• La Sociologie est une science récente, fille matricide de la Philosophie. Francis Farrugia se propose de nous en exposer les "Histoires et Théories" comme l'indique le sous-titre de son ouvrage Sociologies. Historiquement, il y a eu la Sociologie allemande, excellant à forger des concepts et à théoriser - avec Tonnies, Simmel et Weber, la Sociologie française, fille de la Révolution - dans la ligne de Durkheim et Mauss - et enfin la Sociologie américaine plus empirique et pragmatique et attachée aux conditions de vie concrètes - des ouvriers ou des migrants par exemple - avec l'Ecole de Chicago.

    Mais notre auteur, enseignant-chercheur à l'Université de Franche-Comté, ne présente pas tant ces trois traditions par le menu mais s'attache plutôt autour d'une demie-douzaine de figures, principalement des fondateurs et ces figures sont Durkheim, Bourdieu, Tonnies, Gurvitch, Mauss ou encore Halbwachs et Levi-Strauss. Et il rédige des petits chapitres mettant en avant certains des enjeux de la discipline.

    Bien évidemment, ces Sociologues n'ont pas manqué de s'influencer les uns les autres. Il s'agit un peu ici de dresser une sociologie de la sociologie et de raisonner en termes de comment se constitue la connaissance ? Et là chacun des auteurs y va de son paradigme !

    La Sociologie est-elle une science de l'interprétation - une herméneutique pour le dire autrement ! - ou doit-elle se calquer sur les méthodes des Sciences dures ? Le fait social et son interprétation dépendent de la position de celui qui l'observe et n'est pas séparé du contexte de l'époque où on l'observe - d''où ce qu'on appelle l'historicisme qui s'oppose au positivisme qui suppute que les faits sociaux existent en eux-même indépendamment du reste ! Un focus est également apporté par Farrugia sur tout ce qui a trait à la Phénoménologie de Husserl.

    Il est rappelé certaines des grandes théories des auteurs étudiés comme la différence entre "communauté", liée par des liens du sang et de solidarité plus authentiques et la "société" liée par le contrat et les intérêts individuels égoïstes. Ceci est la théorie bien connue des étudiants en Sociologie de Ferdinand Tonnies.

    Avec Halbwachs, Farrugia replace des considérations sur la mémoire - qui n'est pas qu'un support biologique (le cerveau) mais aussi une construction dans un contexte social, et un aller-retour permanent entre l'individuel et le collectif - à travers la "conscience collective" - mémoire qui s'élabore aussi du présent vers le passé et non l'inverse ! Et Halbwachs montre que le présent n'est jamais qu'une perpétuelle réécriture et une mise en récits et que la mémoire collective s'instancie dans les individus.

    Avec Gurvitch et les préoccupations de celui-ci, transparaît la crainte d'une "Sociologie managériale" importée des Etats-Unis là ou ce Sociologue plaçait tous ses travaux dans une longue réflexion philosophique. Sont évoqués aussi les désaccords entre certains Sociologues et Lévi-Strauss, lui adepte du Structuralisme, qui est en quelques sorte une réminiscence du Positivisme !

    Voilà, il y a bien d'autres choses dans ce petit livre d'un peu plus de 300 pages qui parle aussi beaucoup de Sociologie de la connaissance et en quelque sorte place les cadres ! A recommander à ceux qui s'intéressent aux Sciences humaines ! Je ne m'attarde pas sur Durkheim ou Mauss car en parlerais ailleurs dans d'autres billets !

    Comme je l'ai déjà dit, cette année, je termine aussi une Licence de Sociologie ! La Sociologie empruntant aux Lettres, à l'Histoire, à la Psychologie, au Droit, à l’Économie, aux Mathématiques et évidemment à la Philosophie, cette année universitaire risque d'être un couronnement et une synthèse de mes cursus précédents !

    A bientôt !


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  • Vous savez, si vous venez depuis longtemps sur mes blogs, que je suis un passionné de littératures - entre autres choses ! L'essai ou recueil de Jean Dutourd, La chose écrite, ne pouvait que retenir mon attention. C'est un ensemble de plusieurs centaines de petits textes parlant de livres, romans, théâtre, poésie, essais, mémoires, etc,... Et c'est d'ailleurs sous-titré "Chroniques littéraires" ! C'est publié en 2009.

    Jean Dutourd était Académicien et est disparu en janvier 2011. Le grand public a surtout retenu de lui sa présence régulière aux "Grosses Têtes" de Philippe Bouvard où il tenait le rôle d'érudit de service !

    On ne vantera jamais assez les bienfaits de la lecture et Dutourd place son livre sous le patronage de quelques citations en ouverture, notamment de Montesquieu, Descartes ou Léautaud. Dutourd est devenu fou amoureux de littératures tout en "refusant de devenir critique", ce qui aurait pu selon lui nuire à sa propre oeuvre ! Néanmoins, il signa de nombreuses chroniques sur ce domaine de l'art dans les journaux.

    Les goûts de notre Académicien sont éclectiques mais on remarquera qu'il n'aime pas trop la littérature de son époque, la fin du XXème siècle et a une nette préférence pour le XIXème siècle, le "Siècle du Roman", des Balzac, Hugo, Lamartine, Sand, Stendhal, Chateaubriand, Flaubert, Zola,... Tous ces auteurs sont évidemment présents à l'occasion de recensions de livres mais, et c'est le mérite de Dutourd, il mets en avant aussi des auteurs moins connus, de tous les siècles, pas que du XIXème siècle, mais écrivains talentueux et aussi d'autres pays, des Anglo-Saxons, des Américains, des Latins, des Russes, etc,...

    Notre chroniqueur ne manque jamais de superlatifs pour qualifier les auteurs qui le font vibrer ! Je ne vais pas vous faire ici la liste des écrivains présents dans ce livre car il y a en trop, entre Mauriac et Nabokov, avec Saint-Simon, Oscar Wilde ou Jean Giono ! Dutourd "réhabilite" même des écrivains mésestimés comme Marcel Aymé !

    Un très bon essai ! Une table des matières alphabétique aurait été un plus ! J'ai pu lire ce livre en version numérique, moi, récent consommateur sur Google Play !

    A bientôt !


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  • A la rentrée, je me lance dans un nouveau cursus en Sociologie ! Je vous ai déjà proposé ici des billets concernant cette discipline et vous en proposerais davantage en 2019 - 2020, à commencer par de l'anthropologie.

    Marc Augé est un anthropologue réputé qui a publié, en 1994, dans les remous de la Chute du Bloc de l'Est, son essai, Pour une anthropologie des mondes contemporains. C'est un ouvrage qui interroge sur cette discipline dans un monde qui s’accélère de plus en plus, une période que l'on a qualifiée de "Post-Modernité" où après la déroute du culte du Progrès devenu raison calculante, un certain Fukuyama a parlé de "fin de l'Histoire" !

    Dans ce contexte, Marc Augé commence par interroger l'anthropologie au regard de l'Histoire. Là où l'Historien interroge le passé, l’Anthropologue étudie le présent - mais le présent "lointain", voire exotique.

    La contemporanéité est une chose complexe. Augé signe ici un ouvrage d'épistémologie en cinq chapitres. Faut-il dépasser l'acte interprétatif dans un monde où tout est symbolisme ici de la relation entre les hommes, par les actes de langage notamment ? Un Empirisme étroit va-t'il venir faire démentir la théorie ? Il faut aussi se méfier du relativisme culturel et mettre l'observateur et l'observé au même niveau.

    Notre érudit note qu'à notre époque, on assiste à une confrontation entre des théories du "consensus" et des théories du "désenchantement". Il existe aussi différents niveau de "rationalité", "claire" ou "épaisse".

    Augé montre aussi l'importance des rites et leurs liens avec le mythe, soit que le rite l'englobe totalement ou que le mythe le dépasse. Le rite, qu'il ne faut pas entendre ici que dans un sens religieux, est un moyen de ramener l'accidentel à une situation normale, et de faire identité.

    Notre anthropologue montre les liens entre pluralité, altérité et identité. Il y a ainsi un langage de l'identité (identité toujours relative à quelque chose, uhe famille, un peuple, une nation,...) et des langages de l'alterité qui privilégie le rapport avec l'Autre ! Aujourd'hui, langage de l'identité à pris le pas sur langage de l'altérité d'où un repli sur soi, communautaire ! On construit pourtant l'identité à travers les "altérités médiatrices" !

    Dans le dernier chapitre, l'auteur aborde quelques uns de ces "nouveaux mondes" en évoquant les prophètes-guérisseurs ivoiriens ou le phénomène des villes.

    Un essai qui aborde des questions variées ! Il est aussi question du discours politique, qui emprunte à des mythes fondateurs (1789, la Commune de Paris, la Résistance,...). Un ouvrage très intéressant, compréhensible et qui constitue une bonne entrée en matière ! De plus profonds développements seraient nécessaires pour en rendre compte ici de toute la richesse !

    A bientôt !


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  • Le Mouvement des Gilets Jaunes a été une véritable prise de conscience de ce qui ne va pas dans ce pays depuis cinquante ans ! L'oligarchie - avec ses merdias, journalopes et sa milice politique, armée de LBD, à sa botte - voudrait minimiser mais ce n'est que le début d'une Révolution !

    Le livre de Tatiana Ventôse et Greg Tabibian, deux Youtubeurs dont la première est plutôt classée à Gauche et le second à Droite, ont mis de côté leurs divergence pour nous sortir un bouquin éloquent qui dans un premier temps dénonce l'incurie du Système et de nos élus consanguins, sortis de l'ENA et déconnectés des réalités, puis dans un deuxième temps, tente de proposer des débuts de solutions, à travers 100 propositions dont on remarquera qu'elles sont frappées du sceau du bon sens !

    Ce bouquin c'est donc Jusqu'ici tout va (très) mal  - sous-titré "Antidote au chaos politique" !

    Ca se lit comme on mate comme une vidéo Youtube du "Fil d'Actus" ! Mais une chose qui m'a gêné, c'est l'utilisation tout du long d'un style SMS, certes décomplexé mais à vouloir faire "djeun" et "branchouille", on dessert un peu le sérieux du propos ! Mais bon passons là-dessus !

    Nos deux co-auteurs montrent comment les élites autoproclamées ont joué dans leurs propres intérêts mais en se posant comme des sauveurs providentiels et en nous infantilisant ! Mais dans aucun domaine de l'action politique, de bonnes décisions n'ont été prises ! Que ce soit sur le service public (destruction des écoles, des hôpitaux,...), sur l'Europe qui nous impose son Droit et sa déréglementation néolibérale, sur l'écologie et l'environnement, sur l'immigration...

    On remarque que nos politiques jouent sur le ressentiment, le "diviser pour régner", la culpabilisation individuelle ! Mais il est temps pour le tout-un-chacun, pour le commun des mortels de surmonter ses divisions et de s'unir pour trouver lui même ses solutions, les bonnes, et pour virer tous ces politicards de carrière bons à rien et démagogues à "coups de pieds au cul" pour qu'ils "cessent de nous la mettre profond" !

    Il s'agit ni plus ni moins pour le démos de se réapproprier le pouvoir et par la même son avenir !

    Finalement, ce livre recoupe parfaitement les revendications des Gilets Jaunes et certains propos que l'on trouvait dans le livre de François Ruffin, Ce pays que tu ne connais pas (plus dirigé spécifiquement contre la personne de Macron !) !

    C'est une lecture que je vous recommande vivement !

    A bientôt !


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  • Étienne Klein fait partie, avec Aurélien Barrau, de ces hommes de sciences (physiciens) qui voient plus loin que le bout de leur paillasse et mènent une réflexion épistémologique sur leurs pratiques ! Pour ma part, j'adore la Philosophie des Sciences et envisage peut-être de faire un doctorat dans ce domaine vaste et passionnant un jour, ce qui me changera de la science bornée qui ne se questionne jamais qu'on m'a enseigné, comme une oie qu'on engraisse, en fac de biologie dans les années 1990 !

    Dans Matière à contredire, sous-titré "Essai de philo-physique", Étienne Klein mêle les disciplines pour tenter de percer le "réel" ! Qui doit s'interroger sur le réel ? qui détient la clé ? Le philosophe, depuis Platon qui formule le monde intelligible face au monde sensible, celui-là pouvant faire penser au monde de nos théories scientifiques qui impactent les objets matériels de celui-ci ! Est-ce le physicien qui pense, depuis Galilée,  que le monde peut se traduire en équations donc qu'il y a similitude entre l'esprit humain qui formule les mathématiques et l'Univers étrangement compréhensible à travers ce langage ?

    Klein aborde différents "concepts" problématiques qui ont agité à la fois la Philosophie et la Physique ! Rappelons qu'au départ les deux disciplines étaient confondues et Aristote était ainsi largement autant physicien (et biologiste) que philosophe et métaphysicien !

    D'abord le temps ! Voilà un concept qui a fait couler beaucoup d'encre ! Saint-Augustin notamment mais plus près de nous Kant et Bergson ! Étienne Klein montre ici que le langage nous abuse avec des expressions comme "le temps passe" ! Est-ce le temps qui file ou les choses qui passent dans le temps ? Il y a maintes conception du temps tant philosophiques que dans la science est ses plus récents développements (physique quantique et relativité !) ! Là encore, Klein demande "qui est légitime à parler du temps ?".

    D'autres problèmes sont abordés dont la question du Vide -  entre Néant et Matière ! - ou le principe de causalité ! Je ne parlerais pas du Vide mais sur la Causalité, qu'on repense à Hume qui y voyait là un effet psychologique - l'habitude ! - de l'esprit humain ! sur la causalité repose le principe de l'induction : observer maintes et maintes fois deux phénomènes qui se succèdent et en tirer une loi - généraliser ! L'auteur de l'essai fait ici une remarque judicieuse sur les Big Datas, posant  qu'elles ne peuvent produire que des corrélations mais en aucun cas en faire sortir l'idée de causalité car seul l'esprit humain est encore capable de produire les théories qui révéleraient cette causalité !

    Enfin, Klein termine sur le Boson de Higgs, découvert au LHC de Genève en 2012, particule qui donne une masse aux autres particules, lesquelles interagiraient en fait avec un champ quantique, comme un skieur qui serait freiné par ses skis par la neige ! L'image vaut ce qu'elle vaut ! Un rappel est fait du "Paradoxe EPR" dont je pourrais vous résumer la teneur mais ne le ferais pas car c'est un peu compliqué !

    A l'heure où la Philosophie prétends avoir renoncé à la Métaphysique, elle bute encore sur la question métaphysique primordiale, la seule qui compte : "qu'est-ce que le réel ?". La science peut peut-être alors lui être d'un grand secours en lui permettant d'avancer par les résultats inattendus que les scientifiques obtiennent, qui repose les problèmes ! c'est pour cela qu'il ne faudrait pas dissocier selon moi enseignements de philosophie et scientifiques dans nos collèges et lycées, selon moi ! Étienne Klein approuverait sans doute !

    A bientôt !


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  • Sous un titre qui reprends un "slogan" de Game of Thrones, William Blanc nous livre un petit essai fort intéressant Winter is Coming - William Blancsur les liens entre politique et fantasy dans Winter is Coming - ou "Une brève histoire politique de la fantasy" !

    J'avais déjà remarqué, dans le cadre des mes études littéraires et du fait de mes nombreuses lectures de littérature fantastique que le genre "fantastique" était un genre "rétrograde", assez conservateur et qui s'opposait à la notion de Progrès et de Modernité que l'on doit aux Lumières ! En effet, à chaque fois que la société moderne a souffert des dérives du Progrès, les récits fantastiques, de fantasy et de Science-fiction ont pullulé : début du XIXème siècle avec E.T.A. Hoffmann dans le contre-coup de la Révolution française, ou après chacune des deux Guerres mondiales !

    Le livre de William Blanc enfonce le clou et montre que la fantasy en promouvant un retour à la Nature s'oppose directement à la société industrialisée ! C'est un retour à plus d'authenticité qui est mis en avant, dans un contexte de Révolution industrielle ! Pour exemple, J. R.R. Tolkien commence à écrire en réaction à la Grande Guerre après sa mobilisation et le Mordor et ses armées d'orques ne sont que les machines et les usines du capitalisme de ce début tragique du XXème siècle ! Rappelons aussi que Tolkien est Anglais et que l'Angleterre a été la première à entamer la Révolution Industrielle !

     On retrouve de semblables motifs quelques temps plus tôt chez William Morris, écrivain londonien préraphaélite de la première moitié du XIXème siècle qui s'inspire beaucoup de l'iconographie de Moyen âge ! La Légende Arthurienne pèse ici de tout son poids sur les écrits ultérieurs de la fantasy ! Y compris chez G.R.R. Martin ! Et pour beaucoup d'auteurs, le barbare libre vaut mieux que le romain civilisé !

    Mais évidemment, il est aussi question de Game of Thrones et l'auteur de l'essai s'interroge si l'on doit y voir une métaphore du réchauffement climatique dans le fait que "l'Hiver vient" sur le monde de Westeros ! Sa réponse est que ce n'est pas une intention délibérée chez Martin mais que les faits sont venus se surajouter à la lecture et forcer l'interprétation dans ce sens ! D'une certaine façon, GoT a été récupéré par les écolos !

    L'ouvrage de William Blanc revient aussi largement sur la pop culture ! La fantasy prends véritablement son essor avec les mouvements contestataires des années 1970 aux Etats-Unis avec la Guerre du Viet-Nam ! Une large part est accordé dans l'essai aux jeux de rôles à partir de Donjons & Dragons, aux jeux vidéos,... Star Wars, Lovecraft et le Conan de R.E. Howard sont évoqués !

    C'est le genre de livre que j'adore ! L'imaginaire doit encore trouver sa place dans nos sociétés corsetées car c'est un espace de liberté ! C'est un essai érudit mais accessible ! Et je récuse le fait que la fantasy soit classée comme un "Mauvais genre" - pour reprendre le titre d'une émission des samedis soirs de France Culture !

    A bientôt !


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  • Les questions migratoires, sur lesquelles prospèrent les partis d'extrême-droites européens, sont un des grands enjeux de ce temps ! Conscient qu'on n'est pas forcément bien informé, j'ai voulu prendre connaissance des témoignages de seize migrants regroupés par Marie-Odile Lainé dans le petit recueil Rien de ce qui est humain ne m'est étranger (qui est une citation de Térence !)! Ce petit fascicule est vendu chez les libraires de ma ville de Caen, pour la modique somme de 5 euros et la totalité de l'argent est reversée à des associations d'aide aux migrants !

    Les migrants, principalement Soudanais, Maliens ou Nigérians, je les vois lorsque je monte sur la Côte de Nacre, qui prennent le bus TWISTO 61 sans ticket pour  aller à Ouistreham en espérant monter à la sauvette sur le Ferry ! Mais on croise aussi des Afghans, Croates, Kosovar, Syriens ou Marocains dans le quartier de la Gare de Caen ! Pour être honnête, je dois dire que les voir m'énerve parfois car c'est un constat d'impuissance de la France et de l'Europe ! Mais je dois éviter de leur en attribuer la faute ! J'ai déjà du dire/écrire quelque part qu'il faudrait améliorer leur situation dans leur pays d'origine, tout sauf démocratique, mais est-ce à l'Occident de le faire, sous peine de se faire taxer d'ingérence !?

    A Caen, Marie-Odile Lainé recueille les témoignages de seize personnes, entre  20 et 65 ans, hommes comme femmes, de différents pays - mais principalement d'Afrique, dans le cadre de l'ASTI (Association de Solidarité Avec Tous les Réfugiés). Le dessinateur HubbubHum (que j'ai croisé sur notre stand au Salon du Livre de Caen Epoque 2019) illustre ce recueil avec des représentations de scènes vues dans des squats !

    Certes, on peut toujours mettre en cause la parole des migrants ! Mais il faudrait vraiment être aveugle pour ne pas voir leur souffrance ! Et zut aux abrutis qui pensent qu'ils viennent en France "pour se dorer  la pilule aux frais de la CAF" ! Ces gens-là, Ahmad, Motassim, Soraya,  Mira,  Shpetim,  Gundegmaa, Abdel ou encore Adedoyin (je ne peux tous les citer !) sont venus en France, "pays des Droits de l'Homme et de la Liberté", pleins d'espoir et parceque justement ils étaient privés de liberté dans leurs pays, en danger de mort, torturés, exploités économiquement, violées et ayant subis quantités d'autres travers ! Ils nous racontent leurs parcours de vie dans cet opus et c'est assez frappant et édifiant !

    Ces migrants font de plus de vrais efforts pour s'intégrer ! Tous ceux qui ont été interrogés ici, l'ont été dans le cadre de cours de Français qu'ils prennent ! Beaucoup - la plupart en fait ! - ont un vrai amour de l'Hexagone, trouve les Français  gentils dans l'ensemble, reçoivent de l'aide et bénéficient de la solidarité car elle existe encore ! Et vous, le raciste au fond de la salle, ne venez par nous emmerder avec  "Et nos SDF ?" ! En temps normal, vous n'en avez rien à foutre des SDF !

    Ce petit livre fournit de plus d'intéressants éclairages géopolitiques ! situation en Afghanistan, en Syrie, en Libye, dans l'Ex-Yougoslavie, au Mali ! Le lecteur intéressé complétera son degré de conscience des problèmes avec les essais de spécialistes qui ne manquent pas ! Le début du XXIème siècle est une période compliquée !

    Je vous conseille fortement la lecture de Rien de ce qui est humain ne m'est étranger -particulièrement si vous êtes hostile aux phénomènes migratoires ! Mais dans  ce cas, peut-être pétri dans vos certitudes, préjugés et clichés, ne vous en donnerez même pas la peine ! Mais comme disait Socrate, "aucun homme n'est méchant par nature" et donc j'ai quelque foi en vous et vous prête le bénéfice du doute ! Et je rappelle que les flux migratoires sont le terreau de l'intolérance et des extrémismes ! D'où la nécessité de s'informer !

    A bientôt !


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  • Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que j'adore m'adonner à l'écriture, que ce soit ce blog ou mon journal intime ! Je tiens en effet l'un et l'autre depuis respectivement 2008 et encore avant 2007 - et j'écris des nouvelles depuis 2003 - 2005 !

    Un ouvrage comme celui de Colum MCann, Lettres à un jeune auteur ne pouvait donc qu'attiser ma curiosité et susciter mon intérêt ! L'auteur irlandais, qui donne des cours d'écriture créative, y prodigue une vaste panoplie de conseils dont je vais essayer de vous offrir un échantillon ici !

    Le jeune auteur qui voudrait se lancer ne doit pas rechigner à la tâche ! L'écriture est exigeante et il faut travailler d'arrache-pied ses phrases tant la manière de le dire compte à la limite plus que l'intrigue ! L'écriture peut être une source de plaisir mais aussi de souffrance et de frustration et elle demande des efforts ! Il convient de ne jamais se décourager durablement, de persévérer, quitte à se ménager des périodes de pause sans écrire !

    Il convient aussi de lire beaucoup pour s'imprégner des bonnes pratiques, ne pas jalouser les écrivains qui ont du succès car ce n'est pas une compétition ! Accepter la critique, l'entendre ! Être prêt à recommencer son roman en cours ou à jeter son manuscrit - tout en conservant les bons passages ! Avoir un carnet pour noter le réel en permanence sur soi, ne pas retranscrire tel quel le réel - comme faire figurer sur la page les névroses de ses proches, ce qui risquerait de blesser des gens mais adapter, transformer le réel, bref, créer de la vie à partir de la vie ! Travailler ses personnages, leur donner des défauts, bosser le plan de son récit et ciseler ses dialogues - mais pas trop !

    Colum McCann donne quantités d'autres conseils, comme lire ses phrases à haute voix, laisser reposer ses écrits ou écrire dans des lieux où l'on se sente bien !

    Précisons que le jeune auteur peut avoir tout aussi bien 20 ans que 60 ans ! il conviendra aussi que celui-ci soit engagé éthiquement en notre époque troublée !

    C'est un ouvrage très éclairant qui m'a donné envie de me replonger dans l'écriture de nouvelles voire de mon premier roman ! Et cela dès ce week-end ! Même si avec ce blog et ce journal intime à mon seul usage, n'ai jamais cessé d'écrire ! Déjà lorsque je rédigeais des compte-rendus de Travaux Pratiques et d'Expériences ou des comptes-rendus de parties de jeux de rôles, je faisais déjà acte d'écriture dans les années 1990 ou bien avant cela au début des années 1980, lorsque j'écrivais une longue composition française à épisodes - inspirée de "Yvain et la Quête du Chaudron d'or" qui paraissait dans Pif Gadget - à l’École Primaire avec mon prof Monsieur Desplats !

    Lisez Colum McCann !

    A bientôt !


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  • L'auteur originaire d'Argentine, Alberto Manguel, est une référence pour tout ce qui touche au monde des livres, des bibliothèques et de la bibliophilie. C'est un écrivain, traducteur et critique littéraire auquel j'aime bien me référer et revenir étant sensibilisé au monde des bibliothèques et suivant moi-même actuellement un Master Métiers du Livre. J'ai déjà eu l'occasion ici de parler de deux de ses ouvrages en forme d'essais romancés : La Bibliothèque, la nuit et Une Histoire de la Lecture.

    On comprendra que Manguel accorde une grande importance à sa propre collection de livres ! Mais, pour son malheur (?), il est aussi un grand bourlingueur, de l'Argentine au Canada, d'Israel à New York en passant pas la France. Ceci implique donc de déménager sa bibliothèque fréquemment, ce qui est pour lui un crève-coeur ! Le livre Je remballe ma bibliothèque - Une élégie & quelques digressions raconte à l'occasion de ces voyages diverses considérations en plus par rapport à l'oeuvre précédente sur le monde des livres ! Cela commence par un nouveau déménagement et se termine avec l'auteur nommé directeur de la Bibliothèque de Buenos Aires, poste qu'occupa jadis le grand Borges !

    Manguel commence par nous narrer ses expériences de constitution de ses propres bibliothèques. Aussi loin qu'il remonte dans l'enfance et ses souvenirs, il a toujours possédé et collectionné des livres ! C'est alors un véritable rapport affectif qui se noue entre lui et cet objet ! La littérature nous donne une expérience valable du monde, nous fait éprouver des sensations bien avant qu'on ne les ressentes par nous même en situation. Et encore, "on lit pour poser des questions" - selon la correspondance de Kafka !

    L'auteur intercale entre son propos principal des chapitres plus courts qu'il nomme "digressions" et qui s'insère parfaitement dans la trame principale. il y a ainsi une dizaine de ces digressions ! Par exemple, dans la première, il note que toute lecture appelle d'autres lectures. Les livres forment des réseaux et en être privé peut entrainer la dépression chez certains lecteurs passionnés !

    Se pose ensuite la question de "comment organiser sa/une bibliothèque ?". De plus, ces dépôts de savoir ne sont pas à l'abri des aléas, tels les incendies !

    Comment nait l'oeuvre, le récit, dans l'imagination de l'écrivain ? Ceci est un grand mystère que Manguel illustre par des références à Robert-Louis Stevenson qui eut, parait-il, l'idée de Docteur Jekyll & Mister Hyde suite à des terreurs nocturnes. Edgar Poe, lui, semble livrer une fable écrite pour l'occasion lorsqu'il évoque la genèse du Corbeau !

    Notre essayiste reprends évidemment des thématiques et des problématiques qu'il a déjà abordé dans de précédents ouvrages. Mais ici, il assiste sur le côté emballage/déballage/remballage des livres  - entre vie et mort des ouvrages !

    Une considération intéressante, toujours sur la création d'un roman, est celle de savoir si le poète doit véritablement être malheureux pour être prolifique. C'est en effet un lieu commun dont le critique argento-canadien s'attache ici à montrer qu'il n'est pas forcément vrai !

    Le romancier, l'écrivain, le poète sont évidemment aussi tributaires de la langue avec ses règles et ses codes. Mais ce sont des normes qu'ils se réapproprient allant parfois jusqu'à les réorienter. Evolutions de la langue. Chaque langue est spécifique et produit sa propre littérature.

    Manguel ne peut évidemment pas s'empêcher de mentionner Jorge Luis Borges, son modèle, devenu aveugle à la fin de sa vie, et qui ne conservait, contre toute attente, à peine qu'"une centaine de livres" qu'il n'avait par ailleurs aucun mal à offrir. Notre cher Alberto, dans sa jeunesse, faisait d'ailleurs la lecture au Grand Homme qui connaissait par coeur les contenus des ouvrages malgré sa cécité !

    L'ouvrage ne serait pas complet non plus sans l'évocation de la célèbre Bibliothèque d'Alexandrie dont les multiples destructions nous privèrent d'oeuvres inédites d'Homère, d'Aristote et des grands tragédiens grecs !

    Collectionner des livres est aussi un moyen d'avoir de l'emprise sur les choses, au-delà de l'aspect "Savoir égal Pouvoir". Manguel nous parle alors de sa grand-mère, Juive exilé qui perdait tout le temps ses affaires. Sacré Mamie !

    L'Homme a-t'il le droit de créer ? Ou cette attribution est-elle l'apanage exclusif de Dieu ? Selon la Genèse, Dieu laissa à Adam le soin de nommer les animaux. De les nommer ou de reconnaitre des noms préexistants. Le Décalogue impose aussi de ne pas fabriquer d'idoles. Que devient alors la peinture ? S'agit-il de ne pas concevoir d'images de faux-dieux ou d'images dans l'absolu ? C'est une vieille question qui  n'est pas résolue, divise les théologiens et que Manguel nous rapporte. Une autre illustration nous est fourni par la légende juive du Golem. Et Dieu n'est-il pas le Verbe ?

    Les livres veulent refléter le monde et le réel mais de manière imparfaite - à cause des imperfections du langage. Ce langage est défini dans les dictionnaires dont Manguel nous retrace aussi une brève histoire. La littérature, elle, ne fait jamais que répéter les mêmes motifs en outre.

    Est évoqué aussi le rapport entre littérature et rêves. Pour aller plus loin que le cas de Stevenson, la littérature est parfois transcription de rêves - on pense à La Divine Comédie de Dante ! Mais même ainsi, pointe Manguel, le rêve ne possède jamais la cohérence du récit de rêve qui est une reconstruction.

    Manguel termine enfin en évocation sa nomination à la Bibliothèque de Buenos Aires avec quelques considérations très utiles en politiques de la lecture. Il convient d'encourager les gens à lire car c'est une école de la vie - certes par procuration, j'ajouterais ! - mais une école de la vie et de l'introspection tout de même ! En lisant, on revient et on réfléchit au calme sur nos expériences, on leur trouve un sens !

    Concernant ces initiatives pour la lecture, je vous parlerais bientôt de l'initiative "Facile à lire" lancée notamment par les bibliothèques de mon réseau Caen-la-Mer, projet que je suis de loin !

    Il est possible que j'ai moi-même à effectuer un déménagement dans les prochains mois ! je ressentirais alors la tristesse de devoir emballer les contenus de mes cinq bibliothèque à mon tour ! La encore, le livre de Manguel m'aura fait vivre une expérience par anticipation - conformément au propos - le voyage de mes livres !

    A bientôt !


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  • Je trouve la pensée de Bernard Stiegler très digne d'intérêt et je suis ce philosophe depuis presque une dizaine d'années maintenant. Son essai La télécratie contre la démocratie montre comment notre société va mal, par quel processus on est arrivé au "degré zéro de la pensée" et à la barbarie. Ce livre a été écrit dans le contexte de l'élection présidentielle de 2007, opposant Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal - mais il anticipe assez bien l'explosion sociale portée par les Gilets jaunes !

    Stiegler oppose donc la télécratie - constituée des moyens de communication de masse, des médias comme la télévision - à la démocratie. Celle-là cause la perte de celle-ci. En effet, on a détruit la philia, héritée des Grecs, au profit du Marché. Ce ne sont plus les liens entre les hommes qui font la société mais le marketing qui sait très bien transformer le désir en le faisant régresser en pulsions.

    Notre philosophe revient sur une de ses marottes qu'il a développé à partir des écrits de Simondon, les notions d'individuation, et de rétentions psychiques et collectives. Les moyens modernes de communication sont en réalité des pharmaka, à la fois remèdes et poisons ! Il y a nécessité de mettre en place une organologie. Déjà, dans la Grèce antique, l'écriture était détournée par les sophistes !

    La Modernité et le capitalisme ne permettent plus aux individus de s'individuer. On a prolétarisé les êtres, les dépossédants de leur savoir-faire et de leur savoir-vivre.

    Les individus sont coincés devant leur télévision et ne peuvent plus s'élever. On donne du "temps de cerveau disponible à Coca-Cola" pour reprendre une formule de Pierre Le Lay.  L'école a un rôle à jouer !

    Les hommes politiques ne sont plus que des "produits marketing" et n'ont plus aucune vision à long terme. La télé-réalité politique détruit l'opinion et la démocratie.

    La télécratie est donc le soubassement de la Société de Marché, relève d'un populisme industriel, et détruit le lien social. Il en résulte un profond désespoir des populations qui mène à des actes barbares et régressifs.

    Le propos de Bernard Stiegler est assez complet et poussé. Cet essai est très riche et il y aurait encore beaucoup à dire. La télécratie contre la démocratie est le premier ePub que j'ai lu sur mon Smartphone et je regrette de ne pas avoir pris de notes car ce billet eut été plus complet ! Il y a redites entre les essais de Stiegler et ses cours et séminaires sur Pharmakon.fr qui se font échos !

    J'aurais sans doute l'occasion d'y revenir dans d'autres billets !

    A bientôt !


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  • Idriss Aberkane s'est fait connaître du grand public avec son essai Libérez votre cerveau ! - sous-titré "Traité de neurosagesse pour changer l'école et la société" qui est son premier ouvrage, paru en 2016 ! Il reprends certaines des idées de ce premier livre dans son second essai, L'âge de la connaissance - et ce présent billet reprendra des idées de mon précédent article mais il faut bien voir que Libérez votre cerveau ! a été écrit avant L'âge de la connaissance  !

    Notre cerveau est plus grand que l'ensemble de nos créations ! Il doit revendiquer son autonomie et sa liberté et n'être asservi par aucun système. Par ailleurs, si notre société brasse un nombre incalculable de connaissances, elle est très loin de montrer des signes de sagesse !

    Dans ce livre, Aberkane décrit le fonctionnement de notre cerveau, ses lacunes, ses manques, ses biais et tente d'évaluer comment améliorer notre fonctionnement mental !

    Nos idées doivent être comme les objets physiques que nous manipulons ! Il faut munir nos concepts d'empans, de "poignets" permettant à notre esprit de mieux les saisir !

    L'auteur  remets aussi en question notre système éducatif, qui valorise trop la note ! Or le réel présente une plus grande variété de situations que celles évaluées par l'école ! De plus, l'institution scolaire valorise des "vertus" qui ne sont pas celles de la vie ! Ainsi le travail collaboratif est traité comme de la triche alors que dans le monde, c'est la norme !

    L'essayiste introduit ici sa notion de potentiel/capital At - Attention/temps et mets aussi en avant la valeur de l'amour et de la motivation dans la recherche d'idées !

    Ce livre est en réalité issu de l'une des trois thèses de doctorat d'Aberkane, celle sur la neuroergonomie. Il enjoint l'Homme à s'inspirer de la Nature et appelle à une seconde Renaissance ! Les objectifs sont aussi de redonner l'envie d'apprendre et à respecter nos neurones !

    Bref, il y aurait encore beaucoup à dire et aurait sans doute l'occasion de revenir sur certaines de ces idées dans de futurs articles "Des Réflexions à foison" ou dans le livre que je compte éditer en 2019 - à la manière des Cahiers de Paul Valéry (sur lesquels j'ai travaillé à la fac !) - recueil qui s'intitulera "Matières à penser" !

    A bientôt !


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  • On ne cesse de répéter que le monde court à sa perte, de tirer des sonnettes d'alarme sur les impasse du néo-libéralisme qui voit certains accumuler les richesses tandis que la grande majorité de la planète vit dans la pauvreté voire la misère. L'ouvrage de Dany-Robert Dufour, philosophe de son état, apporte sa pierre à la critique de notre société, en dénonce les travers ! Ce livre, c'est L'individu qui vient - sous-titré ... après le libéralisme.
     
    L'auteur se positionne dès le début de l'essai. Un nouveau récit est né avec la Modernité, celui qui fait du Divin Marché la nouvelle religion, et qui évince les anciens récits, celui des monothéismes et celui du Logos grec ! Il s'agit pour Dufour d'adopter une position qui n'est ni celle des néo-libéraux, ni celle des réactionnaires, la posture de résistant !
     
    On accuse notre époque d'être celle de l'individualisme ! En réalité, notre philosophe montre ici qu'elle est plus celle de l'égoïsme où c'est l'amour-propre qui l'emporte sur l'altruisme. Un individualisme humaniste ne serait pas à critiquer, bien au contraire.
     
    Le point d'inflexion, le moment où le libéralisme l'emporte sur le christianisme se situe à l'époque des Lumières mais chemine déjà depuis la Renaissance, Francis Bacon et son Novum organum et René Descartes qui veut faire de nous les "maîtres et possesseurs de la Nature". Ce basculement se produit lorsque les Lumières anglaises l'emportent sur les Lumières allemandes ! Kant considéraient l'homme comme une fin et non comme un moyen ! Les Anglais vont développer l'utilitarisme et le pragmatisme : on peut instrumentaliser l'individu car c'est le résultat qui compte !
     
    Adam Smith et Mandeville contribuent à l'avènement du capitalisme et les vices - jusque là prohibés par la religion - deviennent des vertus - comme le pose le second avec sa Fable des Abeilles. L'heure est au plaisir et à la jouissance - "philosophie" qui trouve son apogée chez un auteur comme Sade !
     
    Le Logos grec cède aussi du terrain ! Terminé avec la prohibition de l'hubris - la démesure ! La pléonexie était mal vue chez les contemporains de Socrate - l'art d'accumuler les richesses matérielles pour soi ! - désormais elle est mise en avant et devient la règle !
     
    Les anciens récits avait donc des interdits que le libéralisme a fait sauter ! Faut-il le regretter ? Ce n'est pas si simple car au-delà de ces interdits (sur l'amour-propre et sur la pléonexie), il y avait aussi des répression secondaires ! Un onzième commandement divin caché poserait ainsi la femme asservie à l'homme suivant le modèle du Patriarcat et les Grecs avaient des esclaves qu'on retrouve dans la figure du prolétaire aliéné !
     
    La Modernité place les hommes en situation de "minorité" (la femme, le colon, l'homosexuel,...) là où Kant, dans Qu'est-ce que les Lumières ?, militait pour amener l'Humanité en position de "majorité" - l'âge adulte autoconscient ! Le libéralisme brouille aussi la distinction des sexes en confondant sexe (qui procède de la Nature) et genre (qui procède de la Culture) avec les gender-studies. L'auteur affirme qu'on ne peut contourner le sexe biologique, changer notre être ! On ne change que le paraître et au moyen du discours et de symboles qui ne modifient pas la configuration du réel et ne sont, par définition, que performatif ! La Modernité, semble-t'il dire, veut accorder une trop grande place à la culture par rapport à la nature en usant d'une rhétorique mensongère ! Car c'est aussi cela la Modernité, un usage décomplexé de la sophistique comme si le dialogue philosophique avait repris là où Platon avait vaincu les sophistes !
     
    Autre discours ayant trait à l'individu postmoderne, on a le récit de l'antipsychiatrie, mis notamment en avant par Deleuze et Guattari dans leur Anti-Œdipe. Ce n'est plus le fou qui est malade mais la famille, l'entourage et la société ! Je reviendrais sur ce point une prochaine fois !
     
    Dernier domaine de ce retournement sophistique, on le trouve chez les tenants de l'anti-spécisme, qui au contraire de ceux qui dans les études de genres privilégient la culture sur la nature, placent eux la nature en position dominante par rapport à la culture et pose l'homme comme "un animal comme un autre". Or il y a une exception humaine que l'auteur situe dans le langage ! En effet, le langage animal reste collé au réel, alors que comme on l'a vu le langage humain est symbolique, use de détours poétiques et métalinguistiques, permets le fantasme et le mensonge !
     
    Le néolibéralisme a permit l'assouvissement des pulsions liées à "l'âme d'en bas" sans passer par la médiation de "l'âme d'en haut". C'est une prolétarisation non seulement au stade de la production mais aussi par la consommation - via les techniques de marketing ! C'est l'ère du leurre - pour "appâter le client" - et de l'addiction !
     
    Pour terminer cette partie de la réflexion, l'auteur de l'essai présente la situation des grands pléonexes qui accaparent la richesse - comme Bill Gates, qui se veut philanthrope ! - ces "libertariens" qui veulent la fin de l'État et de la modeste redistribution qu'il permets mais vont pleurer dans ses jupes après la Crise de 2008 pour qu'il les renfloue ! Devant tant d'injustices et d'inégalités, que convient-il de faire ? C'est la dernière partie du livre ! Après le constat et l'observation après la réflexion, le temps de l'action et des mesures !...
     
    L'ultralibéralisme est donc néfaste car d'une part, il nie la nature humaine et d'autre part, en recherchant une croissance illimitée - et illusoire ! - il mets l'écosystème, avec des ressources elles limitées - en péril ! C'est une fuite en avant en réalité !
     
    L'essayiste propose donc plusieurs pistes de solutions ! D'abord créer des conservatoires - afin de préserver ce qui risque de disparaître, pour échapper à la logique marchande et du profit à tout crin ! Puis, repenser l'école où la figure du maître, taxé d'autoritaire par le discours de la Modernité, a été dévalorisé ! Créer une école où apprendre ne se réduise par au jeu ou à la formation de bons prolétaires et de bons consommateurs mais conduisent les jeunes à maîtriser leurs pulsions !
     
    Ensuite, il s'agira de passer de l'individualisme égocentré à un individualisme "sympathique" et de tirer les leçons des expériences malheureuses du XXème siècle : fascisme, communisme "vulgaire"  et capitalisme ! Trois impasses historiques en un siècle !
     
    On découvrira bientôt que le seul individualisme qui vaille doit être altruiste ! Je rajoute pour ma part ici que longtemps, un certain darwinisme social a professé que les êtres survivaient mieux en étant égoistes ! Cela semble en fait invalidé par pas mal d'expériences en psychologie sociale comme le "jeu des prisonniers" (base de la théorie des jeux) où deux individus obtiennent de meilleurs résultant en "coopérant" ! Comment s'assurer cette coopération ? En se référant à un tiers, la loi - là encore système symbolique !
     
    Petit apparté : le symbolique peut parfois  transformer le réel ! La "surnature" de Dieu - qui existe dans notre esprit (là seulement  ?) se manifeste dans l'édification de synagogues, d'églises et de mosquées, bâtiments bien matériels !
     
    Face à une société qui ordonne les hommes en "troupeaux de consommateurs" livrés à leurs pulsions et à leur satisfaction, un monde comme on l'a vu très inégalitaire, il conviendra aussi de rétablir un État fort qui assure une fonction de régulation - ne laissant pas tout à la "main invisible du marché" et qui redistribue les richesses (le cauchemar des libertariens !), qui associe les intérêts privés et collectifs. Bref "moins d'affaires dans les États" ! Je pense que certaines propositions des Gilets Jaunes - contre le règne de l'argent roi qui dirige tout et pour une meilleur représentation de tout un chacun  ! - sont intéressantes ! Mais évidemment, il n'est pas mention des Gilets Jaunes dans ce livre car c'est beaucoup trop récent !
     
    Comme je dis souvent à mon père, la valeur d'un individu ne se mesure pas à son salaire ou à sa fortune ! Dany-Robert Dufour démolit aussi en conclusion cette figure détestable et mensongère du self-made-man ! Pour éviter cette pente néo-darwinienne, nous avons besoin d'un Etat, au sens philosophique ! Je vous renvoie avec l'auteur aux grands textes que sont La République  de Platon, Le Contrat Social  de Rousseau et les Principes de la Philosophie du Droit de Hegel !
     
    En conclusion, l'avenir peut paraître sombre mais le pire n'est jamais sûr ! Il est temps de construire de nouvelles utopies et cette fois de les réaliser ! La tâche est immense mais toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !
     
    La période que nous vivons est charnière - un naufrage ou  une nouvelle Renaissance - et très exaltante ! De nombreuses voix s'élèvent pour proposer de nouvelles perspectives !
     
    Comme disait le poète Holderlin : "Là où croit le péril, croît aussi ce qui sauve !".
     
    Un très bon essai que voici !
     
    A bientôt !
     
    PS : je vous souhaite un joyeux Noël 2018 !

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  • Nous allons maintenant commencer une série de critiques de livres portant sur le libéralisme, au sein de la Modernité dont il est quasiment l'emblème ! Nous débutons ce jour avec un livre de Jean-Claude Michéa intitulé L'empire du moindre mal  - et sous-titré "Essais sur la civilisation libérale".

    Il faut distinguer tout d'abord les deux constituantes du libéralisme. Il y aurait d'abord un libéralisme politique, octroyant de nouvelles libertés aux individus - et qui par cela serait de Gauche - et un libéralisme économique, la "main invisible" (du marché), qui serait de Droite !

    Avec les penseurs du libéralisme du XVIIIème siècle, derrière Adam Smith et son livre L'Enquête sur la nature et les causes de la Richesse des Nations, la théorie libérale se mets en place ! Elle est rupture mais pas de manière brutale et est en fait le résultat d'une longue évolution. Depuis la Renaissance, la guerre avait évoluée : nouvelles armes, nouvelles stratégies plus meurtrières et aussi portée idéologique de la guerre à travers notamment les guerres civiles que sont les guerres de religions !

    Or le libéralisme porte en lui le dégoût de la mort et de la guerre ! La seule guerre moralement acceptable et la guerre contre la nature ! La guerre naît parcequ'une partie du genre humain est certaine de détenir la vérité, veut faire le Bien et imposer ses vues aux autres humains ! C'est pourquoi l’État libéral prônera la neutralité axiologique. On a donc d'une part le déploiement de l'industrie et de sa révolution technique dans la lignée d"une autre révolution, la révolution galiléenne ! L'Etat lui doit se limiter à ajuster les différentes parties de la société en recourant aux experts et aux juristes et non pas en prônant des idéologies ! C'est aussi l'apparition de la notion de Progrès.

    L'époque moderne qui se veut pourtant rationnelle ne manque pas de mythes fondateurs ! On a ainsi l'idée du "malin génie" chez Descartes ou l'Etat de Nature" chez Hobbes et Rousseau.

    L’État se doit donc d'être neutre et le Droit revêts alors un aspect purement technique. Il ne doit plus nous imposer de mode de vie, seulement poser des régulations. C'est désormais le Marché qui nous dicte, dès le plus jeune âge, nos manières de penser !

    Il convient de légiférer pour "éviter une société de démons". De plus, parvenir à une société plus juste suppose d’accroître la richesse de tous, ainsi l'envie et le ressentiment qui découlent de la pauvreté n'engendreront plus le mal ! Il est bien connu que les riches sont moralement exemplaires, ne pratiquent pas l'évasion fiscale ou n'exploitent pas leurs ouvriers, ironise Michéa, critiquant le théoricien libéral Bastiat !

    C'est précisément parce que les qualités morales des individus, depuis Hobbes, sont considérées comme désormais douteuses en tout cas suspectes, que la société doit dorénavant se régler par un Droit purement technique selon le modèle de la science alors dominante.

    D'autre part, avec la théorie libérale, les individus sont dépouillés de leur libre-arbitre, dans une logique augustinienne, et sont soumis aux déterminismes notamment ceux du Marché.

    Il semble bien - et certains savants l'ont montré avec des expériences comme "le dilemme du prisonnier" que l'individu néolibéral soit mené par des motivations égoïstes. Michéa nous explique que le juge intègre, l'administrateur consciencieux où l'ouvrier investi sont des reliques d'époques antérieures au libéralisme. Une telle société fondée sur l'égoisme n'est pas fiable, contrairement à ce qu'affirmait Mandeville dans sa Fable des Abeilles et au XXIème siècle, cela commence à se voir ! On remarque aussi au passage que notre essayiste, Michéa utilise souvent dans son ouvrage un ton acerbe et dénonciateur, particulièrement visible dans les notes de fin de chapitres !

    Alors certes le libéralisme veut éviter la "guerre de tous contre tous" mais il engendre en réalité la guerre économique et la guerre juridique !

    La société libérale renonce aux valeurs morales, voit le règne de l'égoïsme et de l'intérêt personnel car on ne croit plus en l'homme depuis la philosophie du XVIIème siècle. Avec Hobbes, on pense que l'homme est mauvais par nature et on écarte la morale ! On obtient une société "sans morale" où l'on voit des crimes partout paradoxalement !

    L'individu libéral est en fait un individu "qui se tue au travail" et qui consomme ! Ce sont ses deux activités principales au dépens de l'éducation des enfants ! Le libéralisme est alors gagnant sur tous les plans ! L'Ecole, de plus, ne doit plus transmettre de connaissance mais laisser s'épanouir l'enfant érigé en roi qu'il ne faut pas contrarier !

    Le libéralisme veut alors une nouvelle humanité déshumanisée. Selon Francis Fukuyama, c'est la Science qui mène désormais le monde et on s'achemine vers la fin de l'Histoire qui verra cette nouvelle humanité transformée par la Science  (le Transhumanisme !?). Notre civilisation risque de s'écrouler en entrainant - et c'est inédit ! - l'effondrement planétaire avec elle !

    Un essai très intéressant, très critique et qui ne se contente pas de parler du libéralisme économique mais aussi du libéralisme politique ! On retiendra que le monde libéral est un monde calqué sur la science avec un Etat qui promeut des lois qui fonctionnent comme des engrenages automatiques excluant les sujets et aussi régulé par la "main invisible" du marché ! On éloigne les valeurs morales et les idéologies et on considère les individus comme des ennemis les uns pour les autres !

    A bientôt !

    Compte à rebours -7...


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  • Idriss Aberkane est un personnage controversé mais brillant ! On raconte qu'il a gonflé son CV et ne possède pas réellement ses trois doctorats du haut de ses 32 ans (il est né en 1986 !). Il fait néanmoins parti des intellectuels de notre époque que je suit !

    Avant de parler de son ouvrage très intéressant et instructif - puits d'érudition ! - L'âge de la connaissance, je  voulais faire une digression sur les penseurs contemporains qui ont mes faveurs. Parmi mes auteurs favoris, il y a en effet les philosophes Bernard Stiegler et Michel Onfray, les physiciens Étienne Klein et Aurélien Barrau (aussi philosophes des sciences) et Edgar Morin, le touche à tout du haut de ses 95 ans ! Et encore Alexandre Jollien, Cédric Villani, Hubert Reeves, les Bogdanoff, Yuval Noah Harari ou Trinh Xuan Huan ! Voilà pour les précisions

    L'âge de la connaissance - Traité d'écologie positive est un ouvrage qui se dévore ! Idriss Aberkane affirme d'entrée que la vraie ressource du futur ne seront pas les hydrocarbures, les métaux rares ou que sais-je encore, ressources matériels limitées - mais la connaissance - qui est illimité, susceptible de résoudre tous les problèmes - y compris le réchauffement climatique, gratuite et la plus ancienne ressources de l'Humanité depuis l'art de tailler des silex ! Sur le fond, je suis assez d'accord !

    Le livre d'Aberkane multiplie dès les premières pages les références philosophiques, historiques, scientifiques et techniques. Au début, ai eu un peu l'impression que l'auteur faisait preuve de pédantisme - mais en réalité cela donne du fond à son livre qui est donc bien documenté ! Les procès fait à ce conférencier à plus de 400 interventions sont le fait de jaloux à mon avis ! Et à moins qu'il ait eu recours à des "nègres", Aberkane prouve là sa grande culture - pour appuyer et illustrer son propos et pas pour en faire étalage !

    Dans la suite du livre, l'auteur procède en deux temps et démonte deux mensonges contemporains qui voudraient que l'Humanité soit forcée de faire des choix ! Les mensonges "Poé" et "Noé" ! "Produire ou s'épanouir" - il faut choisir ! - ou encore "Nature ou emploi" ! La Révolution industrielle est passée par là !

    A chaque mensonge, Aberkane utilise plusieurs arguments pour le démonter ! Il en utilise quatre pour démolir "Poé" mais je ne retiendrais que le dernier - le plus fort ! - qui consiste à dire que l'innovation est basée sur l'amour et qu'il faut favoriser les amoureux ! En effet, les grandes inventions sont le fait de passionnés et pas seulement penser pour se remplir les poches !

    Aberkane souhaite que l'on soutienne davantage l'innovation - en particulier en France ! On apprends de ses échecs et il faut associer encore plus la recherche fondamentale et la recherche appliquée ! Les grandes innovations paraissent d'abord ridicules puis font peur avant d'être adoptées (la Loi de Schopenhauer). L'exemple qui illustre ces chapitres est celui d'Apple et de Steve Jobs. La "mignonnitude"  et le caractère inoffensif sont aussi des moyens de faire adopter des inventions !

    La connaissance est aussi une résultante entre du temps et de l'attention, le facteur At comme le nomme Aberkane ! Et on n'en concentre jamais autant que lorsqu'on est motivé !

    Dans un second temps - après une petite BD façon manga dans le milieu du livre qui en résume le propos ! - l'essayiste s'attaque au mensonge "Noé" et nous parle du biomimétisme. Dans un grand nombre de domaines, la nature fait mieux que la technologie humaine et il faut donc s'en inspirer. Là les exemples viennent de l'aéronautique (les oiseaux), les capacités mimétiques des seiches aussi et que sais-je encore !

    On est dans l'âge noétique - et notre penseur souhaite que l'on passe dans le Noétique supérieur qui correspond à la sagesse ! La Nature qu'il faut préserver est une bonne alternative au Transhumanisme et pourrait être la seule vraie voie du futur !

    Connaissance et "Blue Economy"/biomimétisme, des clés pour l'avenir !

    A bientôt !

    PS : Ca y est, j'ai atteint et dépassé les 500 commentaires sur mes Skyblogs (certes 95% de ces commentaires sont sur le blog secret interdit aux moins de 18 ans ! Le sexe fait vendre !).


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  • Faisons un peu de sociologie ce soir avec un des ouvrages les plus fameux de Pierre Bourdieu, coécrit avec Jean-Claude Passeron et qui porte sur le milieu étudiant des années 1960 - qui connaissait alors déjà une forte expansion avec la génération du baby-boom arrivant en âge d'étudier à la fac ! Il s'agit de l'ouvrage Les Héritiers - sous-titré Les étudiants et la culture. Les constatations de nos deux spécialistes restent on-ne-peux-plus valables aujourd'hui, en 2018, où on a dépassé le million d'étudiants !

    Bourdieu et Passeron constate une inégalité des jeunes gens confronté au milieu scolaire et universitaire. Les classes les plus défavorisées économiquement le sont aussi scolairement et l'école reproduit ces inégalités tout en se masquant réalité !

    En effet, on présente la réussite scolaire sous la forme du don ! Il y a des étudiants qui ont des capacités naturelles à apprendre ! C'est vrai mais on est là dans une étude sociologique et on ne doit pas se reposer sur la nature ! De fait, assez logiquement, les différents dons devraient être également répartis dans les différentes classes sociales. Or ce n'est pas le cas ! L'"École du Mérite" du discours officiel est disqualifiée :

    Ceux qui accèdent le plus à l’université sont les fils de cadres et de professions libérales - les enfants d'ouvriers et de paysans se voit mis sur la touche et minoritaires ! Comment expliquer cela ? Par des difficultés économiques (payer les études !) mais pas seulement ! Tout cela tient à une différence culturelle !

    Les enfants des classes aisées ont plus facilement, par leur milieu, accès à la culture savante telle qu'elle se pratique hors du cadre scolaire. Les élèves des classes populaires vont se limiter aux lectures du programme là où les fils et filles de bourgeois vont fréquenter le théâtre et le musée. D'où une certaine aisance de ceux-ci ! L'école ne vient donc que valider des inégalités !

    On dira aussi que les enfants des classes populaires sont plus "scolaires" dans l’exécution de leur devoirs à l'école, plus laborieux.

    Nos deux sociologues notent que les classes populaires envoient leur progénitures plus facilement vers les facs de Sciences et que les jeunes femmes se destinent surtout à la fac de Lettres (et en Pharmacie très féminisée) - tandis que la Médecine et le Droit restent très bourgeois.

    Dans un deuxième temps, Bourdieu et Passeron essaient de voir si on peut parler de corps étudiant, si il existe un ensemble homogène d'étudiants comme une sorte de "classe sociale" et en conclut que non. L'étudiant étudie... Point ! Et ne socialise pas !

    Les études sont vues par les étudiants les plus aisées comme un jeu - avec un caractère d'irréalité - déconnectée des préoccupations professionnelles donc de sa finalité ! Là où les étudiants des classes les plus modestes  -qui auraient pu ne pas accéder aux études - voient plus ces finalités en rapport à un métier - qui ne leur est pas assuré : - et peuvent moins se permettre le dilettantisme.

    Le rapport et les différences entre facs de provinces et facs parisiennes est également abordé , la Capitale permettant d'approcher au plus près la vie intellectuelle là où elle se déroule !

    Bon, nos deux auteurs dressent in constat... Mais proposent-ils des solutions ? Il semble que oui ! Il est recommandé de passer d'un mode d'éducation "traditionnel" à un mode plus "rationnel" où le professeur explicitera ses attentes et les finalités des exercices, travaillera en petits groupes plus encadrés et tiendra compte des spécificités de chacun - pour ce que j'en ai compris !

    Bourdieu et Passeron livrent là une vision particulièrement lucide et critique de notre système d'enseignement supérieur - ce qui ne plu pas à tout le monde et Bourdieu se vit déverser un paquet d'injures lors de son décès ! A notre époque de médiocrité, où l'ascenseur social est plus que jamais bloqué, on lira avec profit Les Héritiers qu'on mettra en parallèle avec l'autre livre des mêmes auteurs, La Reproduction !

    A bientôt !


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  • J'apprécie particulièrement Michel Onfray, philosophe français actuellement le plus vendu dans le monde, très controversé et qui a beaucoup d'ennemis - notamment à la fac de Caen où les profs ne l'aiment guère ! On aurait de vives raisons de les critiquer ces profs qui feraient mieux de balayer devant leur porte !

    Onfray est un travailleur infatigable qui, lorsqu'il aborde un sujet, lis toute la littérature existante sur ce sujet - telle est sa méthode ! - du haut de sa bibliothèque personnelle de 20000 ouvrages ! Onfray est aussi connu pour être un graphomane !

    Il a sorti récemment, à la rentrée littéraire 2018, son centième livre - qui revient de manière plus intime sur sa vie. Onfray est un éternel rebelle et il y a beaucoup de malentendus sur lui. Il a été récemment au cœur d'une polémique à propos d'un texte sur le doigt d'honneur du voyou braqueur qui a posé avec notre si pitoyable président - le "Méprisant de la République", Macron Ier ! Je soutiens entièrement notre philosophe normand dans cette affaire d'autant qu'il s'est vu privé de France Culture et de France 5, ses chaînes payées  par l'argent des contribuables, chaînes qui boycottent ainsi un philosophe près du peuple ! De plus, Onfray a mis un terme à sa participation à l'Université Populaire de Caen qui continuera sans lui !

    Il faut dire que si Onfray est si amer, c'est parce qu'il a pu goûter à la bassesse humaine, notamment à celle de la petite bourgeoisie mesquine de province, celle de l'intelligentsia snob de Paris qui fait la pluie et le beau temps ou encore les élus de Gauche qui ont renié les idées de Gauche au nom du libéralisme. Onfray ne s'est jamais soumis et on le lui fait payer !

    Revenons donc au livre du jour qui s'intitule Le deuil de la mélancolie. Sans vouloir faire de la psychologie de bazar, on peut dire que ce livre est comme une thérapie pour son auteur. Il s'agit de se relever et d'en finir avec la peine. Onfray revient sur l'AVC qu'il a éprouvé en janvier 2018 et qui aurait pu lui coûter très cher du fait que 4 ou 5 médecins sont passés totalement à côté ! Par chance pour lui, Onfray a tout de même du "réseau" et a finit par être diagnostiqué correctement et envoyé en soins à l'hôpital Foch. Mais il se demande quid du quidam qui n'a pas de relations dans le corps médical ? L'exercice de la médecine semble truffé de bourdes et de ratages d'autant plus graves que, comme le montre l'auteur, les médecins qui se sont plantés ne reconnaissent que rarement leurs erreurs !

    Onfray livre donc le déroulé de la survenue de son AVC, puis les différents messages pris à l'hôpital sur son i-phone, dénonce l'impéritie de certains praticiens.

    Ensuite, il revient sur le décès de sa compagne Marie Claude Ruel, qui a souffert le chemin de croix du cancer pendant dix-sept ans et est décédée en aôut 2013. Onfray nous dévoile donc son intimité, tout en restant mesuré et pudique. Il n'a tenu le coup ensuite que grâce à l'amour de Dorothée, l'autre femme de sa vie. Notre penseur, comme Sartre et Beauvoir avant lui est donc un pratiquant du polyamour - chacun des trois membres de l'affaire étant au fait de la réalité !

    De là, Onfray dresse un constat, relie les points entre le décès de Marie-Claude, la mélancolie et le mal-être dont il a souffert par la suite et la survenue de son AVC comme le bout d'un processus. A partir de là, il décide de se relever, pour Dorothée et les gens qu'il aime, son frère, sa mère, ses rares véritables amis, notamment en se réfugiant dans le travail.

    Onfray nous raconte, vous l'aurez compris, dans ce livre son rapport à la mort - relate aussi un accident de voiture de sa mère des années plus tôt, la mort de son père, ses relations amicales et tant de choses intimes.

    C'est un livre plaisant et instructif, qui explore et interroge sur la nature humaine, sru "que faire de notre vie le temps qu'il nous reste ?". Le philosophe d'Argentan sait qu'il ne lui reste plus que quelques années à vivre - menacé et en sursis depuis son infarctus alors qu'il n'avait pas encore 30 ans ! Mais ne sommes-nous pas tous en sursis sur cette Terre ?

    Un livre qui permets de mieux comprendre - et d'apprécier ! - Michel Onfray, un livre que j'ai lu en 1 heure et demie de temps, tellement c'est passionnant ! Je vous en recommande la lecture fortement !

    A bientôt !


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  • Nous allons nous intéresser présentement à un petit opuscule d'Edgar Morin qu'il a rédigé à l'été-automne 2016, intitulé Connaissance Ignorance Mystère, et qui est une bonne synthèse de bien des problématiques en 8 chapitres éloquents ! Il est agréable de constater que le sociologue-philosophe, théoricien de la Pensée complexe et auteur de La Méthode, a gardé une belle vivacité d'esprit et une grande lucidité à 97 ans !

    Je commencerais par une citation de Paul Valéry - un de mes penseurs fétiches sur qui j'ai travaillé par le passé  - phrase tirée du bouquin de Morin :

    "Jamais l'humanité n'a réuni tant de puissance à tant de désarroi, tant de soucis et tant de jouets, tant de connaissances et tant d'incertitudes. L'inquiétude et la futilité se partagent nos jours."

    Le premier chapitre se nomme "La connaissance ignorante" et Morin y fait le constat juste que si d'une part, la science humaine a élargi son champ d'action, fait d'innombrables découvertes - en cosmologie, en physique, en biologie, sur la psyché humaine,... - a maîtrisé la vapeur et l'atome, en réalité, ces progrès n'ont fait que soulevé encore plus de questions la plupart encore plus abyssales ! Il semble qu'on doive renoncer à atteindre la connaissance absolue devant un Univers d'une telle complexité ! Dans les chapitres suivants, Morin va dépeindre ses différents niveaux de la réalité - depuis le niveau cosmologique - du Big Bang à la structure des galaxies jusqu'à la dimension de l'esprit humain et la conscience en passant par la vie, l'évolution créatrice et l'homme. A chaque fois, c'est l'occasion de détailler les nouvelles problématiques sous-jacentes qui se font jour !

    Le chapitre 2 s'intéresse à l"La réalité" et Morin y fait le constat d'une ambivalence - tantôt cette réalité - qui est donc aussi et parce qu'elle nous es subjective ! - nous semble "ferme et affermie" ou "flottante et imaginaire, illusoire". En laissant de côté tout ce qui relève de l'hallucination ou de l'illusion, la réalité - qui repose sur l'espace et le temps - parait perdre beaucoup de sa consistance à certaines échelles ! En effet, au niveau subatomique - quantique - espace et temps sont des notions qui s'effacent et l'univers est constitué de vide ! Il y a en réalité un dialogisme et la réalité humaine est à la fois réel et irréelle !

    Dans le chapitre 3, "Notre univers", nous abordons des considérations cosmologiques, domaine qui s'est considérablement développé au XXème siècle, notamment avec les travaux d'Albert Einstein ! A ce stade, Morin revient sur un de ses dadas à savoir que, là où la réalité était réel et irréel, l'Univers est organisation et désorganisation  - on reste ainsi dans le cadre d'une pensée complexe qui se veut en grande partie dialogisme,alliance des contraires ! De même que la vie sera jeu entre la vie et la mort - Eros/Thanatos !

    Ceci est d'ailleurs posé dans le chapitre 4, "La vie, révolution dans l'évolution", avec une nouvelle opposition, un nouveau paradoxe ! en effet, la vie est continuation ! Continuation de l'espèce à travers la reproduction mais, conformément à la pensée de Darwin, elle est aussi évolution, transformation, adaptation, mutation ! Et là encore la mort travaille et "obsède" le vivant !

    Il y a donc une "créativité vivante" - c''est ce que nous démontre le chapitre 5. En fonction du principe complexe que le tout dépasse les parties, des propriétés nouvelles, émergentes, vont apparaître ! Je n'en donnerais que deux exemples ! D'abord, des molécules - dites pour cette raison organiques mais qui à leur niveau, ne sont pas "vivantes" va émerger la Vie ! Ensuite, du cerveau va émerger la conscience et l'esprit ! Autres preuves que la réalité est fort complexe et qu'il faut lier les savoirs pour l'aborder sans jamais parvenir à totalement l'élucider évidemment vous l'aurez compris !

    Les chapitres 6 -"L'humain inconnu à lui-même" et 7 - "Le cerveau et l'esprit" s'intéressent donc à l'homme et à sa capacité de création cognitive. On pointe encore là l'incapacité de l'homme (à la fois individu, être biologique et être social) à se connaître complétement à cause de son inconscient  - et pas seulement en terme freudiens - notamment tous les phénomènes physiologiques (respiration, digestion, battements cardiaques) qui opèrent sans que nous y pensions (fort heureusement d'ailleurs !), tel est l'objet du chapitre 6 ! Le chapitre 7 est aussi fort intéressant puisque Morin s'y intéresse aux productions de notre esprit, les inventions, les rêves, les mythes, les religions, les idéologies, de la pensée magique par analogie à la raison raisonnante ! Notre esprit associe ne fait constamment analogie et raison, pensée magique et rationnelle. Morin consacre aussi quelques pages au chamanisme - dont les romanciers, les peintres, les musiciens, bref les artistes sont des héritiers et des descendant ("la transe poétique) et l'auteur parle aussi de la Mimésis, de l'état poétique et de l'Extase !

    Le livre se conclut par le chapitre 8 (avant véritablement une conclusion dans les quelques pages intitulées "Finale") avec la "Post-Humanité ! Morin aborde avec lucidité l'état du monde actuel avec ses évolutions possibles. Le monde présent est mu par la "Fusée a trois moteurs Sciences/Techniques/Économie". Le problème est qu'il manque à ce monde une éthique. ! En effet, la mondialisation entraîne son lot de "catastrophes". Il n'est pas sur qu'on ailles vers un "bien-vivre". En réaction à cette mondialisation, les peuples se replient notamment dans les nationalismes et le fondamentalisme religieux. Les différences de richesse s'accroissent, les gens tombent dans la misère et le réchauffement climatique est aussi un problème d'envergure qu'on ne peut plus occulter désormais à mesure que les prédictions les plus catastrophiques se confirme quand on avance dans le temps !

    Il est évidemment question du Transhumanisme où là encore une éthique manque ! Les Transhumanistes s'illusionnent si ils pensent éliminer totalement la mort car un jour l'Univers lui-même disparaîtra ! Et verrons-nous apparaître des post-humains davantage in-humains traitant dans le mépris le reste de l'Humanité non-"augmentée". Je ne développe pas sur le Transhumanisme car j'ai eu l'occasion d'en parler récemment à propos de deux ouvrages sur le sujet ! Vous aurez compris que ce sont des perspectives vivement critiquées !

    Au final, il restera toujours de l'impensable et c'est bien cela qui fait le versant poétique de l'existence, telle est la conclusion de Connaissance Ignorance Mystère !

    Encore une fois, merci Monsieur Edgar Morin ! Vous êtes un Phare pour nous !

    A bientôt !


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  • Le mythe de la Singularité - Jean-Gabriel GanasciaNous allons à nouveau parler de hautes technologies, de Transhumanisme et d'Intelligence Artificielle avec le livre de Jean-Gabriel Ganascia intitulé Le mythe de la Singularité et sous titré "Faut-il craindre l'intelligence artificielle ?".

    En effet, le 1er mai 2014, des personnalités renommées comme feu Stephen Hawking - le cosmologiste pourtant si dépendant des machines en raison de sa santé défaillante ! - publia une tribune dans le journal The Independant - pour mettre en garde contre l'évolution de l'I.A. qui pourrait très bientôt atteindre une étape irréversible et nous supplanter, créant une disruption dans la société !

    En parallèle, nous avons le mouvement Transhumaniste chapeauté par les géants des technologies du web - comme Bill Gates ou Elon Musk pour ne citer que les plus connus - qui investissent des milliards dans la recherche pour hybrider notamment l'Homme et la Machine et repousser la Mort ! Se créent ainsi des institutions comme l'Université de la Singularité qui annonce clairement la couleur !

    En fait, une Singularité est un point de non-retour mais c'est à la base une notion de mathématiques qui s'applique notamment en Physique à l'horizon des Trous Noirs dont rien ne s'échappe ! Un point de non-retour donc !

    Le Transhumanisme va bien plus loin d'un simple prolongement de l'Humanisme naturaliste ! En effet, si la Renaissance introduit notamment une révolution des sciences et institue notre Modernité, elle pose une notion de Progrès indéfini qui mène à une amélioration constante de l'Humanité ! Avec le Transhumanisme et la Singularité, l'Humanité ne s'améliore pas indéfiniment ! Certes elle progresse mais jusqu'à un point de basculement où elle bascule dans la "Non-Humanité" ! L'Homme devenu machine puis pur esprit dans les circuits d'un ordinateur !

    L'auteur Jean-Gabriel Ganascia note aussi la similitude entre la Gnose du Ier siècle après J.-C. et le Transhumanisme ! En effet, les Gnostiques postulent et croient en un dieu mauvais qui a créer le monde matériel qui n'est que mal ! Pour s'en affranchir, il faut donc s'élever vers le pur esprit ! N'est-ce pas la visée du Transhumanisme ? On est aussi dans un Idéalisme platonicien radical !

    Il est intéressant aussi de noter l'amalgame entre mythos et logos dans le discours Transhumanisme. Peut-on vraiment fournir une preuve rationnel que ce futur où l'Homme se mêle à la machine surviendra ? N'est-ce pas une manière de nous éloigner des vrais problèmes à venir comme le réchauffement climatique ? Le Transhumanisme s'apparente plus à un discours de Science-Fiction (donc du mythe ! D'où le titre de l'ouvrage !) qu'à un discours véritablement scientifique ! Désormais, les chercheurs en sciences et technologies s'inspirent des canons de la SF et non plus l'inverse ! Car en effet, il faut produire une recherche attractive pour attirer les financements !

    En réalité, après avoir montré à ce stade que la Singularité était un mythe, l'auteur de l'essai s'interroge sur les motivations des géants dits des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft)  dont les objectifs sont en réalités plus politiques qu'économiques ! Dans une économie du web où règne l'incertitude quotidienne, le Transhumanisme n'est-il pas une manière de combattre ses doutes quand à l'avenir ? C'est envisageable sauf qu'on voit mal ces jeunes patrons milliardaires exprimer de tels doutes en public !

    Le Transhumanisme serait plutôt une "diversion" qui vise à nous distraire de l'emprise croissante que ces géants de l'informatique exercent sur nos vies tant au niveau de la biométrie, de la collecte des données personnelles à travers les Big Datas, de l'établissement de cadastre, de l'influence dans le domaine de la culture etc...

    Une Humanité "augmentée" ne serait plus vraiment une Humanité, outre que tout le monde n'aurait pas accès à ces "améliorations" et/ou à la "Vie Éternelle" mais surtout ces géants du web prennent de plus en plus la place que prenaient jadis les États ! Il convient donc de ne pas se faire leurrer par des mythes et d'analyser avec du recul l'évolution des choses !

    A bientôt !


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  • La composition des mondes est un ensemble d'entretiens que l'anthropologue Philippe Descola, un des héritiers de Claude Lévi-Strauss et qui officie notamment au Collège de France, a donné au journaliste Pierre Charbonnier en 2014.

    Cet ouvrage nous éclaire sur le parcours de cette grande pointure des sciences humaines et à travers lui nous éclaire sur ce qu'est le cheminement intellectuel d'un anthopologue dans la deuxième moitié du XXème siècle ! Il nous renseigne également sur les grandes ontologies régissant le monde - les "modes d'être" : animisme, totémisme, analogisme ou naturalisme. Enfin, le livre interroge notre modernité à travers le naturalisme qui est une façon de penser les choses dans un rapport particulier à l'espace, en lien avec la science et la conception mathématique.

    Comme pas mal de sociologues et d'anthropologues, le parcours de Philippe Descola commence avec la philosophie. Après tout, le remaniement des ontologies du monde auquel il se livre ne revient-il pas à manipuler un principe philosophique ? L'anthropologie est à la conception théorique de modèle pour penser le monde, ce que l’ethnographie de terrain - qui recueille des données - est à l'empirisme.

    Descola revient sur sa formation et ses maîtres, Maurice Godelier, Claude Lévi-Strauss, André-George Haudricourt, les écrits de Michel Foucault et bien d'autres ! Sa formation politique marxiste et trotskyste trouve sa source dans Mai 68.

    Les premiers travaux sur le terrain de notre anthropologue le mèneront d'abord en Amérique Centrale puis en Amazonie où il étudie les indiens Achuar, leur rapport à la nature, aux Non-Humains (animaux et végétaux), leur rêves et leurs chants. Il s'agit de se défaire de notre modèle européen qui a voulu s'imposer au monde par le colonialisme ! Le retour à la civilisation après des mois en Amazonie est d'autant plus bizarre ! Descola restera trois ans chez les Achuar - une ethnie Jivaros ! - en "immersion participante", mesurant les parcelles de terres, pesant les rations de nourriture des indigènes, participant à leurs activités, etc,...

    En 2005, Descola publie son maître livre Par-delà nature et culture. Ses analyses s'appuient au départ sur les méthodes structuralistes mais vont plus loin et se complètent d'autres lectures. C'est là, dans cet ouvrage de 2005 que Descola pense l'animisme, le totémisme, l'analogisme et le naturalisme.

    L’animisme envisage la continuité mentale entre humains et non-humains et leur discontinuité physique. Le naturalisme considère les discontinuités mentales et les continuités physiques. Le totémisme, au contraire, postule des continuités morales et physiques entre humains et non-humains, dont des groupes totémiques entiers se séparent. Enfin, l’analogisme suppose de considérer des discontinuités totales et permanentes entre humains et non-humains, ce qui ouvre la voie à une série de renvois entre des singularités partout saillantes.

    Mais en réalité, on ne trouve jamais ces ontologies sous leurs formes pures établies par l'analyse dans les faits !

    Descola établit que l'analogisme succède à l'animisme mais ce passage n'est pas documenté. On en sait davantage sur l'analogisme - déjà théorisé comme la pensée du Moyen Âge et de la Renaissance par Michel Foucault dans Les Mots et les Choses - qui est remplacé par le naturalisme. Le naturalisme vient avec l'avènement des Sciences avec Bacon, Galilée, Descartes puis Newton mais a déjà été préparé dans les esprits par la peinture néerlandaise du début du XVIIème siècle. Descola accorde une grande place, en effet, à l'analyse des images.

    Enfin, l'interviewé précise que la confirmation de ces quatre ontologies par les faits sera la mission des futurs jeunes chercheurs de la discipline dans une casuistique qui viendra confirmer ou démentir la théorie !

    Voilà ! Le livre expose bien d'autres points mais je me garderais de rentrer trop dans le détail !

    A bientôt !


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  • Aujourd'hui, nous allons discuter du Transhumanisme - après avoir déjà abordé cette forme d'utopie du futur dans un billet sur un livre de Luc Ferry - et avant d'en reparler bientôt à propos d'un livre sur la Singularité !

    Dans Le transhumanisme, c'est quoi ?, les auteurs, Dominique Folscheid, Anne Lécu et Brice de Malherbe, se posent des questions essentielles pour notre temps et le futur ! Doit-on voir dans ce mouvement en quelque sorte philosophique une réponse aux problèmes actuels ?

    Nos spécialistes sont un médecin, un philosophe et un théologien dans cet ouvrage court et accessible ! Ils consignent ici les réflexions qui ont eut lieu lors d'un séminaire au Collège des Bernardins !

    Le transhumanisme envisage un "homme augmenté", une sorte de cyborg, interfacé avec les machines, amélioré par le génie génétique et qui a vaincu la mort ? Ce saut vers l'avenir est fortement encouragé par les sociétés des GAFA qui financent les recherches avec des individus comme Elon Musk ! Un pas vers une nouvelle Humanité mais s'agira-t'il encore d'Humains ?

    Le problème avec le Transhumanisme est multiple ! On passera sur le fait que ces "améliorations" ne toucheront qu'une petite élite - celle qui aura les moyens financiers et les réseaux d'influence - et qui domineront alors la masse des sous-hommes. Mais pire, on est là devant un déni du corps ! Or c'est le corps, support des émotions, qui fait notre Humanité !

    Les trois auteurs établissent que l'on ne peut pas vraiment considérer le Transhumanisme comme un nouvel Humanisme ! Celui-là subvertit certains auteurs qui font partis de celui-ci comme Pic de la Mirandole !

    Surtout le Transhumanisme s'inscrit davantage dans le mythe du progrès et le développement de la science moderne ! A l'âge préhistorique, l'homme se rends compte qu'il fait partie de la nature et doit lutter contre elle ! Durant l'Antiquité grecque, il découvre le logos, la foi en la Raison. Mais ce n'est qu'au XVIIème siècle, que cette Raison conduit au développement de la science - avec Francis Bacon, Galilée et René Descartes, trois contemporains. Il s'agit, pour reprendre la formule du dernier, de se rendre "comme maître et possesseur de la Nature" !

    Le Transhumanisme, c'est aussi la technique dérivée de la science et l'"arraisonnement de la Nature" pour parler comme Heidegger ! Dans un monde où Dieu a par ailleurs été révoqué et où l'Homme veut prendre la place du divin !

    Le corps est vécu comme une "prison" dont il faut s'affranchir ! En cela, les transhumanistes sont dans la détestation du corps comme les gnostiques au début de l'ère chrétienne ! Mais n'est-t'on pas alors en plein péché d'hubris - de démesure ? Certainement !

    Dans cette philosophie du XXIème siècle, on considère l'univers comme un mécanisme d'horloge, un animal-machine (ou encore un  "homme-machine" depuis La Mettrie). Devenu entièrement et uniquement matériel, le monde peut s'expliquer par la science - est pensable en termes mathématiques - pour reprendre Galilée ! On évacue la finalité ou le "pourquoi" qui est du ressort métaphysique ! La science ne chercher jamais que le "comment" et Newton ne se risquait pas en hypothèses !

    Mais le corps n'est pas qu'un corps support de la vie, le Körper, celui que le médecin examine mais aussi un Leib, une subjectivité parlante, qui s'exprime pour penser comme Husserl ! Le corps est le support de nos émotions et ce qui fait de nous des humains !

    Mais après la Shoah, il s'agira de prouver que l'Homme est encore digne d'être celui qui nous ouvre un avenir !

    Nos trois spécialistes dans leurs domaines, parce qu'ils font parties de la sphère du soin sont , vous l'aurez compris, très réticents à l'égard du Transhumanisme ! Il sera intéressant de comparer bientôt avec d'autres points de vue !

    C'est pourquoi je vous dit à bientôt !


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  • Zéro de conduit sous-titré "Carnets d'après campagne" est le dernier volet du triptyque sur la politique françaiseZéro de conduite - Michel Onfray dans le cadre de l'élection présidentielle de 2017, commencé avec Décoloniser les provinces et poursuivi avec La cour des miracles.

    Un ouvrage qui va faire encore polémique et attirer à Onfray les foudres du pouvoir ! Par ailleurs, l'auteur de cet essai en a distillé pas mal d'extraits au fil des mois de la rédaction sur sa chaîne/web-TV MichelOnfray.com !

    La plume acerbe de Michel Onfray s'attaque à l'homme-lige de la finance, Emmanuel Macron, porté au pouvoir par les biais de médias vendus aux intérêts de l'argent ! Le "philosophe français le plus lu dans le monde", qui a précédemment défendu le système girondin contre le système jacobin, ressasse ses thèmes habituels, à savoir que nos présidents successifs depuis Mitterrand et le Traité de 1992, ne sont que les pions de l'Europe maastrichienne ultra-libérale.

    Dans un paysage politique français en décomposition, Onfray délivre voire déchaîne sa verve contre Macron, celui qui devait moraliser la vie politique mais a, dès le début de son quinquennat, des ministres impliqués dans des affaires louches tels Richard Ferrand, avec des montages financiers occultes et un fils engagé comme assistant parlementaire - ou François Bayrou qui rémunérait des collaborateurs avec l'argent de l'Europe et que Macron a nommé Ministre de la Justice ! Il y a dès le départ quelques chose de pourri dans le Royaume de Macronie !

    Cette présidence, à défaut d'avoir des idées - avec ses intellectuels et ses journalistes aux ordres - est appelée à se dérouler sous les auspices de la communication ! Macron a été élu grâce à des journaleux corrompus et, bien ingrat, décide de leur faire savoir qu'il est le patron en les faisant poireauter toute une matinée lors de l'annonce de la nomination d’Édouard Philippe comme premier ministre !

    Mais l'"opposition" ne présente guère mieux pour Onfray ! Mélenchon a une passion suspect pour Robespierre et Hugo Chavez, Marine Le Pen a été consternante lors du débat de l'entre-deux-tours ! Et ce ne sont pas les simagrées des Insoumis concernant le port de la cravate à l'assemblée ou le logement HLM qu'occupent Raquel Garrido, avocate et son conjoint Alexis Corbière qui vont les réhabiliter ! En réalité, et Onfray pointe cela, les Insoumis ne défendent pas les ouvriers et ne sont que des petites bourgeois préoccupés d'eux-même - après on est d'accord avec cela ou pas !

    Quelle doit être la stature d'une présidence ? Les Français avaient reproché à Sarkozy son côté "survolté" et à son successeur Hollande, son côté "mollasson". Avec Macron, on nous annonce un président "jupitérien" et dès lors les journalistes, vexés d'être mis sur la touche, dénonce son autoritarisme lors du Congrès à Versailles - avec Poutine ! - début juillet 2017. Il faudrait savoir ce que l'on veut !

    Macron, accusé d'être le "président des riches" pense-t'il à l'intérêt général ou à son propre intérêt ? On peut douter du fait qu'il se préoccupe des Français - surtout des plus modestes ! On n'est pas à une bêtise et sottise prête dès le début du mandat notamment lorsqu'il déclare que le terrorisme vient du réchauffement climatique ou qu'il humilie le jour de la Fête Nationale Pierre de Villiers, le Chef d’État-major des Armées qui demandait juste plus de moyens et qui lui pour le coup travaille pour l'intérêt général de la France au contraire du président Macron, homme de courte vue !

    La politique de Macron semble se résumer à de la communication (avec son cortège de Minc, Attali et Séguéla et autres pseudos intellectuels dévoyés !). Ainsi il nomme Stephane Bern au patrimoine en lieu et place d'un universitaire réellement compétant, ou il fait le pitre chez Hanouna ! La communication ne lui réussit pas toujours  comme lorsqu'il fait preuve d'une condescendance insupportable à l'égard du président du Burkina Faso qu'il traite de "réparateur de climatisation" ! Souvent le verni craque et le vrai Macron méprisante envers le peuple ressort, avec "ceux qui ne sont rien", les "fainéants" qui ne veulent pas travailler, les "alcoolos" et les "illettrés" ! Un homme éminement sympathique on vous dit !

    Et ce ne sont pas ses prétendues connaissances philosophiques qui rattraperont Macron ! Il se targue d'avoir bossé avec Ricoeur ou Balibar (l'un est mort et l'autre ne se souvient plus de lui !), cite des phrases de  Lévinas que le cercle d'études lévinassienne est incapable de retrouver, bref, on lui conseillerais plutôt de lire "La philo pour les nuls" !

    On s'approche progressivement vers la fin de nos libertés et ce projet de loi sur les fake news est la porte ouverte vers un monde à la Orwell ! Qui décidera ce qui relève de la fake news ?

    Autre scandale, le statut de la Première Dame, payée des dizaines de milliers d'euros par mois alors qu'elle n'a pas été élue, elle ! Enfin, bon, c'est de l'argent pris sur nos APL ! Et je en parle pas du panda qui nous coûte 2 millions d'euros sur trois ans !

    Le pouvoir n'est pas brillant mais l'opposition n'est guère mieux ! Les Républicains, les Socialistes et Marine Le Pen sont morts ! Le Front National revient vers une ligne maastrichienne et libérale et Marion Maréchal-Le Pen est en embuscade !

    les Insoumis (Mélenchon, Garrido, Simmonet,...) ont aussi leur lot de casseroles (voyage en première classe, logements HLM, détournements de fond,...). Ils multiplient, à l'image de Mélenchon, les effets de manche ou clame "Nique la France" avec Danièle Obono ! Bref, on est vraiment mal barrés !

    Onfray termine ainsi son triptyque et annonce qu'il consacrera par la suite son énergie à d'autres études ! Dans Décoloniser les provinces, il avait proposé l'alternative girondine, dans La cour des miracles, déconstruit comment l'élection présidentielle était une imposture. Dans ce dernier volume, il critique fortement le début de règne de Macron Ier qui n'augure rien de bon pour la suite ! Le Français de base en a encore pour 4 ans à souffrir - à moins que Macron fasse un second mandat ! - et la finance se régale !

    Pas Robin des Bois mais le Sheriff de Nottingham !

    Avec ce livre, Onfray va encore se faire des amis ! Il est vrai que j'ai remarqué que dans ma fac, il était de bon ton chez les professeurs de Lettres et de Philosophie de taper sur/dénigrer le philosophe bas-normand ! Les universitaires professionnels ne sont pourtant pas exempts de reproches non plus dans ce milieu qui fonctionne par cooptation  et copinages !

    A bientôt !


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  • Yuval Noah Harari est un professeur d'Histoire israélien à qui on doit le best-seller paru en 2015 en français, Sapiens, une brève histoire de l'humanité. Le livre retrace en effet l'Histoire de l'Humanité, de ce fait est assez épais (près de 500 pages !) et se lit comme un roman !

    On s’attend évidemment à un monument d'érudition et c'est effectivement le cas ! Mais je trouve, alors que j'arrive à la fin du bouquin, que le propos reste bien général. Il est question de biologie, de cadres mentaux, d'innovations techniques, de faits sociaux avec des mises en garde sur les menaces qui pèsent sur l'Humanité !

    L'Humanité a de fait traverser trois grandes Révolutions ! On connaît la révolution agricole vers 9000 avant notre ère et la révolution scientifique du temps de la Renaissance (avec Francis Bacon, ou Galilée) mais il y eut, il y a 70000 ans, la révolution cognitive. L'homme changeant son régime alimentaire, y incluant de la viande, vit son cerveau se développer, et se mit à fabriquer arcs et flèches, bateaux, lampes à huiles, s'initia à l'art rupestre, développa des embryons de sociétés et enterra ses morts !

    Des chasseurs-cueilleurs, parce qu'on développa des capacités à coopérer pour survivre, on passa à l'agriculture et l'élevage. Dans le même temps, pour fédérer tout cela, on conçut des fictions, évidemment d'abord orales, des mythes - au début souvent agricoles ! - et ensuite des religions ! Dans le même temps, se produisit, en même temps que s'assemblaient des tribus de plus en plus vastes, un désastre écologique dont la disparition des mammouths et des aurochs ne sont que les exemples les plus connus ! L'Homme devenait un "serial-killer" !

    La révolution agricole permit à la démographie de faire un premier bond. Mais si il y avait plus de gens, ceux-ci vivaient moins bien qu les chasseurs-cueilleurs qui paradoxalement, parce qu'ils étaient moins nombreux, avaient plus de ressources ! Avec ces nouvelles sociétés, on était constamment sur le fil du rasoir !

    Puis, l'agriculture prenant de l'ampleur, il a fallu une autorité centrale pour gérer les stocks et ce fut la naissance des premiers États - on pense à Babylone ! Avec aussi l'apparition des nombres, de l'écriture et des impôts, les premières guerres de masse aussi ! Je vous renvoie à mon billet sur l'invention de l’Écriture !

    Par la suite, trois grands principes vont unifier le monde que Yuval Noah Harari explicite dans autant de chapitres : la monnaie, les empires et les religions !

    La monnaie va peu à peu remplacer le troc et rendre les échanges universels en les simplifiant ! Les grands Empire, on pense à la Chine, l'Empire d'Alexandre, l'Empire romain, l'Hégire musulman, les Empires Incas, Mayas et Aztèques, ou plus près de nous les Empires russe et ottoman.

    Au départ, la seule religion était l'animisme ! Puis on vit les polythéismes. Le  monothéisme apparut en Égypte en 1300 avant  notre ère avec Akhénaton, un culte du soleil dont s'inspirèrent les Juifs. Le Christianisme et l'Islam sont dans la filiation du Judaïsme !

    Grâce à la révolution scientifique, l'Europe va peu à peu dominer le monde. Le monde est mathématisable et l'Homme doit dominer la nature. Cette révolution scientifique est insérée dans la société et associé à l'impérialisme et au capitalisme chez les Européens.

    De par la notion de progrès, l'ensemble des richesses disponibles et créés va croître  - la taille du gâteau augmentant, le recours au crédit connaît un nouvel élan. En retour, ce crédit - et la confiance dans le futur - entraînent de nouvelles découvertes dans un cercle vertueux !

    La révolution industrielle se produit lorsque l'Homme comprends comment transformer une source d'énergie en une autre avec la machine à vapeur (à partir de la combustion du charbon, on créé du mouvement !). Cette révolution industrielle entraîne une seconde révolution agricole qui ne prends pas en compte la souffrance des animaux dans des élevages industriels (on a là un propos sous-jacent que ne désavouerait pas les Vegans !).

    A la fin de l'ouvrage, on retrouve la situation contemporaine : consumérisme, Etat-Providence... Mais et le Bonheur dans tout cela !? L'Humanité est-elle plus satisfaite aujourd'hui ? Certes on vit mieux mais on détruit la planète -  ce qui risque de détériorer dans pas longtemps nos conditions de vie !

    Est-ce le Transhumanisme qui apportera des réponses ? Je vous donne rendez-vous pour aborder ces aspects dans un prochain comte-rendu de lecture de l'autre livre de Yuval Noah Harari : Homo deus, une brève histoire de l'avenir !

    On peut retrouver un aperçu du livre Sapiens - Une brève histoire de l'humanité dans une série de vidéos/conférences de l'auteur sur sa page Youtube !

    A bientôt !


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  • Le savant et le politique : La profession et la vocation de savant - Max WeberMax Weber, le fondateur de la sociologie allemande, prononça, en pleine Première Guerre mondiale deux discours qui ont fait date ! Nous ne nous intéresserons pas ici à son intervention sur la vocation d'homme politique mais nous parlerons plus en détails - dans un premier temps - de son discours, prononcé le 7 novembre 1917 sur la profession et vocation de savant ! Nous reviendrons sur l'autre conférence dans un billet ultérieur !

    Dans "La profession et la vocation de savant" - que l'on retrouve donc dans le court essai Le savant et le politique, Weber revient sur le statut des professeurs dans son pays, l'Allemagne ! C'est à cette période - le tournant entre le XIXème et le XXème siècle que se développent les "sciences humaines" - Histoire, Économie, Psychologie, Sociologie - et l'Allemagne wilhelminienne est en pointe dans ces domaines !

    Weber établit un parallèle entre le savant en Allemagne et aux USA ! En Allemagne, celui-ci est nommé sur la base d'un livre ou d'un examen, de manière plutôt formelle. Le professeur n'est pas titulaire d'une chaire mais devient Privatdozent. Il n'est pas rémunéré par la faculté mais ce sont les étudiants qui lui payent ses cours - on a donc intérêt à en attirer le maximum ! Que l'on pense aux cas de Hegel ou de Nietzsche pour illustrer ce propos ! Le savant/professeur a donc intérêt à avoir sa fortune personnelle  - ce qui fait émerger une ploutocratie.

    Aux USA - car Weber, fait la comparaison, le professeur a plus un statut de bureaucrate et de fonctionnaire - il est certes rémunéré mais sa position est plus précaire car il peut être licencié. L'instruction en Allemagne tends à "s'américaniser".

    Weber parle de la vocation du savant et se demande ensuite quelle est l'utilité de la science - sciences de la nature ou de la culture.

    La science ne renseigne plus l'homme occidental sur le fonctionnement du monde - l'homme de la rue. En effet, un indigène, moins évolué technologiquement, connaît le fonctionnement de ses outils, sa hache, son arc, mais l'Allemand moyen comprend-t-il par exemple le fonctionnement du tramway !? On note une spécialisation du savant, de plus en plus accrue par ailleurs !

    L'homme n'est plus "rassasié" de la vie. Le Grec, au terme de son existence, avait tout vu. Désormais, la science étant infinie et n'atteignant jamais le savoir ultime, le savant est un perpétuel insatisfait  et la mort devient absurde car il n'atteint jamais le but, la fin de sa recherche !

    On note aussi un "désenchantement du monde". La science a fait reculer la magie, à détruit l'aura de mystère des objets.

    Weber note chez la jeunesse un refus de l'intellectualisation, une recherche de sentimentalisme et d'intériorité - dans la mouvance du romantisme ! On est à l'opposé de la Caverne de Platon, de la Recherche de la Vérité et on se complait dans les ombres. La science a d'abord été quête de la vérité, puis mathématisation du monde, quête de Dieu au moyen-âge et recherche du Bonheur. Désormais, elle n'est plus vue comme tout cela !

    Voilà un discours de Weber fort brillant et fort intéressant ! Il livre une critique de l'université - critique qu'il faudrait poursuivre à notre époque tant la cooptation y est grande  et l'injustice répandue. Ce texte fit une forte impression à l'époque lors de la série de conférences organisées par le comité bavarois de l'Association des Etudiants Libres. Weber critiquait par ailleurs ces étudiants qui recherchaient dans leurs professeurs des "guides". Pour notre sociologue, le professeur n'avait pas à faire de prosélytisme ni à prendre de position politique dans son amphi car l'étudiant ne pouvait pas répondre, forcé d'écouter docilement.

    Je vous donne rendez-vous dans pas trop longtemps j'espère pour le discours sur le politique.

    A bientôt !


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  • Je vais maintenant vous parler d'un petite brochure publiée par Le Monde - d'une cinquantaine de pages à peine et La tentation du Bien est beaucoup plus dangereuse que celle du Mal - Boris Cyrulnik & Tzvetan Todorovqui se lit en une demie-heure, La tentation du Bien est beaucoup plus dangereuse que celle du Mal ! Il s'agit d'une entrevue menée par le journaliste Nicolas Truong auprès de Boris Cyrulnik et de Tzvetan Torodov. C'est supposé être un "dialogue" mais je n'ai pas trouvé que ça dialoguait beaucoup ! Une demie-douzaine de question sont posées et chacun apporte plutôt sa réponse de son côté.

    Présentons d'abord les intervenants !

    Boris Cyrulnik est psychiatre et inventeur du concept de "résilience" qui est en quelque sorte la capacité que nous avons à dépasser nos traumatismes. Né dans une famille d'immigrés juifs en 1937, Cyrulnik est l'un des deux seuls survivants de la Rafle du 10 janvier 1944 à Bordeaux. On voit bien le rôle du traumatisme dans sa vie. Sa capacité aussi à parler du mal !

    Tzvetan Todorov est né en 1939 à Sofia en Bulgarie et a rejoints la France en 1963. Il est surtout connu comme sémiologue, s'inscrivant alors dans la veine du structuralisme, pour s'en détourner plus tard et aborder des questions plus d'éthique. Todorov a grandi dans l'ex-Bloc Soviétique et a donc connu la dictature. S'intéressant aux Formalistes russes, étudier la forme lui permit dans un premier temps de ne pas s'engager sur le plan politique, ce qu'il fera plus tard ! Todorov est décédé le 7 février 2017.

    La première question concernent les héros qui ont permis à ces deux érudits de se structurer. Cyrulnik évoque la figure de Tarzan, modèle de force, qui lui a fourni un certain réconfort dans les camps des S.S. Todorov, lui, est plus méfiants vis-à-vis des figures héroïques telles celles mis en avant par le régime soviétique ! Il avoue sa  préférence pour des figures de résistants comme Germaine Tillion.

    Sont évoqués ensuite la possibilité de héros bénéfiques ou maléfiques et la tentation du Bien ou du Mal. Il ressort que bien peu de gens -hormis les psychopathes ! - choisissent comme modèles des êtres malfaisants mais nos deux intellectuels sont d'accords pour dire qu'on a commis les pires atrocités en voulant faire le Bien ! Hitler voulait exterminer plusieurs populations au nom du Bien du peuple aryen, même genre de motivations chez Staline ! Comme on dit, "l'enfer est pavé de bonne intentions !". Mais il faut aussi éviter tout manichéisme !

    La question de l’idéologie est essentielle. Une idéologie est en quelque sorte une pensée simplifiée, souvent dogmatique, un vade mecum. Tout est parti de travers lorsque les idéologies de "l'Un" sont apparus comme le Dieu Unique, le Parti Unique, qui font que tous les autres sont vus comme des mécréants qu'il devient légitime d'éradiquer - la porte du fanatisme ! La perversité, selon Deleuze et Lacan, c'est "vivre dans un monde sans autre".

    Dans cette optique et contrairement à ce que disait Manuel Valls, il faut chercher à expliquer les phénomènes de société, y compris le terrorisme - expliquer, ce n'est pas excuser, c'est comprendre pour mieux combattre ! Par contre, je ne suis pas d'accord avec Todorov lorsqu'il dit que les djihadistes œuvrent pour le Bien - c'est sans doute l'idée qu'ils ont en tête concernant leurs propres actions mais ce n'est pas la réalité - enfin c'est sans doutent ce que voulait dire Todorov !

    Face à une jeunesse et un peuple perdus, il y a besoin de contre-récits, de récits structurants ou encore d'encadrement comme pouvaient l'être les Jeunesses Communistes ou les Jeunesses Catholiques après guerre ! On note avec nos intervenants une certaine déprime du peuple français du fait que nous ne sommes plus une puissance mondiale !

    L'entretien est suivi par une courte biographie-hommage à Tzvetan Todorov qui retrace son parcours.

    Voilà, c'est intéressant mais c'est un peu court ! On n'apprends vraiment rien de nouveau mais cette brochure peut être une porte d'entrée vers les œuvres de ces deux hommes.

    A bientôt !


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  • De nombreux essais ont été écrit sur La Guerre des Étoiles ! Le petit livre de Thomas Snégaroff, historien et enseignant à Sciences-Po Paris, intitulé Star Wars : Le côté obscur de L'Amérique replace la Saga de George Lucas (les six premiers films du moins !) dans son contexte et en perspectives !

    On connaît le parallèle entre Star Wars et nos conflits plus terrestres. Lucas a puisé à toute une vaste étendue de références, depuis les mythes antiques, arthuriens, Le Héros aux mille visages  de Joseph Campbell mais aussi dans des événements historiques - en particulier la Seconde Guerre mondiale. Les costumes et les mentalités des officiers impériaux ne sont pas sans rappeler les nazis ! En fait, chacune des deux premières Trilogie est en phase avec son époque. Voyons cela !

    Star Wars est considéré - à juste titre même si c'est réducteur ! - comme une œuvre de la contre-culture par un jeune cinéaste indépendant en face des grands studios Hollywoodiens. La Saga résonne avec une Amérique en pleine période de troubles ! On sort de la Guerre du Viet-Nam où les Etats-Unis passent pour un oppresseur pourtant censés mener une guerre juste et subissant en outre une défaite militaire en plus d’idéologique ! Ainsi les Ewoks de l’Épisode VI ont des points communs avec les Viet-Congs face à une armée ultra-moderne qu'ils vont pourtant défaire !

    Le Trilogie Classique - celle de 1977 à 1983 reflète ce conflit asiatique des années 1960 et 1970 ! De même, le réalisateur et créateur de la Saga a avoué s'être inspiré de Richard Nixon - entre autres ! - pour créer le personnage de l'Empereur - le politicien calculateur qui n'hésite pas à mentir et utilise la peur comme ressort ! Viet-Nam et Nixon sont donc des sources d'inspirations pour le conflit entre les Rebelles et l'Empire des Épisodes IV à VI !

    La Prélogie elle puise plus ses sources dans les lendemains et conséquences du 11 septembre 2001, le Patriot Act et les Guerres en Afghanistan et en Irak ! Là encore restrictions de libertés aux USA comme dans l'Empire Galactique ! Les films de 1999 à 2005 montrent comment une démocratie bascule en dictature, là encore en jouant sur la peur et en utilisant le mensonge !

    Thomas Snégaroff montre donc que l’œuvre de Lucas et un reflet de la situation aux Etats-Unis et c'est pourquoi ces films sont si profondément ancrés en nous ! La Guerre des Étoiles avertit et mets en garde ! Elle est donc une œuvre progressiste ! Mais elle a des côtés réactionnaires et conservateurs !

    L'auteur du livre - qui connaît bien son sujet ! - constate que dans ces deux moments, défaite du Viet-Nam et chute des Tours du World Trade Center, il y a eut par la suite un mouvement de revirilisation - à un moment ou un autre aux Etats-Unis ! Après la défaite du Viet-Nam, l'heure était à la négociation et à l'apaisement et Jimmy Carter fut élu ! Mais par la suite, on l'accusa d'être un président "faible" et il fallait montrer qu'on avait des burnes ! En même temps qu'on découvrait les traumatismes dont souffraient les vétérans du Viet-Nam - qu'on montrait dans le film Rambo de Ted Kotcheff - on élisait Ronald Reagan, dirigeant qu'on voulait fort et qui marquait un retour du conservatisme ! On définissait alors l'"Empire du Mal" qui était l'Union Soviétique !

    Les années 1950 étaient également vues comme une période où on savaient se montrer fort - avant que l'URSS ne deviennent vraiment trop menaçante, acquiert la bombe atomique à son tour et lance Spoutnik ! Le film Retour vers le futur idéalise ces années ainsi que l'autre métrage de Lucas, American Graffiti !

    Par rapport  à l'industrie du cinéma elle-même, la post-défaite vietnamienne inaugure un âge plus complexe avec des films plus sombres, basés sur des anti-héros , période qu'on a appelé "Le Nouvel Hollywood" ! En quelque sorte, Star Wars - Épisode IV- Un Nouvel Espoir - enterre cette période cinématographique et signe un retour du père et des repères - annonce ainsi paradoxalement Reagan - qui n'est pourtant pas le choix politique de Lucas ! Les films ne racontent-ils pas comment le héros Luke Skywalker obtient  la rédemption de son père Anakin pour ses péchés ? Si c'est un peu ça et c'est ce que montre brillamment notre essayiste !

    Bien entendu, la démonstration du livre est plus étayé que cela et je vous encourage à le lire d'autant que c'est un petit essai qui ne coûte pas trop cher et est extrêmement pertinent je trouve !

    Voilà ! Je vous fait ici régulièrement des articles sur les récits de l'Univers de Star Wars - récits qui ont pour fonction de divertir ! Comme on le voit ici, il est aussi possible de réfléchir sur cette œuvre ! Quoi que je n'irais tout de même pas jusqu'à fonder une dissertation de mon cours de Philosophie - en Esthétique ! - sur cette seule œuvre ou sur la culture pop uniquement comme l'ont fait des collègues de mon promo ! Je garde ce genre d’aparté pour mon blog car ici on est entre nous et pas dans le cadre académique !

    A bientôt !


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  • Emile Durkheim est le père fondateur de la sociologie française, le terme ayant été des décennies plus tôt inventé par Auguste Comte ! Après la Seconde Guerre mondiale, cette sociologie durkheimienne est tombé en désuétude...

    Mais au début du XXème siècle, Emile Durkheim était la figure d'autorité. Les Leçons de sociologie est un ouvrage qui regroupe dix-huit cours dispensés entre 1890 et 1900. Entrons tout de suite dans le vif du sujet !

    L'objet d'étude de Durkheim dans ces cours est la morale qu'il classifie en plusieurs sous-catégories de morales ! Il y a la morale individuelle, la morale domestique et la morale civique. Et entre ces morales, il y a la morale professionnelle.

    Leçons de sociologie - Emile Durkheim

    Tout acte social entraîne une conséquence qui est l'adéquation de cet acte avec ce qui est permis ou prohibé ! Les actes individuels sont régis par la pression collective. si dans le cas de la morale civique, c'est toute la société qui fait pression avec ses lois, il y par contre autant de morales professionnelles, il y a la morale industrielle or l'économie et l'industrie se développe du temps de Durkheim, au début du XXème siècle et le sociologue constate que les liens entre les sociétés qui forment le tissus économique sont lâches - au grès des contrats et des affaires. L'auteur a conclut à un relâchement de la morale dans la sphère économique qui contamine la morale individuelle des acteurs.

    En résumé, toutes les formes de l'activité sociale ont une discipline sociale qui leur est propre ! La discipline morale empêche l'industrie d'attenter aux intérêts collectifs, la problématique de Durkheim : société contre individus ! Pour Durkheim, la société prime !

    La vie économique relève-t'elle de l'anarchie morale ? En rapport avec la "main invisible" d'Adam Smith, d'un monde qui s'autorégule ! Or les fonctions économiques agissent sur le reste de la vie sociale, sur le bonheur de la communauté sociale. Elles peuvent être sources de conflits or la société recherche la paix. L'économie ne serait productive qu'en troublant la paix sociale.

    Dans le deuxième cours, Durkheim se livre à un long exposé sur les corporations de métier,  actives au Moyen-âge, abolies à la Révolution française mais remontant en fait à l'Antiquité. Ces corporations avaient, au delà des aspects utilitaires, un caractère unificateur : "une grande fraternité régnait dans leur sein". Ce sont donc des milieux moraux ! Elles fixaient des règles de vie.

    A notre époque, dans un troisième cours, Durkheim plaide pour des "corporations nationales" alors que jusque là elles étaient liées à la commune ! Doit-on faire un parallèle avec les !syndicats qui apparaissent au début du XXème siècle ?

    Après la morale individuelle, la morale familiale et professionnelle, dans les cours suivants, Durkheim se penche sur la morale civique qui est en rapport avec le groupe politique : l’État. Or qu'est-ce qu'une organisation gouvernementale ? Ce n'est pas comme on a pu le croire en lien avec un espace, un territoire, mais c'est en réalité un ensemble qui lie entre eux plusieurs groupes secondaires, des familles, des corps de métier, etc,.  Durkheim réfute en passant le modèle.. de la société patriarcale que rien n'atteste historiquement.

    Notre auteur pose ensuite que tout un ensemble de mythes, de légendes, une sorte de "conscience collective" parcourt la société des gouvernés mais que dans le même élan, les gouvernants - l’État - génère aussi une pensée, une conscience - dont il est précisément le plus conscient. L’État pense et l'administration exécute.

    L’État est le garant des droits  de l'individu. Il a toutefois, note Durkheim d'autres rôles à remplir ! Le culte de la Cité, en rapport avec le religieux, le besoin pour l’État d'accroître son propre prestige est historiquement important ! Mais la vie individuelle a pris de plus en plus d'importance ! Les individus  deviennent des fins et non plus des moyens pour la gloire du collectif ! Culte de la cité et culte de l'individu !

    Par ailleurs, l’État concentre son action sur l'"intérieur" et délaisse peu à peu l'"extérieur" et la guerre. Une manière de réconcilier patriotisme et cosmopolitisme ?

    Durkheim rappelle ensuite la classification des régimes politiques en monarchie, aristocratie et démocratie - d'après Aristote et aussi Montesquieu qui les classe en fonction du nombre de gouvernants. Le père de la sociologie ajoute qu'en démocratie, le peuple réfléchit sur les décisions des gouvernants, réflexions qui réagissent en retour sur les milieux gouvernementaux - ce qu'on a appelé au XVIIIème siècle, la naissance de l'opinion publique ! C'est ce critère, pour Durkheim, communications entre gouvernants et gouvernés, champ d'action de l’État, qui est pertinent plus que le nombre des gouvernants !

    L’État est capable d'agir parce qu(il a conscience de comment est la société. Et à l'avenir, la sociologie, que fait Durkheim et son école, doit le renseigner pour guider l'action de l’État !

    La réflexion et l'esprit critique caractérisent les démocraties modernes. Il y a toutefois nécessité d'intermédiaires entre les gouvernants et le peuple - sans interrompre la communication !

    Comme intermédiaires, Durkheim pressent une fois de plus les corporations de métier  plus que les collectivités locales ! Il propose un modèle d'organisation politique démocratique ! Ces organes secondaires empêchent en outre l’État de tyranniser les individus !

    Dans son dixième cours, Durkheim étudie un devoir moral qui ne dépends pas de groupes, ni de la famille, de la corporation, ni de l’État : l'interdit de l'homicide ! Je ne m'attarderais pas sur ce point mais disons que l'homicide a régressé à la période moderne car la valeur de l'individu a augmenté et les motifs qui poussaient au meurtre ont reculé car ils étaient liés au sentiment du collectif (défense de la religion,de la nation, de l'honneur d'un clan, etc,...) ou encore liés au "niveau passionnel de la vie publique" !

    Puis vient encore un cours sur un autre de ces devoirs moraux "indépendants", celui qui a trait aux attentats contre la propriété - ce qui pose la question de la propriété. Passons...

    Trois leçons sont consacré à la propriété qui en montrent notamment le caractère sacré dans l'Antiquité ! Le sol est en effet peuplé de "principes divins" et pour se l'approprier, il faut procéder à une cérémonie sacrificielle qui se reporte sur la périphérie du champ : les termes. Ces principes religieux ne sont que l'expression métaphorique de réalités sociales qui les sous-tendent !

    Durkheim termine sur le droit contractuel et repose que le culte de l'individu a à voir avec la propriété ! Et là encore les formules juridiques ne sont qu'un succédané du formalisme religieux. Le contrat est ce qui lie deux volontés. Par la suite, il devient plus flexible, loin du contrat solennel. C'est le contrat consensuel !

    Il est ensuite question de morale contractuelle et de droit contractuel - ce qui nous conduit au contrat équitable.

    Ces leçons se concluent  en effet sur la dix-huitième leçon qui traite du contrat équitable, établi sans aucune pression manifeste. Il est aussi évoqué en conclusion le problème du déséquilibre entre riches et pauvres, accentué par les héritages. A l'époque moderne, comme l'a montré Tocqueville, le besoin d'égalitarisme est fort et c'est sur cette problématique que Durkheim termine ici ses/ces dix-huit leçons très érudites !

    A bientôt !


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  • Le titre du dernier opus politique de Michel Onfray - deuxième volet de sa trilogie sur la Présidentielle 2017 - est La La Cour des miracles - Michel OnfrayCour des miracles - Carnets de campagne ! Cela sous-entends clairement que la politique est un panier de crabes, mieux encore, un ramassis de gens sans honneur et de traîtres - à l'image d'Emmanuel Macron - "Brutus I" - et de Manuel Valls - "Brutus II" vis-à-vis de François Hollande !

    Tout le personnel politique en prends pour son grade dans ce livre - que certains qualifieront de "brûlot" et l'on comprend que Onfray ne se fasse pas que des amis ! J'en prends pour exemple l'article accablant - et pitoyable ! - d'un certain journaliste aux ordres, Maurice Szafran, qui prétends chroniquer ce dernier livre du philosophe dans Le Magazine littéraire de cet été mais qui en réalité déclare en incipit : "du dernier livre de Michel Onfray, je ne dirais rien" et passe le reste de son billet à insulter Onfray !

    Cependant, si Onfray déplore d'être traîné dans la boue, insulté par une partie des journalistes, du Monde, de Libération, il pratique lui-même l'ironie qui se veut voltairienne mais n'est en réalité pas loin non plus de l'insulte !

    Dans plus de 80 billets - d'une longueur de trois pages à chaque fois, Onfray brocarde politiques et cette presse aux ordres - au point d'être taxé de complotiste ! En réalité, je trouve ses analyses pertinentes, cohérentes et argumentées et ai lu les plus de 350 pages de cet ouvrage en une matinée tellement c'est passionnant !

    Onfray déplore que d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, on ne trouve que des partisans de l'Europe libérale de Maastricht ! Il rappelle au passage l'entourloupe du référendum de 2005 et de la Constitution qu'on a fait passée, après le "non" des Français, en force par la voie parlementaire !

    La chronique débute fin juillet 2016 pour se finir le soir du 7 mai, au deuxième tour de la présidentielle qui a désigné Macron comme nouveau président.

    Passons rapidement en revue les protagonistes ! On a d'abord Hollande, président très médiocre, au bilan désastreux, qui décide de se couler avec le Parti Socialiste, se désintéresse de la Primaire de gauche, affiche son soutien à Benoît Hamon qui l'a remporté mais aide en sous-main Macron !

    Benoît Hamon et Manuel Valls, candidats plein de contradictions, apparatchiks du système depuis que la Gauche a renoncé à être de Gauche en 1983 ! Valls particulièrement, traître dans tous les sens du terme, à ses idées, à ses engagements ne cesse de dire tout et son contraire. Manuel ne va pas dans le même sens que Valls !

    Il y a ensuite Jean-Luc Mélenchon, ancien cadre du PS, avec ses crevettes vegans, tentative éhontée de racolage vers les écologistes, qui poignarde le PC de Jérôme Laurent, célèbre Castro le dictateur, montre un comportement sanguin et rageur, bref ne pense qu'à sa petite personne et pas au peuple comme lorsqu'il insulte un ouvrier qui le confronte au réel et lui assène quelques vérités !

    François Fillon, lui, on le sait, a été englué dans ses affaires d'emploi fictifs et s'est débattu dans le mensonge et le déni de manière quasiment pathologique ! Quelques mots rapides sur Nicolas Sarkozy et Alain Juppé vite écartés lors de la Primaire de Droite ! Éviction de Sarkozy qui a sans doute soufflé l'idée à Hollande de ne pas se représenter pour éviter l'humiliation !

    Tout ceci prépare le chemin pour le Front National ! On a accusé Onfray de rouler pour Marine Le Pen ! Il n'en est rien ! Il montre au contraire comment le système libéral a fourni le carburant pour le FN lors des trente dernières années ! Le système avait intérêt à gonfler Marine Le Pen pour qu'elle soit au second tour puis ensuite de la diaboliser - Adolf Hitler ! - pour faire élire le candidat du système !

    Ce candidat du système s'avère être Macron - qui nous prépare un nouveau coup de barre libéral ! Candidat charmeur, largement plébiscité par les journalistes, soutenu par la finance et pourtant loin d'être majoritaire dans le pays...

    Tout cela est assez désespérant au final ! Seuls les petits candidats semblent trouver un peu grâce aux yeux de Onfray qui par ailleurs prône l'abstention par conviction ! Je suis assez d'accord, voter dans ces conditions est un jeu de dupes !

    Quelles sont les solutions ? Je vous renvoie au premier tome du triptyque : Décoloniser les provinces ou notre polémiste oppose système girondin et système jacobin ! Le salut serait donc dans les initiatives citoyennes - comme l'Université Populaire !?

    Petit bémol à titre personnel ! J'aime bien Onfray mais je trouve assez énervant qu'il utilise à maintes et maintes reprises les termes "autiste" et "schizophrène", des noms de pathologies en guise d'insultes à l'égard des politiques ! C'est un détail mais étant concerné par la maladie psychique, cela m'a énervé ! D'autant que sa conception de ces maladies n'est pas la réalité ! Non, la schizophrénie, ce n'est pas dire "blanc" et faire" noir" ! Renseigne-toi Michel !

    Voilà, je ne fais que reporter ici à grands traits les thèses d'Onfray sur le monde politique ! Si vous lisez ce billet et soutenez avec ferveur un des candidats épinglés, cela risque de ne pas vous plaire ! Mais les reproches - et les injures !? - sont à adresser à Michel Onfray et pas à moi ! Même si dans 99% des analyses, je suis d'accord avec lui !

    A bientôt !


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  • A l'occasion des Présidentielles 2017, Michel Onfray - un peu graphomane sur les bords (comme moi !) - nous livre trois opuscules sur "l'événement" : d'abord Décoloniser les provinces - une critique du système jacobin qui se perpétue avec tous les candidats, puis ce seront La cour des miracles (Carnet de campagne) - qui sera une chronique, une collection de billets au jour le jour et enfin Zéro de conduite (Carnet du désastre) qui témoignera de l'issue inévitable qui s'annonce difficile quelque soit l'option choisie par les électeurs !

    Décoloniser les provinces est sous-titré Contribution aux présidentielles ! Onfray y pratique la parrêsia - le parler vrai - ce qui déplaît à beaucoup de laquais du pouvoir !

    Décoloniser les provinces - Michel Onfray

    L'analyse du philosophe normand repose sur le fait que depuis la Révolution française, les décisionnaires ont privilégié le système jacobin, c'est à dire centralisateur où le pouvoir vient du haut - donc est un peu déconnecté et a aussi des allures monarchiques - sans compter avec une oligarchie de politiciens de métiers !

    A rebours de cela, Onfray, lecteur de Proudhon dans sa jeunesse, promeut le communalisme, le pouvoir venu du peuple, des Parlements des Idées, le pouvoir aux communes, selon le système des Girondins, des agoras et des forums - et aussi des mandats impératifs où les élus peuvent être destitués à tout moment si ils ne remplissent par leurs promesses de campagne ! Révolutionnaire !

    Onfray pointe aussi que tout l'éventail politique est d'inspiration libérale voire néo-libérale, du PS aux Républicains.  En face, Mélenchon et Le Pen antilibéraux ! Les lignes ont bougés même si tous sont de même plutôt pour l'Europe quoi qu'ils en disent !

    Pour sa part, Onfray n'est même plus inscrit sur les listes électorales ! Moi, je m'abstiendrais le 7 mai 2017 au Second Tour - n'étant ni tenté par l'uberisation de Macron où la candidate du FN qui fustige le système alors qu'elle en vit - qui plus est en détournant des millions malhonnêtement, la bourgeoise qui leurre le peuple, et profite du système de père en fille et de tante en nièce !

    Voilà un livre intéressant - qui se lit vite - en 2 heures pour moi ! - et qui dresse des propositions ! Même si c'est un peu redondant avec les interventions d'Onfray sur sa Web TV !

    A bientôt !


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  • Florence Weber nous livre un passionnant essai qui retrace une Brève histoire de l'anthropologie en à peu près 300 pages ! On va donc suivre l'évolution d'une discipline popularisée par Claude Levi-Strauss !

    Brève histoire de l'anthropologie - Florence WeberAvec le voyage, dès la Renaissance - et même avant - naît le goût de découvrir la culture des autres - ainsi que le besoin de témoigner sur soi ! Longtemps l'Europe a fait preuve d'ethnocentrisme vis-à-vis des "peuples primitifs" mais les choses changent ! On distingue classiquement dans la discipline anthropologique, une approche par familiarisation - où l'ethnologue veut se rapprocher de ses sujets d'études et une approche par distanciation où le savant est un "indigène" qui tente de prendre du recul !

    On peut remonter jusqu'à l'Antiquité pour trouver les premiers témoignages érudits sur d'autres cultures ! C'est ainsi le cas d'Hérodote et de son Enquête  - qui s'intéresse aux Perses et aux Scythes. Déjà on note l'importance des échanges, des marchands et des espions et interprètes !

    Les échanges entre peuples se poursuivent notamment au Moyen-Âge avec l'expansion de l'Islam et la conquête Mongole ! Peu à peu la science qui n'est pas encore "anthropologique" s'émancipe des textes religieux, en Europe surtout avec le Christianisme mais aussi en Terre d'Islam où on doit à des savants tels que Ibn Khaldûn de brillantes Sommes ! C'est aussi durant cette période que parait le récit de Marco Polo !

    1492 est un tournant avec la Découverte de l'Amérique (l'Ile d'Hispaniola en réalité !) par Christophe Colomb ! Un véritable choc de civilisations va se produire et les indiens vont être décimés par les Conquistadors Espagnols de Cortés ! Des hommes tels que Sepulveda considère ces indigènes - en outre souvent/parfois ? cannibales - comme des sous-hommes et les exterminent ! D'autres, les missionnaires - ou des écrivains comme Montaigne ! - prennent leur défense ! Ces drames dans le Nouveau-Monde se produisent tandis que l'Europe est déchirée par les Guerres de Religions !

    Florence Weber analyse ensuite le siècle des Lumières qui voit l'apparition des Cabinets de Curiosités et des "Manuels de Voyage" ! De grandes expéditions d'exploration sont montées et l'ethnologie n'est pas distincte des sciences de la Nature ! Ce mouvement se poursuit au XVIIIème siècle avec l'exploration du Pacifique puis de l'Afrique Centrale au XIXème siècle !

    Mais pour revenir à la constitution des Sciences humaines et au siècle des Lumières, l'explorateur de terrain est en rivalité ouverte avec le "philosophe en chambre" qui spécule avec son seul esprit ! Ceci sera un frein aux découvertes ! Dans le même chapitre, il est aussi question de la Légende du Capitaine Cook et de sa mort des mains des Indigènes sur fond de culte païen !

    Au XIXème siècle se pose la question de l'Européanocentrisme, dans une atmosphère coloniale ! On se tourne vers les "peuples primitifs" mais avec condescendance et la question de savoir si l'Européen est supérieur à l'Africain, l'Asiatique se pose ! La notion de "race" apparaît et est vite décrédibilisée scientifiquement mais sera récupérée au XXème siècle notamment par les nazis mais aussi les racistes de tous poils ! Dans cette même période, l'anthropologie se structure, des musées et des collections ethnographiques se constituent ! Les sous-disciplines de l'anthropologie apparaissent : anthropologie physique, science préhistorique, étude des langues et des cultures, anthropologie sociale...

    C'est au XIXème siècle aussi que les Etats-Unis étudient les Amérindiens et les Russes explorent la Sibérie ! Après la découverte de l'Amérique, puis du Pacifique, c'est au tour de l'Afrique - hors-côtes - qui est exploré ! Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne deviennent les grands lieux de la discipline !

    C'est au tout début du XXème siècle que sont établies les premières chaires d'anthropologie ! Le livre de Florence Weber cite les précurseurs, Boas, Morgan, Tylor, Malinowski,.. Les méthodes s'affinent et on se passe progressivement des interprètes pour s'immerger directement ! Dans le même temps, Émile Durkheim fonde la sociologie en reprenant un terme d'Auguste Comte !

    Au XXème siècle également, les méthodes changent ! On pratique désormais l'immersion participante et l'"enquête directe" !

    L'anthropologie n'est évidemment pas sans rapport avec la politique et ceci est particulièrement clair depuis la Seconde Guerre mondiale ! Comme dans toutes les disciplines, un certain nombre d'intellectuels vont se compromettre avec Vichy et les nazis, d'autres comme Germaine Tillon ou l'historien Marc Bloch entrer dans la Résistance - avec aussi le fameux Réseau du Musée de l'Homme ! Enfin, d'autres savants - comme claude Lévi-Strauss - parce que Juifs - vont trouver refuge aux Etats-Unis !

    C'est durant ce conflit qui fit plus de 60 millions de victimes que les concepts de races font resurgir ! Le problème n'est pas tant la race que le racisme ! En effet, la race est peut-être une réalité biologique mais ce qui est plus problématique c'est d'assimiler et de confondre la génétique, le physiologique avec le fait culturel  - pour ensuite établir des "hiérarchies de races" ! Claude Lévi-Strauss dans Race et Histoire a dissocier race et culture ! Dans la même période, le nazisme instrumentalisa de même les études sur le folklore qui s'en trouvèrent de fait disqualifier !

    Lévi-Strauss revint en France en 1947 avec une grande quantité de matériaux anthropologiques, fruit de ses travaux des années 1930 au Brésil ! Mais avec lui la théorie passe au premier plan et élude un peu la manière et la façon dont les enquêtes ont été menées ! Il est en effet un partisan du Structuralisme. De plus, comme Michel Leiris, il est très critique de la civilisation occidentale !

    Après la guerre, ce fut le temps de la Guerre Froide et de la Décolonisation ! Les anthropologues souhaitaient éviter de prendre position pour juste fournir des données qui éclaireraient les débats. Mais avec une nouvelle génération, ce n'est plus possible ! La Guerre d'Algérie et la Guerre du Viet-Nam vont rebattre les cartes de la discipline !

    Plus récemment, le politique ne quitte pas la discipline ! Génocide du Rwanda basé sur une catégorisation en ethnie artificielle, guerres soviétiques en Afghanistan puis le 11 septembre 2001 et les guerres impérialistes qui s'en suivirent avec des anthropologues embarqués avec les militaires !

    De nos jours, les anthropologues occidentaux étudient aussi l'Occident, les campagnes, les banlieues avec les mêmes méthodes que pour les peuples d'Amazonie ! De même, les subaltern studies voient des indigènes étudier leurs propres cultures !

    Voilà ! Un ouvrage très complet qui relate l'Histoire d'une science complexe et délicate à mettre en œuvre ! On y croise Durkheim, Lévi-Strauss et Bourdieu ! Indispensable si vous faites des études de sociologie !

    A bientôt !


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  • Edward Limonov est un Russe vivant en partie en France et un personnage controversé évoluant à la fois dans la littérature et la politique ! Je ne vais pas revenir sur son parcours de vie et vous renvoie à l'article que j'avais fait précédemment sur le roman Limonov par Emmanuel Carrère qui montrait déjà que le personnage était ambigü et difficile à cerner ! Et pas forcément bien vu !

    Le Grand Hospice Occidental - Edward LimonovJe vais vous parler maintenant de son livre de1993, Le Grand Hospice Occidental - qui est un essai voire un pamphlet à charge contre la civilisation occidental ! L'auteur y file la métaphore de nos sociétés (France, Etats-Unis...) considérées comme des hospices où sont parqués des Malades bourrés de sédatifs que sont la télévision, le confort moderne, la productivité, etc... Ou encore la comparaison avec des bestiaux dans une ferme industrielle !

    Ce que Limonov semble regretter, c'est la castration d'un "homme viril" - transformé en citoyen docile et de ce fait privé en réalité de libertés ! L'essayiste introduit son propos avec 1984 de George Orwell et pose que Big Brother est une absurdité conceptuelle car on préfère désormais à la violence physique une sorte de violence et de consensus mous qui "endort" les individus !

    Pour continuer sur la métaphore médicale, on a a côté de cela les Agités - comme Che Guevara, la Bande à Badeer ou Khadafi ! - que l'Hospice s'échine à faire taire voire à supprimer le plus souvent et puis on a les Victimes qui sont mise en avant en modèles anti-virils !

    Bref, c'est une critique en règle de notre quotidien ! Alors certes, on pourra trouver le propos outrancier, déceler des incohérences éventuellement, arguer du fait discutable que si nos sociétés sont si nulles que cela, pourquoi y a-t'il autant d'immigration ? - mais en réalité, les propos de Limonov ont un fond de crédibilité et moi, j'entends très bien ce qu'il veut dire ! Plus problématiques, les passages où il est à deux doigts de faire l'apologie de dictatures, de Charles Manson, du Terrorisme, de la corrida - pas la panacée !... mais là encore il faut se garder de conclusions hâtives et lire entre les lignes pour éviter les contresens malheureux !

    Un chapitre sur la télévision et son pouvoir d'abrutissement - et donc de contrôle aux mains de l’État ! - des foules et des masses ! Les choses n'ont pas tellement changées entre 1993 et 2017 - et ont même empirées ! Constat pertinent aussi lorsque Limonov pose qu'on ne cherche pas moins à infantiliser l'homme qu'à le castrer !

    Et on trouve aussi une dénonciation de la course indéfinie au progrès - ce qui est une absurdité - et à la destruction de la planète (l'arraisonnement de Heidegger !). Un propos écologiste donc où les Verts semblent trouver grâce aux yeux de Limonov ! Pour lui, le vrai problème, ce n'est pas l'Islam ! En passant, l'auteur dénonce la propagande étatique concernant le bloc de l'Est, le Terrorisme, etc...

    Pour Limonov, nous vivons aussi dans un monde où la publicité remplace l'économie ! Il n'y a qu'à voir la campagne présidentielle français depuis 2002  - et même avant ! - jusqu'à 2017 où il faut être avant tout un bon "communicant", un "bon produit marketing" plutôt que d'avoir des idées et des propositions ! Le pamphlétaire regrette aussi que le peuple - le démos - ne soit constitué que d'individus soumis au bourrage de crâne et incapable de se faire une opinion propre - le mimétisme des Moutons de Panurge !

    L'agressivité fait partie inhérente de l'homme et la réprimer ne peut que mener à l'"explosion interne", ne cesse d'asséner Limonov ! L'auteur défends une sorte de surhomme et même si il ne cite pas Nietzsche, pose que nous sommes entrés dans le nihilisme !

    Bref, un essai très intéressant par un personnage, Limonov, dont on comprends qu'il ait pu fasciner Emmanuel Carrère !

    A lire donc !

    A bientôt !


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