• Montesquieu peut-il être considéré comme un sociologue avant l'heure ? En un certain sens, oui ! En effet, son traité Lettres persanes - Montesquieupolitique de 1748, De l'Esprit des Lois analyse les différents types de régimes en fonction du climat et peut servir de point de départ à une pensée sociologique !

    Mais déjà, en 1721, Montesquieu se penchait sur la société d'Ancien Régime pour essayer de la disséquer ! Le problème est qu'on analyse mal ce dans quoi on est immergé au quotidien ! Alors notre auteur décide d'opter pour un regard excentré, le point de vue de deux persans en voyage dans le Royaume de France ! Ce récit prend la forme d'une correspondance !

    On suit les opinions d'Usbek, un riche noble persan accompagné de son ami Rica qui quittent Ispahan pour Paris. Usbek va découvrir nos moeurs et s'en étonner ! Le choix d'un observateur venu d'Orient s'explique aussi par la vague montante de l'Orientalisme à partir du XVIIIème siècle - et même un peu avant ! Usbek laisse par ailleurs derrière lui les nombreuses concubines de son sérail et l'"intrigue" se déroule en même temps à Paris et Ispahan - ce qui permet les comparaisons ! Mais en fait d'Orient, c'est plus un Orient fantasmé par nous Occidentaux !

    Usbek se montre très critique surtout vis-à-vis de la politique et le livre se termine sur la peinture du Système de Law, cette grande entreprise qui fit Banqueroute !

    Et pendant ce temps, un drame se noue dans le sérail...

    On est ici en plein dans le "relativisme culturel" ! Usbek est un personnage plein de contradictions, déchiré entre son point de vue moderniste et sa culture musulmane.

    L'ouvrage est constitué de 161 lettres. Il fut initialement publié sans nom d'auteur et à Amsterdam pour éviter la censure. Montesquieu critique en effet la monarchie alors que Louis XV est au pouvoir. La structure épistolaire est à la mode depuis le XVIIème siècle et on a ici un bon nombre de correspondants - 19 correspondants avec au moins 22 destinataires ! 66 lettres pour Usbek et 47 pour Rica !

    Voilà, il y aurait encore beaucoup à dire, sur les institutions critiquées - les salons, la religion, l'université, etc... Sur le dénouement, sur les sources de Montesquieu ou sur la réception de l'ouvrage qui obtint un vif succès à sa sortie ! Je vous renvoie à la page Wikipédia si besoin !

    Pour ma part, ai étudié ce roman épistolaire durant mes études de Lettres Modernes il y a quelques années !

    A bientôt !


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  • Le Neveu de Rameau - Denis Diderot Ce n'est pas si souvent, sur ce blog, que nous avons l'occasion de voyager au Siècle des Lumières ! C'est pourtant ce que nous allons faire ce matin avec un billet sur un roman philosophique de Diderot : Le Neveu de Rameau !

    Diderot emprunte en effet à la veine du roman pour faire passer son message de philosophe. Il adopte plus précisément le registre du dialogue (en vogue depuis Socrate et Platon) pour nous mettre en lumière certaines idées.

    Qui dit dialogue dit deux individualités ! Ici il s'agit de "Moi" que l'on peut considérer sans trop d'ambiguité comme étant Diderot et "Lui" qui est le neveu de Rameau du titre. Rameau est en effet un compositeur de l'époque, auteur de six opéras-ballets dont les Indes galantes et de pièces pour clavecins. Il a véritablement eu un neveu !

    Cette oeuvre de Diderot, le Neveu de Rameau, a longtemps été perdue, fut d'abord envoyé en Russie après la mort de son auteur puis traduite en allemand par Goethe en 1805 avant d'être repérée dans cette langue par un bibliophile averti et publiée en français - enfin - à la fin du XIXème siècle ! Hegel et Michel Foucault s'y sont intéressé, respectivement dans la phénoménologie de l'esprit et l'Histoire de la Folie à l'âge classique !

    Le dialogue s'ouvre sur un questionnement : vaut-il mieux être vertueux ou doté de génie ? L'un et l'autre s'excluent-ils ou sont-il au contraire lié entre eux ?

    En effet, le neveu apparait bien vite comme un personnage assez fort peu recommandable et tantôt génial, tantôt médiocre... Ne vit-il pas dans l'ombre de son célèbre oncle ?

    La conversation va ensuite de digression en digression avec notamment des propos successifs sur l'art, la peinture, le théâtre et - évidemment - la musique et la danse. Diderot fut en effet célèbré pour ses critiques de Salons, les premières du genre - j'entends par "Salons", les expositions de peinture de l'Académie des Beaux-arts qui allaient être ensuite popularisés par la critique de Baudelaire, Zola, Huysmans -entre autres - au siècle suivant , le XIXème siècle !

    Enfin, ce roman se termine sur une critique de la société où le neveu affirme que chacun - même le Roi - agit en fonction de l'opinion des autres. Diderot réplique alors que seul le philosophe est libre !

    Le dialogue -uniquement ponctué par les descriptions des pantomimes du Neveu, se termine lorsque ce dernier prend congés pour les Vêpres !

    J'ai aussi particulièrement apprécié les petites piques à l'égard de Voltaire qui ne manquent pas de saveurs !

    A bientôt !


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  • Voltaire est réputé pour ses "contes philosophiques" mais c'est aussi un essayiste, philosophe des Lumières promoteur de la tolérance en matière de religion et un historien. Il est également un homme de cour et de salon, ce qui le place à l'opposé d'un Rousseau.

    Nous allons nous intéresser maintenant aux Lettres philosophiques, un essai initialement publié en Angleterre, d'abord intitulé Letters concerning the english Nation ("By Mr. de Voltaire") et qui relate ce que le philosophe a vu dans ce pays180PX--1.JPG qu'il considère comme très en avance, notamment sur la France.

    En 1726, l'année commence mal pour Voltaire. il se fait bastonner par les hommes de main d'un noble auquel il a déplu. Il décide alors de passer en Angleterre -  dont il apprend rapidement la langue - et y consacre son temps à préparer La Henriade, poème épique qui veut exalter l'image du roi Henri IV et dénoncer le massacre de la Saint-Barthélémy.

    Mais, tout à son travail, Voltaire observe et est fasciné par ce qu'il voit et considère comme un modèle de société.

    En effet, à l'époque, l'Angleterre semble bien en avance sur le reste de l'Europe : c'est une monarchie constitutionnelle qui promouvoit le libre-échange avec Adam Smith, la liberté religieuse avec la prolifération des sectes, l'explication rationnelle du monde plutôt que par la Bible (au moyen de l'expérimentation avec Leibniz et surtout Newton) et les avancées en médecine (vaccination contre la petite vérole).

    En Angleterre, Voltaire va aussi découvrir le philosophe John Locke (et le sensualisme) et lire les pièces de William Shakespeare (dont il se souviendra en écrivant Zaïre). Il réfléchit sur la circulation des marchandises, des hommes et des capitaux.

    Les Lettres philosophiques sont un recueil de vingt-cinq textes qui ne prend pas, en réalité, la forme épistolaire, relevant plus de l'essai. L'édition anglaise parait en 1733. L'écrivain souhaitait différer la publication française mais est pris de court  par son éditeur. La sortie en France provoque un scandale; Voltaire est sous le coup d'une lettre de cachet et doit s'enfuir à Cirey chez Emilie du Chatelet (par ailleurs traductrice de Newton).

    Le livre est condamné par le Parlement de Paris et lacéré en place publique. il est considéré comme contraire à la Religion.

    Voltaire y soutient le fait que, dans un pays comme l'Angleterre, où il y a plus de deux religions (quakers, anabaptistes, presbytériens etc..), il n'y a donc pas de conflit entre les religions qui seraient dominantes. Le Parlement y a sans doute vu une mise en cause du catholicisme.

    Je vous laisse méditer les réflexions de Voltaire.

    A bientôt !


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  • Une fois n'est pas coutume, je parlerais d'un livre qui n'est pas un roman mais un ouvrage de savoir.
    Il s'agit d'un Que sais-je? consacré au panorama littéraire et historique du siècle des Lumières.

    L'auteur, Michel Kerautret, est un ancien élève de l'ENS et agrégé de lettres classiques.

    La gageure de ce genre d'ouvrage est de tenter de faire le tour d'un sujet en un minimum de pages. C'est donc de fait un résumé très synthétique mais néanmoins intéressant !

    Ceux qui désirent en savoir plus sur cette période se pencheront sur les ouvrages très érudits de Paul Hazard.

    Le livre s'organise en deux parties. D'une part, la période rococo et d'autre part, le triomphe des Lumières.

    La période rococo commence par une présentation de la fin de règne de Louis XIV; soit la période allant de 1680 à 1715. Le roi vieillissant devient de plus en plus pieux, sous l'influence de madame de Maintenon et de ses confesseurs jésuites. C'est aussi le temps de la désastreuse guerre de Succession d'Espagne. Le Roi-Soleil est sur son déclin!

    Puis, l'auteur nous présente les "belles lettres" , les différents genres, le conte (on pensera à Perrault et Madame d'Aulnoy), l'histoire et le roman.

    Enfin, c'est la naissance de la philosophie moderne. Et le règne des sciences. La pensée de Newton va peu à peu supplanter celle de Descartes; c'est l'ère de l'expérimentation !

    Dans la deuxième partie, Kerautret revient sur les théories de Paul Bénichou. Le statut de l'écrivain change en effet. C'est le "sacre de l'écrivain" qui devient , d'amuseur public et courtisan, guide et prophète. L'écrivain et le philosophe sont indissociables à cette époque !

    Ensuite, on a une présentation du projet de l'encyclopédie, vaste somme de connaissances, publié de 1751 à 1772 en 17 volumes de textes et 11 volumes de planches par Diderot et D'Alembert et de nombreux collaborateurs. Le projet luttera contre la censure, aura 4000 souscripteurs et mettra en avant les arts mécaniques.

    Ensuite, vient la présentation des "frères ennemis" Diderot et Rousseau. Puis le livre s'achève par la génération prérévolutionnaire.

    Un ouvrage instructif sur le XVIIIème siècle mais trop sommaire. Il servira de point de passage vers l’œuvre des philosophes dont on découvre encore aujourd'hui de nouveaux aspects.

    A bientôt !


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  • Candide ou l'Optimiste est un conte philosophique de Voltaire, paru à Genève en 1759. Pour publier cette oeuvre, son auteur utilise le pseudonyme du "Docteur Ralph" pour éviter la censure !

    Ce conte est profondément ironique et, pour qui connaît les Philosophes des Lumières, le style de Voltaire est aisément reconnaissable !

    Candide ou l'Optimiste - VoltaireSur le fond philosophique, Candide apporte sa pierre au débat sur le Fatalisme et l'Existence du Mal ! En effet, la problématique est la suivante : si Dieu peut tout et est bon, comment permet-il l'existence du Mal ? Ou bien, il n'est pas bon ou bien il ne peut pas tout ! c'est aussi une réponse au système philosophique de Leibniz ! A savoir, le "principe de raison suffisante" et d"harmonie préétablie" !

    Ces questions sont particulièrement prégnantes après la survenue du tremblement de terre de Lisbonne, le 1er novembre 1755 ! Pour Leibniz, les visées de Dieu nous sont incompréhensibles car un mal aujourd'hui peut conduire à un bien demain - et "nous vivons dans le meilleur des mondes possibles !". Dans le conte, le personnage de Pangloss - celui qui "parle beaucoup" est ridiculisé en défenseur de la philosophie de Leibniz ! Effectivement, la théorie du "meilleur des mondes possibles" est difficilement défendable au vue de toutes les catastrophes qui tombent sur la tête de Candide !

    Candide,le héros du récit, invoque l'innocence de l'âme et la pureté d'une attitude sans défiance, le parfait naïf ! C'est aussi un honnête jeune homme ! Le grand philosophe et professeur de "métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie" est le précepteur du garçon ainsi que de Cunégonde, une jeune femme amoureuse du héros ! Il y a aussi un personnage classique de conte, la "marraine", incarnée par la "vieille", bienfaitrice de Cunégonde !

    Candide vit au château du baron de Thunder-ten-tronckh qui se trouve en Westphalie ! Il est enrôlé de force dans les troupes bulgares et assiste à la boucherie de la guerre. Il s'enfuit, est recueilli par Jacques l'anabaptiste. Il retrouve Pangloss réduit à l'état de vieillard, atteint de la vérole qui lui apprend la mort de Cunégonde, violée par des soldats bulgares. Avec Jacques, ils embarquent pour Lisbonne. Les catastrophes s'enchaïnent : Jacques meurt noyé dans une tempête, le tremblement de terre de Lisbonne survient à leur arrivée puis Pangloss est victime d'un autodafé et pendu ! Candide retrouve Cunégonde, maitresse d'un grand inquisiteur et d'un riche juif : don Issachar9. Il est amené à tuer les deux hommes et s'enfuit avec la jeune femme et sa vieille servante vers Cadix en Espagne.

    Candide embarque avec son valet Cacambo, Cunégonde et sa vieille servante pour le Paraguay mais est contraint d'abandonner Cunégonde à Buenos Aires puis s'enfuit avec Cacambo. Le duo y retrouvent le frère de Cunégonde que Candide transperce d'un coup d'épée, s'échappent à nouveau, évitent de peu d'être mangés par les sauvages Oreillons et découvrent le pays d'Eldorado, la Cité mythique de l'Or. Les deux compagnons y sont heureux mais préfèrent le quitter avec toutes leurs richesses pour retrouver Cunégonde.

    Envoyant Cacambo racheter Cunégonde, Candide se fait voler par un marchand et un juge, fait la connaissance de Martin, dégoûté de la vie et rejoint l'Europe avec lui. Ils arrivent à Bordeaux avant de passer par Paris où Candide manque de mourir des soins prodigués par la médecine, se fait voler par un abbé et échappe de peu à la prison. Candide et Martin s'engagent ensuite pour l'Angleterre, en bateau, où ils ne posent même pas le pied à terre car ils assistent à l'exécution d'un officier anglais. Enfin ils rejoignent Venise où ils cherchent en vain Cacambo et Cunégonde. Ils y rencontrent Paquette, la servante du Baron de Thunder-ten-tronckh, et son amant le moine Giroflée, découvrent un riche désabusé et font la connaissance de six rois détrônés.

    Leur périple se poursuit à Constantinople pour délivrer Cunégonde, devenue laide, esclave du roi déchu Ragotski et racheter le valet Cacambo. Sur la galère, parmi les forçats, ils retrouvent Pangloss, ayant échappé à la pendaison, et le frère de Cunégonde, ayant échappé au coup d'épée, que Candide délivre contre rançon. À Constantinople, il rachète Cunégonde enlaidie et acariâtre, l'épouse contre l'avis de son frère qu'il est contraint de chasser, s'installe dans une métairie, se fait voler par des marchands, recueille Paquette et Giroflée et finit en cultivant son jardin.

    Comme vous le voyez, ce conte est abondant en rebondissements, souvent cocasses qui accentuent le caractère ridicule du périple !

    Pour ma part, j'ai beaucoup apprécié ce conte ! De bonnes formules ironiques comme pour mieux dénoncer les injustices du monde ! A lire pour se détendre et/ou pour entamer une réflexion ! Donc bien moins innocent et puéril qu'il n'y parait !

    A bientôt !


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