• Thomas Mann est un des plus célèbres écrivains allemands du XXème siècle, Prix Nobel de Littérature en 1929. Il est considéré comme un des écrivains de la décadence dans une Europe post-Première Guerre mondiale et où les nazis se hissent vers le pouvoir !

    Cependant Thomas Mann refuse d'accepter cette décadence et s'opposera toujours à toutes les idéologies en "isme" comme celle promue par Hitler ! L'écrivain célébré s’érige en défenseur de la "bonne Allemagne" celle qui possède des valeurs positives !

    Emigré en Suisse à partir de 1933, Thomas Mann n'adhère pas au nazisme, néanmoins - et cela fut longtemps un tabou pour ses admirateurs - il était antisémite et xénophobe !

    Mort à Venise, nouvelle commencée en 1911 et publié en 1912, s'inscrit dans cette thématique de la décadence ! Ce récit est en partie autobiographique ! Cette nouvelle a inspiré plus tard un film (Visconti), un opéra et un ballet.

    Gustav von Aschenbach est un écrivain de Munich reconnu (et anobli) dans la cinquantaine. Troublé par une mystérieuse rencontre lors d'une promenade, il part en voyage sur la côte adriatique et finit par aboutir à Venise, une ville dans laquelle il ne s'est jamais senti à l'aise. Dans son hôtel du Lido, Aschenbach découvre Tadzio, un jeune adolescent polonais qui le fascine par sa beauté. Il n'ose l'aborder et le suit dans la ville de Venise. Aschenbach, en proie à une sombre mélancolie et une sorte de fièvre dionysiaque, succombe à l'épidémie de choléra asiatique qui fait alors rage dans la ville. Il meurt sur la plage en contemplant une dernière fois l'objet de sa fascination.

    C'est donc à la fois un récit sur l'art, le temps qui passe, la beauté et la mort ! Je l'avais d'ailleurs étudié dans le cadre d'un enseignement de littérature comparée sur le thème de la mort ! il y a de nombreuses références à la Grèce antique dans le récit, une époque où on pratiquait la pédérastie. De plus, c'est remarquablement bien écrit et cela se ressent même dans les traductions !

    On peut aussi rapprocher ce texte de La Naissance de la Tragédie de Nietzsche en ce qui concerne le dionysiaque opposé à l'apollinien !

    Je ne me livrerais pas à une analyse détaillée mais il y aurait beaucoup à dire de ce texte troublant ! Il est notamment disponible en recueil avec d'autres nouvelles du grand auteur !

    A bientôt !


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  • La Symphonie pastorale est un roman d'André Gide paru en 1919. C'est un roman très court et il m'a fallu moins d'une heure pour le lire à l'époque - environs 150 pages !

    La Symphonie pastorale - André GideLe titre du roman vient de la Symphonie éponyme de Ludwig van Beethoven. C'est un roman qui n'a rien à voir avec la musique et qui raconte un conflit entre morale religieuse et sentiments !

    Un pasteur recueille Gertrude, une jeune fille aveugle et dont la tante vient de décéder ! Elle se retrouve donc orpheline ! Le pasteur propose à la jeune aveugle de vivre avec lui et sa famille dans une petite chaumière, dans le Jura de Neufchâtel en Suisse.

    Le pasteur tient un journal où il raconte l'éducation protestante qu'il prodigue à la jeune fille dont il fini par tomber amoureux. Mais Jacques, le fils du pasteur tombe également amoureux de Gertrude et celui-ci s'en rends compte et le chasse !

    Puis Gertrude subit une opération qui lui redonne la vue ! Gertrude, qui était plus proche du pasteur quant elle aveugle, une fois la vue recouvrée, va tomber amoureuse de Jacques, le fils ! Mais entre temps, Jacques s'est converti au catholicisme, rompant d'autant plus avec son père, et est devenu moine !

    Le pasteur avait protégé Gertrude durant toutes ces années ! Celle-ci pouvant à nouveau voir va voir le Mal et le Péché qui sont dans le monde et sombrer dans la folie et finir par se suicider !

    Un film sur l'innocence et le désenchantement ! Il y a aussi dans ce roman un peu de l'influence de L’Émile, le traité d'éducation de Rousseau !

    Une adaptation ciné a été réalisée en 1946 par Jean Delannoy avec Michèle Morgan dans le rôle principal !

    A bientôt !


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  • "On avait dû calomnier Joseph K., car sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin." C'est par ces mots que commence un roman incontournable du XXème siècle, Le Procès de Franz Kafka.

    Cet auteur a tellement compté dans la littérature qu'on lui a attribué l'adjectif "kafkaïen" Le Procès - Franz Kafkaqui est passé dans le langage courant ! Le Procès fut publié à titre posthume en 1925, son auteur étant décédé de la tuberculose l'année précédente. Kafka avait par ailleurs demandé à son ami et exécuteur testamentaire, Max Brod, de brûler ses manuscrits. Heureusement, celui-ci n'en fit rien et on a pu avoir accès à nombre de chef d’œuvre !

    Le Procès raconte l'histoire de Joseph K. personnage à la majuscule autobiographique, qui est arrêté sans en connaître la raison et subit un procès absurde. Il ignore les motifs de l'accusation et ce qu'on lui reproche ce qui rend la chose encore plus absurde !

    En un sens, ce roman dénonce les absurdités du totalitarisme et de la bureaucratie qui écrase les hommes. Kafka travaillait dans un bureau sur des statistiques et voyait ainsi l'effet délétère qu'a le fait de réduire les destins à des nombres !

    On pourrait proposer d'autres interprétations du Procès, sur la question juive, sur le rôle des femmes et du mariage. Je me bornerais ici à la condamnation de la Bureaucratie ! Ce livre c'est aussi la mise en avant d'une Humanité défaillante. L'Homme y est écrasé par le système. Ce roman en annonce d'autres avec une longueur d'avance, notamment 1984 d'Orwell.

    Avec le développement actuel de l’État Sécuritaire, on voit que Kafka avait vu juste !

    A bientôt !


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  • On peut penser ce qu'on veut du Louis-Ferdinand Destouches des pamphlets antisémites et condamnables de la Seconde Guerre mondiale, il n'en reste pas moins que Céline est un écrivain qui compte dans la littérature française ! En effet, avec son premier roman, Voyage au bout de la nuit, paru en 1932 - et Prix Renaudot - tranche sur la tradition par son style qui imite l'oralité et reprends l'argot et livre une vision bien pessimiste de la société moderne à partir de la Première Guerre mondiale !

    Voyage au bout de la nuit - Louis-Ferdinand CélineCe roman s'inspire largement de l'expérience personnelle de son auteur ! Céline s'incarne dans Ferdinand Bardamu, le "héros". Il assiste à la mascarade de la guerre, visite les colonies, se rend à New York où il découvre le machinisme, devient médecin généraliste mais à chaque fois touche à la pourriture du monde !

    Le narrateur exprime son mépris à l'égard de l'Humanité entière, braves ou lâches, colonisateurs ou colonisés, pauvres ou riches sont tous traités de la même manière dévalorisée ! Bardamu est un personnage qui est en perpétuelle errance tout au long du récit !

    C'est au final une œuvre à la fois antinationaliste, anticolonialiste, anticapitaliste et anarchiste ! Céline condamne de même l'idéalisme dans un roman très désespéré !

    Le style "oralisant" de Céline a fait date ! Il influença d'autres auteurs par la suite dont Louis Aragon dans Le Monde réel. L'auteur de ce Voyage au bout de la nuit réfute ainsi tout académisme, ce qui fit polémique, sinon scandale à l'époque !

    Un livre devenu un classique qu'il faut avoir lu !

    A bientôt !


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  • Je vous propose maintenant une fiche de lecture, rédigée en 2006, consistant essentiellement en un résumé du roman d'André Gide, Les caves du Vatican - comme j'en avais produit une pour Le Père Goriot d'Honoré de Balzac !

    Cette fiche pourra servir de repère aux lycéens qui auraient à travailler sur cette œuvre mais ne les dispense évidemment pas de lire le livre !

    Pour ma part, j'ai découvert Gide en 1988, en classe de Première S, avec la lecture au programme de L'Immoraliste, lecture que je n'avais pas su apprécier à l'époque !

    Trêve de bavardages, voici le hors-d’œuvre !

    Les caves du Vatican ; Date de publication : 1914 ; Édition Poche : Folio 34

    Résumé :

    Véronique Armand Dubois, Marguerite de Baraglioul et Arnica Fleurissoire sont trois sœurs.

    Le mari de Véronique, Anthime, franc-maçon, se rend avec sa femme à Rome pour soigner ses rhumatismes. Après avoir détruit la main droite d'une statuette de la Vierge suite à une discussion âpre avec son beau-frère, Julius de Baraglioul, sur le thème de la religion et alors qu'il dort, Anthime a une vision de la Vierge et est guéri de son boitement. il se convertit à la religion catholique suite à cette expérience. Mais sa conversion ne durera que quelques temps, jusqu'à ce que sa paralysie le reprenne.

    Julius de Baraglioul est marié à Marguerite Peterat. Il vient d'écrire un livre sur son père, le comte Juste-Agénor de Baraglioul, qui se nomme L'Air des Cimes. Julius espère entrer à l'Académie mais son livre est jugé fade. Le comte de Baraglioul est à l'agonie et demande à son fils de rendre une visite à un dénommé Lafcadio Wluiki, qui est en réalité un bâtard du comte. Lafcadio découvre que le comte est son père, lui rend visite et hérite de lui. Julius ne sait pas que Lafcadio est son frère. Néanmoins, ils sympathisent. Lafcadio croise la route de Geneviève, la fille de Julius qui s'éprendra de lui.

    Protos, un ami d'enfance perdu de vue de Lafcadio, est un brigand à la tête du Mille-Pattes qui a monté une escroquerie au sujet du Pape. Il soutire de l'argent à des catholiques crédules en se faisant passer pour le chanoine de Vimontal et en affirmant que Léon XIII est emprisonné par les francs-maçons et remplacé par un imposteur. Il faut verser une caution pour sa libération. La comtesse Guy de Saint-Prix, soeur de Julius puis Arnica Fleurissoire sont bernées par Protos. Arnica demande à son mari, Amédée Fleurissoire, de se rendre à Rome pour constater les faits.

    A Rome, Amédée est trompé par Protos sous diverses apparences et ses complices. Le séjour n'est qu'une suite de mésaventures pour lui. Il commet le pêché de chair avec Carola, une ancienne maitresse de Lafcadio qui est retournée vers Protos. Julius de Baraglioul se rend dans le même temps auprès du Pape pour que l'on offre des compensations financière à Anthime Armand Dubois qui a été ruiné par sa conversion. En vain. Amédée rencontre Julius après l'entrevue papale de ce dernier et l'informe du complot ce qui amuse Julius qui n'y croit guère. Amédée va toucher un chèque pour Protos accompagné par Julius. Puis Amédée reprend le train.

    Lafcadio est dans le même compartiment qu'Amédée durant le voyage par le plus grand des hasards. Lafcadio commet un "acte gratuit" et pousse Amédée hors du train. Amédée se tue dans sa chute.Protos qui suivait Amédée a tout vu et prend sur lui d'effacer les indices qui pourraient compromettre Lafcadio. A Rome, Lafcadio rencontre à nouveau Julius et découvre que son demi-frère et le vieillard du train étaient apparentés. Julius a de nouvelles idées pour ses futurs romans. Julius apprend qu'Amédée a été tué et se met à croire à la théorie du complot de Fleurissoire. Il va prévenir la police.

    Dans le train, Lafcadio rencontre Protos qui lui apprend qu'il le couvre et lui demande de choisir entre le Mille-Pattes et la police. Lafcadio refuse de se joindre à Protos. Peu après, Protos, qui a été dénoncé par Carola, est arrêté par la police mais avant il a le temps d'étrangler sa maitresse. Lafcadio retourne voir Julius et lui apprend qu'on n'a pas arrêté le bon meurtrier. Lafcadio dit à Julius qu'il est lui-même le criminel. Au matin suivant, il est sur le point d'aller se livrer. Geneviève arrivera-t-elle, grâce à son amour naissant, à le convaincre de ne pas le faire ?

    Un roman touffu avec beaucoup de péripéties, louchant vers le genre policier mais n'en faisant pas partie - et menant son récit avec une certaine cocasserie et désinvolture !

    Voilà, pour cette lecture, qui pour moi remonte à presque dix ans à ce jour !

    A bientôt !


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  • Frédéric H. Fajardie est un auteur de romans noirs, de nouvelles et de romans plus classiques et aussi scénariste pour le cinéma.

    Une charrette pleine d'étoiles - Frédéric H. FajardieAvec Une charrette pleine d'étoiles, Fajardie signe un roman sur la Guerre d'Espagne autour de trois copains ouvriers aux Établissements de l'Electro-Mécanique. Il y a Mena, Riton et Harszfield qui au début du récit sont en grève !

    Mena a une petite amie Lucie. Elle est jeune et belle et l'avenir sourit aux deux jeunes gens ! Seulement voilà, la jeune femme est violée et tuée dans les bureaux de l'usine par un des fils du patron. Ce dernier prend alors la fuite dans l'Espagne en pleine guerre civile. L'action se déroule en effet en 1938.

    Dès lors, les trois amis rejoignent les rangs des Républicains contre les Franquistes . C'est la lutte entre Phalangistes, armée italienne, Légion Condor et communistes, Brigades Rouges Internationales et combattants de la Liberté ! Les copains découvrent la violence d'un conflit sans concession et se rendent bien compte qu'il préfigure une guerre plus large à l'échelle du monde, ce qui sera la Seconde Guerre mondiale !

    Un des trois amis sera blessé, un autre ne rentrera pas ! La défaite est inévitable !

    L'intrigue du roman se détourne de la simple vengeance pour parler de la guerre. D'ailleurs la vengeance n'aura pas lieu et le "coupable" se révélera un bon patron humaniste ! C'est davantage le récit de la guerre et de ses horreurs et comment il change les hommes et les liens entre eux et leur vision du monde !

    C'est une bonne lecture ! Un style et un propos qui me rappelle un peu Didier Daeninckx ! Un roman à dimension politique et engagé donc !

    A bientôt !


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  • Henri Barbusse est surtout connu pour Le Feu, son roman - témoignage sur la Grande Guerre, un des premiers documents - authentiques - sur le sujet, écrit en 1915, dans la même veine qu'A l'ouest, rien de nouveau d'Erich Maria Remarque. Ces deux écrivains ont en commun d'avoir vécu la guerre dans leur chair, dans des camps différents !

    Barbusse publia son premier ouvrage, un recueil de vers, Pleureuses, en 1895, qui lui valut des bonnes critiques. En 1903, il publie son second recueil, Les Suppliants. Sa réputation grandit avec en 1908, son premier roman, L'Enfer.

    Le Feu provoqua suite à sa sortie une querelle littéraire en France et par delà les frontières entre les tenants et les opposants au "mensonge guerrier". C'est donc au fond un roman antimilitariste - contre la guerre mais pas contre les soldats !

    Le Feu reçoit le Prix Goncourt en 1916 pour son réalisme notamment. Barbusse devient par la suite un grand admirateur de la Révolution de 1917 et écrivit sur le sujet ! Il est décédé à Moscou en 1935.

    Le Feu est sous-titré "Journal d'une escouade" et on suit une pléthore de personnages : le narrateur, Fouillade, Volpatte, Cocon, Lamuse, Barque, Farfadet, Marthereau, Paradis, Blaise, Biquet, Pépin, Eudore, Mesnil-André, Poterloo, Tirette, Bertrand... Le groupe est uni par une fraternité de soldats bien qu'il soit hétéroclite et composé d'hommes de tous horizons (mais principalement ouvriers et laboureurs...).

    Stylistiquement, le roman inaugure de nouvelles voies littéraires : introduction du langage familier et de l'argot dans l'écriture (chemin suivi notamment par deux autres écrivains ayant vécu le conflit : Céline et Aragon...).

    La Grande Guerre est décrite au plus près, à hauteur d'hommes et non de cartes d'états-majors. Ces thèmes ont été maintes fois repris depuis : l'attente dans les tranchées, les conditions de vie des Poilus (les poux, les rats, l'humidité, la boue), le "divorce" avec l'arrière (les profiteurs et les planqués), la débrouillardise et le système D, l'intendance de cette "machinerie" qui broie les hommes, la "bonne blessure"...

    Bref, la guerre est une tragédie absurde et le soldat devient tantôt une stupide victime tantôt un ignoble bourreau. Le Poilu trouve réconfort dans le vin (le "pinard"), les lettres, le barda, le tabac...

    Au niveau du lexique employé dans le récit, pour dire l'indicible, on note la surabondance de thèmes morbides : "cimetière", "morts", "ombres", "fantômes", "nécropole", "crypte", "spectres". Le registre de l'hallucination et du cauchemar est aussi présent de même que les quatre éléments : Feu, Eau, Terre, Ciel...

    Le titre, enfin ! Le Feu évoque aussi bien les combats - et la survie - que la popotte - et la subsistance !

    Le dernier chapitre est un plaidoyer de la "Der des Der" !

    Bref, un roman prenant, édifiant et très fort !

    A bientôt !


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  • Naissance des fantômes, publié en 1998, est le deuxième roman de la normalienne agrégée de Lettres, Marie Darrieussecq, qui vient confirmer le talent de l'écrivaine, découverte avec Truismes deux ans plus tôt !

    Un homme disparait en allant chercher le pain laissant son épouse sans nouvelles. Pas plus de développement que cela dans les péripéties du récit ! Ici tout se concentre sur les états d'âmes et les angoisses de la narratrice, la femme esseulée, nous conviant à un exercice littéraire.

    Il s'agit pour Marie Darrieussecq de nous faire palper l'absence du mari et le sentiment de vide qui étreint son personnage féminin. Tout cela en à peu près 160 pages ! Le but est atteint. La narratrice passe par les différentes étapes du deuil - et d'autres - doute, colère, angoisse, peine, désespoir, incompréhension...

    Notons au passage l'oxymore du titre "Naissance des fantômes". Le fantôme est une figure de la mort, qui "nait" avec la mort. D'où l'opposition entre "naissance" et "fantôme" termes liés par la mort. Par opposition pour le premier terme et manifestation dans le second !

    Le lieu de l'intrigue est une capitale maritime - que je n'ai pas réussi à identifier car sans doute fictive - et qui semble être non loin d'une zone de conflit ou de criminalité. La notion d'espace est importante dans le livre, l'espace vide de l'absence, l'errance... et l'océan avec l'élément liquide d'où peuvent jaillir les tentacules de quelques monstres qui vous prennent aux intestins pour vous attirer vers le fond !

    Un bon roman - assez intellectuel à vrai dire - donc pas forcément d'une approche facile mais permettant de nombreuses variations stylistiques autour de thèmes restreints (évoqués plus haut, le vide, l'absence, l'angoisse...).

    Marie Darrieussecq vient confirmer son coup d'essai de Truismes avec ce roman et s'impose comme une figure contemporaine qui compte !

    A bientôt !


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  • Paul Auster est un habitué de ce blog ! C'est aussi et surtout un fin connaisseur de l'Amérique qu'il chronique dans ses récits.

    Mr Vertigo - Paul AusterDans Mr Vertigo, Auster nous transporte dans les années 1920 dans une histoire que je qualifierais de conte fantastique et allégorique.

    Walt est un gamin des rues de Saint-Louis mal parti dans la vie. Un jour, il est ramassé par l'étrange maitre Yehudi qui décèle le Don en lui et veut en faire un phénomène d'attraction. Commence pour le gamin de même pas dix ans une sorte de chemin initiatique, dans un coin perdu de la campagne, en compagnie des improbable Maman Sioux et Esope.

    Walt endure différentes épreuves assez pénibles - être enterré vivant, être mutilé, pendu etc - mais il les accepte car il a passé un pacte avec le vieux Yehudi : celui-ci lui a promis qu'il serait au bout de trente-trois niveaux, capable de voler tel un oiseau.

    Cela parait impossible à un esprit cartésien ! Pourtant, par la grâce de l'écriture, sur le papier, dans les pages du récit, Walt parvient "réellement" à léviter !

    Il devient alors une attraction, connait la gloire mais celle-ci n'est qu’éphémère ! Ce récit est donc un récit de vie, raconté par un vieux Walt soixante ans plus tard. C'est aussi l'histoire d'une étrange "famille" d'exclus, rassemblé par Maitre Yehudi, des êtres liés entre eux, frappés par le malheur, au coeur de nulle part !

    C'est enfin un voyage dans les USA à partir des années 20 : la Prohibition, le Ku Klux Klan, le Jeudi Noir...

    Bref, Paul Auster nous dépayse, nous fait plaisir en même temps qu'il nous enseigne !

    A bientôt !


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  • Le 13 mars 2013, Jorge Mario Bergoglio est devenu le pape François Ier, prenant son nom d'après Saint Le Pauvre d'Orient - Alain AbsireFrançois d'Assise fondateur de l'Ordre des Franciscains, au début du XIIIème siècle qui prône l'humilité et la pauvreté.

    Alain Absire est un écrivain versé dans le religieux. il a écrit sur Lazare et dans Le Pauvre d'Orient, c'est un épisode de la vie de François di Bernardone qui nous est narré.

    En 1219, François se trouve avec son frère Illuminé près de Damiette, tenue par les musulmans et assiégée par les croisés. Il a déjà une réputation qui le précède, notamment le fait d'avoir arrêté une tempête en mer par la prière.

    François a choisi la voie du Christ et de l'Amour et se retrouve confronté à des croisés va-t-en-guerre avec à leur tête un prélat du pape avide de sang. Dans ce contexte, le futur saint va vouloir rencontrer le sultan Al-Kamel et essayer de le convertir !

    Au début de cette tentative, il ne connait que les geôles mais rencontre finalement le grand mahométan. La parole de François va finir par résonner dans le cœur du sultan. Certes, celui-ci ne peut pas se convertir - car ce serait renier son peuple - mais il voit que la guerre et les massacres ne sont pas la solution. Le chef de Damiette fait alors porter un message de paix au prélat qui le rejette. Dès lors, il choisit de quitter la ville et l'offre aux croisés afin d'éviter un important bain de sang !

    Il est intéressant de se pencher sur la figure de François et celle d'Al-Kamel, deux hommes d'une profonde sagesse, chacun doutant, se réclamant de foi différentes mais adorant pourtant le même Dieu.

    Un roman intéressant tant du point de vue historique que spirituel. Personnellement, le message théologique me passe un peu au dessus de la tête (comme le fait que les lépreux sont les Bienheureux ! Cela leur fait une belle jambe !): il révèle pourtant certaines vérités.

    Bref, si la vie des saints-hommes vous concerne, vous jetterez au moins un œil à ce livre !

    Il est également question des croisades dans Du domaine des murmures que j'ai chroniqué récemment ! Je vous renvoie également à mon court texte -qui n'est pas une apologie de la croisade ou de la guerre sainte ! - sur inlibroveritas au lien suivant :

    L'Epée, la Croix et le Sang -http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre7758.html

    A bientôt !


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  • COMPTE A REBOURS ....0

    Ce compte à rebours pour vous présenter d'ores et déja le 400ème billet de la "Bibliothèque-éclectique". Ca commence à faire !

    Mais bon revenons à nos moutons !

    Il sera question cette fois-ci du récit autobiographique de Jean-Marie Gustave Le Clézio, Prix Nobel de L'Africain - J.M.G. Le ClézioLittérature 2008 (et qui est un écrivain que j'aime beaucoup), L'Africain autour de la vie de son père comme médecin des colonies d'abord en Guyane Britannique puis au Nigéria.

    Quelques précisions sur la vie de Le Clézio s'imposent -surtout pour ceux qui n'ont pas lu le livre. J.M.G. Le Clézio est descendant de bretons installés au XVIIIème siècle à l'Ile Maurice. L'Ile devient britannique par la suite.

    Raoul et Simone, les parents de Jean-Marie Gustave, sont deux cousins germains. Raoul décide de quitter l'Angleterre pour ses colonies. Lors d'un retour en Europe, il épouse Simone. Ils vont partir tous les deux pour un voyage en Afrique. Simone rentre ensuite en France et son mari reste comme médecin au Nigéria. La Seconde Guerre Mondiale éclate et la mère de notre écrivain passe en Zone Libre, à Nice où elle vivra avec sa mère et ses deux enfants et séparée de son mari qui ne les reverra qu'à la fin du conflit où toute la famille part vivre en Afrique.

    Bon, je me rends bien compte que cette présentation est très succinte et un peu maladroite, - je n'ai pas le style de Le Clézio - et vous renvoie donc à L'Africain à partir duquel on peut réussir à retracer tout cette biographie, écrite avec plus de talent et parce que c'est SA vie !

    Ou plutôt celle du père de Le Clézio. Raoul était profondément épris du continent africain, terre de traditions, de liens, d'authenticité mais aussi de maladies, de mort et de souffrance. Le médecin Raoul Le Clézio va s'efforcer d'apaisser ces maux - se faire accepter même par les sorciers, lui le seul européen à des lieux à la ronde -mais la Guerre - le fait de se rendre compte que le monde entier s'entretue - donc son impuissance - et d'être séparé de sa femme et de ses deux jeunes enfants - vont le changer, faire commencer son déclin.. et conditionner le rapport du fils au père et réciproquement !

    Le texte - qui est brillant - est accompagné de photos prises durant les premières années sur le Continent Noir par le père. Quel est donc l'utilité - la fonction - de l'image par rapport à l'écrit ?

    Je tente un début d'élucidation en disant que ces photos sont en quelque sorte le regard du père ou plutôt non, il s'agit du regard du lecteur évidemment mais aussi du regard du premier "lecteur" de ces photos à savoir le fils. C'est comme si c'était pour le fils le moyen de rentrer dans les pas du père, de doubler son regard... en doublant les photos par le texte produit !

    J'y vois une autre explication : ces photos sont comme des reliques où davantage pour coller à l'Afrique des fétiches - donc des substituts (du Dieu, du Père). Il est de même beaucoup question dans le texte des objets accumulés par le père et conservés par lui tout au long de sa vie. Ces objets sont des traces, des témoins d'un temps révolu. Et on rejoint le propos précédent qui est de marcher dans les traces du père !

    Voilà pour mon interprétation... Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur le récit même et sur l'Afrique.

    Je vous dis à bientôt !


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  • Milan Kundera est un auteur tchèque d'origine tchécolosvaque. Il est né le 1er avril 1929 à Brno et a obtenu la nationalité française le 1er juillet 1981.

     A l'origine, il écrit en tchèque mais utilise désormais le français. Il veille lui-même à la bonne traduction de ses premières oeuvres en français. C'est un exilé qui a fuit le régime communiste. J'ai, par ailleurs, déja eu l'occasion de parler de lui.

     Et cette fois-ci, j'ai eu la possibilité de lire son roman L'ignorance qui tourne autour de deux -ou disons trois - personnages principaux, tous des réfugiés tchèques qui vivent leur exil pour des raisons politiques puis au début des années 1990, avec la chute du Mur et de l'URSS vont retourner dans leur patrie d'origine. C'est ce périple - allusions à L'Odyssée d'Homère dans le texte - que raconte ce récit.

    Le récit s'ouvre sur le personnage d'Irena, première figure d'exilée du roman dont l'amie Sylvie s'étonne du peu d'empressement de celle-là à vouloir retourner dans son pays d'origine. Le narrateur remarque que lorsque le Bloc de l'Est était debout, les réfugiés étaient vus comme des héros tragiques, maintenant, ils sont suspects. Mais finalement Irena va effectuer ce voyage qui va s'avérer déceptif.

    Puis il y a son contrepoint masculin, en la personne de Josef. Les deux se sont connus dans le passé mais si Irena se souvient de lui, Josef ne se rappelle plus d'elle d'où le titre L'ignorance !

    Sur cette base va se construire une relation qui semble bien mal partie en réalité.

    C'est aussi là un livre sur la capacité de l'individu à pronostiquer l'avenir. Celui-ci étant insaisissable.

     La fin de l'histoire reste ouverte... et on ne peut prédire comment cela finira... comme je l'explique la ligne précédente !

     Voila un roman très lisible, "psychologique" et qui moi m'a accompagné le temps d'un voyage. Ce qui est aussi le cas du précédent livre de Kundera que j'ai lu comme si cet auteur qui parle de l'exil devait m'accompagner dans tous mes déplacements !

     A bientôt !


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  • La Beat Generation est un mouvement littéraire et artistique né aux Etats-Unis dans les années 1950, initié par Jack Kerouac.

     

    L’œuvre maitresse de Kerouac reste le roman On the road (traduit en Sur la route en VF) qui se présente initialement sous la forme d'un seul rouleau de 30 mètres de long.

     

    La Beat Generation se veut représentative du mode de vie adoptée par une certaine jeunesse américaine des années 50. Jack Kerouac regroupe autour de lui un petit cercle d'amis dont Williams Burroughs et Allen Ginsberg.

     

    Après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la société américaine connait une forte période de croissance. Le citoyen américain tombe alors dans le matérialisme en accumulant biens et richesses à profusion (pavillon de banlieue avec garage, un voir deux voitures). La Beat Generation est un mouvement contestataire qui prône, contre ce matérialisme, un retour à la richesse spirituelle.

     

    Mais en réalité, davantage qu'une contestation active, ce groupe d'amis milite en faveur d'un désengagement, d'un retrait volontaire, à l'image de la société des exclus.

     

    "Beat" est un terme venu du ghetto de Harlem qui signifie "battu, à bout de souffle, éreinté".

     

    Le mot "Beatnik" apparait le 2 avril 1955 sous la plume de Herb Caen dans le San Francisco Chronicles. C'est un terme péjoratif calqué sur le terme russe "Spoutnik".

     

    La Beat Generation a également inspiré la musique et le cinéma. Dans ce second domaine, on citera les films Easy Rider (qui, à l'image de Sur la route, raconte la fuite vers les grands espaces américains et la soif de liberté) avec Peter Fonda et Dennis Hopper et The Graduate (Le Lauréat) où un Dustin Hoffman s'interroge sur son avenir et le sens de sa vie.

     

      Easy-Rider-1.jpg

    Enfin, ajoutons pour conclure que la Beat Generation inspira Mai 68 en France et le mouvement hippie.

     

    A bientôt !


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  • On retiendra de Pierre Desproges l'image d'un comique à l'humour caustique, cinglant et souvent absurde. Décédé dans les années 1980 des suites d'un cancer, il allait même jusqu'à se moquer de cette maladie.

    "On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui." : il me semble que cette citation est de lui. Quoiqu'il en soit l'adage est bien véridique.

    Certes parfois l'humour de Desproges n'est pas des plus fins : blagues misogynes, rires sur les juifs, les arabes, les noirs, les handicapés mentaux. Il faut cependant comprendre ces traits d'esprits comme des pics au second voire au troisième degré et par un retournement de situation Desproges dénonce en fait la misogynie, le racisme et revendique la tolérance.

    Le Dictionnaire superflu est un peu le pendant au Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis, une entreprise de démolition. C'est un dictionnaire qui comporte 26 entrées de noms communs allant de "alunissage" à "Zeugma" en passant par "kamikaze","'oeil" ou "rouquin" et 26 noms propres comme "De Gaulle", "Eluard" ou "Morituri".

    Anticonformiste, Desproges était un comique sans concession et le Dictionnaire revèle également une grande érudition de sa part.

    A bientôt !


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  • Une balle perdue est une nouvelle de Joseph Kessel, de 1935, disponible notamment en Folio 2 euros et dans le recueil Pour l'honneur aux Editions Plon.

    Car d'honneur, il en est précisément question dans ce récit. Et de fraternité aussi ! Kessel retrace des évènements dont il a été le témoin, l'insurrection de Barcelone en 1934, deux ans avant la Guerre Civile Espagnole : les tentatives des desperados pour s'opposer au pouvoir de Madrid en harcelant les autorités depuis les toits.

    Le personnage principal se nomment Alejandro, c'est un garçon de la rue, un cireur de chaussures. Il est anarchiste et admire Gurreaz, le héros de Saragosse. Il a noué une forte amitié virile (non dénouée d'ambiguité d'ailleurs!) avec Vicente, un indépendantiste catalan. Il y a aussi la mystèrieuse jeune femme anglaise, inaccessible, qui ne parait qu'au balcon et à la fenêtre de son hôtel. Enfin, il y a Juan, l'ami de misère d'Alejandro, joueur de guitare.

    Alejandro ressent de l'attrait pour les armes et dans le vent de la révolte, il entre en possession d'une carabine. Le titre de la nouvelle laisse d'ailleurs supposer, au lecteur averti, qu'il y aura au moins une victime avant la fin du récit.

    Une balle perdue est un roman de l'action (comme La Condition humaine de Malraux). L'intrigue s'étend sur trois jours et deux nuits au cours desquelles Alejandro découvrira la vraie nature humaine. Vaut-elle la peine que l'on se batte pour elle ? L'action révèle les hommes !

    Il y a dans cette histoire un lyrisme qui se dégage des descriptions de la ville de Barcelone : description des batiments, récurrence des motifs de la verdure et des pigeons, jeux de lumières et d'éclairage sur les façades. Ces effets introduisent des moments de répit dans l'action et les dilemnes moraux des personnages.

    Bref un petit texte agréable à lire sur le transat en une après-midi !

    A bientôt !


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  • La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide.

    C’est sur cet incipit qui n’annonce pas la couleur qu’Aragon va bâtir une histoire autour de l’amour d’Aurélien et Bérénice.

    Et oui, aujourd’hui, je vais vous parler du quatrième roman du Cycle du Monde réel, qui porte le nom de son héros : Aurélien.

    Décidément, Aragon sait très bien parler de l’amour. La façon dont il décrit les monologues intérieurs de son personnage principal concernant ses sentiments et ceux de l’être aimé montre une grande expérience de l’auteur pour ces affaires là. Je rappelle qu’Aragon eut plusieurs amours dans sa vie dont Nancy Cunard et bien entendu Elsa Triolet.

    Mais le personnage d’Aurélien se sent étranger à la société. Il est en effet un rescapé de la Grande Guerre et il y a un passage dans le roman –mettant en jeu une anecdote sanglante racontée par le personnage de Fuchs – qui montre toute l’horreur dont il a été témoin et l’instigateur au cours du conflit. Aurélien proclame à un moment qu’il n’a eu qu’une maîtresse : la Guerre.

    La Guerre justement : le roman, qui se passe en 1923, évoque la Grande Guerre et se termine en 1940 alors qu’Aurélien est capitaine dans l’armée française qui recule devant l’offensive du Troisième Reich. Et cet épilogue annonce le roman suivant du Cycle : Les Communistes.

    Aurélien a été écrit au début des années 1940, parallèlement aux poèmes de la Résistance, donc durant le conflit. On a par ailleurs reproché à Aragon d’avoir écrit une histoire d’amour en ces heures sombres. Ce a quoi l’écrivain a répondu qu’il n’avait pas fait que cela. C’est sous-estimé l’importance de la guerre dans le roman.

    On retrouve des personnages des autres romans du Monde réel, selon une technique de retour des personnages à la Balzac. Ainsi, on retrouve Diane de Nettencourt des Cloches de Bâle,  Edmond Barbentane des Beaux Quartiers et Blaise d’Ambérieux des Voyageurs de l’impériale.

    Les lieux ont également une grande importance dans Aurélien. Ce sont des lieux de passage où les amants ne cessent de se manquer. C’est aussi la ville de Paris et là Aragon renoue avec ses années surréalistes et le Paris de Anicet ou le panorama, roman.

    Bérénice rêve d’absolu et dans ces conditions l’amour d’Aurélien et de cette femme ne se concrétisera pas ! Tout ça pour ça diront certains aigris ! Mais je vous laisse plutôt découvrir ce roman par vous-même.

    A bientôt !


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  • Les cloches de Bâle fait partie, avec Les beaux quartiers, Les voyageurs de l'impériale, Aurélien et Les Communistes du cycle romanesque connu sous l'appellation Le Monde réel. Aragon ne choisit de nommer l'ensemble de ces romans qu'après la sortie du deuxième livre : Les beaux quartiers.

    Ces romans sont en partie célèbres pour leurs incipit (les entrées en matière). Pour Les cloches de Bâle, c'est : "Cela ne fit rire personne quand Guy appela Mr Romanet¨Papa." Pour Les voyageurs de l'impériale, on a : "Quelle horreur ! s'écria Paulette" et pour Aurélien : "La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide". Des entrées en matière qui suscite aussitôt l'intérêt du lecteur. Aragon s'en est expliqué dans Je n'ai jamais appris à écrire ou les incipits.

    Mais le livre qui nous intéresse aujourd'hui parait en 1934. A cette époque, cela fait déja quelques années que l'auteur a rompu avec les surréalistes pour renouer avec le roman que ceux-ci exècrent. Il est alors très influencé par les théories du réalisme socialistes qui sont un prolongement du réalisme et du naturalisme du XIXème siècle mais à visée édifiante pour les masses ouvrières, dans la lignée du marxisme.

    Aragon participe d'ailleurs avec Malraux et Gide au Congrès des écrivains socialistes présidé par Gorki au milieu des années 1930. L'écrivain a rallié le parti communiste en 1927.

    Il se lance à corps perdu dans l'écriture des cloches de Bâle,qui s'apparente au roman à thèse, et termine la première partie Diane, sans trop savoir dans quelle direction il va, se laissant guider par la plume. Il en propose la lecture à sa compagne Elsa Triolet qui lui rétorque : "Tu vas continuer encore longtemps comme cela ?"Aragon relate tout ceci dans la préface du roman.

    Dès lors, il décide de structurer son roman en trois parties, sur deux femmes et un homme. Les parties se nomment par ailleurs Diane, Catherine et Victor (plus un épilogue sur Clara Zetkins). Il y a des liens évidents entre ces parties qui se prolongent les unes les autres et utilisent des personnages récurrents en jeux d'écho.

    Le personnage central demeure toutefois Catherine Simonizdé, jeune émigrée de la bourgeoisie russe qui se sent comme une étrangère dans son milieu. Un drame à Cluses va la rapprocher des milieux anarchistes. A partir de là, et plus particulièrement dans la troisième partie, Victor,on glisse vers une présentation générale mais assez pointue des mouvements ouvriers et en particulier la grève des taxis parisiens de 1911 - 1912, au dépend des intrigues individuelles. Le livre s'achève sur le congrès des socialismes de Bâle où Jaurès et Clara Zetkins prennent la parole -ainsi qu'Aragon qui s'exprime à ce stade à travers son ""je".

    Il y a alors une réflexion sur l'émancipation de la femme à travers les revendications ouvrières : le droit au travail, l'émancipation par le labeur comme alternative à la femme entretenue ou à la prostitution.

    Voila pour ce billet. Je ne prétend pas ici à une analyse poussée (je dis cela au cas ou mon directeur de mémoire me lirait ^^) mais je voulais vous présenter ce livre. Je vous recommande de manière générale la lecture d'Aragon au sujet duquel - vous l'aurez compris -  j'ai consacré et je consacre des mini-mémoires (Aragon et Matisse, l'Histoire chez Aragon) et un gros mémoire (Oralité et familiarité dans le Monde réel) et je n'ai pas fini d'en percer les secrets !

    A bientôt !


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  • J'ai lu il y a peu une BD signée Hugo Pratt, datant de 1994 (une de ses dernières BD donc) et ayant pour sujet Saint-Exupéry et comme titre "Le Dernier Vol".

    Je me propose ici de revenir sur la vie de cet écrivain (Saint-Exupéry, pas Hugo Pratt!) surtout connu pour Le Petit Prince, disparu mystérieusement lors d'un vol au dessus de la Méditerranée le 31 juillet 1944.

    Par ailleurs, je signale que j'ai déja fait un billet sur Vol de nuit.

    Pour rédiger ce billet, je me base sur la préface de Frédéric d'Agay, dans la BD sus-citée.

    La magie du Petit Prince s'ancre dans le monde de l'enfance et celle d'Antoine de Saint-Exupéry fut très heureuse : "féerie et facétie des jeux, douceur de l'amour maternel". Le souvenir de la mère et la maison familiale comta énormément pour l'écrivain-aviateur : il est l'enfant blond, le prince-héritier d'une jeune veuve, Marie de Fonscolombe, comtesse de Saint-Exupéry, qui occupe Saint-Maurice avec ses cinq enfants. Elle a hérité de sa famille provincale des dispositions artistiques héréditaires qui en font un peintre et un poète, grande sensibilité à la nature et ouverture aux autres.

    A Saint-Maurice, Antoine vit dans les jeux. Parfois, il échappe au parc et c'est ainsi qu'il passera son baptême de l'air sur l'aérodrome d'Ambérieu sur un Berthaud-Wroblewski, piloté par le jeune Gabriel Wroblewski, à la fin du mois de juillet 1912, malgré l'interdiction formelle de sa mère.

    Antoine, "Tonio", ira chez les Jésuites de Sainte-Croix du Mans, puis chez les Jésuites de Notre-Dame-de-Mongré puis chez les Marianistes de la Villa Saint-Jean à Fribourg en Suisse. Tout cela de 1909 à 1917. Il se montre un élève indocile et peu appliqué. Durant la Première Guerre Mondiale, il écrit des poèmes contre le Kaiser.

    Après avoir passé deux "bachots", il intègre à Paris, à la rentrée 1917, l'Ecole Bossuet pour préparer Navale et Centrale mais échoue à ces deux concours et s'inscrit comme auditeur libre aux Beaux-Arts pour devenir architecte.

    En 1921, il effectue son service militaire au 2ème Régiment d'Aviation de Chasse de Strasbourg et apprend à piloter avec Robert Aeby, pilote de la Compagnie transaérienne de l'Est, sur Farman F-40 le 18 juin 1921, puis sur Sopwith-F-CTEE le 9 juillet de la même année.

    Il passe son brevet de pilote militaire en juillet 1921 à Rabat au 3ème Régiment d'aviation. C'est là qu'il découvre le Maroc et ses déserts. Mais il doit bientôt retourner à Paris pour terminer son service militaire.

    De 1923 à 1927, ce sont les heures les plus tristes de sa vie : fiancailles brisées avec Louise de Vilmorin, emplois administratifs et commerciaux éloignés de ses désirs et de ses besoins...

    En 1926, il publie sa première nouvelle, L'Aviateur,dans une revue littéraire Le Navire d'Argent. Il passe un brevet de pilote de transport public lui permettant de travailler à la compagnie Latécoère à Toulouse, qui assure le transport du courrier entre Toulouse et Saint-Louis-du-Sénégal. Avec Mermoz, Guillaumet, ils font escales en Espagne, au Maroc, en Mauritanie et au Sénégal avec les risques que le métier comporte.

    La création de cette ligne fera 40 morts et est comme une petite conquête coloniale.

    En 1928, Saint-Exupéry est nommé Chef d'Aéroplace à Cap-Juby au Rio de Oro, sahara espagnol. Là, il parvient à s'entendre avec les tribus maures les plus hostiles et avec le gouverneur espagnol. Peu à peu, Saint-Exupéry est séduit par le désert et ses étranges lois. De là naitront Le Petit Prince et Citadelle.

    A la fin du mois de novembre 1928, Saint-Exupéry rentre en France avec un manuscrit, ce sera Courrier Sud,édité par Gallimard en juillet 1929. En octobre 1929, il est nommé directeur de l'exploitation de l'Aéropostale Argentina et s'embarque pour Buenos Aires : premières lignes vers la Patagonie et le Brésil, survol de la Cordillère des Andes...

    saint exupery-f7da4A trente ans, il est fait chevalier de la légion d'honneur et participe au sauvetage de Guillaumet sur la Cordillère des Andes. Il fera le récit de ce sauvetage dans Terre des hommes.

    A la fin de l'été 1930, il rencontre la jolie veuve Consuleo Gomez-Carillo et leur histoire d'amour commence dans un avion ! Elle évolue dans le milieu du peintre van Dongen et des surréalistes à Paris. Il l'épousera en France en avril 1931 mais la vie commune sera souvent difficile en raison de l’extrême fantaisie de l'épousée.

    Saint-Exupéry écrit ensuite Vol de nuit, sur les responsabilité d'un directeur d'aviation vis-à-vis de ses pilotes, un second manuscrit qui enthousiasme andré Gide. Le livre obtient le Prix Fémina en décembre 1931, Hollywood achète les droits et en 1932 sort "Night Fligt" avec Clark Gable.

    Par la suite, Saint-Exupéry redevient pilote de l'Aéropostale (Casablanca, Port-Etienne puis les hydravions Marseille-Alger) puis pilote d'essai chez Latécoère. Il entre ensuite au service de la propagande chez Air France en 1934. Le monde aéronautique connait alors des difficultés que Saint-Exupéry vit très mal ! Il va quitter la compagnie ce qui entraine pour lui de grosses difficultés financières. Il se met alors à écrire des articles pour réhabiliter l'aviation française et un scénario de film. Il effectue également un cycle de conférences.

    Puis il tente de battre le record de vol Paris-Saîgon mais son avion s'écrase. Il s'en tire miraculeusement avec son mécanicien et sont sauvés par un Bédouin. Par la suite, il fait du journalisme, en 1936, pour L'intransigeant.

    En février 1938, il prépare un nouveau raid vers la Terre de Feu et se redn à New-York d'où il s'envole. Nouvelle accident au Guatémala qui le laisse amer.

    André Gide lui suggère alors de rassembler ses articles de journaliste dans un recueil : ce sera Terre des hommes, qui obtiendra le Grand Prix de l'Académie Francaise en décembre 1939. Parallèlement, la popularité de l'écrivain-pilote est très grande aux Etats-Unis. C'est de retour après une tournée triomphale aux USA que Saint-Exupéry est mobilisé.

    Après la défaite de l'Europe face aux nazis, Saint-Exupéry s'empare d'un Farman et débarque à Alger le 20 juin 1940. Il ne rejoins pas De Gaulle (car le pilote pense quie le pays devrait rester un et uni).

    Au cours de l'été 1940 , il s'embarque de Lisbonne sur le siboney avec le cinéaste Renoir et débarque à New-York le 30 décembre 1940.

    On  lui reproche alors de ne pas militer pour De Gaulle et les attaques contre lui sont violentes notamment d'André Breton. Saint-Exupéry en est vivement affecté. Il donne des articles, des conférences, rencontre des hommes influents du Parlement, du Gouvernement ou de l'Armée Américaine, afin de pousser les États-Unis à entrer en guerre. Il travaille sans relâche à Pilote de guerre. Il se met aussi à écrire le Petit Prince et Citadelle.

    Mais Saint-Exupéry se sent usé et pressé. En mai 1943, le Général Giraud lui confie une mission confidentielle au Maroc afin de déterminer ceux qui sont pour De Gaulle et ceux qui sont en sa faveur dans l'Armée Française. Il arrive radieux à Oujda ou l'armée américaine a installe une base d'entrainement des pilotes sur le nouvel appareil, le Lightning P 38 de Lockheed.

    Décu par le Général Giraud, lassé des injures des gaullistes, Saint-Exupéry regagne Alger après un entrainement plus difficile que prévu. Il demande à Robert D. Murphy, envoyé particulier du président Roosevelt à participer aux missions de guerre avec la groupe 2/33. Le 21 juillet 1943, il effectue sa pemière mission mais le 2 août, il est mis en réserve de commandement. Il est certes agé mais est surtout mis sur la touche par certains Français hostiles. Il en souffre beaucoup.

    Il réintègre l'escadrille du 2/33 en Sardaigne en mai 1944 grâce a des interventions auprès du haut commandement américain.. Malgré ses ennuis physiques, il pilote "comme un jeune homme", très heureux. Il reprend ses missions au sud de la France.

    Le 17 juillet, le 2/33 s'installe à Borgo, en Corse.

    C'est le 31 juillet 1944 qu'il disparaitra au cours d'une mission; Plusieurs hypothèses, les plus logiques comme les pires ont été formulées à propos de cette disparition. Or on a tout lieu de croire qu'il est tombé en Méditerranée, au large des côtes provençales, après une attaque de la chasse allemande.

    Quoiqu'il en soit, il nous laisse un témoignage extraordinaires des premiers temps de l'aviation ou les vertus des hommes sont souvent poussées au bout et un monument de la littérature enfantine qu'il est inutile de nommer.

    Je dédie ce billet à mon oncle Hervé qui nous a quitté.

    A bientôt !


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  • De quoi est-il question dans Des chrétiens et des maures? Et bien non, ce n'est pas un essai sur les croisades mais bel et bien un roman court de Daniel Pennac qui met en scène de nouveau la famille Malaussène et en premier lieu  Benjamin Malaussène (Je vous renvoie au billet sur Au bonheur des ogres).

    On y retrouve donc toute la sympathique tribu haute en couleurs : Le Petit, Jérémy, Louna, Thérèse, Clara, Monsieur Malaussène, Julius le chien.

    Cette fois-ci, c'est le Petit qui est au centre du récit.

    En effet, "un matin le Petit a décrété : Je veux mon papa." Dès lors, le gamin entame une grève de la faim tant qu'on ne lui aura pas présenté son paternel. il est entré dans une crise de "Bartlebysme".

    Or la famille est ce que l'on appelle une famille recomposée. Retrouver la trace du paternel ne sera pas chose aisée. Toutefois Benjamin Malaussène se souvient et confie son récit aux oreilles de son ami Loussa.

    Commence dès lors une histoire hautement improbable et romanesque : un homme torturé par des gangsters a été jadis recueilli par la famille Malaussène. Au chevet de Louna l'infirmière du clan, le malade est à l'agonie. Il passe par des crises d'hystérie et murmure des paroles incompréhensibles en plusieurs langues, anglias, espagnol, italien, yiddish et notamment " Cristianos y moros" (des chrétiens et des maures, qui s'avèrent être en fait un plat de riz blanc et de haricots noirs).

    Vous l'avez sans doute compris, le malade, qui finira par se rétablir et s'en aller, est en fait le père du Petit.

    La surprise finale, c'est Loussa qui la révèle à Benjamin Malaussène. Je ne vous en dirais rien pour ne pas vous gacher le roman mais sachez qu'il est question d'intertextualité.

    Les romans de Daniel Pennac sont des ouvrages que je lis toujours avec un grand plaisir. Prochainement, je vous parlerais de La fée carabine.

    A bientôt !


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  • La place est un roman biographique d'Annie Ernaux où l'écrivain revient sur la vie de son père. Ce livre a obtenu le prix Renaudot en 1984. Annie Ernaux se défend d'avoir voulu écrire un roman. Sa propre écriture est qualifiée par elle d'écriture plate car c'est l'absence de style et d'effet qui permet de mieux accroché la mémoire.

    De quoi est-il donc question dans La place? Tout d'abord le titre s'explique ainsi : la place c'est la place que les gens occupent dans la société. Les parents d'Annie Ernaux sont des ouvriers natifs d'Yvetot devenus épiciers-cafetiers. Ce sont donc communément ce que l'on appelle des gens modestes.

    Annie Ernaux va en quelque sorte s'arracher à ce milieu en devenant institutrice donc en poursuivant des études alors que les filles d'ouvriers traditionnellement travaillent dès 16 ans. Il se crée donc un décalage, particulièrement visible entre le père et le gendre. Pour les parents, c'est la peur d'être déplacé tandis que pour les bourgeois seule compte les conversations spirituels. Or chez les Ernaux, on se contente de choses simples, plus terres à terres.

    Ce livre commence par la mort du père et c'est pour la narratrice l'occasion de ressaisir le passé.

    On avait déja trouvé un éloge des milieux modestes, une description pleine d'affection de la pauvreté dans Le premier homme, le roman inachevé et posthume de Camus.

    Voilà, je fais un billet court pour un roman court lui aussi (114 pages) mais fort charmant : sans effet de style, répétons-le, Ernaux trouve les mots justes.

    Encore deux articles avant le 150ème billet !

    A bientôt!

     


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  • Je passe sur la biographie d'Aragon. J'aurais l'occasion d'y revenir dans un autre billet, notamment lorsque j'aborderais les surréalistes.

    Les voyageurs de l'impériale est un très gros roman (un pavé de près de 750 pages en Folio) et s'inscrit dans la lignée des sagas familiales sur plusieurs générations sur fond historique.

    La structure du roman d'abord : deux parties, "Fin de siècle" et "Vingtième siècle" séparées par une sorte d'interlude "deux mesures pour rien" qui comporte lui-même deux sous-parties "Venise" et "Monaco".

    Le récit s'ouvre par l'Exposition Universelle de 1889 et se termine par la Guerre de 14. entre les deux dates, on voit se succéder le scandale de Panama, le boulangisme, l'Affaire Dreyfus, la crise de Fachoda, celle d'Agadir. Un roman ancré dans le début du XXème siècle donc.

    C'est l'histoire de Pierre Mercadier, professeur d'histoire, issu d'un milieu bourgeois et richement doté, époux de Paulette descendante d'une lignée aristocratique sur le déclin qui a fait une riage pour l'argent. c'est une union dont l'amour a vite été remplacé par l'intérêt. Paulette tient à garder son rang social.

    Il y a aussi l'oncle Pascal de Sainteville chez qui les Mercadier passent leurs vacances, dans son château. il y a Mme Damberieux la mère de Paulette, figée sur la religion et ses principes.

    Le couple a eut trois enfants, une fille ainée, morte en bas âge, Pascal le fil et Jeanne la plus petite. On suit aussi l'itinéraire de Pascal. En fait, Les voyageurs de l'impériale, c'est l'histoire d'une relation père-fils et de la fuite du père du domicile familial.

    Pourquoi cette fuite ? elle fait suite à une crise de conscience.Pierre mène sa vie en s'illusionnant. Une aventure malheureuse avec Blanche Pailleron, l'épouse d'un industriel de Lyon que l'oncle héberge un été au château va lui ouvrir les yeux. Il abandonne alors sa famille, emportant le reste de sa fortune et laissant un livre inachevé sur John Law le financier.

    C'est à ce moment que l'on a droit à un interlude à Venise et à Monaco ou Pierre Mercadier va rencontrer successivement la jeune Francesca puis Reine. il va alors se dépenser dans le jeu et s'enfoncer un peu plus dans son sentiment d'inutilité concernant l'existence.

    Il réapparait au début du siècle chez son ami Meyer, un professeur juif, victime de l'antisémitisme symptomatique de l'Affaire Dreyfus. Devenu misérable et affaibli par l'âge, il va travailler dans une institution qui prépare au bachot.

    C'est alors qu'il fait la connaissance de Jean Mercadier, son petit-fils, enfant de Pascal et de la défunte Yvonne, la môme ouah-ouah rencontrée jadis en vacances au chateau de Sainteville.

    J'ai adoré ce roman ! Il est vraiment très touffu. Et personnellement, j'aime bien les récits qui n'éludent pas la trame historique; je trouve que cela donne un aspect authentique même si on perd un peu du caractère intemporel. Certaines œuvres vieillissent mieux que d'autres et en ce début de XXIème siècle, on retrouve des échos au début du XXème.

    La Grande Guerre éclate à la fin du roman, provoquée par la génération de Pierre Mercadier. Pascal va s'engager pendant quatre ans et trois mois pour que son fils n'ait pas à connaitre pareille situation. On connait la suite !


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  • Bonjour !

    J'ai déja eu l'occasion de vous parler de Nathalie Sarraute : c'était pour Les Fruits d'or où l'on voyait l'auteur pratiquer la sous-conversation.

    1003672Dans Le planétarium, l'écrivain révèle de nouveau l'intimité de ses personnages. Les pensées se mèlent aux dialogues. Il y a de nombreuses métaphores. Le roman est paru en 1959.

    "Voici les Guimier. Un couple charmant." Le planétarium est un roman sur la famille.

    Il y a Alain Guimier et sa femme Gisèle, un jeune couple. Alain a beaucoup de mal à terminer une thèse dans le domaine de l'art. De plus, il s'est pris de vénération pour une écrivain, Germaine Lemaire, et sa cour.

    Il y a aussi les parents de Gisèle. Alain se sent un peu sous leur coupe. Et puis la tante Berthe et Pierre le père d'Alain. La mère du jeune époux est morte précocement et ce sont donc Pierre et Berthe qui l'ont élevé.

    Tante Berthe est atteinte de maniaquerie. Elle a aussi trop gâté Alain,selon le père de celui-ci. Les Guimier ont des vus sur le très grand appartement de Tante Berthe.

    On découvre aussi les doutes d'Alain vis à vis de Germaine Lemaire. Il sait qu'il n'appartient pas au même milieu. il a peur d'être rejeté. Ainsi quand il croise l'artiste dans une librairie, son père l'accompagne. Alain a alors peur que son paternel déplaise à Germaine!

    Un roman plaisant. Les personnages ont une psychologie subtile (dans la limite d'êtres de papier).

    Souvent grinçant !

    A bientôt !


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  • Si j'ai bonne mémoire, j'avais déja eu l'occasion de vous parler de Didier Daeninckx à propos de Play-Back, un roman policier sur le Top 50. L'auteur est un écrivain engagé à gauche et après avoir dénoncé les tactiques abusives du star-system, cette fois, c'est à une attaque en règle contre le colonialisme à laquelle il se livre dans Cannibale.

    Certes, on pourrait voir le sort de ces indigènes de Nouvelle-Calédonie sous un jour pessimiste. Après tout, dans le livre, ils sont trimballés à Paris, dans le cadre de l'Exposition coloniale de 1931 où on les exhibe comme des animaux, niant leur véritable nature, celle d'êtres humains.

    Mais le récit est conduit non sans un certain humour et on ne pourra qu'être frappé par le cocasse de certaines situations bien que l'on ne soit pas dans Un indien dans la ville. Pourtant, l'issue sera fatale pour un des "cannibales" et le roman se clos sur une note en mi-ton.

    Ce livre est plutôt court. On pourrait parler de longue nouvelle ou de petit roman. J'ai pris énormément de plaisir à sa lecture, à suivre le périple de Gocéné et Badimoin à travers Paris.

    De plus, l'intrigue de 1931 est insérée dans un récit cadre qui se passe dans les années 1980 sur fond de revendications indépendantistes.

    Bref un très beau récit, humain, drôle et poignant. Un récit sur la différence, la tolérance et l'amitié.

    A bientôt !


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  • Antoine de Saint-Exupéry était un écrivain et un aviateur français. Il est surtout connu pour sa nouvelle Le Petit Prince. Son œuvre tourne autour des récits de conquête du ciel par l'aviation : on citera Courrier Sud, Terre des Hommes ou encore Pilote de Guerre. Il disparaît mystérieusement durant un vol en Méditerranée pendant la Seconde Guerre Mondiale.
    Je ferais ici un compte-rendu de Vol de nuit, roman court publié en 1931.

    9782070360048Rivière est le responsable des vols qui transportent le courrier entre l'Amérique du Sud et l'Europe. Comme chaque heure qui passe permet aux navires et aux trains de transporter plus vite les lettres, les vols ont lieu même la nuit pour ne pas accumuler de retard. C'est une course contre la montre pour prouver l'utilité des avions à s'acquitter de cette tâche.

    Rivière peut sembler un homme dur. il distribue les amendes quand les choses ne vont pas droites. En réalité, et cela transparaît à la lecture, il aime profondément ses hommes seulement pour la règle est de ne pas le leur dire.

    Trois courriers viennent de différentes régions de l'Amérique du Sud. Durant la nuit où se déroule le roman, la vol de Patagonie va être confronté à un cyclone et faute de carburant, on présume qu'il s'écrase. Rivière se demande alors ce qui doit primer le bonheur individuel des hommes ou l’œuvre collectif. En effet, chaque humain est mortel et donc tout bonheur illusoire; par contre des œuvres telles les pyramides, construction collective défient le temps...

    Il se dégage de ce roman une certaine poésie que j'ai fortement apprécié. Le personnage de Rivière est intéressant, sa psychologie bien amenée de manière subtile, tout en nuances. Une lecture que je vous recommande si vous aimez les récits d'abnégation. Secondairement, un témoignage sur les débuts de l'aviation et une réflexion philosophique.

    A bientôt !


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  • Je viens juste de terminer, il y a peu, la lecture de deux essais de Paul Valéry, Variété I et II. Plutôt que de détailler ces textes, qui n'ont à l'origine pas été pensés comme des ensembles mais sont constitués de préfaces, de conférences, de lettres, je vais davantage m'attarder sur leur auteur, une figure marquante, un grand penseur, interessé par tout ce qui touchait à l'esprit, de la première moitié du XXème siècle.

     " Civilisations, rappelez-vous que vous êtes mortelles!" C'est en ces mots que Paul Valéry dresse un bilan de la situation de l'Europe au sortir de la Grande Guerre. Il constate une crise intellectuelle à cette période. Depuis la fameuse Nuit de Gênes, Paul Valéry est en proie à une crise que l'on pourrait qualifier par défaut d'existentielle. Dès lors, il cesse d'écrire de la poésie - il n'a pas réussi à tuer le Maitre dans ce domaine, à savoir Mallarmé qu'il admirait. Il n'en écrira plus de sitôt, sauf plus tard, quand il retravaillera ses poèmes de jeunesse à la demande de Gide.

    Il se tourne vers la vie méditative. Durant la majeur partie de son existence, il consacrera ses matinées à consigner ses réflexions dans ses Carnets, un corpus de plus de 22000 pages où il analyse les mécanismes de la pensée alors qu'au même moment Freud élabore la psychanalyse (mais elle ne percera en France que dans les années 20 et 30).

    Paul Valéry est un philosophe du XXème siècle incontournable au même titre que Sartre, Camus, Derrida, Foucault ou Deleuze.235

    Dans Variété II, il expose la Situation de Baudelaire, le considère comme un classique par rapport au romantisme, plus réfléchi, plus aboutit. Parce que l'auteur des Fleurs du Mal  a une oeuvre plus restreinte que Victor Hugo, il se doit de concentrer ses effort. Baudelaire est un poète de haute position car il est aussi un excellent critique d'art et le traducteur de Poe dont les théories littéraires de l'effet recherché l'ont marqué . Ceci pose la question de la critique d'auteur. Quand Valéry parle de Baudelaire ou de Stendhal, il envisage ces auteurs selon des thématiques qui le concernent lui, telle la question de l'esprit.

    Enfin, je l'ai déja dit, Valéry vouait une admiration immense à Stéphane Mallarmé. L'auteur de coup de dés est pour lui le Maitre de la poésie pure. La poésie tendrait en effet, selon Valéry, vers plus de pureté, de manière asymptotique. La poésie, non plus comme porteuse de message mais comme forme pure comme langage en elle-même. Elle est un peu au langage quotidien ce que la danse est à la marche.

    Voila, on pourrait en dire davantage sur cette figure fascinante qu'est Valéry mais je m'arréterais là pour l'instant.

    A bientôt !


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  • Le Nouveau Roman est un mouvement littéraire dont les représentants les plus célèbres sont Alain Robbe-Grillet, Michel Butor, Samuel Beckett, Jean Ricardou, Claude Simon et Nathalie Sarraute. Ces auteurs sont publiés par les Editions de Minuit entre 1942 et 1970.

    Alain Robbe-Grillet théorise ce mouvement dans Pour un Nouveau Roman. La caractéristique principale de ce mouvement est de rejeter l'intrigue et les personnages au profit de la forme comme pur jeu linguistique, rejoignant en cela le formalisme russe et surtout le structuralisme, école critique en œuvre durant la même période. On l'a accusé d'être un mouvement qui interessait principalement les universitaires et les théoriciens de la littérature.

    En 1956, Nathalie Sarraute avait déjà questionné le roman et contesté ses conventions dans son essai l'Ere du soupçon. Son œuvre romanesque est la mise en pratique de sa réflexion théorique.

    En 1964, Nathalie Sarraute reçoit le Prix Internationale de Littérature pour son roman Les fruits d'or.les-fruits-d-or_couv.jpg
    Elle développe son écriture à retranscrire la notion de tropismes. Ce sont ces petits mouvements insaisissable de la pensée qui sous-tendent toutes nos actions, nos paroles, fugitifs par nature. Dans les fruits d'or, elle tente de saisir la "sous-conversation".

    En effet, il n'y a pas vraiment d'intrigue dans ce roman. Il s'agit de l'ascension et de la mise au ban d'un roman les fruits d'or  (sorte de mise en abyme) auprès de la critique. On voit comment un consensus peut se faire autour d'un livre, autour de la doxa (l'opinion) auquel tout le monde se rallie par conformisme. Il y a des meneurs et des suiveurs mais le mot de la fin reste le plaisir de la lecture.

    Il n'y a pas non plus de personnage discernable, aucune description de ceux-ci. Les voix alternent avec les pensées - la "sous-conversation" - sans être identifiées.

    Autant vous avertir, ce roman vous déroutera dès ses premières pages si vous êtes habitué à des intrigues à la Balzac ou à la Hugo. Mais par la suite, la surprise passée, on parvient à entrer dans le livre.

    Une lecture à tenter !

    A bientôt !


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  • Rétrospectivement, on est appelé à se demander comment des peuples vivants en démocratie sont amenés à porter au pouvoir par les urnes des dirigeants qui instaurent ensuite des dictatures ! La question se pose évidemment pour le régime nazi allemand et l'Italie fasciste de Mussolini !

    Le conformiste est un roman d'Alberto Moravia, publié en 1951, au lendemain de la guerre. Il reçut le prix Strega en 1952.

    Dans ce roman brillant, Moravia s'intéresse aux mécanisme psychologiques qui font que des citoyens Le conformiste - Alberto Moraviaordinaires sont conduits à devenir les rouages d'un régime totalitaire.

    Pour Moravia, il semble que la motivation pour adhérer au fascisme soit a rechercher dans un dérèglement mental, une "anormalité".

    Le récit est raconté à la troisième personne en focalisation sur le personnage de Marcello Clerici, un enfant de 13 ans livré à lui même. Le prologue relate cette enfance. Il est porté vers des pulsions de morts, commets des actes de cruauté, commence par décapiter des fleurs puis par tuer des lézards et finalement un chat. Il rêve aussi de tuer son ami, de posséder un revolver et développe une ambiguïté sexuelle sous une apparence efféminée, ce qui lui vaut d'être maltraité par ses camarades de classe. 

    Ses parents ne lui sont d'aucun recours, ceux-ci, censés apprendre à leur enfant à distinguer le bien du mal, vivent par ailleurs une grave crise conjugale et  fuient leurs responsabilités : la mère est une sorte d'adolescente attardée et le père, gagné par la folie, est porté à des actes de violence ! Ceci fait que le développement de Marcello va se trouver entravé et celui-ci gardera une personnalité immature !

    Le thème de la fatalité revient comme un leitmotiv dans le roman, hérédité de Marcello, formules prophétiques de la cuisinière de la famille ("qui tue un chat finira par tuer un homme!") et d'un clochard lors du mariage de Marcello et Julie.

    L'enfant Marcello Clerici est donc marqué par l'anormalité que viendra renforcer la rencontre avec Lino, prêtre défroqué pédéraste. Dès lors, Marcello fera porter toute la responsabilité de son destin à cette rencontre. L'incident se termine par le meurtre supposé de Lino par l'enfant qui lui tire dessus et s'enfuit - on est en 1920. Or on verra qu'il n'en est rien. A la fin du roman, Lino est toujours en vie et dira que "tout un chacun perd un jour son innocence."

    Le cadre est celui de l'Italie fasciste de Mussolini. C'est donc un roman à thèse qui dénonce le fascisme et essaie d'analyser les mécanismes qui font que l'on adhère à de tels mouvements politiques.

    En 1937, Marcello a 30 ans et travaille au Ministère de l'Intérieur ! Mussolini est au pouvoir et le gros du peuple, par conformisme passif, le suit voire même le soutient ! Marcello lui collabore activement au régime fasciste ! Il commets toujours de petits actes de délinquance, comme autrefois, mais de manière cachée !

    Ses supérieurs vont lui demander de se rendre à Paris pour participer à l’élimination physique de Quadri, son vieux professeur de philosophie, opposant politique actif. De plus l'anti-héros vient de se marier et il fait coïncider cet acte consistant à assassiner un homme avec son voyage de noces à Paris avec une jeune femme qu'il espère naïve !

    En réalité, Marcello commets ces deux actes : meurtre et mariage, afin d'avoir "une vie normale", de rentrer "dans le moule", lui qui a une personnalité dérangé ! Il n'aura plus que cette obsession, ressembler à la masse et dans l'Italie fasciste ce qui signifie précisément adhérer au fascisme  Mais de fait, c'est une contradiction et le nouveau marié ne fait que prolonger son passé !

    Conformisme et délinquance entretiennent des rapports compliqués dans ce roman ! Ils ne sont pas forcément incompatibles ! Le conformisme de Marcello ferme les yeux sur les travers du régime fasciste ! Le personnage de Moravia s'engage dans une entreprise risquée pour sa tranquillité d'esprit qu'il n'obtiendra pas ! Sa haine se tourne vers un prof de philo donc un pédagogue ! Il se venge aussi de cette façon de son professeur de collège qui ne le protégeait guère de ses petits camarades.

    Mais le professeur a une femme dont Marcello tombe immédiatement amoureux ! C'est le seul moment du roman où il montre des sentiments élevés ! On s'aperçoit alors qu'il n'idéalise pas ses chefs, trouve même le régime infâme, n'a pas vraiment de pensée politique, et est davantage complètement nihiliste ! En tout cas, son adhésion n'est pas politique !

    A la fin de la guerre, la fatalité, venue du ciel viendra régler le sort de Marcello, emportant aussi sa femme et sa fille au passage.

    Il est à noter qu'il existe une adaptation cinématographique de ce roman, signée par Bernardo Bertolucci, en 1970.

    A bientôt !


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  • Sous ce titre qui pastiche Au bonheur des Dames, il y a un roman de Daniel Pennac (voir mon précédent billet sur Comme un roman) qui mêle à la fois intrigue policière et humour acerbe.

    L'histoire se passe donc dans le Grand Magasin ou Benjamin Malaussène, chargé de famille, fait office de Bouc Emissaire. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si des bombes ne se mettaient à exploser dans les rayonnages.
    A bien y réfléchir, le sujet pourrait être grave, d'autant qu'il est plus tard question d'ogres modernes commettant des meurtres sur des enfants, mais la matière est traité avec tellement d'esprit, une plume ironique maniant l'humour le plus acerbe que finalement ca passe!

    Benjamin Malaussène  a la charge de ses frères et soeurs depuis que leur mère s'est fait la belle. il y a Clara, l'obsédée de la pellicule, Thérèse qui ne croit qu'en l'astrologie, Jérémy qui mettra le feu à son collège et le Petit qui dessine des Ogres Noel. Il y a aussi Louna qui est enceinte, Tante Julia et le fidèle Julius. Chacun de ses personnages aura un rôle à jouer et permettra d'identifier le poseur de bombes et ses motivations. d'autant que les soupçons retombent sur Ben qui se trouve présent à chaque attentat.

    Parmi les personnages, citons aussi Théo et son photomaton, Sainclair, Lecyfre, Lehmann, Risson, Cazeneuve, Coudrier, tous caractérisés et facilement reconnaissable. Mais qui sont ces petits vieux qui bricolent aux sous-sol, allant jusqu'à fourrer du desherbant dans leurs poches?

    Voila un roman bien plaisant à lire que je vous recommande.
    A bientôt !


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  • L'école formaliste russe est née pendant la Première Guerre Mondiale et interrompue par la dictature vers 1930. Elle n'émerge et n' est pleinement connue en Europe occidentale et aux Etats-Unis qu'àavec deux publications fondamentales Russina Formalism de Victor Erlich (1955) et Théories de la littérature, textes des formalistes réunis, présentés et traduits par Tzvetan Todorov (Seuil , 1965).
    Au même moment, l'oeuvre de Propp et de Jakobson est exposée par Levi-Strauss, un des fondateurs du structuralisme.
    Les Essais de linguistique générale de Jakobson voient leur première traduction en français en 1963 par Nicolas Ruwet.
    C'est donc la remontée d'un continent englouti!

    Au cours de l'hiber 1914 - 1915, des étudiants fondent le Cercle linguistique de Moscou "appelé à promouvoir la linguistique et la poétique". Un premier ouvrage est publié à Petrograd en 1916.

    Les principaux membres du groupe ont été Eikhenbaum (1886-1959), Tynianov (1894-1943), Jakobson (1895 -1983), Chklovski (1893 - 1984), Tomachevski (1890 - 1957). Le Cercle de Prague continuera, à partir de 1926, ce que le formalisme russe a eu de meilleur. En 1932, un décret du Comité central du parti Communiste d'URSS dissout tous les groupes littéraires mais toute création littéraire novatrice était déja arrétée.

    La méthode formelle est "une science autonome ayant pour objet la littérature considérée comme série spécifique de faits". Elle rompt donc avec l'esthétisme, la science du Beau, la philosophie et les interprétations psychologiques. Jakobson dit aussi "l'objet de la science littéraire n'es tpas la littérature mais la littérarité,  ce qui fait d'une oeuvre donnée une oeuvre littéraire". Les formalistes rompent donc avec l'Histoire (genres, biographies des auteurs...) et s'interessent  à la linguistique.

    Dans les années 1960, emergera un courant qui poursuivra et prolongera les travaux des formalistes russes, à savoir le structuralisme, qui s'interesse au texte et rien qu'au texte.

    (Fiche-résumé d'après le chap. 1 de l'ouvrage de J.Y. Tadié: La critique littéraire au XXème siècle chez Pocket - n°179)

    A bientôt!


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  • Le vent Paraclet est un essai de Michel Tournier, paru chez Gallimard en 1977.

    Qu'est que le Paraclet? L'étymologie de ce mot est grecque et signifie avocat, intercesseur. Le Paraclet fait référence au Saint-Esprit de la Trinité.

    Petite présentation rapide de Michel Tournier (reprise du site de l'Académie Goncourt dont il fait partie depuis 1972!)

    Né à Paris en 1924, il fait ses classes à Saint-Germain en Laye et au lycée Pasteur de Neuilly. Suit les cours de philosophie de la Sorbonne et de l'université de Tübingen. Un échec à l'agrégation de philosophie en 1950 lui ferme les portes de l'université. Il gagne alors sa vie à la Radiodiffusion Française puis à Europe I.

    Michel Tournier est un tenant de l'école traditionnelle du récit, dans uen époque marquée par le Nouveau Roman. Plus imprégné du sens que de la forme, il a néanmoins cotoyé l'un des fondateurs du Structuralisme, l'anthropologue Claude-Lévi-Strauss, dont il a suivi les cours en 1948 - 1949.
    Le mythe permit à Tournier de passer de la métaphysique au roman.

    Sa bibliographie comprend Vendredi ou les limbes du Pacifique, Le roi des aulnes, Les météores. Michel Tournier est un exemple d'auto-hypertextualité, puisqu'il a composé une version pour la jeunesse de son roman sur Robinson : Vendredi ou la vie sauvage.
    Pour information, on parle d'hypertexte et d'hypotexte, au sense du critique Gérard Genette, quand un texte y reprend le propos d'un texte x, une réécriture, en d'autre termes. Ainsi, Robinson Crusoé de Daniel Defoe, rédigé en 1719, d'après un fait divers qui marqua l'époque, est l'hypertexte de Vendredi ou les limbes du Pacifique.

    Dans Le vent Paraclet, l'auteur a un propos en large partie autobiographique agrémenté de réflexions assez pertinentes sur la société contemporaine (celle des années 70 mais cela reste, de manière assez étonnante, d'actualité en 2010!), des interrogations philosophiques, sa conception de la littérature...

    Il parle de Leibniz, de L'Ethique de Spinoza, du Discours de la Méthode de Descartes.Il regrette l'aspect froide de nos sociétés occidentales où la liberté accrue, la disponibilité des biens se payent par une solitude renforcée de même.

    Dans le troisième chapitre, il aborde la question des mythologies à proprement parler. Le rôle de l'auteur est de vivifier les mythes, selon lui.

    Il avoue aussi son attachement à l'Allemagne, raconte son expérience de la guerre, son amour pour un pays détruit pas la folie nazie.

    Bref, il y a beaucoup trop de choses dans cet essai pour que je puisse tout rapporter ici et encore je le fais de manière désordonnée. Je ne saurais que vous conseiller de lire ce livre qui est disponible chez Folio.

    Voila, bientôt, vous trouverez sur inlibroveritas une analyse sur la question des mythes vue par Tournier rédigé dans le cadre de mes études de Lettres et peut-être dans les prochains mois un billet sur Vendredi ou les limbes du Pacifique.

    A bientôt!


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