• Nous allons maintenant parler d'une figure biblique, celle du prophète Moïse à travers le roman de Gilles Rozier, Moïse fiction, qui doit dater de 2002 et est son second roman il me semble.

    J'ai pu lire ce livre grâce aux bonnes intentions de mon voisin de l'immeuble d'en face, François O., grand lecteur mais qui jette systématiquement ses livres une fois lus ou me les donnait pendant  un temps ! J'ai lu aussi cet ouvrage en gros caractères dans la collection "A vue d'oeil" pour mal-voyants même si je n'ai pas encore de problèmes de ce côté là - mais peut-être sur mes vieux jours... A force de trop de lectures !

    Moïse arrive au dernier jour de sa vie, à 120 ans et il décide de faire le récit de son existence. Il repasse en revue ses 40 années à la cour de Pharaon, ses 40 années dans le désert et enfin, ses 40 années à guider les Hébreux vers le Pays de Canaan.

    Le mérite de Moïse fiction est d'apporter un nouvel éclairage, du point de vue romanesque plus qu'"historique" que la vie de Moïse. On notera que le mot "Dieu" n'est jamais mentionné dans ce livre ! Néanmoins, les dix Plaies d'Egypte et la conception de la Torah sur le Mont Moïse dans le Sinaï figurent bien dans le récit.

    Parmi les moments narrés, on a l'épisode fondateur où Moïse est jeté dans un panier dans le fleuve Nil, récupéré par la fille de Pharaon. On a aussi l'inceste de Pharaon vis-à-vis de cette fille, autant d'actes tabous et cachés. Moïse finira par découvrir qu'il n'est pas Egyptien auprès du paysan Jethro et sa fille. Avant cela, il aura pris la fuite après avoir tué un contremaitre et dès lors libérer les Hébreux, esclaves de Pharaon deviendra sa mission voire son obsession.

    La narration ne se fait pas dans un ordre chronologique. Parfois Moïse revient sur sa fratrie, parfois sur les dix Plaies d'Egypte puis revient sur l'épisode initial du fleuve.

    Certains aspects sont déroutants comme le grand âge de certains protagonistes (la mère de Moïse est encore en vie alors que lui -même a 120 ans !) mais c'est habituel dans le Récit Biblique. Pareil, ai eu du mal à croire à cette histoire d'enfants hébreux emmurés vivants et servant comme du mortier !

    Une bonne surprise que ce roman, même si ce n'est pas non plus un chef-d'oeuvre de littérature ! Comme je déménage prochainement, je donne ce livre à un autre voisin et en garde juste la trace de ce billet !

    A bientôt !


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  • Comment classer le nouveau roman de Marc Dugain ? J'opterais volontiers pour les termes de "fable d'anticipation" ! Dugain montre qu'il n'y a pas que du passé - et des romans historiques - que l'on peut tirers des leçons. Avec Transparence,  il nous projette dans les environs des années 2060 et surfe sur des thématiques actuelles - réchauffement climatique, transhumanisme et réseaux sociaux pour prolonger la ligne de fuite dans le futur et nous ouvrir les yeux.

    Dans  Transparence, on suit la présidente française de la société Endless qui devient un acteur de poids. En effet, la politique de cette société est de collecter des milliards d'informations via internet et les puces sur chaque individu, de (re)tracer sa vie en totale "tranparence". Ceci va permettre de reconstituer les schémas neuronaux de la personne, bref d'abolir la mort ! A partir de là, Endless change la donne et le monde et absorbe même Google !

    Des changements sociétaux s'ensuivent donc ! La narratrice est  consciente que l'humanité se dirige vers son apocalypse avec le réchauffement climatique et et la course au profit. L'accès à l'immortalité  mets fin à la quête de l'argent, à l'industrie du luxe, à l'individualisme, aux armées et aux dictatures. Une nouvelle Bible est écrite qui inclut et pose les critères attendus pour être ressuscité sous forme d'humain synthétique conservant l'âme originale.

    C'est aussi le moyen pour Marc Dugain de critiquer le système actuel. Notre égoïsme et notre inconséquence en prennent pour leur grade ! On pourra ici regretter le côté un peu démonstratif de l'ouvrage qui décline sa thèse sans retenue. Trump et sa politique sont dénoncés, le Pape est écorné aussi ! Dugain revient sur la politique, l'économie, l'écologie, la religion en bon prospectiviste !

    Mais je dois vous avouer que j'ai été très surpris par la fin du roman qui se conclut par trois retournement de situation. Disons que devant une catastrophe imminente, l'Ancien Monde va tromper notre Cassandre et l'écarter du jeu. Il s'avérera que tout son projet n'était qu'une vaste escroquerie mais à but louable ! Le transhumanisme ne nous sauvera donc pas de la catastrophe du climat !?

    Dernier twist, le récit précédent, l'ensemble du roman nous est présenté comme la production littéraire contemporaine d'une certaine Cassandre, employée de Google qui a disparu sans laisser de traces un beau matin !

    Voilà, j'aime assez ce Transparence ! C'est surprenant, ça fait réfléchir et ce n'est pas dénué d'une certaine ironie. J'observe aussi que la littérature (romans et essais) s'emparent de plus en plus des thèmes du réchauffement climatique et du transhumanisme car c'est dans l'air du temps et notre futur ! Rappelons aussi que la bonne littérature se doit peut-être d'interroger ?

    A bientôt !


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  • A la librairie où j'effectue actuellement un stage de trois semaines, dans le cadre de mes études, j'ai décidé de renouer à temps plein avec la littérature ! Car en effet, depuis 2015 et mes études de Philosophie, je lis surtout des essais et délaisse pas mal les romans ! Ne suis donc plus à jour sur mes auteurs préférés : Sylvain Tesson, Maylis de Kerangal et autres Marc Dugain ! Mais ce samedi, avec l'argent de mon anniversaire, ai fait le plein de fictions !

    Parmi ces livres, il y a Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel dont j'avais apprécié autant le Jan Karski que Les Renards pâles ! Cette fois-ci l'auteur nous emmène dans le quotidien de Jean, un écrivain désoeuvré qui passe son temps entre le frigo et le lecteur DVD à mater des films, principalement Apocalypse Now ! Je vous renvoie à ma critique de ce formidable film de Francis Ford Coppola !

    Notre écrivain est légèrement obsessionnel, et quand il ne descends pas des litres de vodka, il déploie tous ses efforts pour essayer de rencontrer Michael Cimino, le réalisateur de La Porte du Paradis et Voyage au bout de l'enfer, artiste maudit et reclus depuis lors  ! Jean pense en effet que Cimino est le seul qui puisse adapter son scénario de The Great Melville  sur l'auteur de Moby Dick ! Contre toute attente, il va le rencontrer et le cinéaste se montrera interessé !

    Ce livre, à travers son narrateur désabusé, nous apporte une réflexion sur un monde absurde que le "feu a quitté" ! Jean vit seul dans son appartement dont il est sur le point d'être expulsé et n'en sort que pour promener Sabbat, le dalmatien de son voisin Tot ou pour aller manger au Mac Do Porte de Bagnolet ! Bref, sa vie est bien triste à l'image du monde qui l'entoure ! Un roman bien dans l'air du temps ! Un peu déprimant !

    En fait, Yannick Haenel apporte un humour subtil à cet autoportrait et on sourira des mésaventures de son protagoniste, sorte de pied-nickelés qui se mets lui même dans l'embarras par négligence ! Négligence à l'image de celles des décideurs de notre société sans doute ! Bref, si ce récit a parfois des allures de farce, il est en réalité très profond !

    Et au fond, Jean nourrit un bel appétit de vivre et recherche son épiphanie/ son Graal qui pour lui s'incarne dans le daim ou le cerf que le chasseur épargne dans Voyage au bout de la nuit !

    En quelques mots, j'ai beaucoup aimé ce roman et d'ailleurs Yannick Haenel ne m'a jamais déçu jusqu'à présent ! Tiens ferme ta couronne  a d'ailleurs obtenu le Prix Médicis 2017 !

    A bientôt !


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  • Si il y a bien une chose que je partage avec Michel Le Bris, c'est bien la passion des livres, de la lecture et de la littérature ! Dans Pour l'amour des livres, ouvrage à mis chemin entre le roman biographique et l'essai au titre qui m'a aussitôt poussé à l'acheter, celui qui est né dans une famille pauvre du Nord-Finistère, raconte son parcours par rapport à l'objet livre, en tant que lecteur, écrivain, chroniqueur et éditeur !

    Michel Le Bris rends un hommage aux livres, et aussi à ceux qui l'ont poussé vers la lecture, sa mère qui lui a offert son premier livre, pour son entrée en Sixième qui fut le grand œuvre de Rosny Ainé, La Guerre du feu (dont le tout un chacun a surtout retenu le film de Jean-Jacques Annaud ! Ce sont aussi les instituteurs qui sont évoqués et les diverses lectures au fil des années, avec un goût particulier pour la paralittérature, science-fiction fantasy ou polar, genre qui venait briser les cadres dans l'ambiance post-mai 68 !

    Notre écrivain plaide pour le goût de l'imaginaire, allant même jusqu'à évoquer les "Livres dont vous êtes le héros". Il consacre des pages émouvantes aux poètes bretons, lui l'architecte du festival "Étonnants voyageurs" ! Il est aussi fait mention de son travail de collecte des textes rares et autres correspondances de l'écrivain Robert-Louis Stevenson dont L'Île au trésor célèbre l'aventure !

    On ne pourrait pas non plus passer à côté de l'évocation des bibliothèques à commencer par celle de Borges, la "Bibliothèque de Babel". Et aussi la BnF où Le Bris croisa Michel Foucault lancé dans ses recherches très poussées et exhaustives !

    C'est écrit dans un style alerte et très agréable avec des touches d'humour et d'émotion ! Je n'ai  pas tout mentionner comme ce passage sur le romantisme ! En tout cas, pour Michel Le Bris, il faut aimer la littérature parce qu'elle touche au réel - pas dans le sens de l'"enquête journalistique" cependant, plutôt dans celui d'une expérience authentique et il faut arrêter de la disséquer dans des analyses telles qu'on en pratique à l'Université - et à contre courant du Structuralisme, contre l'a montré là encore Mai 68, permettre le retour de l'Histoire, du sens et de l'auteur contre le Culte du Signe !

    Michel Le Bris est aussi l'auteur des romans L'homme aux semelles de vent (son premier roman) et aussi de l'énorme (en nombre de pages) Kong (son dernier roman avant le présent livre présenté dans cet article !).

    A bientôt !


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  • On revient sur la très louable initiative qu'est "Faciles à lire" avec le second petit roman que mes collègues de boulot ont lu lors des Ateliers Lectures et que j'ai moi acquis et dévoré via Google Play ! "Faciles à lire" rappelons le doit permettre à des publics qui ne sont pas familiarisés avec la lecture de découvrir des livres aisés d'accès mais sans sacrifier à la qualité, voire des publics analphabètes ou illettrés ! Ou encore de jeunes adolescents !

    Ce deuxième texte, c'est Les mains dans la terre de Cathy Ytak dans la collection "Rester vivant" qui regroupe des livres aux préoccupations altermondialistes et écologiques, sensibilise les jeunes à la pensée autonome en dehors du système néolibéral ! J'ai beaucoup plus apprécié ce second récit que Le cheval qui galopait sous la terre car même si cet autre texte avait ses qualités, il était un peu trop prévisible ! On pourra cependant reprocher au texte de Cathy Ytak son côté démonstratif un peu bobo et édifiant !

    Le récit nous est raconté par Mathias, un jeune homme dont les parents, d'un milieu aisé et possédant une entreprise florissante, décide de partir au Brésil avec leur fils, au passage homosexuel. Mais ils se retrouvent dans un luxueux hôtel, le Nôvostal, dans l'opulence tandis que la ville d'à-côté n'a même pas de trottoir, ni l'électricité ! Notre narrateur comprends alors vite que ce "piège à touriste" est une imposture et décide de quitter ce petit confort, guidé par un serveur de l'hôtel et de découvrir la vraie façon - pauvre ! - de vivre des locaux ! Ceci va provoquer une prise de conscience chez lui qui va se révolter contre nos sociétés occidentales superficielles qui ne pensent qu'au profil et à l'ostentation !

    Du Brésil, Mathias rapportera une petite figurine de terre cuite - dotée d'une âme - un Caruara - crée par un vieux potier local. En France, le jeune homme doute et à l'occasion du mariage d'une cousine dans le Midi, lui et ses parents entrent dans la boutique d'un autre potier nommé Frédéric.

    Mathias est tout de suite séduit par le mode de vie simple et l'authenticité de Frédéric et se mets en voie d'étudier la poterie mais il n'est pas doué au début ! Mais Frédéric l'encourage et lui donne des leçons de vie !

    Je me rappelle, moi-même, lorsque j'étais en classe de CM1, nous avions visité l'atelier d'un potier lors d'une Classe de Nature en Corrèze ! La poterie, c'est le corps qui s'exprime à travers les mains et les pieds, depuis l'esprit en passant par le cœur ! C'est un contact avec la terre - d'où le titre du récit ici !

    Finalement, Mathias renoncera aux grands projets qu'avait sa famille pour lui pour retourner vers un mode de vie vrai et espérer être enfin heureux ! Voici la morale de cette histoire ! Il n'est pas rare, en effet de nos jours, que des cadres, des managers ou des traders laissent tout tomber du jour au lendemain pour devenir boulanger, berger ou autre métiers plus en rapport avec l'humain qu'avec l'argent et tout le stress et le mal-être que cela génère ! Mon refuge à moi, c'est la lecture et plus largement la culture !

    Je voulais enfin précisé - et ai failli oublier ! - que tous les textes - une dizaine - dans le cadre de "Faciles à lire" de Cane-la-Mer feront l'objet d'un vote des lecteurs pour élire l'auteur(e) préféré(e) de ces petites séances de découverte lecture ! C'est très louable !

    A bientôt !


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  • Comme promis, je vais maintenant vous parler de l'initiative "Facile à lire" ! Comme vous vous en êtes probablement déjà rendu compte, je suis un "gros lecteur" (jusqu'à 60 romans pas an certaines années, moins maintenant avec les études et le taff !). La lecture enrichit l'individu et ce n'est pas Alberto Manguel qui me contredira ! Mais ce n'est pas le lot de tout le monde ! Lis-t'on de moins en moins ? Je n'en suis pas sur car les eBooks et autres ePub renouvellent les pratiques et de plus, on écrit beaucoup désormais grâce au Web 2.0, ses blogs et ses réseaux sociaux (même si le style SMS est à bannir !).

    Cependant, beaucoup de gens ne lisent pas et parmi ceux qui lisent, il y en a qui lisent de la grosse merde (les Lévy, les Musso, les Bussi, les Legardinier !) - vous me direz, c'est mieux que rien et vous aurez raison ! Il convient aussi d'amener les jeunes à la lecture, quitte à délaisser un peu leur PS4 ou leur XboX !

    C'est pour cela que les bibliothèques municipales - et notamment par chez moi, celle du réseau Caen-la-Mer organisées autour de la Bibliothèque Alexis de Tocqueville, ont sélectionné huit textes - très courts (entre une quarantaine et une centaine de pages en moyenne, écrits très gros !), aux thématiques abordables mais néanmoins dotés d'une certaine valeur littéraire ! On a ainsi New York Melody, Monsieur André, Les  mains dans la terre ou encore Leur séparation - voire même une adaptation de Roméo et Juliette en format court !

    Je vais vous parler présentement du texte d'un certain Dedieu intitulé Le cheval qui galopait sous la terre, titre assez intriguant ! Comme on est un peu au format nouvelle ici - le texte est l'un des plus courts car il ne fait que 40 pages, la gageure était de raconter une histoire - avec un début, un milieu et une conclusion en si peu de pages ! Le défi est réussi même si la fin est assez convenue et prévisible !

    Ce récit nous ramène dans l'univers de la mine, déjà largement dépeint dans Germinal de Zola qui reste la référence en la matière et qui a ancré en nous certains clichés que l'on s’attend à retrouver ici dans ce texte sur l'amitié entre un cheval et un enfant !

    Et on a bien les attendus ! Les enfants qui travaillent dans les puits de forage car ils peuvent se faufiler partout, les cols blancs, le noir/l'obscurité et les  wagonnets, les vêtements civils suspendus à des crochets au plafond, l'ascenseur....

    C'est donc l'histoire entre Petit-Jean, un gamin de 13 ans et le cheval Grand-Gris qu'on a privé de son herbe verte pour l'emmener dans la mine à tirer des chariots en le rebaptisant au passage Gaillard ! Par amour pour l'animal, le gosse le rejoints dans la mine (mais dans une communauté de mineurs aa-t'il le choix ?). Les deux, dans les profondeurs, essaient de s'aménager de petits moments de liberté !

    On a évidemment droit à la métaphore de l'enterrement ! Nos deux protagonistes sont enterrés vivants, surtout le cheval qui n'a pas choisi ! Mais Petit-Jean ruse et parvient à ramener la bête quelques temps dans son champ par un stratagème que je vous laisse découvrir !

    Et donc la fin est prévisible puisque le gamin monte sur l'animal qui part en galopant dans le lointain - et l'auteur de conclure : 'Ils courent toujours". Finalement, on a là un récit qui tisse sur la dichotomie entre la mine et la mort et la nature et la vie. C'est un récit sur la liberté dont on a bien besoin par les temps qui courent, la rébellion de Petit-Jean en quelque sorte !

    C'est assez plaisant mais pas transcendant ! Ca demeure un bon texte, efficace et concis, sur un format aussi court - et une bonne première expérience de lecture !

    Ce texte a été lu par des ami(e)s à moi dans le cadre d'un Atelier Lecture dans le contexte de mon boulot de manutentionnaire - séances auxquelles je ne peux plus assister pour le moment car ai des cours les vendredis matin quand ca a lieu ! Mais bon, ai eu accès au texte que mon voisin Yves m'a aimablement fourni en photocopies ! Ca s'est lu en une seule séance !

    Il me semble que le prochain texte qu'ils aborderont dans quinze jours, toujours avec "Facile à liré" sera Les mains dans la terre - sur la pratique de la poterie (ca risque d'être sensuel !).

    A bientôt !


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  • J'ai déjà eu l'occasion sur mes blogs, par le passé de chroniquer plusieurs des romans d'Eliette Abécassis, que ceClandestin - Eliette Abécassis soient ceux qui exposent ses origines sépharades ou un roman plus commercial comme Le Palimpseste d'Archimède. Ca se lit facilement, c'est élégamment écrit mais je trouve qu'il y manque le souffle d'un grand auteur !

    Clandestin est un autre de ses romans - assez court ! Il a été publié en 2003 - donc ca date un peu ! Et pour ma part, l'ai lu vers la fin des années 2000 - entre 2007 et 2009, je ne sais plus très bien !?

    C'est l'histoire d'une jeune femme - alter-égo de l'auteure ? - dont la route croise un jour celle d'un clandestin, lors d'un voyage en train ! On nous dresse alors le portrait de l'un de ces êtres déracinés - pour des raisons politiques ou/et économiques, toujours en errance et jamais en sécurité !

    Mais, on a en réalité trois voix dans ce roman : le migrant, la jeune femme et la narratrice qui est distincte de la femme ! Cette femme n'est donc pas vraiment  l'incarnation de l'auteure et l'on retrouverait plus cette dernière dans la voix de la narratrice

    La narratrice ne peut alors s'empêcher de ressentir de l'empathie pour ce jeune homme et nous donne en cela une leçon d'humanité ! Ce "problème" est d'autant plus prégnant en 2019 alors que l'on assiste à de nouvelles vagues de migrations sans précédents en Europe depuis 2 ou 3 ans - voire un peu plus et que la xénophobie ne semble pas diminuer ! Les réponses à ces défis et difficultés sont bien évidemment politiques et on ne peut que constater la grande lâcheté de nos dirigeants à l'heure actuelle !

    Mais la part de la géopolitique est très peu présente voire totalement absente dans le récit d'Eliette Abécassis ! C'est surtout le rapport entre deux êtres de passages qui se croisent brièvement ici ! Cela pourrait-il évoluer vers une romance (on a un homme et une femme dans l'équation !) ? Ce n'est pas vraiment le sujet !

    La narratrice explore la psyché et les motivations des deux protagonistes ! La femme semble moins crédible car elle est en réalité un rouage de l'administration qui "donne la chasse" aux clandestins, ceux-ci, sans papier, devant fuir constamment la police !

    Un roman édifiant, à la fois un peu psychologique et politique et qui n'évite pas les clichés ! Le "gentil migrant" et l'odieuse administration qui broie les individus...

    Ce roman ne m'a pas laissé un souvenir impérissable notamment par son parti-pris ! On peut, comme l'auteure, comme la narratrice montrer de la compassion envers les migrants, vouloir les aider, il n'empêche que ce n'est pas la solution ! Il vaudrait mieux se demander pourquoi ces pauvres gens s'exilent volontairement de leurs pays et faire en sorte d'améliorer la situation chez eux ! Ne plus piller les ressources de ces pays, voire arrêter de carrément les bombarder ou encore ne plus entretenir des républiques bananières avec des petits dictateurs ! Plutôt que de les faire bosser en Europe pour enrichir là- encore de gros capitalistes !

    A bientôt !


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  • Gilles Letournel est un auteur de mon ancienne commune, Ouistreham, récompensé pour un roman sur Guillaume de Normandie et dont j'ai déjà donné ici une revue de son roman La Boissière ! Il est en fait l'auteur d'une demi-douzaine de livres.

    Je connais la famille de cet homme depuis un certain temps - sans être un ami intime ! - car je côtoyais son fils, Thomas, lorsque nous étions tous les deux collégiens à Ouistreham ! J'avais remarqué à l'époque que la famille Letournel avait une passion pour la plaisance et le nautisme !

    Un ermite aux Ecréhou est un court roman ancré dans l'histoire contemporaine locale. Les protagonistes y font de la plaisance ! Tout se déroule pour le mieux ! Jusqu'au jour où le chien de la famille passe par-dessus bord et disparaît !

    Le roman décrit de manière très précise le monde de la voile et de la navigation . Gilles Letournel se repose sur son expérience de cette activité !

    Les personnages vont se lancer dans la recherche de leur animal familier, ce qui va les conduire à rencontrer un ermite qui vit sur l'Île des Ecrehou,  Les Ecréhou sont en effet un tout petit îlot au nord-est de Jersey, l'Ïle anglo-normande. Ouistreham étant en Normandie, l'"action" se déroule en effet dans la Manche.

    L'ermite des Ecréhou existe réellement ! Il se nomme Alphonse de Gastelois, un habitant de Jersey accusé d'avoir commis six crimes sur des enfants et exilé sur les Ecréhou ! Il est décédé le 3 juin 2012, à 97 ans, dans l'incendie de son petit cabanon sur ce lieu. Un personnage atypique et un peu original !

    Voilà un roman sympathique, qui se lit très bien, mais un peu court certes ! Gilles Letournel faisait ses premières armes !

    A bientôt !


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  • Je vais faire un peu d'autopromotion ! Un an après la parution - chez Edilivre ! - de Territoires de l'imaginaire - Volume 1, sort en cette rentrée littéraire, le Volume 2 de mes productions fictionnelles !

    Sur le premier Tome, j'avais, sur 6 mois, et sans la moindre publicité, enregistré une trentaine de ventes !  C'est très peu mais au niveau des droits d'auteurs, ce représente une quarantaine d'euros - certains universitaires touchent à peine quelques centaines d'euros sur des ouvrages collectifs ! Je garde espoir d'avoir un jour une opportunité de faire un peu plus de pub !

    Je reprendrais ici, pour commencer, le quatrième de couverture, que j'ai rédigé moi-même !

    En route pour un nouveau voyage dans les territoires de l'imagination !

    L'auteur vous livre ici un nouveau panel de récits écrits au tournant des années 2010 ! Ces histoires allient le mystère et le fantastique et le fantastique et vous entraîneront sur les chemins de l'aventure !

    Découvrez quel pacte occulte fut lié au destin d'un célèbre navire, exhumez avec nous quelque légende indienne, ou explorez les catacombes hantés par une funeste princesse !

    A moins que vous ne préfériez vous plonger dans l'Histoire, celle de la Grande Guerre, ou la période de la Belle Époque ! Ou plus près de nous, les secrets de fabrication de l'usine à rêves, Hollywood !

    C'est à nouveau plus d'une dizaine de textes - 180 pages de nouvelles (un peu plus que le Volume 1) - que recèlent les pages de ce second recueil qui une fois de plus mettra à l'épreuve le pouvoir de votre imagination.

    Sylvain Richard vous offre ici une nouvelle série de récits abreuvés de diverses influences, dérivants de ses nombreuses lectures ! L'auteur raffole des mondes imaginaires, que ce soit en romans, au cinéma, dans les séries télé ou les jeux de rôles ! Réussirez-vous à découvrir où il a puisé son inspiration ?

    Créateur d'univers de fiction, celui qui vous livre ce second Territoires de l'imaginaire, ne rechigne pas, comme pour le premier recueil,  à glisser quelques morales ou enseignements dans ses histoires, étant par ailleurs diplômé en sciences, lettres, Histoire et philosophie - ce qui lui permets de brasser de larges domaines !

    Érudits mais jamais ennuyeux, ces nouveaux récits vous enchanteront !

    Voilà ! Je ne vous en dit pas plus sur les histoires de ce recueil  pour vous donner envie de le découvrir par vous même ! Il est aussi temps que je me remettes à l'écriture de nouvelles en plus de ce blog ! Mais là, j'ai encore et déjà assez de récits pour fournir un Volume 3  et peut-être un Volume 4 - sans baisse de qualité ! J'étais déjà un graphomane très actif il y a dix ans !

    Merci à mes lectrices et lecteurs proches que je ne peux tous citer : Anthony, Fanny, Eric, Cyrille, Christine, Guy, Chantal, Claudine, Mathilde, Guillaume ou Nicolas !

    Je sais que ce Tome 2 était très attendu par certains et certaines et j'espère que vous me renouvellerez votre confiance !

    Le lien pour le commander :

    https://www.edilivre.com/librairie/territoires-de-l-imaginaire-volume-ii-sylvain-richard.html/

    A bientôt !


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  • Vernon Subutex - Tome 3 - Virginie DespentesDurant cet été 2018, je m'étais - outre lire Platon, Aristote et Balzac - fixer l'objectif de terminer la Trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes ! Engagement tenu et tome 3 lu en moins de 24 heures tellement c'est prenant !

    On retrouve l'écriture acide de Virginie Despentes - et sa galerie de personnages si originaux autour du principal protagoniste, Vernon Subutex, un DJ un peu clodo mais génial qui a dépassé la quarantaine ! Ils sont tous là : Xavier, Céleste, Aicha, Kiko, Olga, Lydia Bazooka, Sylvie, Daniel, Pamela et d'autres !

    Au début du tome 3 - dont l'intrigue se déroule en 2016 et est fortement ancrée dans la réalité et l'actualité, toute cette bande d'"altermondialistes" en goguette, organise ce qu'ils appellent des convergences, des sortes de rave-party à pas plus de cent personnes où l'on "plane" sans drogue grâce à la musique sélectionnée par le héros principal !

    Cette musique crée des sortes de "liens" entre les individus, parvient à les hypnotiser et ceci sans les effets de descente des drogues !

    Mais les choses ne vont pas durer car Charles, le vieil homme ami du groupe, pacsé à La Véro et qui a secrètement gagné un million au Loto, meurt d'un AVC et donne la moitié de sa fortune à sa bande d'amis ! Dès lors, l'argent pourrissant tout, le doute s'installe et Vernon prends le large !

    Les intrigues des deux tomes précédents ne sont pas laissées en suspend, notamment celle concernant Céleste et Aîcha qui ont tatoué "Violeur" dans le dos du producteur de films Dopalet ! Celui-ci va chercher à se venger et grâce à Max l'ancien manager d'Alex Bleach il va mettre le grappin sur une des deux petites et lui faire passer un sale moment à base de tortures et de viols ! Ses amis parviendront-ils à la secourir avant qu'on ne la fasse passer pour une junkie qui a fait une overdose létale ? Un moment très pénible du roman car la fille en question est un personnage qui m'était énormément sympathique !

    Un roman ancré dans l'actualité ! En effet, il est longuement fait mention des Attentats du Bataclan du 13 novembre 2015, de la mort  de David Bowie et de Prince, de "Nuit Debout",... Ca donne une "touche de vérité" à ce livre ! Et c'est une technique littéraire très utilisée dans les romans d'aujourd'hui !

    J'ai beaucoup ri avec les mentions à la série The Walking Dead où Virginie Despentes explique, à travers le personnage de Dopalet, pourquoi c'est une série qui marche "car il faut tuer avant d'être tué", toujours être en action, prêt à écraser les autres !

    Il y a du revendicatif dans ce texte ! Sur les migrants, sur les ouvriers exploités, sur les arabes et juifs victimes de racisme - toujours à travers le regard des personnages ! Critique sociale acerbe de la punk de la littérature !

    Mais la fin est assez brutale ! Tout cela se termine mal, dans une "ambiance Bataclan" ! Ca fait un peu de la peine de voir disparaître ainsi des personnages auxquels on s'était attachés - et si on ressent cela pour des "créatures de papier", on n'ose imaginer ce que ressentent les survivants et les proches d'attaques terroristes !

    L'épilogue de la Trilogie est assez surprenant aussi ! On se propulse en 2080, en 2100 puis à la fin du IIIème Millénaire où Vernon Subutex est devenu une sorte de prophète ! Ca vire carrément, à ce stade, à la SF avec des "voyages temporels" et l"ouverture de portails" ! Ce qui explique les "liens" visibles dans les convergences ! Ce sont des esprits venus du Futur !

    Voilà qui clôt cette Trilogie ! Essayerais d'autres romans de Despentes ? Peut-être ? A voir ! Je ne sais pas ?

    A bientôt !


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  • Peut-il y avoir encore une littérature - et plus largement une humanité ? - après la Shoah ? Le génocide des Juifs a définitivement souillé le XXème siècle. Olivier Guez s'intéresse, avec La Disparition de Josef Mengele au sort des tortionnaires des camps d'extermination - dont pas mal ont en réalité échappé à la justice des hommes. On est dans la même veine que le récent Prix Goncourt d'Eric Vuillard pour son roman L'ordre du jour. Le roman d'Olivier Guez a lui obtenu le Prix Renaudot.

    Après leur défaite en 1945, beaucoup d'anciens nazis se sont réfugiés et terrés - "comme des rats" ou au contraire menant la grande vie ! - en Amérique du Sud avec la complicité des régimes de ces pays comme le régime de Peron. Josef Mengele, le médecin sadique d'Auschwitz trouve lui d'abord refuge en Argentine, puis au Paraguay et enfin au Brésil. Il ne sera jamais rattrapé de son vivant et meurt de sa belle mort sur une plage en 1979.

    Ce roman édifiant nous permets d'illustrer ce qu'est la notion de "point de vue" en littérature. On a ainsi le point de vue du docteur maléfique - qui s'autojustifie - et celui de ses victimes. Si on prends Mengele à la lettre, il est un médecin compétent et de haut niveau - ce qui est possible ! - et qui œuvre à un "grand projet scientifique". En réalité, cet homme est un bourreau sadique, endoctriné, niant la déontologie la plus élémentaire, envoyant des bébés à la chambre à gaz.

    Même confronté à son fils naturel Rolf, à la fin de sa vie, le docteur refusera de reconnaître la vraie nature de ses crimes, travaillant à "la pureté de la race nordique", verrouillé dans ses convictions et totalement dénoué d'empathie ! Bref la figure du Mal !

    Il y a un aspect dérangeant dans ce roman - déconseillé aux âmes sensibles ! - c'est que devant la décrépitude de Mengele, devenu un vieillard, cherchant l'amour et l'affection de sa femme de ménage, le lecteur compatissant pourrait être pris de pitié pour ce sale bonhomme. Mais la fin est sans ambiguïté : Mengele est un salaud !

    On croise évidemment d'autres nazis exilés dans ce roman assez intéressant. Il y a bien sur Eichmann et son procès retentissant, ou encore Klaus Barbie, le "Boucher de Lyon".

    Parmi les complicités dont a bénéficié Mengele pour se planquer, il y a celles de sa famille restée en Allemagne, détentrice d'une firme de machines agricoles dans la ville de Günzburg. Le secret fut bien gardé car apprendre que le clan protégeait le criminel de guerre aurait coûté plus de 2000 emplois à la commune ! La firme mets définitivement la clé sous la porte en 2011. Il y a aussi les complices "sur le terrain" : Gerhard, Sedlemeir, la famille Stammer qui l'hébergea dans leur ferme pendant plus d'une décennie, Bossert...

    Josef Mengele multiplia les identités : Gregor, Peter Hochbichler, Gerhard ou don Pedro... Le Mossad se lança bien évidemment sur sa trace mais il leur échappa et bientôt les services secrets israéliennes durent se consacrer aux antagonistes arabes.

    On est là devant un bon roman, un récit qui questionne. Notamment, pourquoi les anciens nazis occupèrent-ils des postes dans l'administration de la République fédérale allemande (RFA) ? - ce n'est que dans les années 1980, une fois ceux-ci partis à la retraite que la nouvelle génération d'Allemands fit son devoir de mémoire. On songe à des séries comme Holocauste et Shoah d'ailleurs mentionnées dans le roman.

    S'agit-il ici d'un récit très documenté ou d'une biographie romancée ? Quoi qu'il en soit, c'est une plongée dans  une idéologie néfaste et mensongère. Mengele refuse de voir la vérité de ses actes et pourtant ne les assume pas car il fuit la justice, vit dans la crainte permanente. Paradoxe ultime !

    Voilà une lecture que je ne saurais que vous conseiller ! A moins que vous n'en ayez assez d'entendre parler de génocides ? Il me parait nécessaire de s'informer pour que cela ne recommence jamais !

    A bientôt !


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  • Mémoire de fille  - Annie ErnauxL'œuvre d'Annie Ernaux tourne essentiellement autour de l'évocation du passé. Celle dont on a souvent qualifié le style de "neutre" revient une nouvelle fois sur sa jeunesse dans Mémoire de fille. Cette fois-ci, elle couvre les années 1958 à 1960 et jusqu'à une évocation de 1963, elle avait alors entre 18 et 23 ans !

    L'écrivaine nous détaille aussi le processus d'écriture et se demande si l'on peut faire confiance à sa mémoire, constate le hiatus entre l’événement dépourvu de sens lorsqu'il souvient et le regard que l'on porte sur lui quarante ans plus tard ! Car il ne s'agit pas ici de fiction mais bien d'autobiographie à peine romancée !

    Annie Ernaux se rappelle le temps où elle s'appelait encore Duchêne, et quittait pour la première fois sa famille, des petits-commerçants modestes à Yvetot, pour se retrouver, à l'été 1958, dans la colonie de S., comme "monitrice volante".

    Un événement d'importance va s'y jouer puisque la jeune fille, jusqu'alors innocente, va y perdre sa virginité, auprès de H., le moniteur-chef et se comportant elle-même d'une manière inattendue, comme un "objet sexuel", soumise, couchant avec un autre garçon dès le lendemain, attirant les railleries, se montrant maladroite et espérant surtout vivre une histoire d'amour avec H. Qui n'aura pas d'égards pour elle !

    L'écrivaine d'aujourd'hui s'interroge donc sur ce que pouvait ressentir la jeune adulte à cette époque là !?

    Par la suite, sont évoquées la fin des années lycée, l'entrée à l'école normale d'instituteurs, les amitiés féminines, un séjour comme fille au pair en Angleterre et l'entrée à la fac de Lettres ! Des moments traversés par des expériences "traumatiques" comme des crises de boulimie/anorexie et la perte des règles ! Et au Royaume-Uni, avec sa camarade R., elle se livre à la fauche dans des petits commerces !

    Avec en toile de fond, des événements de ces années-là, la Guerre d'Algérie, la mort de Camus, des livres, des films et des chansons pour mieux ancrer le récit dans son époque !  

    Un roman très court, à peine 160 pages ! J'aime bien l'écriture et ce que raconte Annie Ernaux et Mémoire de fille nous apporte quelques pièces de plus de sa vie façon puzzle ! Après tout, on n'écrit jamais que sur soi-même ! Toutefois, je trouve que de nos jours, il y a une certaine complaisance et une facilité à se réfugier dans l'autobiographie ! Où sont donc passés ces écrivains qui inventaient des mondes ?

    A bientôt !


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  • Souvenirs dormants est un roman court - à peine une centaine de pages - de Patrick Modiano, en fait une Souvenirs dormants - Patrick Modianoautobiographie d'un personnage fictif, Jean D. qui nous ramène à Montmartre, dans les années 60, du temps de sa jeunesse !

    Un roman qui m'a été offert par mon camarade Yves L., artiste peintre et que j'ai lu en une soirée - qui m'a moyennement convaincu ! Certes le style est agréable, coulant tout en étant élaboré mais comme toujours les romans si peu épais me laissent toujours sceptique !

    Notre narrateur Jean D. essaie dans ce livre de rassembler ses souvenirs autour de lieux, des immeubles, des cafés, des restaurants et surtout de quelques figures féminines. On peut se demander dans quelle mesure Modiano s'est inspiré de sa propre vie à lui à supposer qu'il l'ait fait !? Le genre romanesque est une entreprise de mensonge par définition, je ne sais plus qui a dit cela !,

    Modiano, notre Prix Nobel de Littérature 2014, pratique avec talent la technique de l'ellipse. Son personnage Jean D. a l'habitude de toujours se déplacer avec des petits carnets sur lui pour noter en permanence tout ce qu'il observe (c'est une technique que je connais bien la pratiquant moi-même pour mon journal intime qui compte 12 volumes à ce jour !).

    Jean D. avoue lui-même pratiquer un "art de la fuite". Les femmes décrites dans le roman passe dans sa vie - de manière platonique ! - disparaissent puis réapparaissent au gré des circonstances et du hasard - mais c'est le lot de nos existences à tous et cela est très bien retranscrit dans ce livre ! La mémoire du narrateur lui fait souvent défaut et les carnets sont là pour suppléer ! C'est à une véritable exploration/redécouverte du passé qu'il se livre dans nos années 2010 ! Le narrateur est par ailleurs aussi écrivain et, dans sa jeunesse, porte un attrait véritable aux livres de sciences occultes !

    L'existence n'est-elle pas un mystère qu'il faut déchiffrer au même titre que les êtres ! Autrui ?

    Comme souvent dans ses romans, l'auteur questionne la mémoire qu'il s'évertue à réveiller par l'écriture ! Les mots couchés sur le papier fixant les choses ! Pour l'éternité ? Comme on dit "les paroles s'effacent et les écrits restent."

    Modiano livre ici un roman bien composé mais assez convenu je trouve ! J'aurais aimé une plus grande prise de risques de la part d'un Prix Nobel ! Mais bon !

    A bientôt !


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  • L'ordre du jour - Eric VuillardLa littérature est un panier de crabes et l'attribution des Prix Littéraires n'est pas toujours transparente - c'est même tout le contraire ! Comme dans tous les milieux de pouvoir, la cooptation fonctionne à plein régime !

    J'avais quelques doutes cette année sur la légitimité du Goncourt 2017 ! En effet, il a été attribué à Eric Vuillard pour son récit L'ordre du jour - un petit opus d'à peine 150 pages ! Devait-on voir dans le fait que l'attribution du prix s'est faite à Actes Sud, maison d'édition de Françoise Nyssen, ministre de la Culture de Macron la preuve que les jurés œuvrent par intérêt personnel ? S'agit-il de corruption et de conflit d’intérêts ? A contrario, doit-on pour autant écarter Actes Sud, maison d'édition de qualité, des Prix Littéraires ?

    Ce qui me posait problème, avant même d'avoir lu le livre en question était sa relative brièveté ! Tout ça pour ça ! Mais si il n'y avait pas la quantité, peut-être y avait-il la qualité ?

    L'ordre du jour est en effet un "récit" et non un roman ! La part d'invention y semble réduite. Je l'ai lu et non seulement le style de l'auteur est assez riche mais le sujet est intéressant.

    Il y est question de l'ascension au pouvoir des nazis à partir de 1933, sur les ruines fumantes du Reichstag. Le récit s'ouvre par une réunion d'industriels allemands qui vont financer le nazisme, pas tant par consentement à leur idéologie nauséabonde - même si ils ont fermé les yeux ! - que pour maximiser encore plus leurs profits ! Ces groupes industriels et ces firmes on les connaît, ce sont celles qui ont pignon sur rue par la suite au XXème siècle et au XXIème siècle : Krupp, Bayer, Telefunken, Opel, Agfa, BASF, IG Farben, Siemens ou Allianz. Des prisonniers des camps de concentration furent même employés par la suite comme main -d’œuvre gratuite !

    Les autres pays d'Europe restèrent indécis et timorés face à Hitler ! On nous expose évidemment le cas de Daladier et de Chamberlain, de Lord Halifax aussi mais surtout le cas de l'Anschluss ou le coup de main du Führer sur l'Autriche qu'il annexa purement et simplement grâce à des méthodes mafieuses et d'intimidation auprès du chancelier  Schuschnigg. Même si les mouvements de l'armée allemande - et ses panzers - connut des ratés d'ordre mécanique lors du passage de la frontière autrichienne, Hitler avait réussi son coup de force ! J'en ai par ailleurs longuement parlé dans une série de billets !

    Un autre chapitre nous fait comprendre que les costumes des nazis faisaient déjà en 1938 partis des accessoires d'Hollywood dans les réserves dont s'occupait Günther Stern dit Anders, juif de surcroît, rangés à côté des sandales et des toges des romains - comme faisant déjà corps avec l'Histoire !

    Eric Vuillard nous fait partager la détresse qui fut celle de pas mal de gens à cette époque ! Bien avant le suicide de Stefan Zweig, de nombreuses personnes se donnèrent la mort par désespoir devant la montée de la haine. Pour finir, l'auteur nous rappelle que nous ne sommes pas à l'abri de telles périodes sombres !

    Un livre comme un témoignage donc - avec des envolés lyriques et de l'ironie ! On ressent bien le climat d'oppression et de fuite en avant vers le pire de l'époque...

    Eric Vuillard a finalement bien mérité son Goncourt donc car il fait devoir de mémoire en même temps qu'il dénonce les compromissions !

    A bientôt !


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  • Les loyautés - Delphine de ViganNous allons maintenant parler du dernier roman de Delphine de Vigan - acheté ce midi, lu ce soir ! Dans Les loyautés, on suit plusieurs trajectoires de vie, des êtres heurtés par l'existence qui ont tous en commun le fait de cacher une part d'obscurité, des secrets inavouables !

    On adopte successivement et alternativement le point de vue d'Hélène - Madame Destrée, prof de SVT dans un collège, de Théo, garçon de douze ans, bientôt treize dont le père traverse une mauvaise passe, de Mathis, le copain de Théo que son jeune camarade entraîné dans la consommation d'alcool et enfin de Cécile la mère de Mathis mariée à un homme bourgeois qui déverse sa bile en cachette sur internet !

    Il y a entre ces personnages des loyautés, des solidarités elles aussi cachées qui se cherchent qu'à s'exprimer ! Parce qu'elle a elle-même été une enfant battu, Hélène perçoit le désarroi de Théo. elle va tout tenter pour l'aider même si cela signifie la mettre en butte par rapport à l’Éducation Nationale !

    Théo est enfant de parents séparés ! Sa mère, une femme dévorée par le ressentiment, ne cesse de rabaisser son ex-mari. Celui-ci qui a perdu son emploi, sombre dans la dépression, suite à son chômage, en se lave plus, ne fait plus rien - son fils tente alors de cacher la situation de son paternel à sa mère et à Mathis, dévoré par la honte ! Pour échapper au quotidien si triste, Théo se porte à l'ivresse avec des bouteilles de rhum, de vodka ou de gin, entraînant son ami Mathis, de plus en plus réticent !

    Cécile, la mère de Mathis, n'aime pas les fréquentations de son fils. Elle-même, venue d'un milieu de gens simples - qui font des fautes de Français, a été formatée par son époux, William qui en secret est Wilmor75 qui déverse torrents d'injures racistes et xénophobes, homophobes et misogynes sur son blog et sur les forums du web ! La pauvre Cécile va alors avoir l'impression d'étouffer !

    Bref tous ces êtres sont dévorés par des secrets intimes qu'ils n'arrivent pas à exprimer - ce qu'il faudrait pourtant qu'ils fassent si ils veulent de sortir de ces situations ! Ils tentent maladroitement de s'aider les uns les autres mais les non-dits gâchent tout !

    Ce roman, Les loyautés, de Delphine de Vigan est donc un roman assez poignant ! La fin est ouverte et la solidarité va pouvoir se mettre en place - si il n'est pas trop tard !

    Une lecture dans la veine habituelle de ce qu'écrit cette auteure ! C'est assez brillant mais aussi assez court ! Les personnages sont bien pensés et décrit, l'analyse psychologique est assez fine et évite les clichés !

    Les romans de cette dame s'attaquent toujours à ces faiblesses qui nous bouffent à petits feux : adolescence blessée, solitude des grandes villes,  fragilité psychique et emprise psychologique ! Un peu travail d'anthropologue en quelque sorte !

    A conseiller fortement !

    A bientôt !


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  • Laurent Seksik est médecin et écrivain et j'avais déjà lu de lui - et critiqué ici ! - Le cas Eduard Einstein, le récit L'Exercice de la médecine - Laurent Seksikdramatique de la vie du fils schizophrène du père de la Relativité générale ! Je récidive en vous livrant ici mon compte-rendu de son roman de 2015, L'Exercice de la médecine ou l'auteur écrit sur cette discipline qu'il connaît bien !

    Bon, disons le tout de suite, j'ai trouvé le style un peu "simpliste" par moments et il y a quelques situations clichés et des lieux communs, mais L'Exercice de la médecine est un roman qui parvient tout de même à émouvoir le lecteur que je suis à certains passages !

    Ce livre est le récit d'une vocation l'histoire d'une famille de médecins - d'origine juive - depuis les terres de la Russie Tsariste au début du XXème siècle jusqu'à aujourd'hui, l'année 2015, moment de publication du roman. Cette famille de médecins - comme tous les médecins - tente de préserver la vie, de retarder la mort face à une époque pas avare en grandes tragédies morbides et autres génocides, au XXème siècle !

    Ce sont aussi des pans entiers de l'Histoire du Peuple Juif dans cette époque contemporaine si tourmentée donc, le siècle de l'Allemagne nazie et de l'Union Soviétique donc - que dresse ce livre bien documenté pour une prise de conscience de ces funestes tragédies !

    Il y a d'abord l'arrière-grand-père de Léna, l’héroïne - que l'on suit en 2015 - un médecin de campagne à Ludichev dans la Russie du Tsar Nicholas II - un dénommé Pavel Alexandrovitch  - marié à Rivka Kotev - dévoué corps et âme à ses patients dans le shtetl ! Comme pressentant le sort funeste qui attend sa famille au cours d'un pogrom, le brave Pavel a envoyé son fils en Allemagne et finira au bout d'un sabre de Cosaque !

    On suit ensuite Mendel, le fils en question, en Allemagne, à Berlin, de 1920 à 1933 puis, réfugié en France à cause des nazis, à Nice, en 1943 ! Lui aussi est médecin, lui aussi finira assassiné pour n'avoir pas voulu abandonner ses patients ! Le roman montre bien, en évoquant les foules se réunissant dans les autodafés des adeptes d'Hitler, la responsabilité collective du peuple allemand en ce temps là - responsabilité qu'on a tendance de nos jours à passer trop facilement sous silence au nom de la réconciliation franco-allemande - dans l'accession au pouvoir du dictateur à la petite moustache et dans la montée de l’antisémitisme outre-Rhin qui aboutit à la Shoah !

    On nous montre aussi l'Union Soviétique dans les années 1950 où l'on retrouve la plus jeune fille de Pavel qui a aussi survécu au pogrom et à l'assassinat des siens et se retrouve accusée dans le Complot des Blouses blanches ! Natalia n'aura la vie sauve que parce que Staline décède au moment crucial pour elle, en avril 1953 ! Elle laisse un fils Jankel, lui aussi médecin, comme le fils de celui-ci en 2015, nommé Avner et tous deux restés en Russie/URSS.

    Et on alterne tous ces récits avec un récit dans le présent, celui de Léna Kotev donc, la fille de Tobias et petite fille de Mendel. Elle est cancérologue de métier ! C'est une femme abattue, un peu voire carrément dépressive - dévouée à son sacerdoce familial et un peu écrasée par le passé tragique de sa lignée, une fille effacée qui n'hausse jamais le ton, suit les règles et est malheureuse dans sa vie sentimentale ! La dernière de la lignée !?

    On a aussi droit dans la dernière partie du roman à une belle histoire d'amour fille-père qui culmine à ce moment là, entre Léna et Tobias donc, et au récit poignant d'un accompagnement de fin de vie de celui-ci par celle-là !

    Le roman se conclut sur une lueur d'espoir et une fenêtre ouverte sur l'avenir !

    Un roman pas si mal au final et qui se lit bien et avec plaisir !

    A bientôt !


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  • Je vais maintenant vous entretenir d'un gros roman de Karine Tuil, de plus de 500 pages mais absolument passionnant intitulé L'Insouciance - dont l'action se déroule en 2009 - et qui tourne autour de trois hommes et d'une femme, la narration alternant le parcours de chacun des trois hommes !

    Dans ce roman, il est question des séquelles de la Guerre (en Afghanistan, en Irak), des arcanes du pouvoir et de racisme et d'antisémitisme ! Le propos est donc un peu politique en un sens !

    L'Insouciance - Karine Tuil

    Tout d'abord, on a Romain Roller, un jeune lieutenant de l'Armée française, de retour d'Afghanistan, dévasté après que sa colonne se soit faite prendre dans une embuscade au cours d'une sortie mal préparée par ses supérieurs ! Romain va sombrer et détruire son mariage avec Agnès. Seule lueur d'espoir à laquelle il s'accroche, à son retour du Moyen-Orient, le militaire démobilisé connaît une passion torride pour la jeune écrivaine Marion Decker !

    Mais celle-ci est mariée à François Vély, un riche patron dans les télécommunications - qui a débuté dans l'industrie du porno (tout ressemblance avec des personnes réelles est fortuite !), et qui se remets difficilement du suicide par défenestration de sa précédente femme ! François Vély - dont les ancêtres ont renoncer à leur héritage juif - se retrouve au coeur d'un scandale suite à une photo pour un magazine où il pose sur une statue de femme noire nue ! Il est alors accusé d'être un raciste et un esclavagiste ! On lui assène aussi des insultes antisémites à lui qui n'est pas juif !

    Mais François Vély va pouvoir compter sur Osman Diboula, fils d'immigrés ivoiriens, éducateur en banlieue lors des émeutes de 2005 - qui a eu en charge Romain Roller alors ado, et parvenu dans l'entourage du Président de la République pour des raisons de diversité. Osman va écrire un article pour réhabiliter Vély, article qui si il n'effacera pas la souillure qui touche le patron, fera grimper Osman dans les faveurs présidentielles. En effet, dans la première partie du roman, Diboula subit une mise au placard et ceci est l'occasion pour Karine Tuil d'aborder la question du racisme envers les Noirs.

    Le roman se découpe en quatre moments dont le troisième se passe en Irak. François Veléy, Osman Diboula, Romain Roller et Marion Decker se rendent en Irak pour passer des contrats pour la reconstruction du pays ! Mais l'Irak est une zone peu sûre et des actes terroristes ont lieu qui vont toucher nos protagonistes ! L'un d'entre eux sera kidnappé !

    Parviendra-t'on à échapper à une issue fatale pour notre otage ? Osman Diboula réussira-t'il à supporter les coups bas du pouvoir, François Vély a sauver son honneur et son mariage, Romain Roller - en pleine reconstruction psychologique - et Marion Decker pourront-ils s'aimer ? Je vous laisse le soin de lire ce roman pour le découvrir !

    Karine Tuil confirme la bonne impression que m'avait laissé Quand j'étais drôle. Un récit qui laisse une large place à la description des motivations des personnages plutôt qu'à l'action du récit - sauf dans la partie en Irak. Il est question de personnes malmenées, abîmées voire détruite et qui font front !

    A bientôt !

    PS : Ceci est mon 100ème billet dans la catégorie "Littérature XXIème siècle" sur Overblog


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  • L'Américain - Franz-Olivier GiesbergL'Américain  est un roman autobiographique de Franz-Olivier Giesbert, paru en 2004 qui montre les relations père-fils ne sont pas toujours faciles (j'en sais quelque chose !).

    L'auteur est né dans le Delaware, aux Etats-Unis, en 1949. Il a eu 4 petits frères et soeurs ! Son père avait fait le Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie et ne s'en était jamais vraiment remis, ne supportant pas d'avoir vu tous ses camarades mourir alors que lui s'en était sorti !

    Passé la colère de Franz-Olivier Giesbert contre son paternel, qui les battait sa mère et lui, l'écrivain tente aussi un travail de généalogiste - pour une éventuelle réconciliation ? Il essaye d'élucider d'où venait cette violence de son géniteur, tournée contre sa famille et qui donc, puise ses sources dans la Seconde Guerre mondiale ! Nous, générations actuelles, qui avons toujours connu la paix - malgré, de nos jours la montée du terrorisme, qui reste anecdotique ! - ne pouvons pas concevoir comment nos ancêtres ont été marqués par toute cette violence des années 1940 ! Et je ne parle même pas de la Shoah !

    C'est donc un père avec des souffrances existentielles qui va faire payer chèrement sa femme et ses enfants et l'auteur a des mots très durs pour ce père ! On sent la haine palpable du fils ! Parfois, il arrive que ça aille jusqu'au meurtre (j'ai connu un cas semblable parmi mes camarades de lycée et de fac - tapez "parricide de Ouistreham" dans Google !). En tout cas le dialogue est certainement rompu ! Comment exprimer l'indicible de la guerre ?

    Giesbert ne nous épargne rien et c'est souvent glauque et pénible - mais il y a des petits moments de bonheur ! Là où certains (comme le "parricide de Ouistreham") se seraient détruits, Giesbert en a tiré une force et est devenu le journaliste et le patron de presse que l'on sait (au Point) !

    Plus tard, l'auteur découvrira que son père et sa mère s'aimaient ! Le problème est comment faire le deuil d'un parent avec qui on n'a jamais fait la paix ?

    Un court roman à l'écriture incisive et sans concessions ! Un témoignage utile !

    A bientôt !

    PS : je remercie Michel O. de m'avoir prêté ce livre - c'était avant qu'il ne connaisse une crise de démence et qu'il ne m'agresse sans raison !


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  • Croire au merveilleux - Christophe Ono-Dit-BiotOn a beaucoup écrit sur le travail du deuil et c'est dans ce domaine que pénètre Christophe Ono-Dit-Biot, dans son roman Croire au merveilleux ! Pour tout vous dire, la fin de ce roman m'a scotché ! C'est maitrisé de haute volée et n'ai rien vu venir - et vais essayer de na pas vous spoiler !

    César est un journaliste qui a perdu sa femme adorée, Paz, dans un accident de voiture et qui ne s'en remets pas malgré la présence de son petit garçon. Alors il décide de mourir et emploie des médicaments pour se suicider...

    Mais il est sauvé au moment ultime par sa nouvelle voisine, une jeune Grecque érudite, nommée Nana ! César est un passionné de littérature grecque et les références parsèment le livre, Hésiode, Homère bien sûr, Platon, Pline-L'Ancien, Pindare et pas mal d'autres !

    Avec Nana et en plongeant dans les mythes, César va retrouver goût à la vie mais c'est bien plus subtile que cela en réalité ! Le jeune veuf découvre toute la famille de Nana, son demi-frère Marcello, Dita sa sœur nymphomane, sa belle-mère, sa nourrice, et son terrible père !

    Le livre est ancré dans les événements de 2016 ! Le terrorisme islamiste est mentionné, notamment l'attentat de Nice - bien que le mot "Nice" ne soit jamais écrit ! Le monde est-il devenu fou ? Les anciens mythes grecs vont-ils nous sauver ?

    Finalement, Athanis, le terrible père, convoque César sur une petite île grecque au moyen de son avion privé ! Là, le journaliste va comprendre la vraie nature des choses et toute la mythologie grecque est convoqué ! Il en ressort comme après un long sommeil !

    La problématique du roman est "que nous laissent les défunts ?". César se demande si Paz l'aime encore par delà la mort et cherche dans sa mémoire un indice qui lui aurait échappé, une réminiscence pour parler comme Platon. Athanis lui apporte la réponse !

    Le roman se conclut sur une petite île du Japon, le "dernier pays civilisé" où César a enfin la réponse à sa question.

    Après un début assez convenu, ce livre, bien écrit, étonne par sa fin. On bascule en quelque sorte dans le merveilleux ! Même si le procédé utilisé est archi-usé !

    Je vous le recommande particulièrement ! Une sorte de conte !

    Je n'avais pas compris la véritable teneur de ce récit, la nature de ses personnages, pourtant l'auteur avait laissé des indices ! Je ne dois pas assez connaître mes mythes grecs !

    A bientôt !  


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  • Emmanuel Carrère est un auteur que j'apprécie énormément ! Il y en a quelques uns comme ça avec Michel Il est avantageux d'avoir où aller - Emmanuel CarrèreHouellebecq et Sylvain Tesson ! Carrère fait paraître son premier roman en 1983, L'Amie du Jaguar mais moi, je le connais et le lis surtout depuis L'Adversaire et ses récits plus récents !

    Je dis "récits" et pas "romans" car peut-on parler de romans pour Carrère ! En effet, il écrit principalement de la non-fiction, c'est à dire de la mise en récits de faits-divers, qu'il s'agisse de Jean-Claude Romand, du Tsunami de fin 2004 en Asie ou de Limonov !

    Il est avantageux d'avoir où aller est un recueil de textes de notre écrivain, s'étalant entre 1990 et 2015, essentiellement des articles pour la presse : L’événement du Jeudi, XXI, Première, Les Inrockuptibles, etc, ... L'auteur d'Un roman russe y croque le réel comme il sait si bien le faire et essaie de coller au plus près de la vérité des êtres ! Ces textes sont d'une grande variété !

    Le recueil s'ouvre par trois chroniques judiciaires de procès mettant en scène des homicides assez dramatiques. L'écrivain-journaliste y montre sa grande empathie même s'il dit beaucoup plus loin dans le livre que faire de la non-fiction, c'est toujours "trahir" la personne sur laquelle on écrit !

    Carrère, de par sa mère, de par sa famille, a des liens très fort avec la Russie ! Il nous rappelle son expérience du Voyage à Kotelnich puis, à un autre moment, son enquête sur Édouard Limonov ! Il nous parle aussi de romans d'auteurs russes comme Nikolaï Maslov, d'un projet de film avorté qui aurait raconté l'ascension d'une escort-girl de l'Est, évoque Marina Litvinovitch, une opposante à Poutine dans un pays régi par la mafia où on assassine les journalistes ! Brève, notre écrivain entretient un rapport très passionné à ses racines russes, depuis l'époque soviétique à l'ère poutinienne !

    Les récits de Carrère posent la question de la "ressemblance" et il mentionne aussi son projet de longue haleine sur Jean-Claude Romand, ce mythomane qui assassina sa famille et ses beaux-parents piégé par ses mensonges ! L'auteur mets forcément un peu de sa subjectivité lorsqu'il évoque le réel, telle est la conclusion de Carrère !

    L'auteur de D'autres vies que la mienne passe aussi en revue ses coups de cœur littéraires, pour Balzac, pour Philip K. Dick, pour Truman Capote, pour Lovecraft, pour Leo Perutz ainsi que ses amitiés pour Michel Deon, pour Renaud Camus - si polémique ! Il y a aussi des rencontres avec des artistes: une interview "ratée" de Catherine Deneuve, le décès de Claude Miller,le travail photographique de Darcy Padilla autour de Julie, une mère toxicomane et séropositive - qui s'approche en un sens du travail naturaliste de Carrère, ou encore le "TdM" ("Tour du Monde") d'Emmelene Landon, une artiste-peintre ! Enfin, la curieuse expérience de vie de l'homme-dé !

    Notre écrivain se plie donc à l'exercice de l'article de magazine même lorsque cela ne lui plaît pas comme pour ce magazine féminin italien où il est amené à parler de sexualité - exhibant sa vie privée - ce qui choque sa rédactrice en chef !

    Bref, comme toujours, c'est du très bon Carrère ! Certes, c'est un peu "morcellaire" mais cela permets de varier les plaisirs et nous fait une piqûre de rappel sur tous les "romans" de notre auteur : L'Adversaire, Un roman russe, D'autres vies que la mienne, Limonov ou Le Royaume ! Retrouvez tous ces récits chroniqués quelque part sur mon blog !

    A bientôt !


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  • Pour une fois, je vais me faire un peu d'autopromotion en vous parlant de mon premier recueil publié - en juillet 2017 - à savoir Territoires de l'imaginaire - Volume 1 - Sylvain RichardTerritoires de l'imaginaire - Volume 1 - chez l'éditeur EdiLivre ! Un solution a mi-chemin entre l'édition traditionnelle et l'autoédition  - l'édition numérique !

    Si vous me suivez ici depuis longtemps, vous connaissez ma passion pour la lecture qui va de paire avec un engouement pour l'écriture ! Ce volume 1 regroupe une quinzaine de nouvelles incluses dans le domaine de la SF, du fantastique, de la nouvelle historique mais aussi de la "littérature blanche" et du panorama sociologique !

    Ces textes ont été écrits entre 2005 et 2010, période extrêmement prolifique pour moi ! Depuis, j'ai entrepris des études de lettres en 2007 et le fait de théoriser l'écriture a paradoxalement un peu amenuisé la fibre créatrice chez moi, je m'en rends compte maintenant - de même qu'un "job alimentaire" bien peu passionnant !

    J'avais déjà été publié auparavant, dans Le Calepin Jaune de ma très chère Estelle Valls de Gomis, la première qui a cru en moi, dans Univers d'Outremonde et aussi dans un catalogue de texte et de photos, Encrage à Ouistreham, dans le cadre d'un atelier d'écriture dans ma commune ! J'ai publié aussi longtemps sur inlibroveritas, un site en ligne !

    Le recueil s'ouvre par "Mort d'une légende" qui m'avait été inspiré d'un comic-strip dans un magazine de jeux de rôles et raconte les décisions éditoriales parfois controversées d'un éditeur de comics ! "La Plume et l'Ecritoire" verse dans une certaine poésie, à propos de littérature !

    "Vermines" est une sorte de farce qui raconte la revanche des opprimés et "Au fil de l'eau" est un point d'entrée vers d'autres de mes nouvelles ! On revient dans le monde des illustrateurs de BD avec "Comic-strip".

    "Partir loin" vous fera la sociologie des clients d'une superette et "Les Chants de l'Atlantide", texte qui m'a valut des éloges raconte les derniers moments de la relation privilégié entre un père navigateur et sa petite fille condamnée par une maladie mortelle !

    "Procédures" a trait au monde animal si souvent victime des hommes et ici enjeu d'une escroquerie tandis que "Nouvelle Pédagogie" est un texte de SF concernant une dystopie du futur ultra connectée !

    "Luna Park" vous emmènera au cœur d'un parc d'attraction emprunt de magie et "Isa" est une plongée dans des mondes oniriques !

    L'Histoire n'est pas oublié puisque "Ciel dégagé" se passe durant la Première Guerre mondiale et "L'Amulette d'Isis" dans l'Egypte des Pharaons !

    "L'Homme à la porte" touche aux sujets sensibles de l'euthanasie et de la peine de mort et "La Symphonie des Etoiles" est une virée dans l'espace, avec accompagnement musical !

    Le recueil se clôt par "Réminiscences forestières", périple au cœur de la Faérie !

    Voilà, j'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ces récits que j'ai eu à les écrire ! Un Volume 2 est déjà prêt mais ne sera proposé à l'éditeur par mes soins qu'à l'été 2018 !J'ai par ailleurs commencé à écrire de nouveaux textes il y a peu ! Les projets, ce n'est pas ce qui me manque, le temps oui !

    Pour commander mon recueil, c'est ici :

    https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/839791/s/territoires-de-l-imaginaire-volume-1-sylvain-richard/#.WYjfm9ali1E

    Merci par avance de votre soutien !

    A bientôt !


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  • Un roman russe - Emmanuel CarrèreVous savez déjà, si vous avez lu mes précédentes chroniques sur Emmanuel Carrère tout le bien que je pense de cet écrivain ! Il y a chez cet auteur un certain talent à croquer le réel, avec empathie et précision, de la chronique judiciaire à l'expérience personnelle !

    Dans Un roman russe, Carrère revient dans le pays de sa mère, l'Académicienne Hélène Carrère-D'Encausse, voyage tout emprunt de nostalgie et de retour aux racines ! Ce récit relève donc à la fois de l'autobiographie et du romanesque : la matière est le réel, mis en forme selon les techniques romanesques !

    Tout commence alors qu'Emmanuel Carrère déprime suite à son exploration du mal dans son précédent récit, L'Adversaire ! C'est alors que l'émission Envoyé Spécial  l'envoie sur les traces d'un soldat hongrois, capturé par les Russes en 1944 et détenu pendant cinquante-trois ans dans un hôpital psychiatrique soviétique !

    L'écrivain va donc prendre sa caméra et effectue un reportage en Russie qui va pas mal l'éprouver - a-t'elle point qu'il décidera de retourner peu de temps après dans le pays de sa mère, pays qu'il n'a jamais connu, au climat froid et aux mœurs rudes ! Tout ceci donnera un long-métrage, le premier de Carrère, Retour à Kotelnitch. Un roman russe est le pendant de ce film de l'écrivain-cinéaste !

    En Russie donc, Carrère se confronte à des gens marqués par les épreuves, des hommes prénommés Sacha et une certaine Ania qui finira victime de violences de la part d'un homme ! Il mène son enquête sur le prisonnier hongrois et apprends le Russe, prends des notes dans un carnet, même des recettes de cuisine locales !

    De retour à Paris, Carrère apprends le décès de son amour d'adolescence, Martine, d'un cancer ! Il participe aussi au projet éditorial du journal Le Monde d'écrire une nouvelle érotique qu'il dédie à sa compagne de l'époque Sophie et qui provoquera un malaise et une gène dans son couple ! L'action de la nouvelle se déroule ans un train où il enjoint sa lectrice à se caresser !

    Les récits de Carrère s’enchaînent les uns aux autres, de roman en essai, et il est possible de reconstituer la biographie de l'auteur à partir d'eux ! Dans ce récit russe, l'auteur parle une nouvelle fois et explore le matériau humain ! C'est ce qui rends ses livres si intéressants !

    A bientôt !


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  • Un an après - Anne WiazemskyLors de la présente édition 2017 du Festival de Cannes, Anne Wiazemsky fait l'actualité avec le film de Michel Hazanavicius, Le Redoutable, adaptation du roman de cette écrivaine réputé Un an après, paru en 2015. C'est de ce roman, suite de Une année studieuse dont il va être question ici !

    Précédemment, la jeune Anne Wiazemsky rencontre le cinéaste de la "Nouvelle Vague" Jean-Luc Godard sur le tournage de Au hasard Balthazar de Robert Bresson, en 1966. Godard et de dix-sept ans l'aîné de la jeune femme ce qui ne les empêche pas de s'aimer et de se marier assez rapidement !

    Anne tourne ensuite dans La Chinoise, film de son mari, d'inspiration maoiste. Un an après  reprends début 1968 alors que La Chinoise a reçu un accueil très mitigé et que Godard doute ! Les événements de Mai 68 vont survenir et le couple du cinéaste et de l'auteure de cette autobiographie, habitant près du Quartier Latin va assister aux émeutes qui commencent dans la nuit du 10 au 11 mai 1968 !

    Je ne vais pas refaire le fil des événements d'alors ! Anne Wiazemsky se pose en témoin d'une époque ! Suite à la répression policière violente des étudiants, les lycéens puis les ouvriers et toute une partie de la France vont se mobiliser et ce sera la grève générale qui paralysera le pays et poussera De Gaulle à un référendum ! Suivront les Accords de Grenelle !

    Après ces émeutes, Godard va se remettre en question et vouloir passer à une autre forme de cinéma, reniant quasiment tout ce qu'il a fait jusque là, voulant s'engager pour une cause ! Il réalisera des ciné-tracts  avec Chris Marker, courts films à visées politiques pour commencer !

    On assiste alors aux projets suivants de Jean-Luc et Anne ! Godard part à Londres réaliser Sympathy for the Devil et One+One. Le premier montrant le processus créatif des Rolling Stones et le roman le processus créatif de Godard, le second parlant des Black Panthers !

    Il y eut aussi des séjours à Rome et Anne Wiazemsky tourna pour Carmelo Bene, Pasolini et Marco Ferreri, était aussi en rapport avec Bernardo Bertolucci pour une adaptation du Conformiste d'Alberto Moravia.

    Godard cherche enfin à concrétiser son projet de film "collectif" et part pour cela aux USA puis au Québec. Près de Montréal, il travaille sur un film sur des mineurs en grève. Il tourne aussi en Tchécoslovaquie un autre film, Pravda !

    Le roman se clôt au début de l'année 1969 alors que Godard fait une crise de jalousie à son épouse et une tentative de suicide médicamenteuse ! Fin amère puisque l'écrivaine annonce que cela allait marquer le début de la fin de leur relation amoureuse tout en nous annonçant que cela , "elle ne l'écrira pas" !

    J'aime beaucoup les romans de Anne Wiazemsky ! Outre le monde du cinéma, on a tout un panorama de la fin des années 1960  - et même avant avec Mon Enfant de Berlin qui raconte la vie de sa mère à Berlin juste après la Seconde Guerre mondiale ! Je vous prépare d'ailleurs prochainement un billet sur un autre de ses romans autobiographiques : Jeune Fille !

    A bientôt !


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  • D'après une histoire vraie - Delphine de ViganDelphine de Vigan est une écrivaine que j'apprécie beaucoup ! Son No et moi m'avait ému et plus encore Rien ne s'oppose à la nuit - où elle racontait la vie de sa mère bipolaire ! Avec ce dernier roman, celle qui est la compagne à la ville de Francois Busnel (La Grande Librairie) rencontra un vif succès ! Mais par la suite, elle devait s'interroger sur le pouvoir de l'auto-fiction, en tester les limites et poser la question du rapport au vrai/faux !

    D'après une histoire vraie s'inscrit dans cette démarche de l'autofiction, mêle le réel et l'imaginaire, brouille les pistes ! Le roman, qui raconte l'histoire d'une rencontre entre l'auteur et une femme vite envahissante, peut rentrer dans le genre "Thriller psychologique" !

    On se demande à la fin si L. - le "cauchemar de tout écrivain" - est bien une personne réelle ou née de l'esprit de la narratrice ! En fait, non elle n'est pas réel en ce sens que c'est un roman mais même dans le récit, prends-t'elle corps ? Il y a là une vertigineuse mise en abyme !

    Delphine de Vigan n'a pas peur de nous révéler ici des pans entiers de son existence ! Impudique ? C'est pourtant ce qui fait le succès de ses meilleurs livres ! Outre les faits factuels, sa psychologie nous est également révélée ! N'est-ce pas cela la littérature, confier/ convier un imaginaire ?

    Dans une époque marquée par la téléréalité et par le culte du Vrai - et de l'instant vécu ! - De Vigan nous livre des tranches de vie ! Et le personnage de L. - qui au début donne des conseils à la narratrice, se révèle vite bien envahissante, la remets en question, la bouscule ! L., un alter-ego, une partie de la psyché de l'auteur ?

    Voilà, pas le meilleur roman de Delphine de Vigan mais un très bon livre au dessus de la production contemporaine !

    Ce livre a en tout cas obtenu le Prix Renaudot 2015 et le Prix Goncourt des Lycéens la même année !

    A bientôt !


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  • Ce vain combat que tu livres au monde est un roman du marocain Fouad Laroui en prise direct avec l'actualité Ce vain combat que tu livres au monde - Fouad Larouipuisque c'est le récit d'une Radicalisation.

    Malika et Ali sont deux Français d'origine marocaine qui forment un couple heureux et qui décident un jour de vivre ensemble . Seulement voilà, Ali est informaticien de haut niveau et doit partir pour un contrat avec Dassault sur Toulouse ! Hélas, son nom est biffé de la liste des spécialistes ! Est-ce parce qu'il est d'origine arabe, parce que son cousin Brahim fréquente une mosquée douteuse ? Quoi qu'il en soit, le jeune homme va très mal le vivre, tomber dans la dépression et donc la radicalisation, briser son couple et partir rejoindre DAESH !

    La thèse de l'auteur serait que le monde arabo-musulman est dans une sorte de phase dépressive, une perte de repères et donc influençable ! On a par ailleurs droit à de longs exposés sur la situation des Arabes depuis la Grande Guerre, spoliés par les Accords Sykes-Picot qui bafouèrent la promesse de Lawrence d'Arabie de fonder une grande nation arabe ! Est aussi évoqué la fin du panarabisme avec la mort de Nasser et le démantèlement du parti Baath et de l'administration sunnite au début des années 2000 par Bush Jr. et ses hommes de terrain, sunnites qui allaient donner les cadres de DAESH ! Et évidemment, le problème qui dure depuis 1948 entre Israël et Palestiniens !

    L'avantage de ce livre est de confronter les discours et il apparaît clairement que la religion n'a rien à voir avec les visées de DAESH, ce n'est qu'un prétexte ! La rancœur domine et les recrues de cette secte sont davantage des individus en "perte de repère" - comme le monde musulman mentionné plus haut, des jeunes de banlieues rejetés par la société occidentale qui se rêve un destin et que des gourous manipulateurs, les imams salafistes, recrutent  ! On voit enfin qu'il est important de ne pas pratiquer l'amalgame - comme Ali évincé parce qu'Arabe - sous peine de précipiter ces gens dans les bras des intégristes !

    Au final un roman qui fait réfléchir, qui est une longue descente aux enfers, absurde et barbare, et qui ne peut que mal se terminer !

    J'en recommande vivement la lecture !

    A bientôt !


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  • Voici un roman de Laurent Binet, La septième fonction du langage, sur lequel je suis assez dubitatif ! En effet, les La septième fonction du langage - Laurent Binetpremières pages sont assez prenantes et c'est amusant de retrouver Roland Barthes, Michel Foucault et Jacques Derrida dans des situations incongrues et improbables ! Mais passés les 100 premières pages, on se rends vite compte qu'on est dans un roman "commercial" et peut-être racoleur en un certain sens, façon Da Vinci Code ou encore Le Palimpseste d'Archimède ! Puis l'intérêt remonte ensuite sur la fin malgré certaines incohérences et facilités !

    Fauché par une camionnette de blanchissage alors qu'il se rends au Collège de France, le 25 février 1980, le roman pose l'hypothèse que cet accident est en fait un complot visant à récupérer la "Septième fonction du langage" ! En effet, Roman Jakobson, formaliste russe, a établit qu'il y avait 6 fonctions du langage ! Mais voilà qu'il y en aurait une autre, une septième, la fonction performative décrite par Austin et Searle, qui permettrait de mettre le monde à ses pieds !

    Le roman joue avec la mode du drop name qui consiste à utiliser des personnes réelles dans une fiction - et nos philosophes du post-structuralisme en prennent pour leur grade car ils sont en effet présentés au mieux comme des carriéristes au pire comme des imposteurs ou des assassins ! Julia Kristeva passe pour une criminelle tandis qu'Hélène Cixous se fait peloter la poitrine et entremettre par un des héros principaux ! Une comédie des bouffons !

    Et puis qu'est-ce que c'est que cette volonté des romanciers contemporains d'inclure automatiquement des "scènes de baise" qui tombent comme un cheveux sur la soupe dans leurs œuvres ? Je ne sais pas c'est le nouvel exercice de style ou quoi - le passage obligé ? On s'en fout de savoir que le héros "Simon pénètre la vulve de Bianca avec sa grosse queue" ! Il existe une littérature pornographique dont c'est le métier alors pitié laissez-lui son domaine d'attribution ! De plus vous savez que je suis plutôt friant d'érotisme et de X donc à la base cela ne me choque pas !

    La septième fonction qui est présentée ici et sera finalement utilisée par Mitterrand - car vous l'avez compris le cadre temporel de l'action sont les années 1980 et 1981 - est ce qu'à Hollywood on appelle un Mac Guffin, c'est à dire un objet autour duquel toute l'action est organisée, un objet de convoitise !

    Le commissaire Bayard et le sémiologue de Vincennes Simon Hertzog vont donc se trimballer de Paris à l’État de New York en passant pas Bologne et Venise, croiser notamment Umberto Eco auquel ils vont donner l'idée du Roman de la Rose. On croisera des Bulgares aux parapluies empoisonnés, et des Japonais. On aura une explication pour le meurtre d'Althusser sur sa femme  mais on comprendra qu'il s'agit d'une fiction quand un autre philosophe y meurt 20 ans avant son décès véritable dans notre monde réel !

    D'ailleurs, il y a une belle mise en abymes, lorsque le héros Simon se demande si il est un héros de roman !

    De plus, c'est un roman assez érudit ce qui n'est pas pour me déplaire ! On découvre une société secrète, le Logos Club, avec ses grades, où se livrent des duels de rhétorique à l'ancienne !

    Le livre a obtenu le Prix Interalliés !

    Voilà, je vous dis bonne lecture et vous souhaite une bonne année 2017 !

    A bientôt !


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  • "Les héros - contemporains - sont fatigués !". C'est le constat qu'on pourrait faire après avoir lu le Journal d'un looser de Stéphane Lavarenne ! Déjà, avec Le liseur du 6 h 27, chroniqué il y a quelques jours, on suivait un individu engoncé dans une vie monotone que semblaient fuir la réussite et l'amour !

    Journal d'un looser - Stéphane LavarenneCe roman se présente sous la forme d'un journal intime rédigé par le protagoniste principal de l'histoire, une confession ! Le pauvre Cyril vient de se faire larguer par sa compagne, Anne ! Sa femme l'a en effet jugé trop mollasson, trop timoré, incapable de lui procurer l'épanouissement dans son couple ! Dès lors, il va s'autodéprécier, s'enfoncer dans l’auto-apitoiement, à l'image de ces dimanches soirs cafardeux ! De même, au boulot, une place tranquille dans administration, Cyril est soumis à son supérieur !

    Pourtant, Cyril aimerait bien s'affirmer et le journal est pour lui une tentative dans cette fois autant qu'un moyen de se forcer à une discipline pour ne pas s'enfoncer davantage ! Et aussi, un outil pour s'analyser ! Mais la lâcheté l'emporte dans son caractère !

    Lâcheté et hésitations lorsqu'il s'agit pour lui d'aborder une autre jeune fille, Mona, pour qui il a eut le coup de foudre dans le bus ! Là encore, ce sera une impasse ! Cyril rêve de s'évader, de fuir cette société de consommation qui sépare les gens ! Il y a en effet un début de critique sociale dans ce roman !

    Parlons de l'entourage de Cyril maintenant ! Il y a Hubert, beau gosse culotté auquel aucune femme ne résiste ! Il est l'ami et l'opposé du "héros"! Et puis, il y a la mère dominatrice, écrasante, castratrice dont Cyril finira par s'émanciper le jour de ses 30 ans !

    Voilà un roman qui se lit facilement et avec délectation ! C'est ironique, sarcastique point trop n'en faut, bref jubilatoire en un sens ! Pour vous donner une idée, une journée m'a suffit pour lire la totalité de ses 267 pages !

    A bientôt !

    PS : La rentrée littéraire 2016 approche et j'aurais bientôt l’occasion de vous en parler longuement j'espère !

    PPS : je "dédicace" ce billet à "Belle-Île" que je surnomme personnellement "Mamie Dingo", une femme de 60 ans qui semble atteinte de démence sénile précoce car elle agresse, insulte, harcèle verbalement et gratuitement plusieurs personnes sur les Skyblog et se permet de mettre des commentaires injurieux qui n'ont ni queue ni tête pas plus qu'ils ne sont fondés - et cela courageusement en signant "Visiteur" ! Prends tes cachetons "Mamie Dingo" et arrête de pourrir la vie des gens ! Tu sers à rien, sale bonne femme !


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  • Sylvain Tesson est un écrivain contemporain que j'apprécie beaucoup ! C'est aussi un baroudeur et ses récits de voyages sont toujours remplis d'une grande humanité et invite aussi à la réflexion !

    Berezina est un roman - récit de voyage - qui a obtenu le Prix littéraire de l'Armée de Terre 2015 et le Prix des Hussard 2015. Le livre est daté de 2015 mais le voyage qu'il relate de fin 2012 !

    Ce récit est à la fois un périple dans la géographie et dans l'Histoire. En décembre 2012, trop obnubilé par le calendrier maya, on a à peine remarqué que nous étions dans le bicentenaire de la Retraite de Russie de la Grande Armée Napoléonienne - ce terrible périple qui fit des centaines de milliers de morts, dans des circonstances horrible, en 1812.

    Sylvain Tesson avec quatre amis : Cédric Gars, Thomas Goisque et deux Russes, Vassili et Vitaly - décident de refaire dans des side-cars Oural les 4000 kilomètres séparant Moscou et Paris en suivant le trajet de la fuite des soldats de Napoléon alors confrontés à l'hiver russe, aux harcèlements des Cosaques et aux embuscades des paysans/partisans du tsar !

    Un tel voyage - même en motocyclette - n'est pas sans risques. Il durera treize jours, passant par la Biélorussie, la Lituanie,la Pologne, l'Allemagne , le Luxembourg, la Belgique et la France ! Tesson manie avec talents sa plume pour ne serait-ce qu'approcher de loin le drame que vécurent ces soldats - frigorifiés par le froid, décharnés par la faim. La colonne de militaires fondait au fil des kilomètres, suivi par des civils en grand nombre tout aussi éprouvés ! Les chevaux payeront aussi un lourd tribut ! On marchait littéralement sur les cadavres et des cas d'anthropophagie et d'autophagie finirent par advenir en désespoir de cause !

    Le pire fut sans doute le passage de la Berezina !

    On peut se demander aujourd'hui ce qui motivait ces hommes ? L'amour de la patrie certainement et le Foi en un grand homme, Napoléon Ier et au destin nationale !

    On peut se demander si aujourd'hui, à l'heure de l'"individu" et de la consommation, il est encore possible de se mobiliser, voire de faire le sacrifice suprême pour une cause nationale ? Sylvain Tesson semble penser que non ! Et je suis assez d'accord avec lui !

    Voilà, comme toujours avec Sylvain Tesson, un récit intelligent et poignant, très profond ! Je vous invite à lire cet ouvrage particulièrement si vous êtes un inconditionnel de l'Histoire du Premier Empire !

    A bientôt !


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  • Brigitte Giraud est née en Algérie et vit à Lyon. Elle a publié 8 livres aux éditions Stock dont ​J'apprends - Nous serons des héros - Brigitte Giraud​récit sur l'école dont j'ai déjà fait ici un billet ! Je vais maintenant vous parler d'un autre récit d'enfance et d'adolescence au ton léger avec des teintes dramatiques et nostalgiques, le récit d'un exil dans ​Nous serons des héros.

    Olivio est un jeune garçon portugais, né en 1960, sous la dictature de Salazar - et qui prends le chemin de l'exil pour la France - dans la région lyonnaise - avec sa mère en 1968 ou dans ces années-là ! Son père est la grande figure de l'absent, décédé prématurément dans les geôles de la dictature. Olivio et sa mère sont donc des réfugiés politiques - songeons-y à l'heure actuelle avec les évènements en Syrie (fin du hors-sujet !) !

    Les deux exilés vont progressivement s'adapter à la France. La mère du jeune garçon fait la connaissance de Max, un pied-noir débarqué d'Algérie après la décolonisation. Max est séparé de sa femme et a un jeune fils, Bruno, qui va bien s'entendre avec Olivio. Toutefois, le "contact" ne se fera jamais vraiment entre l'adulte et le petit héros de ce court roman.

    Olivio trouve l'affection avec Océano, son chat, recueilli durant une tempête au Portugal, juste avant son départ. Il se lie d'amitié avec Ahmed, un Oranais et progressivement, les deux adolescents vont se sentir attirés physiquement l'un par l'autre.

    Puis, en 1974, c'est la "Révolution des Œillets" et Olivio effectue un voyage de retour durant un été avec Luis et Lydia, des opposants politiques à Salazar, mais sans la mère ! C'est donc un retour vers ses racines pour Olivio !

    Au final, un récit intéressant, pas ennuyeux et plein d'émotions, tout en subtilité ! C'est léger dans le style d'écriture mais pas insouciant dans la forme ! On pénètre bien dans l'intimité des personnages ! Cette auteure, Brigitte Giraud, me plait décidément beaucoup ! Deux romans d'elle lus par mes soins et deux bonnes impressions globales !

    A bientôt !

     


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  • Joël Dicker est un jeune auteur trentenaire qui s'est fait connaitre en 2014 avec son roman-fleuve, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert qui explore la relation entre un homme et son mentor.

    Dans son roman précédent, Les derniers jours de nos pères, paru en 2012, c'est de la relation père-fils dont il est question dans un contexte de Seconde Guerre mondiale !

    On suit Paul-Emile dit Pal qui quitte son père et le laisse à Paris pour s'embarquer pour l'Angleterre en 1942 et rejoindre le SOE, le service britannique d'espionnage qui soutenait les mouvements de résistance sur le continent en leur fournissant compétences, équipement bref de la logistique !

    Le roman comporte quatre parties !

    Dans la première partie, on découvre l’entraînement des recrues qui passent par quatre centres de formation ultra-secrets, apprennent l'art de l'espionnage et de l'infiltration ! On fait connaissance avec une douzaine de personnages : Pal bien sûr mais aussi son amie Laura, Gros, Claude, Faron, Key et d'autres ! Un indélébile esprit de camaraderie va souder ce groupe qui a sacrifié sa jeunesse pour un idéal ! Et pendant ce temps, le père de Pal attend à Paris !

    La deuxième partie montre les opérations que ceux-là fomentent ! Pal se montre très efficace sur le terrain, Faron, la brute, le mal(aimé également ! Ces hommes se retrouvent entre deux missions à Londres et passent du temps ensemble ! Mais le Fils va tenter de rentrer en contact avec son père par le biais de cartes postales prétendument en provenance de Genève. Hélas, le "coursier" est interceptée et bientôt l'étau se resserre sur Pal ! S'achemine-t'on vers une issue tragique ?

    Sans vouloir trop révéler l'intrigue, je dirais que les troisième et quatrième parties parlent de vengeance et on suit les événements depuis le Jour-J jusqu'à la défaite de l'Allemagne ! Pal et Laura arriveront-ils à fonder un foyer ? Le Fils va devoir choisir entre sa propre vie et celle de son père !

    Un roman intéressant ! J'ai néanmoins trouvé quelques facilités et lourdeurs dans l'écriture - comme le fait que l'auteur insiste lourdement pour nous faire comprendre que Faron est une brute ! Quelques invraisemblances historiques aussi et plutôt "convenu" par moments ! Cela se lit plaisamment toutefois et c'est un auteur, Joël Dicker, à suivre !

    A bientôt !


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