• Emmanuel Carrère est un auteur que j'apprécie énormément ! Il y en a quelques uns comme ça avec Michel Il est avantageux d'avoir où aller - Emmanuel CarrèreHouellebecq et Sylvain Tesson ! Carrère fait paraître son premier roman en 1983, L'Amie du Jaguar mais moi, je le connais et le lis surtout depuis L'Adversaire et ses récits plus récents !

    Je dis "récits" et pas "romans" car peut-on parler de romans pour Carrère ! En effet, il écrit principalement de la non-fiction, c'est à dire de la mise en récits de faits-divers, qu'il s'agisse de Jean-Claude Romand, du Tsunami de fin 2004 en Asie ou de Limonov !

    Il est avantageux d'avoir où aller  est un recueil de textes de notre écrivain, s'étalant entre 1990 et 2015, essentiellement des articles pour la presse : L’événement du Jeudi, XXI, Première, Les Inrockuptibles, etc, ... L'auteur d'Un roman russe y croque le réel comme il sait si bien le faire et essaie de coller au plus près de la vérité des êtres ! Ces textes sont d'une grande variété !

    Le recueil s'ouvre par trois chroniques judiciaires de procès mettant en scène des homicides assez dramatiques. L'écrivain-journaliste y montre sa grande empathie même s'il dit beaucoup plus loin dans le livre que faire de la non-fiction, c'est toujours "trahir" la personne sur laquelle on écrit !

    Carrère, de par sa mère, de par sa famille, a des liens très fort avec la Russie ! Il nous rappelle son expérience du Voyage à Kotelnich puis, à un autre moment, son enquête sur Édouard Limonov ! Il nous parle aussi de romans d'auteurs russes comme Nikolaï Maslov, , d'un projet de film avorté qui aurait raconté l'ascension d'une escort-girl de l'Est, évoque Marina Litvinovitch, une opposante à Poutine dans un pays régi par la mafia où on assassine les journalistes ! Brève, notre écrivain entretient un rapport très passionné à ses racines russes, depuis l'époque soviétique à l'ère poutinienne !

    Les récits de Carrère posent la question de la "ressemblance" et il mentionne aussi son projet de longue haleine sur Jean-Claude Romand, ce mythomane qui assassina sa famille et ses beaux-parents piégé par ses mensonges ! L'auteur mets forcément un peu de sa subjectivité lorsqu'il évoque le réel, telle est la conclusion de Carrère !

    L'auteur de D'autres vies que la mienne passe aussi en revue ses coups de cœur littéraires, pour Balzac, pour Philip K. Dick, pour Truman Capote, pour Lovecraft, pour Leo Perutz ainsi que ses amitiés pour Michel Deon, pour Renaud Camus - si polémique ! Il y a aussi des rencontres avec des artistes: une interview "ratée" de Catherine Deneuve, le décès de Claude Miller,le travail photographique de Darcy Padilla autour de Julie, une mère toxicomane et séropositive - qui s'approche en un sens du travail naturaliste de Carrère, ou encore le "TdM" ("Tour du Monde") d'Emmelene Landon, une artiste-peintre ! Enfin, la curieuse expérience de vie de l'homme-dé !

    Notre écrivain se plie donc à l'exercice de l'article de magazine même lorsque cela ne lui plaît pas comme pour ce magazine féminin italien où il est amené à parler de sexualité - exhibant sa vie privée - ce qui choque sa rédactrice en chef !

    Bref, comme toujours, c'est du très bon Carrère ! Certes, c'est un peu "morcellaire" mais cela permets de varier les plaisirs et nous fait une piqûre de rappel sur tous les "romans" de notre auteur : L'Adversaire, Un roman russe, D'autres vies que la mienne, Limonov  ou Le Royaume ! Retrouvez tous ces récits chroniqués quelque part sur mon blog !

    A bientôt !


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  • Pour une fois, je vais me faire un peu d'autopromotion en vous parlant de mon premier recueil publié - en juillet 2017 - à savoir Territoires de l'imaginaire - Volume 1 - Sylvain RichardTerritoires de l'imaginaire - Volume 1 - chez l'éditeur EdiLivre ! Un solution a mi-chemin entre l'édition traditionnelle et l'autoédition  - l'édition numérique !

    Si vous me suivez ici depuis longtemps, vous connaissez ma passion pour la lecture qui va de paire avec un engouement pour l'écriture ! Ce volume 1 regroupe une quinzaine de nouvelles incluses dans le domaine de la SF, du fantastique, de la nouvelle historique mais aussi de la "littérature blanche" et du panorama sociologique !

    Ces textes ont été écrits entre 2005 et 2010, période extrêmement prolifique pour moi ! Depuis, j'ai entrepris des études de lettres en 2007 et le fait de théoriser l'écriture a paradoxalement un peu amenuisé la fibre créatrice chez moi, je m'en rends compte maintenant - de même qu'un "job alimentaire" bien peu passionnant !

    J'avais déjà été publié auparavant, dans Le Calepin Jaune de ma très chère Estelle Valls de Gomis, la première qui a cru en moi, dans Univers d'Outremonde et aussi dans un catalogue de texte et de photos, Encrage à Ouistreham, dans le cadre d'un atelier d'écriture dans ma commune ! J'ai publié aussi longtemps sur inlibroveritas, un site en ligne !

    Le recueil s'ouvre par "Mort d'une légende" qui m'avait été inspiré d'un comic-strip dans un magazine de jeux de rôles et raconte les décisions éditoriales parfois controversées d'un éditeur de comics ! "La Plume et l'Ecritoire" verse dans une certaine poésie, à propos de littérature !

    "Vermines" est une sorte de farce qui raconte la revanche des opprimés et "Au fil de l'eau" est un point d'entrée vers d'autres de mes nouvelles ! On revient dans le monde des illustrateurs de BD avec "Comic-strip".

    "Partir loin" vous fera la sociologie des clients d'une superette et "Les Chants de l'Atlantide", texte qui m'a valut des éloges raconte les derniers moments de la relation privilégié entre un père navigateur et sa petite fille condamnée par une maladie mortelle !

    "Procédures" a trait au monde animal si souvent victime des hommes et ici enjeu d'une escroquerie tandis que "Nouvelle Pédagogie" est un texte de SF concernant une dystopie du futur ultra connectée !

    "Luna Park" vous emmènera au cœur d'un parc d'attraction emprunt de magie et "Isa" est une plongée dans des mondes oniriques !

    L'Histoire n'est pas oublié puisque "Ciel dégagé" se passe durant la Première Guerre mondiale et "L'Amulette d'Isis" dans l'Egypte des Pharaons !

    "L'Homme à la porte" touche aux sujets sensibles de l'euthanasie et de la peine de mort et "La Symphonie des Etoiles" est une virée dans l'espace, avec accompagnement musical !

    Le recueil se clôt par "Réminiscences forestières", périple au cœur de la Faérie !

    Voilà, j'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ces récits que j'ai eu à les écrire ! Un Volume 2 est déjà prêt mais ne sera proposé à l'éditeur par mes soins qu'à l'été 2018 !J'ai par ailleurs commencé à écrire de nouveaux textes il y a peu ! Les projets, ce n'est pas ce qui me manque, le temps oui !

    Pour commander mon recueil, c'est ici :

    https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/839791/s/territoires-de-l-imaginaire-volume-1-sylvain-richard/#.WYjfm9ali1E

    Merci par avance de votre soutien !

    A bientôt !


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  • Un roman russe - Emmanuel CarrèreVous savez déjà, si vous avez lu mes précédentes chroniques sur Emmanuel Carrère tout le bien que je pense de cet écrivain ! Il y a chez cet auteur un certain talent à croquer le réel, avec empathie et précision, de la chronique judiciaire à l'expérience personnelle !

    Dans Un roman russe, Carrère revient dans le pays de sa mère, l'Académicienne Hélène Carrère-D'Encausse, voyage tout emprunt de nostalgie et de retour aux racines ! Ce récit relève donc à la fois de l'autobiographie et du romanesque : la matière est le réel, mis en forme selon les techniques romanesques !

    Tout commence alors qu'Emmanuel Carrère déprime suite à son exploration du mal dans son précédent récit, L'Adversaire ! C'est alors que l'émission Envoyé Spécial  l'envoie sur les traces d'un soldat hongrois, capturé par les Russes en 1944 et détenu pendant cinquante-trois ans dans un hôpital psychiatrique soviétique !

    L'écrivain va donc prendre sa caméra et effectue un reportage en Russie qui va pas mal l'éprouver - a-t'elle point qu'il décidera de retourner peu de temps après dans le pays de sa mère, pays qu'il n'a jamais connu, au climat froid et aux mœurs rudes ! Tout ceci donnera un long-métrage, le premier de Carrère, Retour à Kotelnitch. Un roman russe est le pendant de ce film de l'écrivain-cinéaste !

    En Russie donc, Carrère se confronte à des gens marqués par les épreuves, des hommes prénommés Sacha et une certaine Ania qui finira victime de violences de la part d'un homme ! Il mène son enquête sur le prisonnier hongrois et apprends le Russe, prends des notes dans un carnet, même des recettes de cuisine locales !

    De retour à Paris, Carrère apprends le décès de son amour d'adolescence, Martine, d'un cancer ! Il participe aussi au projet éditorial du journal Le Monde d'écrire une nouvelle érotique qu'il dédie à sa compagne de l'époque Sophie et qui provoquera un malaise et une gène dans son couple ! L'action de la nouvelle se déroule ans un train où il enjoint sa lectrice à se caresser !

    Les récits de Carrère s’enchaînent les uns aux autres, de roman en essai, et il est possible de reconstituer la biographie de l'auteur à partir d'eux ! Dans ce récit russe, l'auteur parle une nouvelle fois et explore le matériau humain ! C'est ce qui rends ses livres si intéressants !

    A bientôt !


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  • Un an après - Anne WiazemskyLors de la présente édition 2017 du Festival de Cannes, Anne Wiazemsky fait l'actualité avec le film de Michel Hazanavicius, Le Redoutable, adaptation du roman de cette écrivaine réputé Un an après, paru en 2015. C'est de ce roman, suite de Une année studieuse dont il va être question ici !

    Précédemment, la jeune Anne Wiazemsky rencontre le cinéaste de la "Nouvelle Vague" Jean-Luc Godard sur le tournage de Au hasard Balthazar de Robert Bresson, en 1966. Godard et de dix-sept ans l'aîné de la jeune femme ce qui ne les empêche pas de s'aimer et de se marier assez rapidement !

    Anne tourne ensuite dans La Chinoise, film de son mari, d'inspiration maoiste. Un an après  reprends début 1968 alors que La Chinoise a reçu un accueil très mitigé et que Godard doute ! Les événements de Mai 68 vont survenir et le couple du cinéaste et de l'auteure de cette autobiographie, habitant près du Quartier Latin va assister aux émeutes qui commencent dans la nuit du 10 au 11 mai 1968 !

    Je ne vais pas refaire le fil des événements d'alors ! Anne Wiazemsky se pose en témoin d'une époque ! Suite à la répression policière violente des étudiants, les lycéens puis les ouvriers et toute une partie de la France vont se mobiliser et ce sera la grève générale qui paralysera le pays et poussera De Gaulle à un référendum ! Suivront les Accords de Grenelle !

    Après ces émeutes, Godard va se remettre en question et vouloir passer à une autre forme de cinéma, reniant quasiment tout ce qu'il a fait jusque là, voulant s'engager pour une cause ! Il réalisera des ciné-tracts  avec Chris Marker, courts films à visées politiques pour commencer !

    On assiste alors aux projets suivants de Jean-Luc et Anne ! Godard part à Londres réaliser Sympathy for the Devil et One+One. Le premier montrant le processus créatif des Rolling Stones et le roman le processus créatif de Godard, le second parlant des Black Panthers !

    Il y eut aussi des séjours à Rome et Anne Wiazemsky tourna pour Carmelo Bene, Pasolini et Marco Ferreri, était aussi en rapport avec Bernardo Bertolucci pour une adaptation du Conformiste d'Alberto Moravia.

    Godard cherche enfin à concrétiser son projet de film "collectif" et part pour cela aux USA puis au Québec. Près de Montréal, il travaille sur un film sur des mineurs en grève. Il tourne aussi en Tchécoslovaquie un autre film, Pravda !

    Le roman se clôt au début de l'année 1969 alors que Godard fait une crise de jalousie à son épouse et une tentative de suicide médicamenteuse ! Fin amère puisque l'écrivaine annonce que cela allait marquer le début de la fin de leur relation amoureuse tout en nous annonçant que cela , "elle ne l'écrira pas" !

    J'aime beaucoup les romans de Anne Wiazemsky ! Outre le monde du cinéma, on a tout un panorama de la fin des années 1960  - et même avant avec Mon Enfant de Berlin qui raconte la vie de sa mère à Berlin juste après la Seconde Guerre mondiale ! Je vous prépare d'ailleurs prochainement un billet sur un autre de ses romans autobiographiques : Jeune Fille !

    A bientôt !


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  • D'après une histoire vraie - Delphine de ViganDelphine de Vigan est une écrivaine que j'apprécie beaucoup ! Son No et moi m'avait ému et plus encore Rien ne s'oppose à la nuit - où elle racontait la vie de sa mère bipolaire ! Avec ce dernier roman, celle qui est la compagne à la ville de Francois Busnel (La Grande Librairie) rencontra un vif succès ! Mais par la suite, elle devait s'interroger sur le pouvoir de l'auto-fiction, en tester les limites et poser la question du rapport au vrai/faux !

    D'après une histoire vraie s'inscrit dans cette démarche de l'autofiction, mêle le réel et l'imaginaire, brouille les pistes ! Le roman, qui raconte l'histoire d'une rencontre entre l'auteur et une femme vite envahissante, peut rentrer dans le genre "Thriller psychologique" !

    On se demande à la fin si L. - le "cauchemar de tout écrivain" - est bien une personne réelle ou née de l'esprit de la narratrice ! En fait, non elle n'est pas réel en ce sens que c'est un roman mais même dans le récit, prends-t'elle corps ? Il y a là une vertigineuse mise en abyme !

    Delphine de Vigan n'a pas peur de nous révéler ici des pans entiers de son existence ! Impudique ? C'est pourtant ce qui fait le succès de ses meilleurs livres ! Outre les faits factuels, sa psychologie nous est également révélée ! N'est-ce pas cela la littérature, confier/ convier un imaginaire ?

    Dans une époque marquée par la téléréalité et par le culte du Vrai - et de l'instant vécu ! - De Vigan nous livre des tranches de vie ! Et le personnage de L. - qui au début donne des conseils à la narratrice, se révèle vite bien envahissante, la remets en question, la bouscule ! L., un alter-ego, une partie de la psyché de l'auteur ?

    Voilà, pas le meilleur roman de Delphine de Vigan mais un très bon livre au dessus de la production contemporaine !

    Ce livre a en tout cas obtenu le Prix Renaudot 2015 et le Prix Goncourt des Lycéens la même année !

    A bientôt !


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  • Ce vain combat que tu livres au monde est un roman du marocain Fouad Laroui en prise direct avec l'actualité Ce vain combat que tu livres au monde - Fouad Larouipuisque c'est le récit d'une Radicalisation.

    Malika et Ali sont deux Français d'origine marocaine qui forment un couple heureux et qui décident un jour de vivre ensemble . Seulement voilà, Ali est informaticien de haut niveau et doit partir pour un contrat avec Dassault sur Toulouse ! Hélas, son nom est biffé de la liste des spécialistes ! Est-ce parce qu'il est d'origine arabe, parce que son cousin Brahim fréquente une mosquée douteuse ? Quoi qu'il en soit, le jeune homme va très mal le vivre, tomber dans la dépression et donc la radicalisation, briser son couple et partir rejoindre DAESH !

    La thèse de l'auteur serait que le monde arabo-musulman est dans une sorte de phase dépressive, une perte de repères et donc influençable ! On a par ailleurs droit à de longs exposés sur la situation des Arabes depuis la Grande Guerre, spoliés par les Accords Sykes-Picot qui bafouèrent la promesse de Lawrence d'Arabie de fonder une grande nation arabe ! Est aussi évoqué la fin du panarabisme avec la mort de Nasser et le démantèlement du parti Baath et de l'administration sunnite au début des années 2000 par Bush Jr. et ses hommes de terrain, sunnites qui allaient donner les cadres de DAESH ! Et évidemment, le problème qui dure depuis 1948 entre Israël et Palestiniens !

    L'avantage de ce livre est de confronter les discours et il apparaît clairement que la religion n'a rien à voir avec les visées de DAESH, ce n'est qu'un prétexte ! La rancœur domine et les recrues de cette secte sont davantage des individus en "perte de repère" - comme le monde musulman mentionné plus haut, des jeunes de banlieues rejetés par la société occidentale qui se rêve un destin et que des gourous manipulateurs, les imams salafistes, recrutent  ! On voit enfin qu'il est important de ne pas pratiquer l'amalgame - comme Ali évincé parce qu'Arabe - sous peine de précipiter ces gens dans les bras des intégristes !

    Au final un roman qui fait réfléchir, qui est une longue descente aux enfers, absurde et barbare, et qui ne peut que mal se terminer !

    J'en recommande vivement la lecture !

    A bientôt !


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  • Voici un roman de Laurent Binet, La septième fonction du langage, sur lequel je suis assez dubitatif ! En effet, les La septième fonction du langage - Laurent Binetpremières pages sont assez prenantes et c'est amusant de retrouver Roland Barthes, Michel Foucault et Jacques Derrida dans des situations incongrues et improbables ! Mais passés les 100 premières pages, on se rends vite compte qu'on est dans un roman "commercial" et peut-être racoleur en un certain sens, façon Da Vinci Code ou encore Le Palimpseste d'Archimède ! Puis l'intérêt remonte ensuite sur la fin malgré certaines incohérences et facilités !

    Fauché par une camionnette de blanchissage alors qu'il se rends au Collège de France, le 25 février 1980, le roman pose l'hypothèse que cet accident est en fait un complot visant à récupérer la "Septième fonction du langage" ! En effet, Roman Jakobson, formaliste russe, a établit qu'il y avait 6 fonctions du langage ! Mais voilà qu'il y en aurait une autre, une septième, la fonction performative décrite par Austin et Searle, qui permettrait de mettre le monde à ses pieds !

    Le roman joue avec la mode du drop name qui consiste à utiliser des personnes réelles dans une fiction - et nos philosophes du post-structuralisme en prennent pour leur grade car ils sont en effet présentés au mieux comme des carriéristes au pire comme des imposteurs ou des assassins ! Julia Kristeva passe pour une criminelle tandis qu'Hélène Cixous se fait peloter la poitrine et entremettre par un des héros principaux ! Une comédie des bouffons !

    Et puis qu'est-ce que c'est que cette volonté des romanciers contemporains d'inclure automatiquement des "scènes de baise" qui tombent comme un cheveux sur la soupe dans leurs œuvres ? Je ne sais pas c'est le nouvel exercice de style ou quoi - le passage obligé ? On s'en fout de savoir que le héros "Simon pénètre la vulve de Bianca avec sa grosse queue" ! Il existe une littérature pornographique dont c'est le métier alors pitié laissez-lui son domaine d'attribution ! De plus vous savez que je suis plutôt friant d'érotisme et de X donc à la base cela ne me choque pas !

    La septième fonction qui est présentée ici et sera finalement utilisée par Mitterrand - car vous l'avez compris le cadre temporel de l'action sont les années 1980 et 1981 - est ce qu'à Hollywood on appelle un Mac Guffin, c'est à dire un objet autour duquel toute l'action est organisée, un objet de convoitise !

    Le commissaire Bayard et le sémiologue de Vincennes Simon Hertzog vont donc se trimballer de Paris à l’État de New York en passant pas Bologne et Venise, croiser notamment Umberto Eco auquel ils vont donner l'idée du Roman de la Rose. On croisera des Bulgares aux parapluies empoisonnés, et des Japonais. On aura une explication pour le meurtre d'Althusser sur sa femme  mais on comprendra qu'il s'agit d'une fiction quand un autre philosophe y meurt 20 ans avant son décès véritable dans notre monde réel !

    D'ailleurs, il y a une belle mise en abymes, lorsque le héros Simon se demande si il est un héros de roman !

    De plus, c'est un roman assez érudit ce qui n'est pas pour me déplaire ! On découvre une société secrète, le Logos Club, avec ses grades, où se livrent des duels de rhétorique à l'ancienne !

    Le livre a obtenu le Prix Interalliés !

    Voilà, je vous dis bonne lecture et vous souhaite une bonne année 2017 !

    A bientôt !


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  • "Les héros - contemporains - sont fatigués !". C'est le constat qu'on pourrait faire après avoir lu le Journal d'un looser de Stéphane Lavarenne ! Déjà, avec Le liseur du 6 h 27, chroniqué il y a quelques jours, on suivait un individu engoncé dans une vie monotone que semblaient fuir la réussite et l'amour !

    Journal d'un looser - Stéphane LavarenneCe roman se présente sous la forme d'un journal intime rédigé par le protagoniste principal de l'histoire, une confession ! Le pauvre Cyril vient de se faire larguer par sa compagne, Anne ! Sa femme l'a en effet jugé trop mollasson, trop timoré, incapable de lui procurer l'épanouissement dans son couple ! Dès lors, il va s'autodéprécier, s'enfoncer dans l’auto-apitoiement, à l'image de ces dimanches soirs cafardeux ! De même, au boulot, une place tranquille dans administration, Cyril est soumis à son supérieur !

    Pourtant, Cyril aimerait bien s'affirmer et le journal est pour lui une tentative dans cette fois autant qu'un moyen de se forcer à une discipline pour ne pas s'enfoncer davantage ! Et aussi, un outil pour s'analyser ! Mais la lâcheté l'emporte dans son caractère !

    Lâcheté et hésitations lorsqu'il s'agit pour lui d'aborder une autre jeune fille, Mona, pour qui il a eut le coup de foudre dans le bus ! Là encore, ce sera une impasse ! Cyril rêve de s'évader, de fuir cette société de consommation qui sépare les gens ! Il y a en effet un début de critique sociale dans ce roman !

    Parlons de l'entourage de Cyril maintenant ! Il y a Hubert, beau gosse culotté auquel aucune femme ne résiste ! Il est l'ami et l'opposé du "héros"! Et puis, il y a la mère dominatrice, écrasante, castratrice dont Cyril finira par s'émanciper le jour de ses 30 ans !

    Voilà un roman qui se lit facilement et avec délectation ! C'est ironique, sarcastique point trop n'en faut, bref jubilatoire en un sens ! Pour vous donner une idée, une journée m'a suffit pour lire la totalité de ses 267 pages !

    A bientôt !

    PS : La rentrée littéraire 2016 approche et j'aurais bientôt l’occasion de vous en parler longuement j'espère !

    PPS : je "dédicace" ce billet à "Belle-Île" que je surnomme personnellement "Mamie Dingo", une femme de 60 ans qui semble atteinte de démence sénile précoce car elle agresse, insulte, harcèle verbalement et gratuitement plusieurs personnes sur les Skyblog et se permet de mettre des commentaires injurieux qui n'ont ni queue ni tête pas plus qu'ils ne sont fondés - et cela courageusement en signant "Visiteur" ! Prends tes cachetons "Mamie Dingo" et arrête de pourrir la vie des gens ! Tu sers à rien, sale bonne femme !


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  • Sylvain Tesson est un écrivain contemporain que j'apprécie beaucoup ! C'est aussi un baroudeur et ses récits de voyages sont toujours remplis d'une grande humanité et invite aussi à la réflexion !

    Berezina est un roman - récit de voyage - qui a obtenu le Prix littéraire de l'Armée de Terre 2015 et le Prix des Hussard 2015. Le livre est daté de 2015 mais le voyage qu'il relate de fin 2012 !

    Ce récit est à la fois un périple dans la géographie et dans l'Histoire. En décembre 2012, trop obnubilé par le calendrier maya, on a à peine remarqué que nous étions dans le bicentenaire de la Retraite de Russie de la Grande Armée Napoléonienne - ce terrible périple qui fit des centaines de milliers de morts, dans des circonstances horrible, en 1812.

    Sylvain Tesson avec 4 amis : Cédric Gars, Thomas Goisque et deux Russes, Vassili et Vitaly - décident de refaire dans des side-cars Oural les 4000 kilomètres séparant Moscou et Paris en suivant le trajet de la fuite des soldats de Napoléon alors confrontés à l'hiver russe, aux harcèlements des Cosaques et aux embuscades des paysans/partisans du tsar !

    Un tel voyage -même en motocyclette - n'est pas sans risque. Il durera treize jours, passant par la Biélorussie, la Lituanie,la Pologne, l'Allemagne , le Luxembourg, la Belgique et la France ! Tesson manie avec talents sa plume pour ne serait-ce qu'approcher de loin le drame que vécurent ces soldats - frigorifiés par le froid, décharnés par la faim. La colonne de militaires fondait au fil des kilomètres, suivi par des civils en grand nombre tout aussi éprouvés ! Les chevaux payeront aussi un lourd tribut ! On marchait littéralement sur les cadavres et des cas d'anthropophagie et d'autophagie finirent par advenir en désespoir de cause !

    Le pire fut sans doute le passage de la Berezina !

    On peut se demander aujourd'hui ce qui motivait ces hommes ? L'amour de la patrie certainement et le Foi en un grand homme, Napoléon Ier et au destin nationale !

    On peut se demander si aujourd'hui, à l'heure de l'"individu" et de la consommation, il est encore possible de se mobiliser, voire de faire le sacrifice suprême pour une cause nationale ? Sylvain Tesson semble penser que non ! Et je suis assez d'accord avec lui !

    Voilà, comme toujours avec Sylvain Tesson, un récit intelligent et poignant, très profond ! Je vous invite à lire cet ouvrage particulièrement si vous êtes un inconditionnel de l'Histoire du Premier Empire !

    A bientôt !


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  • Brigitte Giraud est née en Algérie et vit à Lyon. Elle a publié 8 livres aux éditions Stock dont ​J'apprends - Nous serons des héros - Brigitte Giraud​récit sur l'école dont j'ai déjà fait ici un billet ! Je vais maintenant vous parler d'un autre récit d'enfance et d'adolescence au ton léger avec des teintes dramatiques et nostalgiques, le récit d'un exil dans ​Nous serons des héros.

    Olivio est un jeune garçon portugais, né en 1960, sous la dictature de Salazar - et qui prends le chemin de l'exil pour la France - dans la région lyonnaise - avec sa mère en 1968 ou dans ces années-là ! Son père est la grande figure de l'absent, décédé prématurément dans les geôles de la dictature. Olivio et sa mère sont donc des réfugiés politiques - songeons-y à l'heure actuelle avec les évènements en Syrie (fin du hors-sujet !) !

    Les deux exilés vont progressivement s'adapter à la France. La mère du jeune garçon fait la connaissance de Max, un pied-noir débarqué d'Algérie après la décolonisation. Max est séparé de sa femme et a un jeune fils, Bruno, qui va bien s'entendre avec Olivio. Toutefois, le "contact" ne se fera jamais vraiment entre l'adulte et le petit héros de ce court roman.

    Olivio trouve l'affection avec Océano, son chat, recueilli durant une tempête au Portugal, juste avant son départ. Il se lie d'amitié avec Ahmed, un Oranais et progressivement, les deux adolescents vont se sentir attirés physiquement l'un par l'autre.

    Puis, en 1974, c'est la "Révolution des Œillets" et Olivio effectue un voyage de retour durant un été avec Luis et Lydia, des opposants politiques à Salazar, mais sans la mère ! C'est donc un retour vers ses racines pour Olivio !

    Au final, un récit intéressant, pas ennuyeux et plein d'émotions, tout en subtilité ! C'est léger dans le style d'écriture mais pas insouciant dans la forme ! On pénètre bien dans l'intimité des personnages ! Cette auteure, Brigitte Giraud, me plait décidément beaucoup ! Deux romans d'elle lus par mes soins et deux bonnes impressions globales !

    A bientôt !

     


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  • Joël Dicker est un jeune auteur trentenaire qui s'est fait connaitre en 2014 avec son roman-fleuve, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert qui explore la relation entre un homme et son mentor.

    Dans son roman précédent, Les derniers jours de nos pères, paru en 2012, c'est de la relation père-fils dont il est question dans un contexte de Seconde Guerre mondiale !

    On suit Paul-Emile dit Pal qui quitte son père et le laisse à Paris pour s'embarquer pour l'Angleterre en 1942 et rejoindre le SOE, le service britannique d'espionnage qui soutenait les mouvements de résistance sur le continent en leur fournissant compétences, équipement bref de la logistique !

    Le roman comporte quatre parties !

    Dans la première partie, on découvre l’entraînement des recrues qui passent par quatre centres de formation ultra-secrets, apprennent l'art de l'espionnage et de l'infiltration ! On fait connaissance avec une douzaine de personnages : Pal bien sûr mais aussi son amie Laura, Gros, Claude, Faron, Key et d'autres ! Un indélébile esprit de camaraderie va souder ce groupe qui a sacrifié sa jeunesse pour un idéal ! Et pendant ce temps, le père de Pal attend à Paris !

    La deuxième partie montre les opérations que ceux-là fomentent ! Pal se montre très efficace sur le terrain, Faron, la brute, le mal(aimé également ! Ces hommes se retrouvent entre deux missions à Londres et passent du temps ensemble ! Mais le Fils va tenter de rentrer en contact avec son père par le biais de cartes postales prétendument en provenance de Genève. Hélas, le "coursier" est interceptée et bientôt l'étau se resserre sur Pal ! S'achemine-t'on vers une issue tragique ?

    Sans vouloir trop révéler l'intrigue, je dirais que les troisième et quatrième parties parlent de vengeance et on suit les événements depuis le Jour-J jusqu'à la défaite de l'Allemagne ! Pal et Laura arriveront-ils à fonder un foyer ? Le Fils va devoir choisir entre sa propre vie et celle de son père !

    Un roman intéressant ! J'ai néanmoins trouvé quelques facilités et lourdeurs dans l'écriture - comme le fait que l'auteur insiste lourdement pour nous faire comprendre que Faron est une brute ! Quelques invraisemblances historiques aussi et plutôt "convenu" par moments ! Cela se lit plaisamment toutefois et c'est un auteur, Joël Dicker, à suivre !

    A bientôt !


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  • Le renversement des pôles est un roman de Nathalie Côte qui narre les vacances d'été de deux couples sur la Côte d'Azur. Bien évidemment tout ne va pas pour le mieux et sous le farniente, il y a des fêlures !

    D'un côté, nous avons les Bourdon, Vincent et Virginie et de l'autre les Laforêt, Arnaud et Claire.

    Arnaud est statisticien et Claire travaille dans une banque. Ils ont un jeune fils, Erwan. Arnaud tient un blog où il poste des photos-mystères qu'il prend en grand angle, est porno-addict sur Pornhub.com et affiche un comportement immature. Claire s'occupe de sa santé en s'astreignant au sport et surtout va vivre une aventure extraconjugale avec un chef d'entreprise local.

    Vincent est informaticien, et Virginie travaille à la préfecture. Vincent va se faire plumer sur un site de trading, repoussant d'autant l'achat du Tiguan, tandis que Virginie supporte mal d'avoir un physique de "ronde". Ils ont deux filles, Chloé et Léa, et un bouledogue nommé Hercule.

    Le roman de Nathalie Côte raconte donc ces vacances d'été de deux couples dans une langue simple et vivante. J'avais un a-priori de lire une histoire somme toute banale, c'est le cas mais la forme y étant, cela rend la lecture agréable !

    Le renversement des pôles est ce moment où le destin bascule...

    Je ne vous en révèle pas plus et vous conseille la lecture de ce récit !

    A bientôt !


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  • David Foenkinos dans Le potentiel érotique de ma femme s'intéresse à la psychologie humaine, aux passions, aux fantasmes, aux pulsions et aux névroses... Et il le fait en choisissant le parti de la bouffonnerie !

    Hector est un collectionneur ! Il collectionne les piques apéritifs, les badges de campagne électorale, les Le potentiel érotique de ma femme - David Foenkinospeintures de bateaux à quai, les pieds de lapin, les cloches en savon, les boules de rampe d'escalier et tant d'autres choses inutiles ! Bref, les objets sont d'une importance première pour ce fétichiste !

    Mais voila, il perd une compétition de collectionneurs à cause d'un Suédois retors et sombre dans la dépression. Grace à Marcel, il essaie de décrocher de sa lubie envahissante ! Il lâche prise sur cette passion quand il rencontre un être unique, sa future femme Brigitte !

    Hélas, Hector va rechuter dans ses travers fétichistes ! Il a une révélation lorsqu'il voit sa femme sur un escabeau en train de laver les vitres... Dès lors, il va collectionner ces moments de "lavage de vitres", ce qui va lui octroyer quelques nouvelles déconvenues !

    Un roman léger ! Foenkinos traite tout à la plaisanterie avec un humour constant que pour ma part, j'ai trouvé lourdingue par moment ! Par exemple, avec des situations du style :" il aimait voyager dans des pays étrangers comme l'Afghanistan et l'Irak et même des endroits dangereux comme Toulon." (la phrase n'est pas exactement celle-là !). Cela vous fait rire vous ?

    Enfin, on s'habitue à tout et même au style de Foenkinos ! C'est léger mais ça traite de choses plus profondes en réalité comme les névroses ! Le ton comique désamorce l'aspect "pathologie" ! On peut le regretter ? Pas vraiment ! Et puis, si ce genre de roman facile peut attirer des gens à la lecture ?

    Voilà, avis très mitigé donc !

    A bientôt !


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  • Avec Autour du monde, Laurent Mauvignier écrit un roman qui n'en est pas un mais se rapproche plus du recueil de nouvelles un peu bricolé !

    En effet, ce livre raconte diverses péripéties survenues en 2011 - l'année de la catastrophe de Fukushima - à plusieurs protagonistes en maints endroits du monde. Chaque récit raconte un évènement particulier puis on passe à une autre histoire en ménageant quelques paragraphes de transition ! C'est assez artificiel au bout du compte ! Toutefois, il est souvent fait référence au fil conducteur du séisme au Japon notamment par les journaux télévisés que ne manquent pas de regarder les acteurs de ces récits !

    On commence donc le récit au Japon en suivant Guillermo et Yûko : la catastrophe impensable survient puis on change de focale sans cesse ! Entre chaque histoire, une petite photo évocatrice est insérée dans le corps du texte qui signale le changement de narration aux lecteurs peu attentifs !

    On suit principalement des touristes ! On passe ainsi d'un navire de croisière de luxe, l'OdysseA, à un hôtel grand chic de Dubai, puis à un safari en Tanzanie, dans un avion de ligne en partance du Canada. On visite Tel-Aviv - touché par un attentat -, Rome, la Thaïlande, la frontière slovène !

    Le roman Autour du monde dresse au final un panorama du monde moderne, celui du XXIème siècle qui commence ! En prise avec l'actualité - Fukushima, Tel-Aviv, les pirates du Golfe d'Aden. Les protagonistes sont le plus souvent déchirés, cachent des secrets, doutent, bref sont déstabilisés comme ce monde d'aujourd'hui en crise !

    Au final un récit polyphonique, très varié et divertissant qui nous fait voyager autour du monde ! C'est bien ce qu'on attend de la littérature : le dépaysement à défaut du décentrement !

    A bientôt !


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  • Nous revenons sur un auteur que j'affectionne, Sylvain Tesson, né comme moi en 1972, et dont j'avais dévoré le roman Dans les forêts de Sibérie - allant jusqu'à le conseiller à un ami qui se fit la même opinion que moi ! Ici, il va être question d'un recueil de dix-neuf nouvelles, chacune relativement courtes, mettant en scène des amoureux, des aventuriers ou des ermites. Parlons donc de S'abandonner à vivre !

    La "morale" - fil rouge - de ces dix-neuf textes pourrait être la constatation que les évènements de l'existence sont "imprévisibles". A partir de là - comme le font les Russes ou les stoïciens - il s'agit de mettre en œuvre une acceptation du sort. Tout ceci relève quelque part d'un sens de l'absurde et l'auteur pratique une forme d'écriture ciselée - avec des chutes d'histoires souvent cocasses - qui montre une ironie de destins !

    La Russie - et ses habitants - sont très présents au cœur du recueil - dans plus d'une demi-douzaine de nouvelles ! Le caractère vain de la vie citadine - où les gens sont comme des "hamsters dans leurs cages " est souligné et Sylvain Tesson mets en avant la Nature, les éléments, le folklore ! C'est au final un livre très "vivant" parfois amer mais qui présente au moins une vision lucide de la vie !

    Je ne vous résumerais pas ici les sujets des différents récits afin de laisser la surprise intacte ! C'était d'abord mon idée en rédigeant ce billet ! Disons juste que c'est suffisamment varié entre ces candidats à l'exil qui découvrent l'Europe de l'Ouest, ce djihadiste revanchard et frustré, ces coquins adeptes du sabotage ou des téléphériques, ces amoureux transits escaladant des façades d'immeubles ou se déguisant en Père Noël ! J'arrête là car j'en dis déjà trop !

    J'ai déjà du le signaler lors du précédent billet sur l'auteur, Sylvain Tesson est un voyageur et l’exotisme exhale aussi de cet ouvrage !

    A lire absolument !

    A bientôt !


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  • Jean-Christophe Rufin a fait une carrière de médecin dans l'humanitaire et a occupé plusieurs postes de responsabilités à l'étranger. Il a aussi publié de nombreux essais sur des questions internationales ainsi que pas mal de romans. Enfin, il est entré à l'Académie Française en juin 2008.

    Le parfum d'Adam est un roman qui emprunte au genre espionnage à la Tom Clancy ou à la Ken Follett. Étonnant de la part d'un Académicien ?! Pas du tout car ce récit véhicule un message !

    Le parfum d'Adam -  Jean-Christophe RufinOn y suit les "aventures" de Paul Matisse - et sa collègue Kerry - qui sont recrutés par un de leurs amis, Archie, qui dirige une agence de renseignements privée, l'Agence Providence.

    Une souche de choléra modifiée à été volée en Pologne. Une jeune étudiante bipolaire, Juliette, se retrouve embarquée dans une machination qui la dépasse ! Et on découvre l'inquiétant Ted Harrow et son groupe des Nouveaux Prédateurs qui ne prévoient ni plus ni moins que d'exterminer les pauvres !

    Le sujet du livre est donc l'écoterrorisme. L'écologie est un sujet pacifié - mais néanmoins animé - en France où les actes les plus "extrémistes" sont des fauchages de champs d'OGM ! Mais en Angleterre et aux USA, il existe de véritables "Guerriers de la cause animale" pris très au sérieux par les services de renseignements. Que l'on pense à Peter Singer - qui estime qu'un gorille a plus le droit de vivre qu'un autiste ! - ou Edward Abbey et son Gang de la clé à molette !

    Dans le roman, Harrow et ses commanditaires estiment que le Tiers-Monde et sa natalité mal-maitrisée constituent le danger contre la planète. Ils conçoivent donc un projet monstrueux !

    C'est à cette problématique de Rufin - qui a travaillé dans l'Humanitaire - veut nous sensibiliser. Il s'agit de faire la guerre à la pauvreté et non aux pauvres !

    Le titre s'explique par le fait que le parfum d'Adam lui permettait de vivre en harmonie avec les bêtes et la Nature !

    Il reste un roman foisonnant, bien écrit et documenté, qui s'étale sur plus de 700 pages - et qui nous transporte en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique ! On a hâte de retrouver "Les Enquêtes de Providence" !

    A bientôt !


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  • Voici un court roman d'à peine une centaine de pages de Jean Hatzfeld qui parvient néanmoins à toucher sa cible en si peu de pages ! Il est question ici du génocide du Rwanda de 1994 où l'ethnie Hutue s'en est prise à coup de machette à sa comparse Tutsie. Il y avait eu auparavant des précédents dans les années 1960 et 1970...

    Le roman se nomme Englebert des Collines du nom de son personnage principal, un tutsi qui est un individu bien réel que Jean Hatzfeld a rencontré en personne - photo à l'appui dans l'ouvrage.

    Englebert est un africain du Rwanda, qui dispose d'une bonne éducation, finit "toujours premier" à l'école et est appelé à la haute administration ! Tout s'engage donc pour le mieux sauf qu'il est victime de discrimination du fait de son ethnie. En effet, de 1931 à 1994, la carte d'identité mentionne l'ethnie dans ce pays ! Notre homme habite Nyamata, une petite ville et descend d'une famille d'éleveurs - comme le sont en majorité les tutsis.

    Hélas, le génocide de 1994 survient - je ne détaillerais pas ici ! - et il perd ses deux frères et sa soeur ! Il raconte le récit à la première personne et on ne peut qu'être frappé par l'horreur de la situation, ou comment des êtres humains avec une vie et des sentiments peuvent être tués pour une question de race ou de religion ! C'est assez poignant ! Il décrit longuement la traque dans les marais pendant plusieurs semaine, l'humain réduit à l'état de bête - chasseur comme chassé et c'est très efficace, plus que de longs discours !

    La suite du texte demande à être lu entre les lignes car Englebert connait un vagabondage sans fin et semble ne pas toujours en être conscient ! Il boit beaucoup, de la bière nationale, la Primus ou de l'alcool de banane ou de sorgho. C'est un rescapé philosophe et alcoolique qui déambule, n'oublie pas mais tente de pardonner !

    En 2014, nous avons commémoré les 20 ans du Génocide ! On ne peut qu’espérer que pareille horreur ne se reproduise plus ! Ce témoignage est une brique à l'édifice de la mémoire !

    A bientôt !


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  • Portrait d'après blessure est le troisième roman d'Hélène Gestern qui comme son roman précédent interroge sur la violence contemporaine !

    Olivier est historien de l'image et collabore avec Héloïse, une documentaliste. Ils se donnent un rendez-vous professionnel et prennent une rame de métro quand survient le drame, une explosion - un attentat ? - qui dévaste les compartiments !

    C'est donc un roman de la résilience - un "portrait après une blessure" - mais bien plus que cela car le livre questionne sur le pouvoir de l'image, une photo d'Olivier portant une Héloïse blessé dans sa chair et en partie dénudée par le souffle de la détonation, prise par un journaliste d'une certaine presse de caniveau !

    Le pourquoi de l'"attentat" est également au coeur du récit et la vérité est bien surprenante ! Nulle présence d’Al-Qaïda ici - inutile de rajouter de l'huile sur le feu; la réalité est bien trop horrible pour rajouter des fanatiques dans toutes les fictions du paysage littéraire ! Cette vérité est révélée à la toute fin !

    L'histoire est narrée à la première personne mais avec deux voix qui alternent, celle d'Olivier et celle d'Héloïse, leurs combats pour se reconstruire, pour faire taire les calomniateurs - d'autant qu'une idylle est en train de naitre entre eux. Or Olivier vit avec Karine et Héloïse est mariée à Yves ! Leurs couples respectifs battent de l'aile !

    Une réflexion sur le droit à l'image, le respect de la vie privée contre le "devoir" d'informer est ici centrale. La loi présente des lacunes dans ce domaine ! Les deux protagonistes doivent aussi faire face au pouvoir démultiplicateur des images sur le web et vont demander un droit à l'oubli !

    C'est un bon roman ! Je l'ai même trouvé meilleur que La part du Feu, le deuxième roman de l'auteur ! Une bonne petite lecture sur le siège passager d'une voiture lors d'une sortie à Giverny un jour férié ! Donc se lit aussi très vite ! Et bien construit !

    A bientôt !


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  • Eliette Abécassis nous revient sur la scène littéraire en abordant le genre du "thriller ésotérique" avec Le Palimpseste d'Archimède, roman érudit et philosophique que j'ai trouvé très prenant ! On est dans la veine du Da Vinci Code mais avec une meilleure écriture et un fond plus consistant !

    Le récit suit le parcours de Normaliens de la prestigieuse École de la rue d'Ulm et le héros s'appelle Joachim.Le Palimpseste d'Archimède - Eliette Abécassis Il est entouré de ses amis, Fabien, Jérémie et Guillaume et étudie la philosophie auprès du Professeur Elsa Maarek, spécialiste de Plotin.

    Or voilà que des meurtres rituels touchant de brillants mathématiciens de l’École ont lieu suivant ce qui semble être des rituels antiques apparentés aux Mystères. Maarek et ses compétences sont requises pour l'enquête et elle entraine son étudiant favori sur ses traces !

    A côté de cela, il apparait qu'une des victimes était en possession d'un manuscrit du XIIème siècle de haute valeur mais qui cache en fait un texte plus ancien, un palimpseste - un texte écrit par dessus un autre texte qu'on a rogné sur le parchemin. Ce texte - n'en faisons pas plus longtemps mystère - serait un écrit perdu d'Archimède, le savant de Syracuse.

    Dès lors, on touche aux Secrets ! Un secret qui aurait trait au nombre Pi, ce que l'on appelle un "Nombre-univers", le rapport entre la droite et le cercle qui contiendrait tous les secrets de l'univers et remettrait en cause l'Existence de Dieu ! Certains seraient donc près à tuer pour taire ce secret !

    Alors pas étonnant qu'à la moitié du roman, les Jésuites fassent leur apparition !

    L'enquête est donc, on le voit, menée par des érudits, des philologues, des spécialistes de culture antique qui arpentent les bibliothèques et les archives à la recherche du coupable et du secret du codex et de Pi, ponctuant leurs conclusions de réflexions philosophiques et de références érudites !

    Un roman très intéressant donc - dans un genre plus "commercial" qui détonne avec la production habituelle d’Éliette Abécassis, plus introspective ! Les amateurs d'ésotérisme se jetteront dessus !

    A bientôt !


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  • Albert Einstein est considéré, avec raison, comme le plus grand génie du XXème siècle. Pourtant, il était aussi un mari et un père défaillant ! Si il avait résolu des "mystères de l"Univers", et posé la Relativité, son fils était "le seul problème sans solution". Ce fils, Eduard, souffrait en effet de schizophrénie !

    Le cas Eduard Einstein - Laurent SeksikLe roman de Laurent Seksik, - Prix du Meilleur Roman Français 2013 pour Le Parisien - Le cas Eduard Seksik, donne tour à tour la parole à Eduard, à son père Albert et à sa mère Milena, ce qui permet de multiplier les points de vue sur ce drame familial. La maladie mentale est toujours "un coup de tonnerre dans un ciel serein". Le récit est écrit de manière assez conventionnelle mais est assez intéressant et informatif sur cette pathologie, loin des clichés que colporte l'opinion publique.

    Eduard Einstein était un jeune homme doué, ayant lu tout Freud, tout Kant et tout Schopenhauer à un âge précoce, il voulait être psychiatre. Il était aussi extrêmement sensible ! Il nourrissait une sorte d'hostilité à l'égard de son père, souffrant de vivre dans l'ombre du grand génie qui avait abandonné sa mère en 1914 alors qu'il n'avait que 4 ans. Des rapports bien compliqués en somme !

    Qu'est-ce que la schizophrénie ? Je déplore qu'on ne retienne à notre époque que la notion de "dangerosité" chaque fois qu'un malade - sur les millions de patients dans le monde - pousse un quidam sous le métro ! Souvent, les personnes atteintes de cette pathologie, montrent une grande sensibilité et une extrême intelligence - pensez à Van Gogh ou John Nash, le prix Nobel d'économie pour vous en convaincre - ce qui fait qu'ils sont difficiles à suivre dans leurs raisonnement ! Génie et folie, la frontière est floue ? C'est un cliché de dire cela mais il y a une part de vrai !

    La schizophrénie, ce n'est pas non plus un dédoublement de personnalité ! Ce genre de "connerie" est colporté par des journalistes ignares et trop fainéants pour réellement s'informer et chaque fois que j'entends un "intellectuel" parler de schizophrénie à propos de tel ou tel organisme étatique - c'est valable aussi pour l'autisme - cela suffit à décrédibiliser aussitôt son discours à mes yeux ! Et il faut arrêter d'utiliser les noms de maladies comme des insultes, c'est proprement nauséabond !

    Je dirais - même si je ne suis pas psychiatre, je suis assez bien placé pour en parler - que la schizophrénie est un rapport faussé au réel - les interprétations, la paranoïa - , et que souvent les limites entre l'intériorité du sujet et le monde extérieur est flou - ce qui donne des pensées propre à la personne qu'il perçoit comme venant de l'extérieur - d'où le phénomène des "voix" - qui n'est d'ailleurs pas systématique ! D'autres disent que c'est une incapacité à traiter des données hétérogènes...

    Eduard Einstein passa la majeure partie de sa vie à la clinique de Bleuler et Jung, à Genève, le Burghölzli. Il subit divers traitements - les neuroleptiques ne seront découverts que dans les années 1950 - dont la cure par chocs insuliniques de Sakel, la camisole, les électrochocs - ce qui selon son frère ainé Hans-Albert abima grandement son état physique sans vraiment améliorer son état psychique. Parmi les théories en vogue dans les années 1930, il y avait la psychanalyse de Freud - plus adaptée aux névroses qu'aux psychoses - et le détestable eugénisme d'Auguste Forel, qui allait servir d'alibi aux nazis pour assassiner des milliers de malades mentaux !

    Le nazisme est aussi en fond de ce roman. Albert Einstein, Juif, doit, s'expatrier aux États-Unis en 1933.. De ce fait, il ne reverra jamais son fils Eduard auquel les autorités de l'Oncle Sam refuseront le droit d'immigrer comme son père.

    Ce roman de Laurent Seksik dresse donc des portraits de trajectoires parallèles, auréolée de gloire pour le père et touchée par le drame pour le fils ! Une lecture envisageable !

    A bientôt !


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  • Soumission, le dernier roman de Michel Houellebecq, - sorti début 2015 - est incontestablement un succès d'édition et aussi au coeur d'une polémique, le romancier ayant été taxé d'"islamophobe". En réalité, c'est un faux-procès monté par des journalistes peu regardants et qui n'ont sans doute pas lu le livre !

    Ce roman est en quelque sorte une politique-fiction sur l'accession à l’Élysée - en 2022 - d'un leader musulman. Houellebecq joue avec les hypothèses et imagine une France prise en étau entre les mouvements identitaires nationalistes et les adeptes du djihadisme en arrière-plan et où s'affrontent, au premier plan, le Front National et la Fraternité Musulmane montante. On est dans la satire ! Cela fait mouche et cela dérange !
    Au milieu de tout cela, le personnage central est un universitaire quadragénaire, spécialiste de Huysmans et éprouvant un profond malaise existentiel, ce mal de vivre caractéristique des anti-héros houellebecquiens. Le livre abonde de références littéraires dix-neuvièmistes, en parallèle à l'actualité contemporaine : Huysmans et le décadentisme, Zola et le naturalisme, Peguy et le patriotisme et le sentiment religieux !

    Houellebecq ne fait évidemment pas l'amalgame entre les djihadistes et l'Islam "modéré" ! Mohammed Ben Abbes s'affiche comme modéré et soucieux de "présenter l'Islam comme la forme achevée d'un humanisme nouveau, réunificateur".

    Son universitaire est un homme solitaire, vivant mal dans son époque, percevant bien les ressorts sociaux - mais ne pouvant s'y couler ! - et les critiquant avec ironie et un comique détaché. Il semble assez peu impliqué en effet ! Avec l'arrivé progressive du nouveau pouvoir politique islamique, il va s'interroger sur la place du sentiment religieux - son parcours spirituel va s'infléchir - et peut-être la religion donnera-t-elle un sens à son existence ! Il va accomplir, à son corps défendant, une sorte de conversion, comme Joris-Karl Huysmans un siècle plus tôt ! Mais pour lui, le Catholicisme ne lui apportera pas de réponses, alors peut-être l'Islam ?

    Michel Houellebecq continue ici sa froide et clinique exploration de l'époque contemporaine - avec lucidité et crudité ! C'est nostalgique et aussi un peu anxiogène mais cela, au fond, reflète bien notre époque !

    Je ne vois donc pas en quoi les accusations d'"islamophobie" seraient fondées ?! Si, peut-être dans le sens où les islamophobes seraient agacés par ce livre - auquel cas Soumission entretiendrait cette tournure d'esprit ?... A part cette hypothèse, je ne vois pas...

    A bientôt !

    PS : Et puis rappelons - principe de base connu des étudiants de Lettres de Première Année - que le point de vue, les pensées, les paroles d'un narrateur ou d'un personnage ne sont pas forcément celle de l'auteur ! On l'oublie un peu vite !


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  • La Littérature et la France vivent depuis toujours une longue histoire d'amour ! Et en 2014, le jury de Stockholm a encore - après Jean-Marie Gustave Le Clézio en 2008, attribue le Prix Nobel de Littérature à Patrick Modiano !

    Patrick Modiano est né le 30 juillet 1945 à Boulogne-Billancourt et auteur d'une trentaine de romans.C'est un L'herbe des nuits - Patrick Modianoécrivain de l'intériorité, tourné vers une certaine forme d'autofiction autour du passé et de la jeunesse perdue.

    Le thème de "l'absence" est récurrent chez Modiano et le travail d'écriture doit permettre une "archéologie de la mémoire". C'est aussi le cas dans le roman court de 2012 intitulé L'herbe des nuits ou le narrateur, Jean, consigne dans un "Carnet noir" des lieux du passé - dans les années 1960 - des rencontres des inconnus croisés furtivement !

    Ce roman - qui se déroule à Paris - est bien mystérieux et l'auteur ne nous donne pas toutes les réponses. Que fabriquent ces gens autour de l'Unic Hotel ? Qui sont-ils ? Ils semblent tremper dans quelque affaire louche impliquant les Services Spéciaux Marocains, prennent de fausses identités, de faux noms.

    Dans ce contexte, le narrateur a une amie, Dannie, à laquelle il se refuse à poser des questions, se contentant d'observer, de consigner des noms, des dates, des personnes et des lieux dans le Carnet noir ! Modiano ne livre jamais la clé de l'énigme !

    C'est comme si l'écriture tentait de décrypter un réel agencé selon un code chiffré mystérieux sans jamais y parvenir. Même un inspecteur de la Mondaine ne parvient pas à résoudre le fin mot de l'histoire à travers son langage administratif. Tous les mots, tous les langages n'approchent jamais la Vérité !

    Cela laisse autant de marge au lecteur pour forger sa propre version et s'approprier l’œuvre de Modiano, œuvre ouverte notamment à l'interprétation ! Œuvre jamais close !

    Est-ce cette "connivence " qui peut être frustrante - avec le lecteur qui fait les grands écrivains ?

    A bientôt !


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  • Tout commence par une maitresse admirée et respectable qui qualifie la fille de Sophie de "catastrophe". Seulement voilà, Sophie, mère célibataire est une personne fragile et cette petite phrase "Votre fille, c'est une catastrophe" va déclencher une tempête sous un crâne !

    La Loi Sauvage, au delà du récit de la vie d'une mère qui se demande si elle est à la hauteur est l'illustration de la barbarie ordinaire de nos sociétés démocratiques, en particulier à l'école ! On découvrira à la mi-roman que le qualificatif appliqué à Camille, la fille de l'héroïne, va réveiller chez sa mère Sophie un traumatisme de l'enfance !

    Sophie va partir en roue libre sur la maitresse, fervente catholique, respectée du corps enseignant mais jugé à son tour comme terriblement obtuse par la narratrice.

    Le roman s'organise en trois types de chapitres qui alternent ! Il y a les chapitres intitulés "La Maitresse" où Sophie s'interroge sur l'institutrice. Il y a ensuite les chapitres "Mode d'emploi" liés au métier de la narratrice qui rédige des notices et qui va connaitre des "crises maniaques" qui vont perturber son travail. Les notices sont peu à peu contaminées par ses ruminations - non sans humour ! Enfin, il y a les chapitres "Sauvagerie" où Sophie revit une injustice dont elle fut elle-même victime de la part d'une maitresse - un acte antisémite dans la France des années 1970 - couverte par la hiérarchie !

    Je peux moi-même témoigner de la lâcheté du corps enseignant dans ces années-là, ayant connu une institutrice de CP complément barjo qui frappait sans raison ses élèves - bons ou mauvais - à coup de cahier dans la figure et dont un collègue osa dire à ma mère sans sourciller : "vous savez, il ne faut pas croire tout ce que racontent les enfants !". J'espère qu'aujourd'hui cette vieille bique brûle en enfer !

    Donc Nathalie Kuperman n'invente rien ! Son roman a quelques longueurs à la fin du premier tiers mais rebondit lorsqu'on a connaissance du traumatisme initial de Sophie ! Pas si mal que cela comme livre !

    A bientôt !


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  • Edouard Louis signe avec En finir avec Eddy Bellegueule, son premier roman en grande partie autobiographique. Il y raconte ses années de collège et son milieu familial modeste, ouvrier, dans un petit village du Nord.

    Par la suite, Eddy Bellegueule changera son état-civil pour s'appeler Edouard Louis, fera du théâtre, de l'Histoire et de la Sociologie à l'ENS de la Rue d'Ulm.

    En 2011, il dirige un ouvrage sur Pierre Bourdieu, la légende de la Sociologie, auteur des Héritiers. Cet ouvrage collectif se nomme Pierre Bourdieu : l'insurrection en héritage et parait aux PUF.

    Les travaux sociologiques d’Édouard Louis transparaissent dans son premier roman où il dépeint sans concession un milieu populaire fait de violence, d'inculture, de brutalité, de misère, de racisme, d'intolérance. Ceci vaudra à l'auteur un début de polémique !

    Mais Eddy Bellegueule cherche précisément à fuir ce milieu buté - entre alcoolisme, vulgarité et homophobie. La vie lui est d'autant plus difficile qu'il est brimé à l'école pour son allure efféminée, lui le pédé, la tarlouze.

    Dans la deuxième partie du livre - plus orientée vers la sexualité - Eddy découvre et commence à assumer son homosexualité. Il se démarque par un certain raffinement plus propre aux "bourgeois". C'est le théâtre qui va le sauver !

    J'ai beaucoup aimé ce livre - qui a eu un grand succès - et que pour ma part, j'ai lu en deux heures de temps juste après l'avoir emprunté à la Bibliothèque Municipale ! J'ai certes un peu tiqué sur le portrait à charge qui est fait des ouvriers - Eh non, les ouvriers ne sont pas tous des brutes incultes mais il y a néanmoins une large part de vérité dans ce récit et il n'y a qu'à voir le vote FN qui domine dans cette classe !

    Néanmoins, ce roman fait un peu "cours appliqué de sociologie à la Bourdieu" et c'est le reproche que je lui ferais ! La dénonciation de l'homophobie est toutefois une bonne chose !

    Prenant et à lire donc !

    A bientôt !


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  • Les Secrets de famille ! Tout le monde ou presque en a et ce sont de véritables boites de Pandore ! La part du feu, de l'écrivaine Hélène Gestern, raconte comment une jeune femme, Laurence Emmanuel, découvre un jour, à l'orée des années 2010 - et suite à une révélation de son père et à sa curiosité mal placée, qu'il y a peut-être une part d'ombre sur sa naissance !

    Va-t-elle dès lors prendre "la part du feu" et s'y brûler ?

    Cette "part du feu" n'est pas seulement le secret douloureux que l'on lève mais aussi la violence d'une certaine génération des années 1970, nourrit aux thèses anarcho-marxistes et œuvrant pour le combat militant, dérivant parfois dans la violence !

    Car Laurence découvre que sa mère Cécile a eu un passé de militante révolutionnaire au sein du MLC avant d'être une bourgeoise et une sociologue rangée ! La jeune femme enquête alors sur un leader de l'époque Guillermo Zorgen, qui pourrait être son véritable père - mais à été impliqué dans un incendie criminel et qu'on "aurait suicidé" quelques années plus tard !

    Le livre retrace donc le parcours de ce révolutionnaire imaginaire et ce roman a, par ce fait, des allures, un peu, de roman policier ! Laurence enquête et va découvrir des choses pas très propres qui vont la troubler ! Zorgen était un exalté - qualifié de "terroriste" mais en réalité accusé à tord, trahi, brisé et animé par la violence et une pulsion de mort ! Un récit qui a des allures noires et qui - je le regrette - a un dénouement assez prévisible ! En effet, j'ai deviné quasiment dès le départ qui l'a poussé par la fenêtre ! Mais il est vrai que je suis un lecteur assidu et perspicace ! :)

    Le roman enchaine différents narrateurs et points de vue - c'est une technique de plus en plus utilisée dans la littérature moderne - et adjoint aussi des lettres, des documents administratifs et des simili-articles de journaux.

    Ca reste un bon roman bien écrit et mené mais assez convenu !

    A bientôt !

    PS : Une vision du terrorisme des années 1970 qui a pris une autre forme en 2010 et contre lequel "je suis Charlie" !


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  • Les récits de Soazic Aaron sont des récits de résilience où des individus traumatisés reviennent à la "vie civile".

    Déjà dans Le non de Klara, paru en 2002, l'écrivain racontait le retour d'une rescapée d'Auschwitz, recueillie par sa belle-sœur Angelika, à l’Hôtel Lutetia et sa difficulté a se "réadapter" au quotidien le plus banal après l'horreur insondable. Ce premier roman s'inscrivait dans la tradition des témoignages sur la Shoah.

    Dans La sentinelle tranquille sous la lune, on passe d'une guerre à l'autre, de la Seconde Guerre mondiale à la Grande Guerre, avec Jean, un poilu démobilisé qui a survécu à la violence aveugle des tranchées.

    Jean retourne sur ses terres de Rocterre, à Castel-d'en-haut et Castel-d'en-bas, retrouve son amour de jeunesse, Amandine, qui n'a cessé de l'attendre, sa mère inquiète Adélaide et son frère affairiste Aristide. Jean pourra-t-il retrouver sa place et reprendre les routines de l'exploitation agricole ?

    En fait, la réponse est non ! Jean est assailli de cauchemar et passer le soc dans les sillons de terre lui apporte des visions et des hallucinations du passé ! Jean mène aussi un périple auprès de ses coreligionnaires, va voir la veuve d'un tel, cherche la sépulture d'un autre, s'accroche à ce passé douloureux pour justifier le sacrifice d'une génération.

    Le récit est raconté par l'"écrivain" - qui est aussi la petite à laquelle "Tante Amandine" raconte l'histoire de Jean. La petite est en fait la petite fille de Jean. Elle est celle qui assure le passage de témoin.

    Le style d'écriture est vif, saccadé, mêlant dans les même phrases style direct et indirect, descriptions, dialogues, onomatopées etc... C'est une écriture très moderne pour un roman témoignage versé dans la psychologie.

    J'ai préféré ce roman au non de Klara - m'intéressant de près à la Grande Guerre. Peut-être le sujet du premier roman de cette auteure était-il encore trop pesant pour une écriture pas encore à pleine maitrise ! Soazic Aaron est une auteure de la mémoire !

    En tout cas, elle a trouvé son créneau !

    A bientôt !


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  • De toute la saga Game of Thrones, Tyrion Lannister est, sans doute, avec Jon Snow et Daenerys Maximes et pensées de Tyrion Lannister - George R.R. MartinTargaryan, le personnage préféré des fans. C'est aussi celui auquel son auteur - George R.R. Martin se dit le plus attaché.

    Le père du Trône de Fer a en effet mis tout le talent de sa plume dans la caractérisation de ce nain atypique, plus jeune héritier de l'impitoyable Tywin Lannister, seigneur de Castral-Roc.

    Tyrion entretient de bonnes relations avec son frère Jaime, le "régicide" mais est détesté de sa sœur Cersei qui lui reproche la mort de sa mère en couche ! Tyrion - interprété à l'écran par Peter Dinklage - est un personnage lucide sur sa condition et sur le monde, cultivé et fréquentant le mot d'esprit. Il sait que son géniteur ne le prise guère, ne peut compter que sur son intelligence pour se sortir de situations difficiles !

    Ce Maximes et pensées de Tyrion Lannister est un florilège de citations du "Lutin" tirées des volumes de la saga. Dispensable à vrai dire et se lisant très vite (pour ma part en vingt minutes !), cet ouvrage n'est une acquisition obligée que pour les collectionneurs forcenés de l’œuvre de Martin - dont je suis ! A moins d’espérer un jour le faire dédicacer à une convention de fans par Peter Dinklage himself !...

    Tyrion donne son avis sur le nanisme, sur le pouvoir des mots, l'amour, la famille, la musique, la nourriture, la politique, la guerre, l'art de sauver sa peau, l'art du mensonge, la religion...

    Dans le "jeu des trônes", l'intelligence et les manœuvres jouent un grand rôle et Tyrion n'est pas le dernier à ce jeu ! Mais contrairement à d'autres personnages de la saga, il conserve un certain sens de l'honneur ! ses citations sont ironiques, souvent drôles, lucides et justes !

    A bientôt !


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  • Nicolas Fargues est un auteur français contemporain, né en 1972, ayant passé son enfance au Cameroun puis ayant suivi des études de Lettres.

    Il reçoit le prix France Culture-Télérama 2011 pour son roman Tu verras. Il publie chez P.O.L.

    Beau rôle - Nicolas FarguesBeau rôle est un roman de 2008 qui met en avant le parcours d'Antoine, un acteur métis, quarantenaire comme l'auteur, et projeté en avant par un film White Stuff traitant des rapports entre Blancs et Noirs.

    Dans ce récit, Antoine cherche à s'attribuer le "beau rôle", à parler juste et intelligemment, à plaire et complaire. Cinéphile averti, il développe une rhétorique très savante et construite sur le cinéma de Soderbergh. Il glose sur le racisme, sur la "mauvaise conscience" des Blancs - oubliant au passage AMHA que le racisme s'exerce dans tous les sens ! Bref, Antoine cherche toujours à se montrer sous son profil avantageux, pour décrocher des rôles ou mettre une femme dans son lit !

    Ce roman est aussi un roman sur le métissage et la société occidentale contemporaine. Antoine est un métis et regrette les clichés qui court sur les Blacks en particulier dans le cinéma. C'est assez paradoxal quand on sait que Nicolas Fargues, l'auteur, est Blanc (mais ayant vécu au Cameroun !). Antoine a donc un peu le "cul entre deux chaises", traité avec un certain mépris en Europe et avec une certaine distance aux Concordines, une ancienne colonie. C'est donc aussi un regard acerbe ce roman !

    Nicolas Fargues se montre cinéphile et mélomane et aussi critique de notre société. Notre Occident offre de "bons "salaires, des magasins pleins de yaourts et de baskets neuves mais guère plus l'amitié, la solidarité, le temps de prendre son temps, les couchers de soleils inspirants... En quelque sorte, trop matérialiste et pas assez spirituel ! L'auteur porte aussi le regard d'un homme de 40 ans sur la jeunesse actuelle i-podée et connectée !

    Un roman sur la culture et la société mais un propos assez dilué et partant un peu dans tous les sens, morcelé et fragmentaire. Un angle d'approche !

    A bientôt !


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  • Le roman Réparer les vivants est un livre tout en finesse et sensibilité, écrit d'une plume subtile et assurée par Maylis de Kerangal. Le thème central en est la mort d'un être aimé dans la perspective d'un don d'organe !

    Ce livre nous fait d'abord connaitre Simon, un jeune homme post-adolescent, adepte de surf, vivant au Havre et aimant la vie !

    Malheureusement, le destin frappe inexorablement et Simon, victime du hasard, connait un accident de la route qui le laisse en état de mort cérébrale.

    On pourrait craindre un livre larmoyant mais en réalité tout ce parcours de vie - et de mort- est "traité", dépeint, avec beaucoup de pudeur par une auteure qui a beaucoup de talents. On ne peut que s'attacher à Simon et à Marianne et Sean, ses parents, ce qui nous rend la mort du garçon d'autant plus injuste !

    L'auteure fait preuve d'un grand don d'observation de la psyché humaine. Le couple de parents traverse toutes les étapes du deuil : déni, détresse, colère, résignation, acceptation. Là encore décrit sans voyeurisme et avec une extrême justesse, empathie et sensibilité.

    Vient ensuite la question du don d'organe ! Ou comment une mort - inacceptable - peut malgré tout "bénéficier" à la vie ! Avec toutes les implications religieuses sous-jacentes !

    En France, toute personne est potentiellement donneuse d'organe après son décès constaté pour peu qu'elle n'ait pas exprimé de refus express de son vivant !

    Bien sûr pour Marianne et Sean, il faut accepter l’irréversible - et consentir à "laisser partir " leur fils. On a le personnel médical du roman : le Docteur Révol, Cordélia Owl, l'infirmière, Thomas Rémige, un "coordinateur" des greffes - Évidemment, ce roman n'est pas à lire si vous êtes perturbé par les hôpitaux et qu'ils vous font horreur car à côté de l'aspect psychologique, il y a tout un aspect protocolaire et procédural qui est décrit par le menu !

    Simon est mort mais son coeur pourrait permettre à Claire de mener une nouvelle vie !

    Comme la peine de mort ou l’euthanasie, le don d'organe est un sujet sensible de nos sociétés et Maylis de Kerangal permet de mieux connaitre cette problématique dans un roman qui ne se veut pourtant pas didactique !

    A lire absolument ! Cette œuvre a reçu le Grand Prix RTL Lire 2014 et le Roman des Etudiants France Culture - Télérama 2014 !

    Et Maylis de Kerangal confirme qu'elle est une auteure à suivre !

    A bientôt !


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  • 1979 est un roman à plusieurs voix de Jean-Philippe Blondel, un récit qui est assez complexe dans sa1979 - Jean-Philippe Blondel structure d'histoires enchevêtrées et qui demande au lecteur d'être particulièrement attentif pour en apprécier la saveur !

    Le roman s'ouvre par l'histoire d'une jeune femme à peine sortie de l'adolescence dont on comprends qu'elle vit une passion torride - mais très vite quelque chose cloche ! En fait, elle sera trompée, trahie et accoucheras sous X.

    Commencent alors les récits parallèles où on a, à chaque fois, un narrateur différent qui parle de son point de vue, en utilisant un "je".

    Un vieil homme vient de mourir et un matin, on a retrouvé un "1979" tagué en grosses lettres rouges sur son mur ! D'où provient cette marque ? qui en est l'auteur ? Quoi qu'il en soit elle va susciter des réactions chez tous les gens du voisinage - une dizaine de points de vues différents pour lesquels la date renvoie tous à quelque chose, un moment passé de leurs vies de quadragénaires où tous les chemins étaient encore possibles !

    On a ainsi Virginie Lenoir, une mère de famille qui estime qu'elle a raté son orientation scolaire et aurait voulu devenir pianiste de concert. elle s'entiche d'un homme, patron de bar qu'elle a aperçut et voudrait bien s'extraire du quotidien !

    Il y a Arnaud Becarre qui s'enfonce dans la dépression depuis que la femme de sa vie l'a quitté et s'est faite "engrosser" par un autre !

    Il y a la famille Vericourt, Roger et Yvonne,et leur fils. Lui, Roger est en conflit avec le fils. Yvonne sert de tampon.

    Il y a Fabien Moravia, obsédé par l'idée les gares ferroviaires et l'idée de départ qui va avec - et qui risque de connaitre le Grand Départ à cause d'un cancer du poumon foudroyant !

    Il y a Julien Soulliers, un jeune tagueur mais qui n'est pas l'auteur du "1979" et déplore qu'on lui ai fauché un si beau mur !

    Il y a Hervé Garrigue, le médecin et futur marié - qui se plait en compagnie d'une vieille dame comme amie mais et déçu le jour où elle lui dit "au-revoir" et part chez son fils à Bayeux. son métier lui pèse !

    Il y a Paul Enero, le patron de bistrot qui en voyant le fameux tag croit à une vengeance de la famille de ce jeune, Matthieu, dont il provoqua involontairement la mort en &979 dans un accident de voiture !

    Il y a Elizabeth Louviers. En 1979, elle laissait mourir son amant d'une surdose de drogue et de médicaments et, elle aussi, cela la hante !

    Enfin, il y a les filles de l'ancien propriétaire de la maison Annie et Geneviève Lambert. Annie, employée municipale, qui, à ce titre, javellisera l'inscription, femme à la personnalité rude et aux idées d'extrème-droite, jalouse de sa soeur Geneviève davantage aimée par leur père - sans se rendre compte que l'ainée la protégeait en fait des tendances incestueuse de l'individu !

    Je ne voudrais pas révéler la chute de ce roman mais le ferais quand-même ! Arrêtez votre lecture ici si vous ne connaissez pas encore ce livre !

    Disons que le vieillard propriétaire de la maison était l'individu visé par le tag. C'est lui qui a séduit la jeune femme du prologue et c'est son fils qui s'est vengé en portant l'inscription qui fut fatale au vieux satyre ! Il est mentionné quelque part dans les chapitres précédents et vous laisse découvrir où !

    Un roman donc un peu bâti comme un jeu de pistes, voire un récit policier - et qui mérite une deuxième lecture rétrospective ! QUE 163 pages donc mais des pages très denses !

    Un récit plein d'humanité !

    A bientôt !


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