• Le titre du dernier opus politique de Michel Onfray - deuxième volet de sa trilogie sur la Présidentielle 2017 - est La La Cour des miracles - Michel OnfrayCour des miracles - Carnets de campagne ! Cela sous-entends clairement que la politique est un panier de crabes, mieux encore, un ramassis de gens sans honneur et de traîtres - à l'image d'Emmanuel Macron - "Brutus I" - et de Manuel Valls - "Brutus II" vis-à-vis de François Hollande !

    Tout le personnel politique en prends pour son grade dans ce livre - que certains qualifieront de "brûlot" et l'on comprend que Onfray ne se fasse pas que des amis ! J'en prends pour exemple l'article accablant - et pitoyable ! - d'un certain journaliste aux ordres, Maurice Szafran, qui prétends chroniquer ce dernier livre du philosophe dans Le Magazine littéraire de cet été mais qui en réalité déclare en incipit : "du dernier livre de Michel Onfray, je ne dirais rien" et passe le reste de son billet à insulter Onfray !

    Cependant, si Onfray déplore d'être traîné dans la boue, insulté par une partie des journalistes, du Monde, de Libération, il pratique lui-même l'ironie qui se veut voltairienne mais n'est en réalité pas loin non plus de l'insulte !

    Dans plus de 80 billets - d'une longueur de trois pages à chaque fois, Onfray brocarde politiques et cette presse aux ordres - au point d'être taxé de complotiste ! En réalité, je trouve ses analyses pertinentes, cohérentes et argumentées et ai lu les plus de 350 pages de cet ouvrage en une matinée tellement c'est passionnant !

    Onfray déplore que d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, on ne trouve que des partisans de l'Europe libérale de Maastricht ! Il rappelle au passage l'entourloupe du référendum de 2005 et de la Constitution qu'on a fait passée, après le "non" des Français, en force par la voie parlementaire !

    La chronique débute fin juillet 2016 pour se finir le soir du 7 mai, au deuxième tour de la présidentielle qui a désigné Macron comme nouveau président.

    Passons rapidement en revue les protagonistes ! On a d'abord Hollande, président très médiocre, au bilan désastreux, qui décide de se couler avec le Parti Socialiste, se désintéresse de la Primaire de gauche, affiche son soutien à Benoît Hamon qui l'a remporté mais aide en sous-main Macron !

    Benoît Hamon et Manuel Valls, candidats plein de contradictions, apparatchiks du système depuis que la Gauche a renoncé à être de Gauche en 1983 ! Valls particulièrement, traître dans tous les sens du terme, à ses idées, à ses engagements ne cesse de dire tout et son contraire. Manuel ne va pas dans le même sens que Valls !

    Il y a ensuite Jean-Luc Mélenchon, ancien cadre du PS, avec ses crevettes vegans, tentative éhontée de racolage vers les écologistes, qui poignarde le PC de Jérôme Laurent, célèbre Castro le dictateur, montre un comportement sanguin et rageur, bref ne pense qu'à sa petite personne et pas au peuple comme lorsqu'il insulte un ouvrier qui le confronte au réel et lui assène quelques vérités !

    François Fillon, lui, on le sait, a été englué dans ses affaires d'emploi fictifs et s'est débattu dans le mensonge et le déni de manière quasiment pathologique ! Quelques mots rapides sur Nicolas Sarkozy et Alain Juppé vite écartés lors de la Primaire de Droite ! Éviction de Sarkozy qui a sans doute soufflé l'idée à Hollande de ne pas se représenter pour éviter l'humiliation !

    Tout ceci prépare le chemin pour le Front National ! On a accusé Onfray de rouler pour Marine Le Pen ! Il n'en est rien ! Il montre au contraire comment le système libéral a fourni le carburant pour le FN lors des trente dernières années ! Le système avait intérêt à gonfler Marine Le Pen pour qu'elle soit au second tour puis ensuite de la diaboliser - Adolf Hitler ! - pour faire élire le candidat du système !

    Ce candidat du système s'avère être Macron - qui nous prépare un nouveau coup de barre libéral ! Candidat charmeur, largement plébiscité par les journalistes, soutenu par la finance et pourtant loin d'être majoritaire dans le pays...

    Tout cela est assez désespérant au final ! Seuls les petits candidats semblent trouver un peu grâce aux yeux de Onfray qui par ailleurs prône l'abstention par conviction ! Je suis assez d'accord, voter dans ces conditions est un jeu de dupes !

    Quelles sont les solutions ? Je vous renvoie au premier tome du triptyque : Décoloniser les provinces ou notre polémiste oppose système girondin et système jacobin ! Le salut serait donc dans les initiatives citoyennes - comme l'Université Populaire !?

    Petit bémol à titre personnel ! J'aime bien Onfray mais je trouve assez énervant qu'il utilise à maintes et maintes reprises les termes "autiste" et "schizophrène", des noms de pathologies en guise d'insultes à l'égard des politiques ! C'est un détail mais étant concerné par la maladie psychique, cela m'a énervé ! D'autant que sa conception de ces maladies n'est pas la réalité ! Non, la schizophrénie, ce n'est pas dire "blanc" et faire" noir" ! Renseigne-toi Michel !

    Voilà, je ne fais que reporter ici à grands traits les thèses d'Onfray sur le monde politique ! Si vous lisez ce billet et soutenez avec ferveur un des candidats épinglés, cela risque de ne pas vous plaire ! Mais les reproches - et les injures !? - sont à adresser à Michel Onfray et pas à moi ! Même si dans 99% des analyses, je suis d'accord avec lui !

    A bientôt !


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  • A l'occasion des Présidentielles 2017, Michel Onfray - un peu graphomane sur les bords (comme moi !) - nous livre trois opuscules sur "l'événement" : d'abord Décoloniser les provinces - une critique du système jacobin qui se perpétue avec tous les candidats, puis ce seront La cour des miracles (Carnet de campagne) - qui sera une chronique, une collection de billets au jour le jour et enfin Zéro de conduite (Carnet du désastre) qui témoignera de l'issue inévitable qui s'annonce difficile quelque soit l'option choisie par les électeurs !

    Décoloniser les provinces est sous-titré Contribution aux présidentielles ! Onfray y pratique la parrêsia - le parler vrai - ce qui déplaît à beaucoup de laquais du pouvoir !

    Décoloniser les provinces - Michel Onfray

    L'analyse du philosophe normand repose sur le fait que depuis la Révolution française, les décisionnaires ont privilégié le système jacobin, c'est à dire centralisateur où le pouvoir vient du haut - donc est un peu déconnecté et a aussi des allures monarchiques - sans compter avec une oligarchie de politiciens de métiers !

    A rebours de cela, Onfray, lecteur de Proudhon dans sa jeunesse, promeut le communalisme, le pouvoir venu du peuple, des Parlements des Idées, le pouvoir aux communes, selon le système des Girondins, des agoras et des forums - et aussi des mandats impératifs où les élus peuvent être destitués à tout moment si ils ne remplissent par leurs promesses de campagne ! Révolutionnaire !

    Onfray pointe aussi que tout l'éventail politique est d'inspiration libérale voire néo-libérale, du PS aux Républicains.  En face, Mélenchon et Le Pen antilibéraux ! Les lignes ont bougés même si tous sont de même plutôt pour l'Europe quoi qu'ils en disent !

    Pour sa part, Onfray n'est même plus inscrit sur les listes électorales ! Moi, je m'abstiendrais le 7 mai 2017 au Second Tour - n'étant ni tenté par l'uberisation de Macron où la candidate du FN qui fustige le système alors qu'elle en vit - qui plus est en détournant des millions malhonnêtement, la bourgeoise qui leurre le peuple, et profite du système de père en fille et de tante en nièce !

    Voilà un livre intéressant - qui se lit vite - en 2 heures pour moi ! - et qui dresse des propositions ! Même si c'est un peu redondant avec les interventions d'Onfray sur sa Web TV !

    A bientôt !


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  • Florence Weber nous livre un passionnant essai qui retrace une Brève histoire de l'anthropologie en à peu près 300 pages ! On va donc suivre l'évolution d'une discipline popularisée par Claude Levi-Strauss !

    Brève histoire de l'anthropologie - Florence WeberAvec le voyage, dès la Renaissance - et même avant - naît le goût de découvrir la culture des autres - ainsi que le besoin de témoigner sur soi ! Longtemps l'Europe a fait preuve d'ethnocentrisme vis-à-vis des "peuples primitifs" mais les choses changent ! On distingue classiquement dans la discipline anthropologique, une approche par familiarisation - où l'ethnologue veut se rapprocher de ses sujets d'études et une approche par distanciation où le savant est un "indigène" qui tente de prendre du recul !

    On peut remonter jusqu'à l'Antiquité pour trouver les premiers témoignages érudits sur d'autres cultures ! C'est ainsi le cas d'Hérodote et de son Enquête  - qui s'intéresse aux Perses et aux Scythes. Déjà on note l'importance des échanges, des marchands et des espions et interprètes !

    Les échanges entre peuples se poursuivent notamment au Moyen-Âge avec l'expansion de l'Islam et la conquête Mongole ! Peu à peu la science qui n'est pas encore "anthropologique" s'émancipe des textes religieux, en Europe surtout avec le Christianisme mais aussi en Terre d'Islam où on doit à des savants tels que Ibn Khaldûn de brillantes Sommes ! C'est aussi durant cette période que parait le récit de Marco Polo !

    1492 est un tournant avec la Découverte de l'Amérique (l'Ile d'Hispaniola en réalité !) par Christophe Colomb ! Un véritable choc de civilisations va se produire et les indiens vont être décimés par les Conquistadors Espagnols de Cortés ! Des hommes tels que Sepulveda considère ces indigènes - en outre souvent/parfois ? cannibales - comme des sous-hommes et les exterminent ! D'autres, les missionnaires - ou des écrivains comme Montaigne ! - prennent leur défense ! Ces drames dans le Nouveau-Monde se produisent tandis que l'Europe est déchirée par les Guerres de Religions !

    Florence Weber analyse ensuite le siècle des Lumières qui voit l'apparition des Cabinets de Curiosités et des "Manuels de Voyage" ! De grandes expéditions d'exploration sont montées et l'ethnologie n'est pas distincte des sciences de la Nature ! Ce mouvement se poursuit au XVIIIème siècle avec l'exploration du Pacifique puis de l'Afrique Centrale au XIXème siècle !

    Mais pour revenir à la constitution des Sciences humaines et au siècle des Lumières, l'explorateur de terrain est en rivalité ouverte avec le "philosophe en chambre" qui spécule avec son seul esprit ! Ceci sera un frein aux découvertes ! Dans le même chapitre, il est aussi question de la Légende du Capitaine Cook et de sa mort des mains des Indigènes sur fond de culte païen !

    Au XIXème siècle se pose la question de l'Européanocentrisme, dans une atmosphère coloniale ! On se tourne vers les "peuples primitifs" mais avec condescendance et la question de savoir si l'Européen est supérieur à l'Africain, l'Asiatique se pose ! La notion de "race" apparaît et est vite décrédibilisée scientifiquement mais sera récupérée au XXème siècle notamment par les nazis mais aussi les racistes de tous poils ! Dans cette même période, l'anthropologie se structure, des musées et des collections ethnographiques se constituent ! Les sous-disciplines de l'anthropologie apparaissent: anthropologie physique, science préhistorique, étude des langues et des cultures, anthropologie sociale...

    C'est au XIXème siècle aussi que les Etats-Unis étudient les Amérindiens et les Russes explorent la Sibérie ! Après la découverte de l'Amérique, puis du Pacifique, c'est au tour de l'Afrique - hors-côtes - qui est exploré ! Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne deviennent les grands lieux de la discipline !

    C'est au tout début du XXème siècle que sont établies les premières chaires d'anthropologie ! Le livre de Florence Weber cite les précurseurs, Boas, Morgan, Tylor, Malinowski,.. Les méthodes s'affinent et on se passe progressivement des interprètes pour s'immerger directement ! Dans le même temps, Émile Durkheim fonde la sociologie en reprenant un terme d'Auguste Comte !

    Au XXème siècle également, les méthodes changent ! On pratique désormais l'immersion participante et l'"enquête directe" !

    L'anthropologie n'est évidemment pas sans rapport avec la politique et ceci est particulièrement clair depuis la Seconde Guerre mondiale ! Comme dans toutes les disciplines, un certain nombre d'intellectuels vont se compromettre avec Vichy et les nazis, d'autres comme Germaine Tillon ou l'historien Marc Bloch entrer dans la Résistance - avec aussi le fameux Réseau du Musée de l'Homme ! Enfin, d'autres savants - comme claude Lévi-Strauss - parce que Juifs - vont trouver refuge aux Etats-Unis !

    C'est durant ce conflit qui fit plus de 60 millions de victimes que les concepts de races font resurgir ! Le problème n'est pas tant la race que le racisme ! En effet, la race est peut-être une réalité biologique mais ce qui est plus problématique c'est d'assimiler et de confondre la génétique, le physiologique avec le fait culturel  - pour ensuite établir des "hiérarchies de races" ! Claude Lévi-Strauss dans Race et Histoire a dissocier race et culture ! Dans la même période, le nazisme instrumentalisa de même les études sur le folklore qui s'en trouvèrent de fait disqualifier !

    Lévi-Strauss revint en France en 1947 avec une grande quantité de matériaux anthropologiques , fruit de ses travaux des années 1930 au Brésil ! Mais avec lui la théorie passe au premier plan et élude un peu la manière et la façon dont les enquêtes ont été menées ! Il est en effet un partisan du Structuralisme. De plus, comme Michel Leiris, il est très critique de la civilisation occidentale !

    Après la guerre, ce fut le temps de la Guerre Froide et de la Décolonisation ! Les anthropologues souhaitaient éviter de prendre position pour juste fournir des données qui éclaireraient les débats. Mais avec une nouvelle génération, ce n'est plus possible ! La Guerre d'Algérie et la Guerre du Viet-Nam vont rebattre les cartes de la discipline !

    Plus récemment, le politique ne quitte pas la discipline ! Génocide du Rwanda basé sur une catégorisation en ethnie artificielle, guerres soviétiques en Afghanistan puis le 11 septembre 2001 et les guerres impérialistes qui s'en suivirent avec des anthropologues embarqués avec les militaires !

    De nos jours, les anthropologues occidentaux étudient aussi l'Occident, les campagnes, les banlieues avec les mêmes méthodes que pour les peuples d'Amazonie ! De même, les subaltern studies voient des indigènes étudier leurs propres cultures !

    Voilà ! Un ouvrage très complet qui relate l'Histoire d'une science complexe et délicate à mettre en œuvre ! On y croise Durkheim, Lévi-Strauss et Bourdieu ! Indispensable si vous faites des études de sociologie !

    A bientôt !


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  • Edward Limonov est un Russe vivant en partie en France et un personnage controversé évoluant à la fois dans la littérature et la politique ! Je ne vais pas revenir sur son parcours de vie et vous renvoie à l'article que j'avais fait précédemment sur le roman Limonov par Emmanuel Carrère qui montrait déjà que le personnage était ambigü et difficile à cerner ! Et pas forcément bien vu !

    Le Grand Hospice Occidental - Edward LimonovJe vais vous parler maintenant de son livre de1993, Le Grand Hospice Occidental - qui est un essai voire un pamphlet à charge contre la civilisation occidental ! L'auteur y file la métaphore de nos sociétés (France, Etats-Unis...) considérées comme des hospices où sont parqués des Malades bourrés de sédatifs que sont la télévision, le confort moderne, la productivité, etc... Ou encore la comparaison avec des bestiaux dans une ferme industrielle !

    Ce que Limonov semble regretter, c'est la castration d'un "homme viril" - transformé en citoyen docile et de ce fait privé en réalité de libertés ! L'essayiste introduit son propos avec 1984 de George Orwell et pose que Big Brother est une absurdité conceptuelle car on préfère désormais à la violence physique une sorte de violence et de consensus mous qui "endort" les individus !

    Pour continuer sur la métaphore médicale, on a a côté de cela les Agités - comme Che Guevara, la Bande à Badeer ou Khadafi ! - que l'Hospice s'échine à faire taire voire à supprimer le plus souvent et puis on a les Victimes qui sont mise en avant en modèles anti-virils !

    Bref, c'est une critique en règle de notre quotidien ! Alors certes, on pourra trouver le propos outrancier, déceler des incohérences éventuellement, arguer du fait discutable que si nos sociétés sont si nulles que cela, pourquoi y a-t'il autant d'immigration ? - mais en réalité, les propos de Limonov ont un fond de crédibilité et moi, j'entends très bien ce qu'il veut dire ! Plus problématiques, les passages où il est à deux doigts de faire l'apologie de dictatures, de Charles Manson, du Terrorisme, de la corrida - pas la panacée !... mais là encore il faut se garder de conclusions hâtives et lire entre les lignes pour éviter les contresens malheureux !

    Un chapitre sur la télévision et son pouvoir d'abrutissement - et donc de contrôle aux mains de l’État ! - des foules et des masses ! Les choses n'ont pas tellement changées entre 1993 et 2017 - et ont même empirées ! Constat pertinent aussi lorsque Limonov pose qu'on ne cherche pas moins à infantiliser l'homme qu'à le castrer !

    Et on trouve aussi une dénonciation de la course indéfinie au progrès - ce qui est une absurdité - et à la destruction de la planète (l'arraisonnement de Heidegger !). Un propos écologiste donc où les Verts semblent trouver grâce aux yeux de Limonov ! Pour lui, le vrai problème, ce n'est pas l'Islam ! En passant, l'auteur dénonce la propagande étatique concernant le bloc de l'Est, le Terrorisme, etc...

    Pour Limonov, nous vivons aussi dans un monde où la publicité remplace l'économie ! Il n'y a qu'à voir la campagne présidentielle français depuis 2002  - et même avant ! - jusqu'à 2017 où il faut être avant tout un bon "communicant", un "bon produit marketing" plutôt que d'avoir des idées et des propositions ! Le pamphlétaire regrette aussi que le peuple - le démos - ne soit constitué que d'individus soumis au bourrage de crâne et incapable de se faire une opinion propre - le mimétisme des Moutons de Panurge !

    L'agressivité fait partie inhérente de l'homme et la réprimer ne peut que mener à l'"explosion interne", ne cesse d'asséner Limonov ! L'auteur défends une sorte de surhomme et même si il ne cite pas Nietzsche, pose que nous sommes entrés dans le nihilisme !

    Bref, un essai très intéressant par un personnage, Limonov, dont on comprends qu'il ait pu fasciner Emmanuel Carrère !

    A lire donc !

    A bientôt !


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  • En sociologie, il y a tout un "courant", qu'on appelle l'"interactionnisme symbolique", qui étudie les interactions entre Les rites d'interaction - Erving Goffmanles individus, une sorte de "psychologie sociale" telle que l'a théorisée Herbert George Mead et avant lui le philosophe allemand Georg Simmel !

    Erving Goffman (1922 - 1982) est un sociologue américain qui étudie ces interactions, de même que les institutions et leurs fonctionnements, comme les asiles, les prisons, les casernes... Il est un représentant important de la deuxième Ecole de Chicago. D'origine canadienne, il effectua d'abord ses études à Toronto puis obtint son doctorat à Chicago pour un travail sur la vie locale dans les Îles Shetland. Pour réaliser cette première étude, il s'immergea dans les moeurs du pays suivant la méthode de l'"immersion participante", qui caractérises ses travaux.

    Les rites d'interaction est un ouvrage de 1974, qui regroupe 5 études de tailles différentes. Goffman, une fois de plus, s'intéresse aux interactions, à ce qui se passe lorsque plusieurs personnes sont en présence et communiquent !

    Notre sociologue conçoit par ailleurs la vie et la société comme une scène de théâtre où nous jouons des rôles suivant nos intérêts ! Dans le présent ouvrage, il va montrer tout d'abord qu'il s'agit pour les "acteurs" de ne pas "perdre la face" et analyse les différentes stratégies et phases du processus d'interaction.

    Je ne ferais que résumer très vaguement les thèses de ce livre et de les citer - car le propos est complexe ! Ce billet n'est en fait qu'une sommaire introduction aux propos goffmaniens ! Notre auteur analyse les façons dont l'interaction peut se transformer en agression, ainsi que les modalités pour "sauver la face", la figuration, différentes configurations. Le propos lorgne un peu vers la psychologie pourtant on reste dans le cadre de la sociologie !

    Dans la deuxième étude, Goffman pose les concepts de tenue et de déférence. Il y est question du statut des interactants, de l'opinion qu'on se fait d'autrui (jugement) et du respect qu'on leur doit ! On évoque aussi le cadre des rapports hiérarchiques. Goffman prends des exemples dans le milieu hospitalier notamment psychiatrique - à relier avec son autre ouvrage Asiles que j'ai aussi lu ! Il est aussi question de relations symétriques et asymétriques...

    Par la suite, Goffman se penche sur la question de l'embarras et du détachement !

    Puis dans la dernière étude, il part de la théorie des jeux - pile ou face - et ses enjeux qu'il extrapole à d'autres situations sociales - pour amener la notion d'"action" - une situation où on prends des risques et où on affirme notre libre-arbitre ! Il revient sur la sociologie des casinos.

    C'est certes théorique mais avec de nombreux exemples, pris dans la vie de tous les jours, dans son expérience, dans des articles de journaux, dans la littérature - car tout est matière pour le sociologue !

    Voilà, je m'excuse encore une fois d'être très vague mais reviendrais plus en détail dans l'avenir sur ces concepts et notions car suivant aussi un parcours d'études de sociologie - avec ma philo ! - j'aurais l'occasion d'en reparler seulement, ce blog n'est aujourd'hui pas le lieu pour cela !

    Allez faire un tour sur mon compte inlibroveritas - nom Sylvain RICHARD !

    A bientôt !


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  • Il va être question cette fois-ci d'institutions psychiatriques à la fin du XIXème siècle et d'une journaliste de légende, Nellie Bly, engagée en 1887 au journal New York World de Joseph Pulitzer.

    Tout d'abord, je me suis toujours intéressé à tout ce qui touchait à la psychiatrie, sans 10 jours dans un asile - Nellie Blydoute parce que j'ai fait une grave dépression durant les années 1990 qui m'a valut d'être interné plusieurs semaines ! Je me console en pensant qu'Aristote disait que la mélancolie accompagne le génie !

    Enfin, parce qu'aujourd'hui, le journalisme à la Nellie Bly est mort et enterré ! Comment en douter quand on voit ces "journaleux abrutis" tourner en boucle tout un week-end sur les conneries de Cyril Hanouna alors qu'ils ne lâchent pas un mot sur des négociations entre USA et Russie sur la Syrie ou sur le début de la Bataille de Mossoul ! Il reste bien des gens comme Florence Aubenas mais ils sont rares !

    Nous allons parler de 10 jours dans un asile - Un reportage de Nellie Bly !

    Nellie Bly décide de se faire interner dans un asile de fou, passant de l’hôpital Bellevue au centre de Blackwell's Island en simulant la démence dans une pension de famille ! Elle passera au total une dizaine de jours et neuf nuits dans cette "antichambre de l'Enfer" puis, libérée, par son patron, elle dénoncera les mauvais traitements dont sont victimes les patientes - ce qui conduira à une légère amélioration de leur condition !

    Ce qui frappe au premier abord, c'est que les médecins et surtout les infirmières paraissent  plus fous que les "folles" ! N'importe qui pouvait à cette époque se retrouver entre ces murs ! Il suffisait qu'une femme déplaise à son mari en le trompant, qu'une autre se trouve affaiblie par une maladie organique ou la pauvreté ou encore qu'une domestique outragée se rebelle un peu trop fort contre ses patrons, et des policiers pouvaient vous conduire devant un juge qui vous faisait interner !

    A l’Hôpital de Blackwell's Island, les malades - quand elles le sont réellement ! - subissent des mauvais traitements qui pour le coup, si elles ne le sont pas déjà ! - les rendraient folles pour de bon ! Nourriture infecte, locaux vétustes et sordides envahis par le froid, mauvais traitements donc, manque d'empathie voire cruauté et sadisme des infirmières, incompétence et esprits bornés des médecins, saleté, misère intellectuelle, ce n'est guère la joie de vivre en ces lieux !

    Nellie Bly - qui se fait appelée Nellie Brown pour son enquête - sera confrontée aux docteurs Dent et Ingram, aux infirmières dérangées Miss Grupe et Miss Grady ! Elle dresse le portrait plein de sympathie pour les patientes de Miss Neville et Miss Maynard et de beaucoup d'autres ! Mais on peut craindre que toutes ces "vies volées" aient subit un sort funeste !

    Voilà telle était l'était de la santé mentale au début du XXème siècle !

    Dans les années 1950, le sociologue de la Seconde École de Chicago Erving Goffman réalise lui aussi une enquête en "immersion participante " dans un hôpital de Columbia qui donna lieu à son livre "Asiles" publié dans les années 1960 ! Les choses avaient certes évolué mais la cruauté du système demeurait !

    Pour vous en convaincre, regardez les films Vol au-dessus d'un Nid de Coucou, Family Life  ou encore Une Vie Volée !

    L'excellent livre/reportage est publié chez un petit éditeur, les Éditions du sous-sol et fait partie d'un projet éditorial visant à faire connaître l'ensemble de ses écrits ! Il est accompagné dans le même fascicule de "Dans la peau d'une domestique" et de "Nellie Bly, esclave moderne" qui prennent aussi partie pour des causes !

    A bientôt !


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  • J'avais déjà eu l'occasion il y a longtemps de vous parler d'Edgar Morin à travers notamment son livre-manifeste, La Voie. Nous allons, à partir d'aujourd'hui, revenir sur chacun des six tomes de La méthode, sa grande oeuvre - avec aujourd'hui le premier volume : "La Nature de la Nature" !

    Auparavant, dit Edgar Morin, l'univers était pensé comme un mécanisme d'horlogerie (Copernic, Newton), puis le chaos et le désordre firent leurs apparitions ! Ce sont les Lois de la Thermodynamique, la physique quantique, le concept de Big Bang ! Il se dégage au bout du compte que, contrairement à ce que l'on a d'abord pensé, l'ordre est l'exception !

    Morin a bâti son œuvre autour de l'idée de "Pensée complexe" ! Dans cette optique qui pense les contradictions et les contraires, ordre et chaos s'articulent. L'ordre naît du désordre : collisions, "rencontres" permises par le bouillonnement chaotique ! De plus, l'ordre se régénère ! De l'atome, on passe à la molécule puis à la vie, aux sociétés et enfin aux idées : complexification donc !

    La méthode - Tome 1 : La Nature de la Nature - Edgar MorinDe plus, la position de l'observateur nous place dans l'incertitude. Or depuis la "révolution copernicienne" opérée par Emmanuel Kant, la science s'est déplacée de l'objet vers le sujet !

    Morin pense ensuite les "systèmes" : des systèmes atomiques au système social ! Là apparaît la notion d'organisation. Tous ces différents systèmes sont encastrés : le tout et les parties, avec son lot d'émergences et de contraintes ! Il existe même, ainsi, des "systèmes de systèmes" !

    On a deux écoles de pensées, bien connues en sociologie par ailleurs, le "holisme" (Aristote) et le "réductionnisme" (Descartes) . On théorise selon différentes perspectives en effet ! Le "système" est aussi une "classification" de l'intellect. Il faut penser une nouvelle méthode qui pense les oppositions !

    Par ailleurs, le système est en équilibre : organisation et désorganisation entre lesquelles il oscille ! Mais aussi régénération et dégradation, naissance et mort !

    Il faut de plus penser l'action - par laquelle opère le système ! On a d'une part "praxis" (production) et "poesis" (création).

    Descartes a pensé l'être-machine - et la dualité du corps et de l'esprit/âme ! Morin reprends cette thématique et théorise les machines : machines physiques (soleils par exemple !) et machines vivantes mais aussi mégamachines sociales et ses prothèses : les machines artificielles qui ne se régénèrent pas et qu'on a établit en parfait modèle de la machine ! Or il faut dépasser ce paradigme de la machine artificielle comme modèle car elle constitue en réalité une exception à partir de laquelle on a tort de penser ! La machine artificielle a de l'être mais pas de soi !

    La rétroaction, la récursivité, le lien avec la régénération, le soi comme état stationnaire sont des caractéristiques des machines mais qui ne sont pas présentes chez les machines artificielles. Chez ces dernières, ce qui est régulé, c'est le fonctionnement et elles sont régénérés depuis l'extérieur (techniciens). A contrario, on a l'homéostasie des êtres vivants !Il s'agit de lier machine et idée de soi !

    On a, de plus les systèmes ouverts et les systèmes fermés - chers à la thermodynamique, ce qui permet à Morin d'aborder des concepts comme l'entropie et l'information. Chaleur et dégradation ! Or les systèmes clôts n'existent pas ! Il y a toujours ouverture et fermeture ! Et aussi une dépendance écologique à l'environnement, même si les êtres vivants ont une autonomie de comportement.

    Morin aborde ensuite longuement les problématiques de l'information. Il y a des rétrocontrôles négatifs (feedback) qui éliminent les déviances et des rétrocontrôles positifs qui relancent la poesis.

    Le penseur de La méthode aborde aussi la question du temps dont il dit que le temps linéaire disparaîtra au profit d'un temps circulaire qui régnera - "éternel retour" du vivant notamment ! Pas vraiment ! Car si la vie est REcommencement, REproduction et REgénération, des changements apparaissent de manière subtile (mutations génétique).

    Qui dit information, dit cybernétique ! Parmi les autres idées que Morin pose, il y a cette formulation de "formes tourbillonnaires" - métastables, dirait Bernard Stiegler ! Et avec la cybernétique, il existe des appareils" régulateurs" qui introduisent le concept d'asservissement ! L'Homme asservit la force de la Nature : le feu puis la forge, le moulin à vent et à eau, l'ère industrielle, la machine à vapeur, le nucléaire... Il y a un réel risque de technocratisation et de plaquer la pensée de l'ingénieur sur tout le social ! Il y a de plus une opposition entre finalité "vitaliste" et une finalité venue de la cybernétique, une finalité machiniste !

    Morin établit qu'il existe une boucle épistémologique : physique/ biologie/ anthropo-sociologie dont les relations conduisent au besoin d'utiliser la Pensée complexe ! De même, le concept d’énergie émerge au XIXème siècle propre à l'industrialisation et déploie la mythologie de l'homme. On enlèves les âmes, les génies, les dieux comme principes générateurs et explicatifs pour se reposer sur la Science ! Penser mythique, puis théologique puis rationnelle !

    Est ensuite introduit la notion d'organisation - avec celle de Néguentropie et toujours celle d'information ! Par exemple, entropie et dégradation des protéines sont régulées et corrigées par le caractère informationnel des gènes et de l'ADN ! Vie et mort sont étroitement mélés - voire le phénomène de mort cellulaire ou apoptose ou encore se reporter à la citation bien connue d'Héraclite : "vivre de mort, mourir de vie." ! Le Ying et le Yang en d'autres termes. Les êtres vivants sont des machines néguentropiques, qui se dégradent et se régénèrent, des formes particulières de la néguentropie !

    L'auteur de ce tome 1 de la Pensée complexe montre ensuite les rapports entre matière/énergie et information, cette dernière étant un "caméléon conceptuel" ! Il y a quantité d'information qui est inférieure en importante à l'organisation de cette information. Le code génétique porté par l'ADN est un concept anthropomorphe qui engage l'humain ! Et puis, il y a la notion de programme - génétique notamment - qui est une notion issue des machines.

    Dans le domaines des comparaisons douteuse, il y a celle du cerveau et de l'ordinateur dont on peut établir que celui-là n'est aucunement celui-ci ! Le cerveau n'est en effet pas digital mais analogique !

    Vers la fin de l'ouvrage, Edgar Morin décrit les processus longs : apparition de la vie, sélection et adaptation du vivant, et là encore pensés dans le cadre organisation et information, couplage avec le codage par l'ADN et aussi de multiples rétroactions !

    Voilà, j'ai essayé de synthétiser différents aspects de ce tome 1 : "La Nature de la Nature" de cette méthode ! Il y aurait beaucoup à dire encore ! A n'en pas douter voilà un ouvrage - une série d'ouvrages ! - très riche(s) et qui font autorité parmi leurs émules ! Une œuvre très riche et détaillée qui se veut refondatrice du savoir !

    On se donne rendez-vous prochainement pour le Tome 2 : "La Vie de la Vie" !

    A bientôt !


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  • Pierre Bourdieu est sans conteste le sociologue français le plus connu au monde. C'est aussi une figure controversé de la discipline car on lui reproche notamment d'avoir dressé un cadre où il est difficile de penser le changement et où toutes les relations sociales se réduisent à des rapports de domination - peu de place aussi aux stratégies individuelles (à l'inverse d'un Boudon !) comme nous allons le voir !

    Les principaux concepts de Pierre BourdieuLe sociologue Bourdieu est un contre-exemple de la reproduction sociale ! Né dans une famille modeste, il poursuit de brillantes études : licence de philosophie et agrégation en 1955. Il bascule très vite dans l'ethnologie. Il travaille d'abord sur la situation de la Kabylie dans une Algérie encore française - mais plus pour très longtemps ! - puis étudie la question du célibat en France et il va être l'assistant de Raymond Aron puis œuvrer dans le laboratoire EHESS et le Centre de Sociologie Européenne !

    Ses deux ouvrages les plus connus sont Les Héritiers, en 1964, coécrit avec Jean-Claude Passeron et La Reproduction en 1970. Dans ces deux essais, Bourdieu montre que le système scolaire - alors en train d'être réformé dans les années 60 (introduction des Collèges d'Enseignement Secondaire,...) - loin de produire une ascension sociale, reproduit les inégalités sociales, les entérine en quelque sorte !

    L'école cache cet état de fait et se bâtit sur un mensonge; faisant passer la réussite scolaire pour un "don" et prônant la méritocratie. Tous les élèves n'entrent pas à l'école avec le même bagage ! Tout se joue au préalable dans la famille car les élèves n'ont pas le même accès à la culture, n'y sont pas familiarisés à la culture, en fonction de leur milieu social. Il n'y a pas que le critère économique qui rentre en compte.

    De fait , les enfants de paysans et d'ouvriers font des études moins longues que les enfants de cadres, de professeurs et de professions libérales. Dans les classes aisées, on fréquente ainsi plus souvent les musées et on dispose d'une plus grande bibliothèque à la maison, et ceci procure une certaine aisance à l'école ! A contrario, les élèves défavorisés auront moins de "naturel" dans les tâches, seront dits trop "scolaires".

    Bourdieu préconise un enseignement qui dévoile le but des exercices et la méthodologie, un plus grand encadrement de l'élève et des Travaux dirigés en plus des Cours magistraux !

    Entre 1964 et 1970, et ses deux ouvrages les plus connues,Bourdieu dégage la notion d'"habitus" ! C'est l'ensemble des schèmes intériorisés, des expériences passées, qui vont déterminer nos façon de penser, de percevoir et d'agir en fonction de notre milieu social - qui fait qu'on n'a pas à réfléchir à nos actions constamment en société. Des décalages peuvent se produire lorsqu'on est confronté à un autre milieu, penser au film La vie est un long fleuve tranquille !

    Autre notion importante, la "violence symbolique" ! Ce sont des processus d'oppression, de domination qui ne font pas appel à la coercition physique et qui sont intériorisés inconsciemment par les "victimes", qui s'autolégitiment en quelque sorte ! C'est le cas du "mauvais" élève qui s'autoélimine ou de la femme qui renonce à un meilleur salaire !

    Deux autres notions encore : celle de "champ" et celle de "capital" ! Bourdieu distingue plusieurs champs dans le monde social : champ politique, champ religieux, champ économique... Chacun de ces champs à son cadre propre et est le lieu d'une lutte entre dominants et dominés, chaque acteur/agent utilisant son capital. Le capital peut être culturel - le savoir -, économique - l'argent - et social - le réseau de relations.

    La pensée de Bourdieu est complexe et a souvent été mal comprise. A sa mort en 2002, on eu droit d'une part à des éloges et d'autre part à des articles de détestation. Bourdieu fut enfin un théoricien engagé - à gauche ! - à la fin de sa vie - à partir de 1995 où il rejoints les mouvements sociaux ! L'habitus était un processus dont les acteurs n'ont pas conscience et le but de la sociologie est pour Bourdieu d'ouvrir les yeux : une sociologie critique !

    A bientôt !


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  • Florence Aubenas est grand reporter au Monde, a publié sur l'Affaire d'Outreau et sur les travailleurs précaires. Vous pouvez retrouver sur ce blog mon billet sur Le quai de Ouistreham, chronique de 2010 qui a remporté un vif succès !

    En France est une chronique où la journaliste croque des tranches de vies tout en s'effaçant. Ces récits lorgnent un peu vers le roman. L'auteur témoigne d'une certaine affection pour ses sujets voire d'une forme de tendresse !

    On retrouve, dans ces chroniques, les travailleurs précaires, la "France d'en-bas" dont Aubenas semble s'être fait la porte-parole. On y croise des habitants de cités HLM, des chômeurs, des agents de la CAF, des jeunes, des vieux, des dealers, des politiques etc...

    Les événements couvrent la période 2012 - 2014 et s'organisent en trois parties.

    La première section s'intitule "En Campagne" et revient sur les municipales de 2014. Des Français déboussolés, gagnés par la Crise, déçus de Sarkozy, le président "Bling- Bling" tout autant que par Hollande, le président "Normal" et qui se tournent, exaspérés des partis "classiques", usés par le pouvoir et gagné par la corruption, vers le FN, autre formation qui n'a rien à envier à l'UMP et au PS en manière de magouilles, parti raciste qui plus est et qui supprime des subventions !

    Il est donc question de Hénin-Beaumont, de la misère mais aussi des Manifs contre le Mariage pour Tous !

    La seconde partie se nomme "Au Camping" et s'attarde sur les campings sauvages, en Camargue, à Piémanson, un mode de vie peut-être condamné fait d'astuces, d'illégalité et de débrouilles !

    La dernière partie concerne la "Jeunesse française", parle des intérimaires, du voile islamique, des jeunes en décrochage scolaire, de la drogue etc...

    Un livre qui se lit vite, agréable où on ne voit jamais la figure du reporter ce qui me pousse à m'interroger sur sa place dans le cadre et dans quelle mesure elle pourrait "broder" ! Pas vraiment une analyse, une certaine neutralité...

    Assez intéressant au final !

    A bientôt !


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  • L'éditeur Gallimard publie, depuis quelques années déjà, une petite collection de Folio à 2 euros intitulée "Petits éloges". C'est Pef, auteur-illustrateur principalement pour la jeunesse, de son vrai nom Pierre Elie Ferrier, qui signe le Petit éloge de la lecture !

    J'ai été moyennement séduit par cet ouvrage ! Je pensais qu'il multiplierais les références érudites, les expériences de lectures mais non... Il y a bien quelques titres de part et d'autres mais cela est noyé sous une certaine forme de lyrisme...

    Petit éloge de la lecture - PefCe petit éloge de la lecture est plus une "expérience de lecture" en elle-même qu'une entreprise - de critique - métatextuelle ! Après tout, Pef s'adresse au Grand Public et pas à des universitaires !

    Le fond de l'ouvrage - sous sa forme poétique - relate les déplacements de l'auteur, d'un salon du livre à une conférence en bibliothèque publique et ce faisant des voyages - en train essentiellement. Il y a là un rapprochement à faire avec la lecture qui est aussi "initiation au voyage" et "déplacement hors de soi" !

    La deuxième thématique est celle de l'enfance et du retour à cet âge de la vie - notamment par l'évocation du Voyage à dos de baleine, livre lu par le gamin Pef !

    La troisième thématique que je dégagerais - mais il y en a sans doute d'autres - est celle de la rêverie, autre forme de voyage - intérieur ! Elle suppose l'imaginaire. D'ailleurs, Pef se laisse embarquer dans un dialogue avec L'homme au casque d'or, tableau de Rembrandt, dont la présence dans ce livre est pour moi une énigme !

    Ce petit opus ne manque pas de qualités mais moi, il ne m'a pas parlé ! J'en ai sans doute fait une lecture trop survolante en réalité ! Néanmoins, il pourra plaire à d'autres lecteurs plus réceptifs !

    A bientôt !


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  • A partir de cette année 2015 - 2016, je commence un double cursus Philo/Socio et Histoire. D'autres billets de Philosophie et d'Histoire vont donc venir enrichir les rubriques déjà constituées mais en plus, je démarre une catégorie sociologie : Montesquieu, Tocqueville, Comte, Marx, Durkheim ou Mauss seront bientôt au programme !

    Je vais vous parler aujourd'hui du plus célèbre livre de Max Weber, sociologue allemand de la première moitié du XXème siècle (1862 - 1920), considéré avec Durkheim comme un des pères de la discipline mais qui contrairement à celui-ci n'a pas enseigné. Weber avait une connaissance impressionnante des religions : christianisme, judaïsme, islam, mais aussi hindouisme, confucianisme etc... Le livre qui nous intéresse aujourd'hui est L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme.

    Karl Marx propose une explication matérialiste de la société, déterminée, dans ses systèmes politiques, par les forces de production et la petite minorité qui les accapare. Cette sociologie théorique se nomme, chez Marx, matérialisme dialectique.Weber, lui, à contrario, propose une explication "spiritualiste" qui se fonde sur les mœurs et les croyances pour expliquer la société.

    Comment le protestantisme, issu de la Réforme au XVIème siècle, Luthérianisme, Calvinisme et toutes les petites "sectes "associées, a-t'il pu influer sur le capitalisme ? Dans ce texte fort brillant, Weber commence par poser le problème ! Il définit "esprit" du capitalisme en s'appuyant sur Benjamin Franklin où comment l'argent génère l'argent et l'homme fini par se mettre au service de cette argent ! Les mœurs jouent un rôle car on prêtera plus volontiers à l'homme besogneux qu'à celui qui mène une vie dissolue. Max Weber définit aussi l'idéal ascétique.

    Car l'idéal ascétique a joué sur le développement qualitatif et quantitatif du capitalisme. Mais l'auteur précise que le capitalisme existait déjà auparavant - plus "traditionaliste". Le protestantisme croit en la prédestination. Seuls certains hommes seront sauvés par la Grâce Divine sans que leurs actions entrent en ligne de compte ! Mais si on ne peut pas infléchir la Providence, on peut néanmoins tenter de distinguer les "signes" qui indiqueront que l'on sera sauvé. Il faut pour cela mener une vie exemplaire et conduire à bien, avec excellence, son Beruf, son Travail, son Métier !

    Il s'agit en quelque sorte d'accumuler de la richesse pour la Gloire de Dieu, pas pour s'enrichir et se vautrer dans la jouissance cependant. De ce fait l'argent gagnée est réinvestit et le développement du capital entraîne l'essor de l'industrie ! Les investisseurs sont des êtres d'exceptions choisis par la Providence !

    Luther a écrit sur la division du travail - dixit Weber - et pour la doctrine luthérienne, cette division du travail fait que les hommes travaillent pour le bien des uns et des autres, ce qui est en fort contraste avec les écrits d'Adam Smith plus tard qui dit la même chose sauf que pour le Britannique les hommes agissent pour leur propres intérêts !

    Weber s'étend longuement sur les composantes de l'ascétisme et toutes les subtilités et différences entre baptistes, méthodistes ou quakers et autres ! C'est subtil, précis et brillant et ce billet ne peut être que très sommaire et grossier pour retranscrire un tel livre comme souvent dans ces cas là ! Disons pour résumer à grands trait que l'esprit du capitalisme découle d'abord de l'idée de prédestination et d'accomplissement personnel des protestants puis se détache peu à peu du religieux pour, aboutir à l'individualisme du temps de Weber, encore plus accentué aujourd'hui !

    Un livre très intéressant qui trouve encore des champs d'application de nos jours où le phénomène religieux - on pense à l'islam - est très présent dans l'actualité !

    A bientôt !


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  • Je vais maintenant vous parler de ma dernière lecture - un livre sous-titré - pour des raisons "stratégiques" s'en amuse l'auteur "roman", C'est une chose étrange à la fin que le monde, de l'Académicien prolixe Jean d'Ormesson, livre qui m'a été prêté par mon ami Nicolas D.

    C'est une chose étrange à la fin que le monde - Jean d'OrmessonDans cet ouvrage, d'Ormesson dresse une histoire de l'univers et du monde. Il mêle un vaste ensemble de connaissances - mais sans réellement approfondir - en cosmologie (Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Einstein), en physique, en biologie et théories de l’Évolution.Il nous raconte ces grands moments scientifiques qui ont modifié la conscience que l'Humanité avait du monde, du "roman" du monde !

    Mais notre essayiste est bien conscient que la science, si elle ne cesse de progresser, ne résoudra jamais la question ultime, posée par Leibniz : "pourquoi y a-t'il quelque chose plutôt que rien ?".

    On en arrive à ce stade à évoquer Dieu - qui est présent avec ironie dès le début de l'ouvrage sous l'appellation "le Vieux". Existe-t-il ? Qu'y a-t'il derrière le Mur de Planck, les tout premiers instant de l'Univers ?

    A la fin du livre, d'Ormesson (s')interroge sur la Mort. Naître, venir au monde, c'est faire irruption dans le temps... Comme le vivant , comme l'Univers après le Big-Bang ! Le temps, c'est le devenir. Hors du temps, il y a l’Éternité, là où il n'existe que l'Être, les idées, Dieux ? - et non plus les étants ! Au final, Mourir, c'est sortir du temps !

    On se retrouve ici au final avec un ouvrage de vulgarisation d'un abord assez facile ! C'est plaisant mais on se retournera vers d'autres livres pour une réflexion plus approfondi ! Je vous renvoie également sur mes billets de cosmologie, de biologie si cela vous intéresse !

    A bientôt !


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  • Paul Valéry a côtoyé les plus grandes éminences de son temps : Bergson, Poincaré, Mallarmé, Gide, mais aussi les peintres et parmi eux Degas. De plus, l'auteur du" Cimetière marin" et des Cahiers - sur lesquels j'ai effectué mon mémoire de Master II de Lettres - avait un coup de crayon remarquable !

    Dans cet essai, Degas Danse Dessin qui contient une trentaine de courts textes, rassemblés en 1938, il livre ses réflexions sur l'artiste Degas et son art, des anecdotes et des souvenirs !

    Degas Danse Dessin - Paul ValéryEdgar Degas était un peintre au fort caractère, ombrageux, et qui poussait la recherche picturale jusqu'au perfectionnisme. Valéry raconte que l'artiste cherchait toujours à retravailler ses tableaux, pour en gommer les "imperfections". Degas avait médité longuement sur ce qu'est la peinture et se fâchait souvent sur le sujet. Il ne se considérait pas réellement comme un "impressionniste", exécutant des paysages en réalité réalisés en intérieur comme un panorama de rocher effectué en observant des morceaux de charbons de son poêle !

    La peinture est observation, interprétation par un "tempérament" et une forme d'intelligence !

    L'artiste peintre Degas analysait aussi le mouvement - le mouvement gratuit - celui des Danseuses ! Ses esquisses, études, tableaux et statues de l'Opéra sont très célèbres comme la Petite Danseuse de 14 ans. Il s'appuyait aussi sur la photographie qui allait bientôt engendrer le cinéma ! Valéry s'interroge par-ci, par-là sur le rapport et la coordination entre l’œil et la main, déplorant qu'il n'existe en fait aucune étude scientifique sur le sujet !

    A travers Degas, c'est aussi sur tous les peintres et les écrivains - les artistes - de la Belle Époque que Valéry s'attarde ! Avec une plume toujours aussi incisive, précise et une réflexion féconde !

    Valéry est décidément l'intellectuel pur, celui qui s'est engagé profondément dans la réflexion méditative et c'est pour cela que je l'estime beaucoup !

    Je vous renvoie aussi à son Introduction à la méthode de Léonard de Vinci chroniqué par ailleurs sur bibliothèque-éclectique jadis !

    A bientôt !


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  • Le cerveau humain et son exploration est un des grands défis du XXIème siècle ! Ayant suivi une formation en biologie/biochimie et neurosciences avant de suivre des études de Lettres, c'est un domaine auquel je suis particulièrement sensibilité même si je ne crois pas à l'hypothèse du 'tout-biologique" qui a cours dans des domaines comme la psychiatrie et fait les beaux jours des labos pharmaceutiques qui veulent nous vendre des "pilules du bonheur" !

    Je vais revenir sur une lecture que j'ai faite il y a quelques années, le livre autobiographique d'unEmbrasser le ciel immense - Daniel Tammet "phénomène" cognitif, le Britannique Daniel Tammet, autiste Asperger - autrement dit "surdoué" - et classé parmi les "100 génies vivants". Ce livre se nomme Embrasser le ciel immense.

    Dans ce livre, Tammet explore le fonctionnement du cerveau, de son cerveau. Mais il veut s'éloigner de l'image mécaniste, de celle d'un homme-ordinateur, popularisé par des films comme Rain Man ! Tammet a en effet une capacité incroyable à manier les chiffres et à apprendre les langues. il explique que de fait, il visualise les chiffres et les mots comme des paysages - c'est ce qu'on appelle, en langage médical, une synesthésie, un phénomène qui consiste par exemple à associer automatiquement des couleurs aux chiffres !

    Daniel Tammet publie son premier livre en 2007, Je suis né un jour bleu, où il raconte sa vie, son enfance , sa famille, ses premiers émois amoureux, ses capacités hors normes telle sa mémoire absolue. A la suite de quoi, il parcourt l'Europe et le monde, ses Mémoires sous le bras, pour donner des conférences.

    Embrasser le ciel immense est son deuxième livre et date de 2009. Tammet y approfondit son propos, donne des explications, dissipe des malentendus et des clichés scientifiques.

    Dans ce livre, il fait aussi un étalage des connaissances actuelles sur le cerveau, sur le Q.I., donne des méthodes pour faciliter l'apprentissage.

    Enfin, l'auteur s'interroge sur le futur de l'esprit humain. Avec le développement d'internet et des réseaux de connaissances, on est en droit de se questionner en effet !

    Aujourd'hui, Daniel Tammet est écrivain à plein temps et vit à Avignon !

    Un livre intéressant - et abordable- même pour le néophyte !

    A bientôt !


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  • Michel Onfray se lance en 2002 - dans le cadre de l'Université Populaire de Caen - dans une "Contre-Histoire de la Philosophie" qui veut présenter la ligne philosophique non officielle, celle qui n'est pas enseignée dans les Universités : la ligne hédoniste contre la ligne idéaliste. Onfray et son projet sont l'objet de nombreuses critiques de la part de l'Institution !

    Contre-Histoire de la Philosophie - Tome 5 : L'Eudémonisme social - Michel OnfrayOnfray a commencé avec les philosophies antiques puis la Gnose, ensuite les Libertins Baroques et les Ultras des Lumières ! Il aborde le XIXème siècle, celui de la "Révolution Industrielle", du point de vue de l'antagonisme entre libéralisme et socialisme et présente l’utilitarisme.

    Dans l'utilitarisme, Onfray oppose un hédonisme libéral et un hédonisme socialiste. L'utilitarisme vise l'"obtention du bien pour le plus grand nombre". Dans la suite des écrits d'Adam Smith, une partie des utilitaristes croient à la "main invisible" du marché et qu'en accroissant la richesse de quelques uns, on augmente le bien être de tous ! Or des textes comme ceux de Flora Tristan montrent une paupérisation accrue !

    Ce tome 5 de la "Contre-Histoire" présente dans un premier temps William Godwin et Jérémy Bentham. Godwin présente une société future idéale et les moyens d'y parvenir. Il est contre l'intervention de l'Etat dans les affaires économiques. Dans la même veine, Jérémy Bentham décrit l'organisation du panoptique sur laquelle il voudrait construire le modèle carcéral mais aussi le modèle éducatif...

    John Stuart Mill défend la cause des laissés pour compte du progrès économique et notamment le droit des femmes. Il est d'une nature altruiste et milite aussi pour l'éducation des masses. Il est un précurseur du socialisme.

    On a donc d'un côté Godwin et Bentham qui croient au libéralisme utilitariste et de l'autre les partisans d'un socialisme nouveau comme Mill ou Robert Owen.

    Owen investira dans des manufactures proposant des innovations en faveur du droit des ouvriers, leur instruction et tentera des premières expériences communistes qui échoueront? Owen voulait changer la société pour l'adapter à l'individu et non l'inverse.

    Le tome se clôt sur les cas de Charles Fourier - et son phalanstère - et Bakounine. Il est évidemment question de çi de là de Mandeville - et sa "fable des Abeilles"- , de Proudhon, Marx et Engels !

    Onfray s'est livré à un gros travail de lecture et d'analyse pour constituer ce tome. Son livre permet à ceux que cela intéresse d'avoir une porte d'entrée dans des œuvres. Il procède d'abord par des éclairages biographiques puis analyse la "doctrine" !

    En relisant ce billet, je me rends compte que je n'ai pas été assez précis sur les auteurs cités dans le livre d'Onfray - leurs pensées ! Ce qu'il faut retenir c'est que la pensée utilitariste est un courant alternatif aux philosophes de l'Université française (Platon, Descartes, Kant...) et est surtout étudiée dans les pays anglo-saxons adeptes du libéralisme. Un certain courant utilitariste a conduit à la naissance du socialisme - c'est en tout cas ce que j'ai cru comprendre à la lecture d'Onfray !

    Voilà, il n'est pas impossible que je fasse un jour UN billet sur Godwin, UN sur Bentham, UN sur Mill etc...En attendant, je vous dis ...

    .. A bientôt !


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  • On commence avec ce 701ème billet une nouvelle centaine d'article et cette fois nous allons revenir sur Stéphane Hessel dont j'ai déjà commenté ici l'opus Indignez-vous ! en janvier 2011 !

    A nous de jouer ! - Stéphane HesselDepuis, Stéphane Hessel est malheureusement décédé le 27 février 2013 à 95 ans. Il a eu une vie riche et a conservé un optimisme dans l'humanité jusqu'au bout malgré la Crise économique que nous connaissons depuis 2008. C'est dans ce contexte qu'il a commis son texte de 30 pages fin 2010 qui a mené aux manifestations des Indignés et peut-être dans une certaine mesure au Printemps Arabe !

    Hessel a aussi associé sa pensée à d'autres notamment à Edgar Morin, l'auteur de La Voie qui invite à repenser le monde, à bâtir des outils conceptuels nouveaux et à envisager la complexité !

    Dans A nous de jouer ! Hessel réaffirme aussi bien la nécessité et le besoin de tout un chacun - en particulier les jeunes, les victimes du chômage - de s'engager, dans les ONG, dans les Partis politiques (davantage de gauche il est vrai !) bref dans des initiatives individuelles qui cumulées feront les grandes forces ! Mais il affirme aussi la nécessité d'une organisme supranational - à l'image de l'ONU auquel Hessel a été un participant en 1948 dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. enfin, Hessel place la dignité en avant ainsi que la compassion.

    Ce livre, A nous de jouer ! contient de nouveaux plaidoyer d'Hessel mais aussi une conférence à Zurich en octobre 2011 suivi d'entretiens avec le journaliste André Marty qui fournit un excellent travail. Il est question de néolibéralisme, de la Crise, des inégalités riches/pauvres, du choc des cultures -notamment notre attitude d'incompréhension face à l'Islam - de l'apport de ces autres cultures, de la non-violence à l'image de Gandhi ou de Mandela, des défis écologiques, du problème épineux de la Palestine et de l'attitude d'Israel !

    Un petit livre de réflexion qui devra susciter des réactions chez le lecteur. L'essentiel du chemin est encore à faire mais comme le dit Hessel, "nous ne pouvons faire autrement que d'aller vers l'avant sinon nous allons dans le mur" !

    Reposez en paix monsieur Hessel, vous serez entendu !

    A bientôt !


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  • Le langage nous sert à nous exprimer, à faire passer des connaissances, des informations, des sentiments. Il est donc au coeur du phénomène social. Mais il arrive qu'à force, à l'instar des métaphores, certaines locutions se figent en "expressions toutes faites" qui sont souvent - et quand même - porteuse d'un message, d'un état d'esprit.

    Dans Je vais passer pour un vieux con et autre petites phrases qui en disent long, Philippe Delerm, auteurJe vais passer pour un vieux con - Philippe Delerm très prolifique en nombre d'ouvrages - davantage que sur l'épaisseur de ces opus - nous livre 42 de ces expressions dont par exemple "j'étais pas né", " c'est presque de mauvais goût", "c'est peut-être mieux comme ca" ou encore "c'est vraiment par gourmandise" et décortique les intentions sous-jacentes qui ne sont jamais à l'avantage de celui qui prononce la sentence.

    Ces phrases traduisent souvent la gêne, l'agacement, la condescendance. On touche aux relations entre générations, aux états d'âme dans le couple, bref aux hiérarchies sociales.

    Delerm cloue chaque phrase sur sa planche d'entomologiste, prend son scalpel et décortique chaque mot et il suffit souvent d'un seul mot pour conférer son sens lourd à une locution. c'est amusant ! Delerm déploie ces scénettes, se montre ironique, utilise parfois le pathétique ou la mélancolie.

    Toutefois, la lecture de cet opus ne m'a pris que 45 minutes montre en main (non je blague sur la montre !) et c'est un peu court ! Je ne raffole pas de ces recueils d'expressions - c'est plaisant certes parfois mais c'est un peu facile !

     Je préfère les bon gros romans consistants (et à ce titre me jette dans La Religion de Tim Willocks et Naissances de Yann Moix !). Bon, vous pouvez toujours lire ce Delerm, cela ne vous prendra pas un gros investissement d'énergie ou de temps mais en tirerez-vous quelque chose pour autant ?

    A bientôt !


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  • Voilà un écrivain, Dany Laferrière, que je ne connaissais que de nom depuis le tremblement de terre d’Haïti début 2010. Je viens de lire Journal d'un écrivain en pyjama et trouve le bonhomme plutôt sympathique et plutôt juste dans ce qu'il dit sur l'écriture, les sentiments et impressions liés à cette activité - cet art - qu'il pratique depuis un petit moment déjà et que je pratique moi-même dans une moindre envergure !

    Le Journal d'un écrivain en pyjama est donc un essai qui parle de littérature du point de vue de l'écrivain - mais le lecteur n'est pas oublié car les deux personnages sont liés - et qui en même temps désacralise cette pratique avec humour par le port du pyjama !

    Journal d'un écrivain en pyjama - Dany LafferièrePrésentons rapidement l'auteur ! Dany Laferrière est né à Port-au-Prince en 1953, a passé son enfance avec sa grand-mère à Petit-Gôave. En 1976, craignant d'être sur la "liste" des Tontons Macoutes après l'assassinat d'un de ses amis, il quitte Haïti pour Montréal, au Canada.

    En novembre 1985, est publié son premier roman au titre provocateur, Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer. Sa carrière littéraire s'étend donc désormais sur presque 30 ans et en 2009, il reçoit le Prix Médicis pour son roman L’Énigme du retour.

    Je ne reviendrais pas dans les détails sur tous les éléments et conseils -jamais trop techniques mais un peu quand même - que contiennent les presque 200 entrées - suivies chacune d'une sorte d'idée courte à la manière des gâteaux chinois - tant le Journal d'un écrivain en pyjama est dense et riche. J'aborderais tout de même quelques points.

    A plusieurs reprises, il est question du rapport entre la réalité, la vie extérieure et la fiction, le roman. La mise en fiction relève d'un travail, d'un mélange, d'un assemblage et d'une mise en forme. Mais le récit est d'abord tributaire d'une observation quotidienne voire même quasi permanente ! Toutefois, la fiction et la vie sont deux choses différentes qui se nourrissent l'une de l'autre et réciproquement.

    Mais l'écriture puise aussi dans l'intimité de l'écrivain, dans son vécu, son enfance, sa famille, ses expériences même les plus anodines. C'est une passion dévorante, accaparante qui procure à la fois plaisirs, doutes, souffrances.

    C'est un véritable métier qui requiert un effort permanent. Du travail, encore du travail !

    Laferrière analyse -sans clore le sujet (est-ce seulement possible ?) - les rapports entre lecture/lecteur et écriture/écrivain. On n'écrit jamais à partir de rien et l'on se nourrit de ceux qui nous ont précédés dans l'art. Par le livre, l'intime de l'écrivain et l'intime du lecteur se communiquent. Il reste que tout lecteur ne devient pas écrivain - à fortiori un bon écrivain. Il y a de bons lecteurs comme il y a de mauvais écrivains ! Mais en tout écrivain, il y a d'abord un lecteur. Dans cette optique, l'écrivain en pyjama mentionne ses lectures préférées - éclectiques et approfondies comme tout bon lecteur - mais dont on retiendra deux noms marquants pour lui : Henri Miller et Luis Borges.

    Bref, un essai qui touche sa cible ! J'ai passé un excellent moment dans cette lecture que je n'ai pas "dévorée" mais qui s'est "insinuée en moi" pour reprendre une subtile distinction de l'auteur !

    A bientôt !


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  • Sylvain Tesson est un aventurier et un écrivain, membre de la Société des explorateurs. Il a déjà écrit plusieurs ouvrages dont un récit de voyage "sur les pas des évadés du Goulag".

    Il retourne en Sibérie, logé dans une petite cabane près du lac Baïkal, de février à juillet 2010. Dans les forêts de Sibérie constitue donc un journal intime, un journal d'ermitage !

    Dans la Taïga sibérienne, l'écrivain découvre la vraie liberté, celle qui maitrise le temps et l'espace - et permet l'introspection. Loin du trépignement des villes et de la confrontation, dans le milieu urbain, avec ses semblables, soumis à la société de consommation. Sylvain Tesson relate son expérience - expérience du réel par nature incommunicable - comme la beauté de la Nature, à l'opposé du "bavardage du monde civilisé".

    C'est un nouveau rapport au monde qui s'établit, ainsi qu'une nouvelle perception des choses. Les plus petits éléments - le givre, la neige, les mésanges - tout se dote d'une plus intensité dans la relation.

    Car la Taïga est un milieu vierge, non transformé, sans Histoire (sinon géologique) éloigné de l'industrie (propre à la paresse et à la contemplation) de la technique (où l'homme transforme lui-même les ressources à proximité). Le progrès désubstantialise en effet. C'est un retour aux sources !

    Plus qu'une Robinsonnade, c'est un véritable essai philosophique débordant d'enseignement, de sagesse, plus proche du mode de vie des ermites de taïga que des Pères du désert du IVème siècle (fait de privation).

    Sylvain Tesson emporte des livres dans une malle, livres qui émaillent son propre texte qui joue sur l'intertextualité dans une mise en abyme : Rousseau, Sade, Nietzsche, Defoe, Tournier etc...

    Une lecture rafraichissante, qui ouvre l'esprit et qui montre qu'il existe encore des voies vers le Bonheur !

    A bientôt !


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  • Georges Dumézil est un comparatiste des mythologies européennes et indiennes qui a longtemps fondé sa méthodologie sur des principes linguistiques jusqu'à une rupture épistémologique au début des années 1940.

    Loki, son essai sur une figure nordique contestée, voit le jour en 1948. Dumézil a auparavant publié ses premiers livres entre 1921 et 1928 dans les Annales du musée Guimet. Mais son travail reste une affaire de spécialistes, spécialistes de Rome, du monde germanique, de l'orient, du Caucase. Loki ne rencontre donc que peu d'échos... jusqu'à sa republication en 1986 !

    Dans ses premiers ouvrages, le chercheur trouve des similitudes linguistiques entre un terme grec ambrosia et le nom indien amta. De là, il pose une origine commune au mythe de l'ambroisie, le nectar des dieux, dans la civilisation qui ne s'est pas encore coupée ne branches européenne et indienne. C'est donc sur une base linguistique que se fondent ses travaux.

    Mais en 1938, Dumézil s'affranchit de la langue ! Il a en effet l'intuition fulgurante de ce qui va donner la classification des sociétés indo-européennes en trois classes : les prêtres, les guerriers et les producteurs, système de castes qui a cours jusque sous l'Ancien Régime.

    Dans Loki, Dumézil se penche sur une figure de dieu qui n'est pas attesté dans les mythes nordiques originels mais principalement connu part un auteur irlandais du XIIIème siècle, Snorri, fils de Sturla dont les écrits livrent l'essentiel de ce que nous savons sur Loki. S'agit-il d'une invention tardive ? Dumézil va retrouver des traces d'une pareille figure dans d'autres civilisations cousines de la civilisation nordique, le décepteur ossète Syrdon, ce qui attesterait de son ancienneté. Il s'agit en fait de la figure que les anglo-saxons appellent Le Trickster.

    Loki est révolutionnaire car il offre une étude scientifique des contes. il étudie tout un folklore européen. Il y a bien une origine commune au folklore des Germains d'une part, des Scythes et des Alains, ancêtres des Ossètes de l'autre.

    Bref un livre discret de 1948 mais qui change notre vision de la civilisation indo-européenne !

    A bientôt !


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  • Ce livre, L'écriture comme un couteau, est - et est né - d'une série d'entretiens par mail, en 2001- 2002, entre Annie Ernaux et Frédéric-Yves Jeannet. Je vous en donne ici une recension "à chaud " - donc forcément très superficielle - et l'ouvrage mériterait une analyse plus poussée point par point.

    Comment caractériser l'écriture d'Annie Ernaux ? Concernant le style qu'elle pratique, des critiques l'ont placé dans la catégorie "écriture blanche" décrite par Roland Barthes, Ernaux elle-même a donné un colloque sur ce type d'écriture lors de sa carrière d'enseignante de Lettres.

    Pourtant, notre écrivain(e) refuse l'autofiction et l'autobiographie proprement dites. Certes l'intime ressort du "je" mais il est aussi l'expérience la plus partagée, paradoxalement la plus universelle - et comporte aussi, comme dans les livres d'Annie Ernaux - une part d'historique et de sociologique. Ainsi, le structuralisme et la critique génétique s'intéressent à la forme en négligeant la "vie autour" !

    Des livres d'Ernaux, citons La place, L'évènement, L'occupation, La femme gelée, La honte, Passion simple ou encore les extraits de journaux intimes : Journal du dehors et La vie extérieure (je tiens moi-même un journal intime depuis 7 ans et les considérations d'Ernaux sur ce "genre" me parlent :"Transsubtantier la vie"). L'usage de la photo et Les Années ont été écrites -du moins publiés - après ces entretiens.

    Pourquoi Ernaux pratique-t-elle cette "écriture blanche" ? Elle explique notamment qu'elle a eut longtemps l'impression de trahir sa classe sociale (parents petits commerçants) et de passer du monde des "dominés (la France "d'en-bas") à celle des "dominants" - et donc pour retranscrire les réalités de sa condition d'origine, en évitant tout populisme ou misérabilisme, elle recourt à une écriture neutre.

    Il y a aussi des propos sur la condition - le statut des écrivains femmes - ou encore les techniques, la pratique d'écriture (ratures, ajouts, etc) de l'auteure. Bref, je vous renvoie à la lecture de cet ouvrage de 150 pages.

    Lecture toujours instructive notamment pour les férus d'études littéraires comme moi !

    A bientôt !


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  • Le Banquet de Platon est probablement le texte de référence de la littérature occidentale sur l'Amour.

    On distingue trois termes grecs principaux pour le désigner : Eros, Agapé et Phyllia.

    Alain Finkielkraut récidive ici ce qu'il avait fait avec Un coeur intelligent en proposant un essai qui regroupe des analyses littéraires. Il y en a quatre ici autour de l'Amour et de Madame de Lafayette, Ingmar Bergman, Philip Roth et Milan Kundera. A part Ingmar Bergman, j'ai déja eu l'occasion de lire -et relire - tous ces auteurs.

    L'attitude de La Princesse de Clèves reste une énigme qui a fait verser tant d'encre entre les pages du Mercure Galant. Son renoncement à l'amour de Monsieur de Nemours est inexplicable et heurte la vraisemblance si l'on considère qu'il est le fait d'une jeune fille de 20 printemps qui précisément connait si peu à l'amour. Mais la princesse a été éduquée par sa mère et ses précepteurs qui lui ont raconté des récits d'amours inaccomplis et elle croit fermement que l'Amour n'est pas eternelle. Ce faisant, elle se mure dans sa solitude ! C'est infiniment plus compliqué que cela et j'aurais l'occasion de développer si un jour je fais un billet sur ce roman si cher au président Sarkozy !

    Ce que ces textes que Finkielkraut a choisi sont censés nous apporter une expérience sur la vie. Je le dis au passage car cela implique que l'on soit persuadé que le texte n'est pas que "forme" et "structure" mais aussi pointe vers un référentiel.

    Philip Roth, dont j'ai récemment commenté à peu de temps deux romans récents, aime bien mettre en scène des "érudits libertins", des universitaires qui découvrent des expériences nouvelles. Car l'Amour, si lié à la mort, n'est pas l'apanage de la jeunesse.

    De la même façon, je n'en dis pas plus sur Milan Kundera (qui a fait son entrée de son vivant en Pléaide). Tomas, le héros de l'insoutenable légéreté de l'être, cavaleur invetéré qui collectionne les conquètes, est "pris au piège"de son amour pour Tereza. Il va ressentir de l'empathie pour elle et tombe en quelque sorte amoureux de sa finitude et a peur de la perte de l'être aimé, emporté par la mort.

    Souvent, l'on croit être amoureux d'un destinataire, mais l'on est en réalité qu'amoureux de son propre état amoureux qui nous valorise. Après le temps de l'innocence d'Adam, le temps de Narcisse...

    Voilà, je me rends bien compte que ce billet est plus que sommaire et part un peu dans tous les sens. Le mieux à faire est de lire tous ces auteurs puis les analyses (en 120 pages au total) de Finkielkraut. Le propos est intéressant et assez facile à suivre pour les lecteurs assidus et motivés.

    A bientôt et à vos amours !


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  • La Voie - Edgar MorinL'Homme, à l'aube du XXIème siècle, est placé en face de grands périls mais aussi de grands défis. La Crise économique et social de 2008, la Crise écologique, plus généralement la Crise de la pensée sont autant le risque pour l'Humanité de régresser voire disparaitre qu'autant la possibilité de tout changer, de se transformer.

    En 1989, le Mur de Berlin est tombé et le communisme, incarné par l'Union Soviétique, l'a suivi dans sa chute. Pour autant, vingt ans plus tard, le capitalisme effréné et sa forme néolibérale qui s'est accentuée depuis 1990 arrive lui aussi en bout de course. Il détruit les hommes et la planète !

    Le grand mal de notre époque est l'individualisme éprouvé, le mal-être qui alimente le capitalisme via le consumérisme. Edgar Morin - et beaucoup d'autres (Stephane Hessel, Michel Onfray, Bernard Stiegler...) ont saisi cette évolution. On pourrait s'étonner que les choses ne bougent pas. Néanmoins, de plus en plus de citoyens en viennent à s'informer et une prise de conscience générale pourrait s'amorcer !

    Edgar Morin est un penseur de notre époque, philosophe en marge de l'institution, paradoxalement nommé membre émérite du CNRS. Il est l'auteur de La Méthode, somme en six volumes dont la principale théorie est celle de la Reliance.

    A notre époque, les savoirs sont trop morcelés, les experts trop spécialisés et le citoyen lambda n'a plus accès au savoir. Morin propose une transdisciplinarité féconde qui supporte une "pensée complexe". Parce que le Monde est chaos, il faut le saisir globalement et dans ses parties à la fois en gardant toujours en tête la place des parties dans l'ensemble.

    Dans La Voie, le philosophe recense les initiatives isolés des hommes de bonne volontés dans le monde. Fidèle à la pensée complexe, il formule et propose, en s'inspirant de ces initiatives, des débuts de remèdes, des pistes de réformes - que d'autres approfondiront, bref il apporte sa pierre à l'édifice, mais il pose que toutes ses "réformes" doivent se faire conjointements : réforme politique, réforme de vie, réforme économique, réforme écologique, réforme de la consommation... Elles sont en effet interdépendantes. Mais Edgar Morin se garde de toute récupération politique ou de vouloir fonder un parti !

    Sur presque 500 pages, Morin expose des pistes et des initiatives. Je ne vais pas me lancer dans un recensement. Cependant, il milite pour plus d'empathie et de solidarité.

    Je vous renvoie à la lecture de La Voie !

    Dans la lignée de ce livre, Edgar Morin a cosigné un petit livret avec le regretté Stéphane Hessel qui s'intitule le Chemin de l'espérance et fait la fusion de La Voie et Indignez-vous !

    A bientôt !


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  • Paul Valéry est un personnage fascinant ! J'ai déja eu la possibilité de vous parler de lui à l'occasion de Variété I et II.

    Cette fois-ci, je vais revenir sur sa méthode.

    Valéry fut d'abord poète, émule de Mallarmé et des symbolistes. Mais il prend ensuite ses distances par rapport à la poésie car il recherchait un tel niveau de perfection qu'il jugeait qu'il était difficile d'atteindre cet idéal. De plus, Valéry avait un profond mépris pour le roman qu'il jugeait arbitraire.

    Ses œuvres poétiques les plus connues sont Le Cimetière marin et La jeune Parque (qu'il publie en 1917 à la demande d'André Gide).

    Le grand dessein de Paul Valéry était de se débarrassé de la sentimentalité dans l'écriture. il ne croyait pas à l'inspiration et aux muses mais visait plutôt une poésie qui serait réfléchie, un vrai travail de l'esprit.

    Mais il faut pointer à ce stade les contradictions du personnage : à la fois perçu comme un penseur reclu (qui rédigeait chaque matin ses Cahiers) et un mondain qui fréquentait les plus hautes somitées philosophiques,littéraires et scientifiques de son époque, le penseur adepte de la cérébralité totale et l'amoureux transi qui écrivait des lettres pleines de passions à la fin de sa vie.

    Valéry a donc consacré la majeure partie de sa vie dans l'investigation de l'esprit, de son esprit dans une longuedevinci.jpg introspection. L'essai dont il est question ici repose sur une comparaison entre la méthode de notre penseur et celle de celui de la Renaissance, le génial Léonard de Vinci, touche à tout et visionnaire dans de nombreux domaines.

    Je ne parlerais pas longtemps de Léonard (je vous renvoie à un autre billet sur le Musée du Louvre où il est notamment question de la célèbre Joconde dont le sourire énigmatique a fait couler tant d'encre).

    L'essai comporte trois parties, trois textes qui se prolongent écrits respectivement en 1894, 1919, 1929. Inutile de vous le cacher, l'approche de cet ouvrage n'est as facile et demande de l'érudition. Mais cela permet d'entrer dans les questionnements d'un esprit brillant. Je ne tenterais pas vainement de paraphraser les propos de Valéry dans le cadre exigu de ce billet - dire avec des mots moins pertinents une pensée élaborée -cependant dans le cadre de mes études universitaires,je travaille cette année sur les Cahiers et j'aurais donc dans les mois à venir l'occasion d'en reparler de manière plus rigoureuse et exhaustive.

    Je voudrais cependant revenir sur un point. Valéry établit à la fin de l'essai que Léonard n'était pas un philosophe. En effet, contrairement aux philosophes, De Vinci n'a pas laissé de doctrine écrite mais des peintures, des schémas, des notes. C'est là la doctrine du savant de la Renaissance, partir de l'observation du vivant, du monde puis retranscrire tout ceci dans des dessins. Valéry n'était pas en reste concernant le crayon et le dessin : c'était aussi un dessinateur hors-pair.

    Sur ces mots, je vous dis à bientôt !


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  • Depuis les années 1990 et au début de ce XXIème siècle, il est commun de dire que nous vivons une "Révolution Numérique" ! Les technologies de l'internet et de la communication évoluent à une telle vitesse qu'il est bien difficile de deviner ce qu'elles seront devenues d'ici dix ans.

    En effet, qui aurait pu imaginer le web 2.0, Facebook, Twitter, les blogs en l'an 2000 ?

    François Bon est un adepte de ces technologies. il a pris l'habitude de s'investir pleinement dans maints sites et blogs qui constituent selon lui son œuvre d'écrivain. Il regrette ainsi les réticences de ceux qu'il appelle ironiquement les "écrivains imperturbables" qui rechignent à s'investir dans le net.

    François Bon (qui anime par ailleurs depuis longtemps des ateliers d'écriture dans les bibliothèques, les prisons, les instances de l'éducation) est donc aussi un défenseur du web. Ainsi, une des accusations les plus fréquentes portée contre nos pratiques de navigation est que les nouvelles technologies sont chronophages. François Bon rétorque, en argumentant, qu'il n'en est rien car elle ne remplacent que d'anciennes pratiques et permettent au contraire de gagner du temps.

    La question essentielle est "le livre papier va-t-il disparaître ?" Personnellement, je ne le pense pas. Dans Après le livre, l'essai dont vous l'aurez compris il est question dans ce billet nous parle des différentes époques de l'écriture et de la lecture et des pratiques associées dans une démarche anthropologique : les tablettes d'argiles, le papyrus, le rouleau, le codex, le parchemin, l'imprimerie, le livre de poche, la machine à écrire, les ordinateurs, le web, les i-pad.

    Chacune de ces évolutions a profondément modifié nos pratiques. Pour Bon, le blog est une nouvelle forme d'écriture au présent comme le fut la correspondance épistolaire (allusion au passage à Madame de Sévigné).

    Le livre de Bon (dont si j'ai bien compris il doit aussi exister une édition numérique) se compose de divers petits essais, assimilables à de longs billets, classés en rubriques :  "écrire", "traverses", "techniques"', "pratiques", "historique" et "biographique".

    Le texte est par moment très technique et si vous maîtrisé i-pad, e-book, kindle, HTML, cela ne vous posera aucun problème. On ne peut que regretter l'existence d'une "fracture numérique".

    Mine de rien, c'est le troisième billet que je consacre à François Bon !

    A bientôt !


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  • Mona Ozouf est une historienne réputée, spécialiste de la Révolution française. Durant quatre décennies, des années 1970 aux années 2000, elle a livré, dans un exercice imposé, des chroniques littéraires au Nouvel Observateur. Aujourd'hui, elle rassemble plus d'une centaine de ses articles dans La cause des livres paru à la nrf / Gallimard.

    Ces critiques sont regroupées en sept rubriques : Une patrie littéraire, Une liasse de lettres, Voix d'ailleurs, Portraits de femmes, Tableaux de la France et des Français, Lumières, Révolution, République et Parmi les historiens.

    Mona Ozouf commente notamment un grand nombre d'essais, s'intéressant aussi bien à l'essayiste et à travers lui à la figure dont il est question dans l'essai. Étant une spécialiste de la période contemporaine, ses préférences vont à des figures des XVIIIème et XIXéme siècles.

    On verra donc apparaître dans ces pages Balzac, Hugo, Flaubert, Lamartine, Chateaubriand, Michelet, Germaine de Stael ainsi que les personnages de la Révolution : Danton, Robespierre, Condorcet, Charlotte Corday.

    L'auteur de tous ces articles a conservé un lien étroit avec ses racines bretonnes. De la Bretagne et des terroirs, il est aussi question dans Tableau de la France et des Français.

    Enfin, le livre se termine par des articles en hommage à des historiens : Alain Corbin, Marcel Gauchet, George Dumézil, Pierre Nora pour n'en citer que quelques uns.

    Le style de Mona Ozouf est travaillé et élégant. Ce livre brille par son érudition. Les articles n'étant pas classés par ordre chronologique, on saute d'une décennie à l'autre avec un brin de nostalgie.

    A bientôt !


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  • Voici un ouvrage, Une rencontre, de Milan Kundera qui entre dans la catégorie des essais de cet exilé tchèque.

    On connait surtout Milan Kundera pour son roman L'insoutenable légéreté de l'être. Mais il est également un essayiste de talent. Dans cette catégorie, on lui doit L'art du roman.

    Une rencontre se découpe en neuf parties : des articles, des critiques, une interview. Il est question de littérature, de peinture, de musique et d'Histoire.

    Kundera revient sur les expériences artistiques qui ont marqué son existence, sur fond de printemps de Prague.

    C'est l'occasion pour le lecteur profane de découvrir des artistes d'Europe de l'Est : Marek Baenczyk, les Skvorecky, le compositeur Janacek. Les amitiés de l'essayiste vont aussi à l'Amérique Latine à travers Carlos Fuentes ou Gabriel Garcia Marquez. On aperçoit à un moment l'artisan de la "négritude", Aimé Césaire, ou encore les surréalistes.

    Dans ses articles, Kundera porte la réflexion notamment sur les rapports entre barbarie et sentimentalisme, sur le sens à donner à l'exil ou encore sur les liens entre histoire individuelle et la Grande Histoire.

    J'ai une prédilection pour ce genre qu'est l'essai ou le recueil d'articles critiques car il permet sur un petit nombre de pages d'aborder plusieurs champs de la réflexion tant littéraire que philosophique, historique ou artistique par exemple.

    Et avec ce livre, j'ai découvert Kundera !

    Bonne année 2012 et à bientôt !


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  • Oui, au fait pourquoi lire ?

    La lecture est un acte parfaitement inutile, qui ne produit rien. Et c'est bien pour cela que c'est une activité indispensable !

    Je vous préviens tout de suite, je vais faire un billet très court. Je reviens sur le livre, l'essai, de Charles Dantzig : Pourquoi lire ? Mais j'aurais quelques peines à vous résumer sa pensée -  le mieux est encore de le lire - tant elle est nuancé.

    L'ouvrage s'organise en courts chapitres ou en petite rubriques ou l'auteur s'attarde sur sa passion -que je partage - en faisant à la fois preuve d'érudition, de culture, d'ironie et d'humour.

    Je ne vous livre ici que quelques entêtes de chapitres : L'âge des lectures, Lire ne nous change pas, Lire pour ne pas laisser les cadavres reposer en paix, On ne lit que par amour, Lire pour les titres, Lire pour savoir que lire n'améliore pas, Lire pour poser les livres sur une table, Lire quand on est écrivain, Le lecteur est l'héritier etc...

    Je ne sais pas si c'est perceptible dans les titres précédents, mais Dantzig casse un certains nombre d'idée reçues et pointe de même pas mal de paradoxes.

    Charles Dantzig est également l'auteur du plus volumineux Dictionnaire égoïste de la littérature française dont j'ai entamé la lecture il y a pas mal de temps déja, qui relève de la même démarche et dont je pioche un chapitre de temps en temps comme on lirait les Essais de Montaigne : lire pour se connaitre ?

    Toutefois, sur ce second ouvrage, je ne suis pas toujours d'accord avec l'auteur ! Il nous expose ses goûts personnels , qui sont forcément arbitraires - je le trouve sévère et injuste quelquefois notamment sur Aragon - mais les goûts et les couleurs.

    Mais bon je m'égare et finalement j'ai fait durer !

    A bientôt !

    PS : A lire également, sur la même thématique, mon billet sur Comme un roman de Daniel Pennac !


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  • Antoine Compagnon est professeur de littérature française à la Sorbonne et à Columbia University. il signe avec Le démon de la théorie, un essai érudit mais néanmoins accessible pour peu que l'on s'interesse à la théorie littéraire.

    L'auteur a entamé sa carrière au milieu des années 1970. Il publie La Troisième République des Lettres en 1983 et Les Cinq Paradoxes de la modernité en 1990, qui constituent un tryptique avec l'ouvrage qui nous intéresse aujourd'hui.

    Le livre se penche sur les débats entre la théorie littéraire des érudits et le sens commun. Celle-là repoussant les préjugés de celui-ci.

    Différents aspects, autant de questions sont abordées : la littérature comme essence, l'auteur comme autorité du texte (problématique depuis que Roland Barthes a décrété la mort de l'auteur !), le monde comme sujet de l’œuvre, la lecture comme dialogue (ou l'intention de l'auteur et la réception du lecteur), le style (comme écart à la norme), l'histoire littéraire (et ses rapports à l'Histoire) et enfin la valeur ou qu'est -ce qu'un classique et qu'est-ce que la littérature "culinaire"?

    Ce sont donc cinq points essentiels plus deux autres subalternes qui sont abordés. Je n'essaierais pas dans ce billet de résumer ou de paraphraser la démarche de Compagnon. Je voulais juste vous rappeler l'existence de cette ouvrage et vous en conseiller la lecture

    Par ailleurs, je vous renvoie aussi à mes billets sur les formalistes russes, sur Sartre et sur les livres de Barthes.

    A bientôt !


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  • Né à Cherbourg en 1915 et mort à Paris en 1980, Roland Barthes est un incontournable des études littéraires. Cet intellectuel est à la fois écrivain et sémiologue (qui étudie les signes et la symbolique).

     

    Mais je ne vais pas rentrer dans un débat trop théorique. Dans cet article -et peut-être dans d'autres – je vais me pencher sur son livre de 1957, Mythologies. Dans cet ouvrage, il s'intéresse aux mythes non pas les mythes de l'Antiquité mais les mythes « modernes ».

     

    Parmi ceux-ci, il y a le catch, le vin, les Martiens, la Citroën DS, la lessive Omo, le Tour de France, l'abbé Pierre, le bifteck et les frites, le cerveau d'Einstein...

     

    Prenons par exemple, l'article sur le catch. Barthes se focalise sur le catch amateur. Sur cinq combats de catch, un seul environ est régulier. La régularité est ici un genre comme au théâtre. En effet, ce sport n'en est pas vraiment un, c'est davantage un spectacle chorégraphié. Contrairement au judo et à la boxe où c'est le résultat final qui importe, au catch, c'est plutôt l'enchainement des prises, les retournements, les « coups de théâtre » qui captivent le public. Les catcheurs tiennent des rôles, le Gentil, le Méchant, le Fourbe, le Lâche. Ce que Barthes démontre, c'est que c'est une sorte de « combat mythologique » !

     

    L'article sur les « Saponides et détergeants » vante les qualités de Persil et d'Omo et ceci n'est pas sans rappeler un sketch de Coluche. L'eau de Javel détruit la tâche mais c'est un produit à manier avec précaution car il peut brûler ce que l'on lave. Barthes, non sans humour, précise qu'Omo « attaque la tâche en profondeur », ce qui sous-entend que nos vétements sont plus que de simples protections mais ont bien une « profondeur » !

     

    L'article sur « les Romains au cinéma » remarque que dans le genre péplum les coiffeurs jouent un rôle fondamental. En effet, l'acteur hollywoodien interprétant un Romain ne peut se départir de sa mèche sur le front. Même si l'acteur est presque chauve, l'artiste capillaire s'arrangera pour ramener la mèche symbolique sur le devant du crâne ! Autre attribut du Romain, la sueur ! La sueur est un signe de moralité. Les hommes vertueux, Brutus, Cassius ne cessent de transpirer. Suer, c'est penser. Le seul qui ne sue pas, c'est César, lui, il se fait assassiner !

     

    Bref l'essai de Roland Barthes disserte de manière savante sur des sujets triviaux qui appartiennent à notre paysage contemporain. A travers l'analyse de phénomènes de mode, l'auteur tente de décoder les signes qui nous entourent au quotidien et il le fait avec un soupçon de malice afin de mieux critiquer les habitudes « petit-bourgeois ».

     

    COMPTE A REBOURS : 7


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