• Voici un petit recueil bien réjouissant que ce Trop de Jean-Louis Fournier, déjà chroniqué sur ce blog pour Où on va, papa ? et Veuf.

    De quoi s'agit-il présentement ? Je me risquerais, sans trop prendre de risques, à dire que nous avons là un petit recueil de poèmes en prose ! Voilà, pour la forme, qu'en est-il du fond ?

    Fournier s'étend ici sur la société contemporaine, société faite d'abondance, de "trop" et n'appréciant plus rien, vide dans son esprit. L'auteur livre ces petits textes comme des constats, trop de choix, trop de beurres, de farines, de gâteaux, de savons mais aussi de journaux, d'écrans, d'infos, de radio. Société de consommation mais aussi de matraquage médiatique - qui nous rend esclaves ! A plusieurs reprises, le poète inclut dans ces textes, des références et un parlé pris au langage publicitaire ! Puis le poème se termine par une pirouette, un bon mot, une chute pour mieux tourner le sujet en dérision !

    C'est court mais brillant et bien vu ! Le texte est aussi empreint d'une certaine nostalgie, pas d'une "nostalgie de vieux con" mais de sage qui sait prendre le temps de vivre et d'apprécier les choses à leur juste valeur - quand elles sont rares et précieuses !

    Voilà, je n'en dirais pas plus, le mieux est encore d'apprécier et de savourer ce recueil ! Je vous laisse à vos lectures et vous dis à bientôt !


    votre commentaire
  • Les Âmes aux pieds nus - Maram al-MasriQui sont ces Âmes aux pieds nus ? Ce sont autant de femmes d'horizons différents - européennes, africaines, maghrébines, asiatiques, de tous âges et de tous milieux sociaux - dont Maram al-Masri dresse le portrait dans ses poèmes en vers libres ou leur donne la parole.

    Maram al-Masri est une poétesse syrienne au parcours personnel compliqué. Elle est née en 1962, a fait un mariage qui s'est mal déroulé, son mari lui ayant enlevé son fils.

    Mais concentrons-nous sur sa poésie ! Elle écrit en arabe et en français (car la traduction est toujours une "trahison") et fait preuve d'une hypersensibilité. Féministe dans l'âme -mais pas militante au MLF - elle connait bien le sort malheureux qui est fait aux femmes et elle parle sans ambages de la violence.

    Dans les poèmes de Maram al-Masri, les femmes aspirent à de hautes destinées, recherchent l'amour mais sont forcément trahies - par de fausses promesses - asservies par l'homme (et on voit bien là le rôle de la biographie de l'auteur), enchainées à leur domesticité. La poétesse parle de féminité, de la sensibilité féminine et de déception.

    Des poèmes finement ciselés tels des joyaux fragiles qui témoignent d'une grande maitrise de la langue - des deux langues !

    Des ouvrages de poésie conseillés à l'heure où la violence est plus grande que jamais en Syrie !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Il est bien rare que je vous parle de poésie sur ce blog. c'est pourtant ce que je vais faire aujourd'hui avec cet essai de Michel Collot, Le Corps cosmos.

    Michel Collot est professeur à Paris 3 - Sorbonne Nouvelle, essayiste et a lui-même une certaine pratique de la poésie. Dans Le Corps-cosmos, il nous ouvre des perspectives sur le corps, notre corps, un certain microcosme qui tente de s'ouvrir à l'univers, le macrocosme. C'est là que se situe le Corps cosmos.

    Le Corps ! L'homme a une attitude ambivalente à son égard. Il est le siège de nos désirs, de nos pulsions, de nos souffrances. Il est soit idéalisé, soit rabaissé ! La médecine le scrute, la pornographie l'exhibe. Et deux mille ans de Christianisme nous ont appris à nous en méfier !

    De plus, en Occident, et depuis Platon, il existe une dichotomie entre le corps et l'âme. Le corps est le siège de notre âme et notre lien au monde. A travers nos perceptions, nous saisissons le monde, la sensation, non sans en perdre une grande partie. Nos sensations sont en effet médiées par le double code perceptif et linguistique. Or, c'est bien la subjectivité liée au corps que la poésie lyrique (qui a succédé à la poésie épique) tente de saisir. Le poète est celui qui voit l'invisible.

    Le corps n'est pas pur matérialisme. Il a certes avec Lautréamont, Jarry, Artaud, Chopin été dégradé, saisi comme une chose immonde (note Collot).

    "L'éclatement organique est [bel et bien] une métaphore pour la décomposition du milieu social", le corps social. Ne dit-on pas la "tête de l'état" ?

    Mais en réalité, le corps permet la sublimation. Par lui,le poète, comme tout un chaque homme, accède au monde. La poésie prend "corps". Mais comment saisir la synesthésie sans tomber dans le descriptif et le cru ? En s'attachant à la sensation !

    C'est bien là tout le défi de la poésie moderne !

    A vos vers !


    votre commentaire
  • Le Spleen de Paris - Petits poèmes en prose est un recueil de cinquante poèmes, écrits entre 1855 et 1867, par Baudelaire et publié à titre posthume en 1869 par Asselineau et Banville. La mise au point de l'ovrage a donc été erratique et son auteur a songé à d'autres titres tels le promeneur solitaire, le Rodeur parisien,ou la Lueur et la Fumée.

    Baudelaire cherche une écriture de la Modernité qui trouve son expression et son origine dans la Grande Ville qu'est Paris. La prose fait écho aux vers des Fleurs du Mal et particulièrement aux Tableaux parisiens qui ont été ajoutés aux Fleurs du Mal dans son édition de 1861, après l'interdiction de 1857.

    9782253161202-GLa forme du poème en prose n'est une innovation à cette époque. elle a été inaugurée par Aloysius Bertrand dans son Gaspard de la nuit. Mais Baudelaire lui donne ses lettres de noblesse.                 
                                                                                   
    Dans ses Notes nouvelles sur Edgar Poe, Baudelaire opposait la nouvelle en prose -qui n'exclut pas une certaine poéticité - au poème versifié, comme forme plusn propre à saisir ce qu'il appelle la "vérité".

    Dans le Spleen de Paris, certains thèmes récurrent ressortent : la rêverie, l'anecdote et les tableaux de moeurs et les contes cruels.

    L'ironie et le sarcasme se développent dans ces contes cruels et font pendant au lyrisme dans le recueil.
    Contre une certaine forme de la Modernité (celle du progrès et de l'univers bourgeois), de vulgarité (celle de la masse et de la démocratie), contre une certaine forme de sordide qui caractèrise l'esprit humain,  le poète-dandy met en scène avec sarcasme, le bas, le monstrueux de la banalité quotidienne.

    A bientôt!


    votre commentaire
  • Sapphô est une poétesse grecque réputée du VIIème siècle avant J.C. - dont l’œuvre pourtant Odes et fragments - Sapphôen ce temps là considérable par la taille et par la portée, s'est en grande partie perdue ! Il ne nous en reste en effet que des fragments ! De plus cette poésie, au mètre subtil, pose de gros problèmes de traduction afin d'en restituer toute les splendeurs !

    Sapphô est donc, au même titre qu'Homère - dont l'existence réelle n'est d'ailleurs pas attestée complètement - un des fondements - l'origine ! - de notre littérature occidentale !

    Elle vécut à une époque - entre la Grèce archaïque et la Grèce classique - où le modèle politique grec - la cité - en était encore à émerger ! Il y avait notamment des conflits, ce que l'on nomme la stasis -qui opposaient l'aristocratie au démos - le peuple des citoyens libres mais pauvres ! Avec Sapphô, on quitte la poésie épique d'Homère - qui s'adresse à tous - à une poésie lyrique à destination des aristocrates ! Car Sapphô était une aristocrate, originaire de l’Île de Lesbos, d'où elle dut s'exiler en Sicile pour échapper à un tyran qui s'appuyait sur le démos contres les aristoi !

    Dans ses poèmes, Sapphô clame les amours entre femmes ! De son nom, on a fait l'adjectif "sapphique" et de son lieu d'origine, Lesbos, le mot "lesbienne". On retrouve en effet dans ses fragments, des noms de femmes récurrents, tels Gorgo ou Atthis... Une partie de ces textes s'intitule notamment "le temps des amies" !

    C'est, avec Sapphô, l'amour chanté, versifié, en lequel la poétesse dépasse la femme ! Une métrique particulière aussi : la strophe sapphique. Celle qui est saisie par la passion a perdu la capacité de s'exprimer, le désir l'étreint et lui fait perdre ses moyens ! Il s'agit pourtant d'attribuer le mot juste !

    Laissez-vous emporter par cette poésie qui a plus de 2500 ans !

    A bientôt !


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique