! La suite allait démontrer le contraire ! Le texte fut ensuite imprimé sans son accord et Poquelin/ Molière décida de l'imprimer à nouveau avec une préface garantissant l'intégrité de celle-ci !

    La source principale de Molière pour cette pièce fut sans doute L'Héritier ridicule de Scarron, publié en 1650 et qui fut interprété à de nombreuses reprises par la troupe de Molière. Mais on imagine d'autres inspirations telles La Précieuse ou le mystère des ruelles, roman de Michel de Pure ou encore - avec circonspection - Le Cercle des femmes, comédie de Samuel Chappuzeau.

    La Préciosité de ce temps était alors représentée par Mademoiselle de Scudéry ou par des salons de la bourgeoisie de province ! Cependant, personne ne s'était paré du titre de "précieuse" à l'époque de Molière !

    Nous reparlerons de Molière - que j'ai lu abondamment en 2008 - très bientôt !

    A bientôt donc !


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