• J'ai déjà eu l'occasion de commettre un billet sur "Guillaume et la Couronne d'Angleterre"  et vais cette fois vous parler de la Tapisserie de Bayeux proprement dite qui relate cet épisode de l'Histoire, la Bataille d'Hastings qui fête en 2016 ses 950 ans ! J'ai en effet visité son musée en ce 1er novembre 2016.

    La Tapisserie de Bayeux est en en réalité une broderie de 68 mètres de long, composée La Tapisserie de Bayeuxde fils de laines sur une toile de lin. Elle a été nommée à tort "Tapisserie de la Reine Mathilde" car elle n'a pas été composée par cette dernière et est en réalité une commande de Odon de Bayeux aussi appelé Eudes, un des demi-frères de Guillaume pour la Cathédrale de Bayeux, ville dont il était évêque. On pense qu'elle a été produite en Angleterre selon les théories les plus courantes mais elle pourrait aussi avoir été crée en France !? On n'en est pas sûr !

    La Tapisserie peut être considéré comme la première bande dessinée de l'Histoire ( si on mets de côté Lascaux !), datant du XIème siècle, entre 1066 et 1082. C'est un objet qui a des fins de propagande ! Elle fait l'apologie de Guillaume, pour en quelque sorte le légitimer d'avantage sur le trône d'Angleterre ! D'abord accrochée dans la Cathédrale de Bayeux, nouvellement édifiée à cette époque, elle visait aussi l'édification des fidèles en grande partie analphabètes ! Enfin, parce qu'elle montre le sort funeste d'Harold, elle se veut une leçon de morale sur ce qu'il en coûte de se parjurer devant Dieu !

    D'autres thèses soutiennent qu'elle irait à contrario promouvoir les intérêts anglais car Harold y est présenté par endroits comme héroïque et valeureux ! Et en fait, il ne se serait parjuré que pour mieux défendre son pays !

    Trois épisodes sont racontés sur cette oeuvre monumentale à tous les points de vue ! D'abord le début de l'ambassade d'Harold qui tourne mal puisqu'il dérive vers la Somme et est pris en otage par le comte Guy de Ponthieu. Ensuite, la guerre de Guillaume le Normand contre son voisin, Conan II de Bretagne et enfin l'épisode d'Hastings proprement dit !

    Malgré des représentations dépourvues de perspectives, la broderie arrive à restituer l'impression de relief - au moyen des couleurs ! - et de mouvements !

    La toile contient en outre de nombreuses phrases en latin !

    La Tapisserie de Bayeux eut un destin mouvementé notamment lors de la Révolution française où elle failli servir de toile sur des chariot de ravitaillement pendant les guerres révolutionnaire ou de chiffons pour quelques fêtes de la République !

    Pendant le Seconde Guerre mondiale, des érudits travaillant pour les Waffen-SS étudièrent l'oeuvre qui partie ensuite pour Paris et échappa de peu au voyage en Allemagne en août 1944 !

    Le musée de la Tapisserie est assez bien conçu et a d'ailleurs été primé par le passé ! D'abord, au rez-de-chaussée, dans une salle à la luminosité et à la température contrôlées, la toile est exposée et vous en aurez une description détaillée au moyen d'un audioguide - comme on en trouve dans la plupart des musées !

    Au premier étage, des salles d'exposition ! Vous saurez tout sur la conception, l'origine, la conservation, les techniques de broderie employées, le parcours de la Tapisserie. On trouve aussi des précisions sur le lignage des rois d'Angleterre, la Bataille d'Hastings (armes, tactiques, effectifs, déroulement...), les moyens de navigation, l'administration de Guillaume, les monuments de l'époque, le Domesday Book etc..

    Enfin, au second étage, se trouve un cinéma qui viendra encore apporter un supplément d'information ou "enfoncer le clou" car la pédagogie vient par la répétition !

    L'entrée vous coûtera aux alentours de 8 euros !

    A bientôt !


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  • Direction le Moyen- Âge avec une pièce de théâtre, Le Miracle de Théophile de l'auteur Rutebeuf !

    Le Miracle de ThéophileRutebeuf était un jongleur dont on ne sait pratiquement rien de la vie ! Sa vie justement ! Il vécut au XIIIème siècle, entre 1230 et 1285. C'est un poète du Moyen-Âge. On lui doit de nombreuses pièces qu'on appelle des Dits.

    Notre jongleur avait une formation de clerc et connaissait le latin. Il serait originaire de Champagne mais a vécu adulte à Paris.

    Son œuvre rompt avec la poésie courtoise des trouvères. comprend des poèmes polémiques et satiriques et des hagiographies tel notre Miracle de Théophile ! Rutebeuf mena une vie difficile,dans la pauvreté, ce dont il parle dans son œuvre : Poèmes de l'infortune.

    Le Miracle de Théophile est donc une pièce de théâtre qui raconte la vie de la Vierge et de Saint Théophile d'Adana, tirée du recueil narratif des Miracles de Notre-Dame, du clerc Gautier de Coincy.

    Théophile est un prêtre qui est dépouillé de ses biens par son évêque. Il décide de vendre son âme au diable. Sept ans plus tard, pris de remord, il essaie de récupérer ce "contrat" et prie la Sainte Vierge à cette fin ! Celle-ci parviendra à racheter l'âme du prêtre. C'est donc l'histoire d'un pacte maudit.

    Cette pièce appartient au genre du théâtre religieux et des Miracles. c'est le plus ancien Miracle que nous ayons ! Ces pièces étaient représentées sur le seuil - la parvis - des églises, en plein air donc, devant un large public lors de cérémonies religieuses. Elles pouvaient durer très longtemps !

    Une pièce assez édifiante donc qui appartient à la littérature du Moyen-Âge, encore trop largement méconnue des lecteurs ! Le Miracle de Théophile est rimé pour faciliter la mémorisation et pour des raisons esthétiques propre au genre !

    J'ai déjà eu l'occasion de vous parler de cette littérature avec Chrétien de Troyes et Froissart notamment ! Je récidiverais à l'avenir !

    A bientôt !


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  • Je vais maintenant m'attarder sur l'essai de l'éminent historien médiéviste Jacques Le Goff, Les intellectuels au Moyen Âge, pour vous parler de la naissance des universités, de la scolastique, de l'aristotélisme et de l'Humanisme entre le XIIème et le XVème siècles ! C'est un ouvrage paru en 1957, richement illustré de représentations issues de manuscrits médiévaux et avec une abondante bibliographie de référence ainsi qu'une chronologie.

    Le Goff pose la naissance des intellectuels au XIIème siècle - bien avant l'Affaire Dreyfus donc ! Il nait en même temps que les villes. Ce siècle est une époque de croissance - inclue dans des cycles avec des progressions et des régressions (avant :les invasions barbares et la Chute de l'Empire Romain, après : la Peste de 1348 et la Guerre de Cent Ans).

    Auparavant, on était dans la Renaissance Carolingienne, renaissance pour une élite close censée fournir Les intellectuels au Moyen Âge - Jacques Le Goffadministrateurs et politiques. Les moines assuraient la transmission du savoir dans des scriptoria en recopiant des manuscrits. Mais ces livres sont alors encore considérés comme de la "vaisselle précieuse" et non comme des objets de savoir auxquels les moines ne s'intéressaient d'ailleurs que très secondairement. La Renaissance Carolingienne, de fait, thésaurise.

    La culture arabe va servir de "carrefour de circulation" des écrits grecs perdus. On redécouvre ainsi, par les traducteurs arabes, Aristote alors que jusque là, on ne considérait que Platon par le biais de Saint-Augustin, évêque d'Hippone (en Afrique du Nord) et manichéen converti au Christianisme au IVème siècle de notre ère. C'est l'époque du néo-platonisme avec notamment Plotin. Euclide, Ptolémée, Hippocrate, Galien ont suivi en Orient les chrétiens hérétiques - monophysites et nestoriens, ainsi que les Juifs persécutés par Byzance. Les traducteurs du XIIème siècle vont donc jouer un rôle crucial dans l'Histoire de la Pensée !

    Les premières universités vont naitre au XIIème siècle ! Bologne (en 1088), Paris (en 1150) et Oxford (en 1167) notamment. On y enseigne le trivium (grammaire, dialectique et rhétorique) puis le quadrivium (arithmétique, musique, géométrie et astronomie) dans les facultés des arts puis ce sont les facultés de médecine, droit et enfin théologie la plus prestigieuse ! L’Église règne sur ces universités et les enseignants sont des clercs, c'est à dire des religieux qui n'ont pas prononcé leurs vœux.

    Les étudiants sont regroupés en Nations (par pays) : France, Picardie, Normandie et Germanie à Paris par exemple. Il y a également des fraternités d'étudiants tels les Goliards, accusés de mener une vie de débauche ! Il n'est pas non plus rare que les étudiants "vagabondent" d'une université à l'autre, ce serait même plutôt la norme ! Enfin, pour les étudiants pauvres voire indigents, des Collèges sont crées tel celui de Robert de Sorbon qui deviendra la Sorbonne.

    Des querelles opposent assez souvent les universités, telle celle de Paris, aux autorités monarchiques et au Pape. Des compromis sont trouvés et ses statuts évoluent.

    L'enseignement pratiqué est celui de la scolastique qui consiste en lectio de textes, commentaires, quaestio, disputatio ou question disputée, questions quodlibétales et sommes.

    Les élèves notent les cours du maitre sur des feuillets - les pecias - qu'ils font ensuite regrouper par des artisans en livre. L'imprimerie, née en 1452, va changer la donne et diffuser peu à peu plus amplement le savoir et accessoirement la Réforme et l'Humanisme !

    Parmi les figures de maitres célèbres, il y a notamment Pierre Abélard - dont l'histoire tragique avec Héloïse a déjà fait l'objet d'un billet il y a longtemps sur ce blog du temps de biblio-drizzt !

    Dans les universités, se développe aussi une critique de la société. Et au XIIIème siècle, la position de l'intellectuel - du maitre - par rapport au travail se pose, de même que la question de la rémunération des cours. Une conception négative du travail héritée de l'Antiquité - lequel est la prérogative de l'esclave - va donner le principe de dérogation de la noblesse. Par la suite, le statut de l'intellectuel devient plus prestigieux et intéressant matériellement comme dans le cas de François Accurse qui accumule une véritable fortune et n'est d'ailleurs pas le seul.

    La scolastique va peu à peu se scléroser - sera la cible de Rabelais dans son Gargantua. L’aristotélisme de Saint Thomas d'Aquin notamment est attaqué à travers l'averroisme - qui est sa traduction par le philosophe arabe. Une certaine forme d'empirisme va naitre. La question de la Foi et de la Raison - qu'on tentait jusque là de concilier - et celle de la Raison et de l'Expérience se pose aussi de plus en plus et sous une nouvelle optique !

    La savant se détache de l'enseignant, l'Humanisme nait peu à peu et l'Humaniste (Erasme, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole...) se retire à la campagne pour "méditer" sur les classiques grecs encore exhumés depuis la prise de Constantinople par les Turcs. On s'achemine vers la Renaissance qui sera la floraison des Arts (d'abord en Italie) et la Révolution Scientifique - avec Copernic, Kepler et Galilée - jusque là freinée par la Religion.

    Voilà ! Il y aurait encore beaucoup à dire ! Je vous renvoie au livre de Le Goff ! Je m'en tiendrait là pour l'instant !

    A bientôt !


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  • Tous les ans, au mois de juillet, la ville de Bayeux, commune du Calvados - célèbre pour sa tapisserie - célèbre le Moyen-Âge, époque pas si obscure qu'on voulut nous le faire croire les gens de la Renaissance.

    Fêtes Médiévales de Bayeux - 28ème EditionLa ville se couvre alors d'oriflammes et de chapiteaux et, en parcourant les rues à l'heure du marché médiéval, il est possible de croiser chevaliers en armures, troubadours, damoiselles et damoiseaux, bouffons, gueux et mendiants. La fête donne en effet lieu à une parade de costumes, présente des reconstitutions plus ou moins fidèle de l'époque : métiers et artisanats de la mer, drakkars de sortie pour l'occasion !

    Ai-je préciser que la 28ème édition - sous titrée "D'une conquête à l'autre" s'est tenue les 5 et 6 juillet 2014 ? Non ? Voilà, c'est chose faite !

    "D'une conquête à l'autre" fait revivre au public l'époque des conquêtes des vikings par les océans et les rivières - qui finissent par installer leurs campement dans la cité bajocasse.

    Évidemment, on ne peut éviter la figure de Guillaume le Conquérant. Le vendredi 4 juillet, à 20 heures 45 était projeté le film "Guillaume, la jeunesse".

    Mais les Médiévales, ce sont aussi - et surtout - quantités de spectacles de rue : musique médiévale, représentation du "Mariage forcé", farce décalée, marionnettes, cracheurs de feu... Et aussi des troupes en déambulations, les Eguzins, des êtres fées flamboyants ou les Isara, ou encore les chasseurs de Drake, les derniers dragons !

    Bref une très bonne manifestation ! Malheureusement, pour moi, qui m'y suis rendu le samedi et ai déjeuné d'un repas médiéval puis d'une bonne glace Teurgoule de la Ferme de la Haizerie, il a plus une bonne partie de la journée et cela a un peu gâché la fête ! Qu'importe, j'y retournerais l'année prochaine !

    A bientôt !


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  • En 1051, le roi d’Angleterre, Edouard le Confesseur choisit comme futur successeur Guillaume qui vientGuillaume et la Couronne d'Angleterre d’asseoir son pouvoir en Normandie. N’ayant pas d’héritier, Edouard mène une vie monacale et songe à son jeune cousin normand. Guillaume de Normandie sait alors sur quoi il peut compter.

    Cependant, il est une famille puissante en Angleterre, celle de Godwine dont les fils cumulent des charges importantes dans le royaume. Harold, frère de la reine Edith et donc beau-frère d’Edouard, pourrait prétendre au trône.

    Or Edouard envoie Harold en ambassade auprès de Guillaume en 1064. Harold prête alors serments au duc de Normandie et lui jure qu’il n’a pas de vues sur le trône d’Angleterre. Pendant plusieurs semaines, les deux hommes ne se quittent plus. Harold a-t-il prêté ses serments et promesses sous la contrainte ?

    Quoi qu’il en soi, le 6 janvier 1066, lorsqu’Edouard meurt, Harold se fait proclamer roi quelques heures seulement après le décès. Guillaume, mis au fait quelques temps après, ne renonce pas pour autant. Mais avant tout, il lui faut une flotte. Il fera construire plusieurs centaines de bateaux – des esnèques inspirés des drakkars – en quelques mois seulement. Ses demi-frères lui viennent en aide : Eudes, évêque de Bayeux fournira cent navires et Robert de Mortain cent-vingt. Au total, près d’un millier de bateaux !

    Mais le service d’ost des vassaux normands ne lui fournit pas assez d’hommes pour une expédition en Angleterre. Guillaume aura alors recours à des mercenaires de tout le Royaume de France attirés par l’appât du gain. Ces hommes d’armes arrivent notamment de Flandre et de Bretagne.

    Guillaume s’assure également le soutien de l’Eglise et du pape Alexandre II en promettant des réformes. Il portera donc l’ « Étendard de Saint Pierre ».

    En avril 1066, la comète de Halley traverse le ciel. D’aucuns y voient un mauvais présage pour Harold !

    Le 29 septembre 1066, Guillaume et son armée débarquent à Pévensey. Le 14 octobre, Guillaume remporte l’éclatante victoire d’Hastings au cours de laquelle Harold, « le parjure » est tué. Le 25 décembre, Guillaume est couronné roi d’Angleterre à Westminster.

    Dès lors commence l’aventure normande en Angleterre !

    La Tapisserie de Bayeux raconte ces épisodes historiques !

    A bientôt !


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  • Le visage de la Folie au Moyen-âge est pluriel et souffre de lieux communs.

    Il y a tout d'abord l'image du fou possédé par le démon et qu'il faut exorciser. Il y a ensuite le cas du fou amuseur et révélateur de vérité tel le fou du roi, le bouffon qui porte un bonnet à grelots et manipule une marotte en livrée bariolée à losanges jaunes et verts.

    Histoire de la Folie - II - Le Moyen-ÂgeOn a donc deux opposés : une image inquiétante et une image amusante ! Mais cela reste des stéréotypes et la réalité est - comme toujours - bien plus complexe. D'autant que le Moyen-âge est une période assez étendue.

    En réalité, donc, le sort du fou oscille entre l’Église, l'hospice et la prison.

    Parlons tout d'abord du fol à la marotte ! Le fou apparait dans la littérature vernaculaire (en langue française) dans la deuxième moitié du XIIème siècle. Citons l'exemple de Tristan, de Lancelot ou d'Yvain.

    En effet, dans Yvain ou le chevalier au lion de Chrétien de Troyes, le héros est déchu de son statut de chevalier, abandonne son épée pour la massue et se réfugie tel un sauvage dans la forêt. Le fou apparait aussi dans le Psaume 52 avec ses attributs : massue, tonsure et fromage. La tonsure est un signe d'humiliation - appliqué notamment à la femme adultère. Mais ce premier signe s'inscrit aussi dans une optique pénitentielle (figure biblique de Job), marque du clerc et du renoncement. Fou et clerc sont à leurs façons des marginaux, oscillant entre malédiction et bénédiction.

    La deuxième image est celle d'une folie-possession, l'aliéné, qui doit recourir au prêtre.

    Mais la médecine continue de s'intéresser à la folie et c'est toujours la théorie des quatre humeurs, héritée de l'Antiquité, qui a cours. Il y a par ailleurs de nombreux sanctuaires au Moyen-âge, consacrés à la guérison de la folie où les malades se rendaient en pèlerinage, comme Saint-Dizier-l’Évêque près de Belfort ou Saint-Acaire d'Haspres dans le Nord. On croit au pouvoir de guérison des reliques. La petite localité de Geel, à côté d'Anvers, est un autre exemple de lieu de pèlerinage où se réfugia au VIème siècle, Dymphne, fille d'un roi Irlandais violentée par son père et ayant perdu la raison.

    Le Moyen-Orient, Bagdad, sont des centres de connaissances médicales à cette époque, de même dans le traitement des maladies mentales. Parmi les médecins arabes les plus renommés, il y a le perse Ibn Sina (980 - 1037) connu en Occident sous le nom d'Avicenne. Parmi les acquis de la médecine arabe, on trouve la construction d'hospices, ainsi à Damas, en 800, une institution spécialisée dans les pathologies de l'esprit. Plus tard, le mouvement de construction de ce genre de lieu se poursuivra à l'Ouest dans les églises. Ce fut le cas chez les Bénédictins. Mais, on a gardé, jusque dans les années 1970 - et l'antipsychiatrie -, l'image d'un fou au Moyen-âge, d'un fou considéré comme dangereux et enfermé dans une cage en fer suspendue au plafond.

    Voilà, nous continuerons prochainement cette histoire de la Folie avec la Renaissance et le début de l'époque moderne !

    A bientôt !


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  • Le château d'Harcourt et son arboretumNous allons nous promener cette fois-ci en Normandie, dans l'Eure, et visiter le château d'Harcourt, un château-fort du moyen-âge assez bien conservé qui est entouré d'un "arboretum", un espace crée au XIXème siècle pour acclimater diverses espèces d'arbres au climat de la France.

    Le château d'Harcourt se situe près de la vallée du Risle, entre Evreux et Rouen. Ses origines remontent à celles de la famille des seigneurs d'Harcourt au temps des invasions vikings au Xéme siècle. Avec le traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911 après JC, le Roi de France cède un morceau de territoire qui allait devenir le duché normand. Rollon le chef des vikings partage alors ces terres entre ses meilleurs guerriers et Bernard le Danois reçoit un domaine qui comprenait Harcourt.

    Son descendant, Errand d'Harcourt, suit Guillaume le Conquérant dans son périple anglais et revient en 1078 à Harcourt où il édifie alors un château à motte essentiellement en bois qui est vite remplacé par une construction "en dur".

    Au siècle suivant, le château d'Harcourt est dôté d'un donjon en pierre, carré, à contreforts plats, semblable aux donjons normands. Le donjon est dès lors l'attribut essentiel du pouvoir, place forte militaire mais aussi centre administratif, économique et religieux. Il est financé par la corvée et un surplus de levée de fonds numéraires.

    Au XIIIème siècle, sont édifiées les fortifications, perfectionnements des forteresses dans le pays suivant le modèle mis en place par Philippe Auguste et qui se propagea en France et en Europe. il y a donc enceinte, basse-cour et barbacane enjambant un fossé (avec herse, assommoir et vantaux). Dans cette période, le domaine des Harcourt s'agrandit par le fait de mariages et d'alliances.

    Aux XIVème et XVème siécles, durant la Guerre de Cent Ans, il y a des Harcourt côté français mais aussi côté anglais. Ils sont majoritairement liés d'abord aux Anglais, par fidélité au Comte d'Evreux mais Jean IV d'Harcourt accorde finalement son soutient à Philippe VI de Valois, Roi de France et va former le comté d'Harcourt. Jean VII, malgré un bon système de défense, est finalement chassé de son château en 1418 par les Anglais qui deviennent les administrateurs des lieux jusqu'à ce qu'ils soient chassés à leur tour par Dunois, lieutenant de Charles VII.

    Le domaine est ensuite transmis aux Lorraine. Puis, au XVIIème siècle, à l'époque moderne, le château est profondément modifié dans sa structure sous l'impulsion de Françoise de Brancas, Princesse de Lorraine, protégée de Madame de Maintenon et fondatrice de l'Hôpital d'Harcourt.

    Puis, le château s'efface jusqu'à la Révolution. Il est à partir de là racheté par Louis Gervais Delamarre, avocat parisien et arboriculteur d'avant-garde qui expérimente la culture de l'arbre. En 1827, il lègue le domaine et ses expérimentations à l'Académie Française d'Agriculture.

    L'arboretum est crée en 1833 par André Michaux qui rassemble des collections d'essences exotiques pour les étudier. Puis, en 1975, un arboretum de peuplement voit le jour.

    Parallèlement, le château est classé "monument historique" en 1862 et ouvert au public en 1967. Il est légué au Département de l'Eure en 1999.

    Je l'ai visité ! C'est un lieu où il fait bon se promener. Du fait qu'il n'est pas très connu, il n'y a pas trop de monde et c'est un endroit reposant témoin de l'Histoire et qui allie la Nature à la Pierre. Faites-y donc un petit détour si vous passez dans l'Eure. De plus, si vous y allez en famille, on vous remettra un "Carnet de visite" avec des jeux et des activités à faire sur place pour les enfants !

    A bientôt !


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  • Nous allons nous intéresser aujourd'hui à une légende de Normandie, relatée dans le texte du moyen-âge, les Chroniques de Normandie et redécouvert au XIXème siècle par Amélie Bosquet, une accointance de Gustave Flaubert et George Sand.La légende de Robert le Diable

    Qui est le Robert le Diable de la légende ? On n'en est pas sûr avec certitude et on ne peut que spéculer sur Robert Ier, le père de Guillaume le Conquérant.

    Robert le Diable reprend un motif des Saintes Ecritures, l'Homme né de la Femme. Robert est né de Inde alors que le mari de celle-ci était parti chasser en forêt de Rouvray, et du Diable.

    Enfant, Robert se fit coupable de méchancetés et d'atrocités sans pareils : il tua son maître d'école pendant son sommeil puis à la plénitude de sa jeunesse, il pille les églises, ravage les monastères, tue les maris, enlève les femmes. Pour le salut de l'âme de son fils, Inde veut le faire chevalier et racheter un comportement somme toute assez coutumier de monde de la féodalité d'alors par la religion.

    Robert accepte avec répugnance d'être fait chevalier et la veille des armes, au lieu de passer la nuit en prière et déshononore la plus belle des religieuses d'un monastère de femmes, situé à une lieue de Rouen.

    Il massacre ensuite ses adversaires lors d'un tournoi et prend la tête d'une bande de mauvaises gens qui pillent à tout va !

    Mais il finit par demander des comptes à sa mère et apprend avec horreur la promesse que celle-ci a fait au Diable. Desespéré, il cherche la rédemption et va voir le Saint-Père qui lui demande alors trois choses : de contrefaire le fou, de garder un complet mutisme et de ne se nourrir qu'en volant la nourriture aux chiens. Robert va alors montrer le même excés dans sa quête de repentir. Il devient alors el bouffon de l'empereur

    La chronique de Robert se termine brusquement lorsque celui-ci de Robert le Diable devient Robert le Saint.

    On peut encore voir de nos jours le Chateau de Moulineaux, dominant la Seine, près de Rouen qui est un témoignage de cette légende !

    A bientôt !


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  • Les premiers textes de la littérature française sont des épopées. Il y a dans cette catégorie un texte fondateur, mythique, La Chanson de Roland.

    Mais au XIIème siècle, les choses évoluent ! La langue vernaculaire va peu à peu remplacer un latin devenu incompréhensible par les masses et cette période voit l'apparition des premiers romans.

    Mettre en roman signifie "mettre en langue vernaculaire". Le temps est alors à la poésie des troubadours dans le sud et de leurs équivalents trouvère dans le nord. S'il est une cour qui est très influente à ce moment dans le domaine culturel, c'est la cour de Marie de Champagne, la fille d'Aliénor d'Aquitaine, épouse d'un roi de France puis d'un roi d'Angleterre.

    C'est dans cette cour que Chrétien de Troyes -dont on sait peu de choses - va composer ses romans. On retrouve dans son oeuvre des influences évidentes de la fin'amor, l'amour courtois des troubadours.

    Avec l'amour courtois, le chevalier met sa force et son courage au service de la Dame. Il y a ici reproduction du serment de vassalité féodal. Peut-être une façon de domestiquer les manières un peu rustres de certains seigneurs ?

    Chrétien compose son oeuvre entre 1165 et 1180. Il faut citer ses romans : Erec et Enéide, Cligès ou la fausse morte, Yvain ou le Chevalier au Lion, Lancelot ou la Charette et Perceval ou le conte du Graal. Le dernier roman est inachevé du vivant de Chrétiens et aura plusieurs continuateurs. il marque une inflexion du domaine courtois vers le domaine mystique et religieux. De plus, il aurait existé d'autres oeuvres de Chrétien qui ont été perdues (c'est le temps des manuscrits et des versions avec variantes) notamment un Tristan et des poèmes.

    Yvain, texte en vers, raconte les exploits d'un chevalier qui part en quête de prouesse à la suite du récit de Calogrénant. Il va être découvrir la Fontaine au Pin (un motif récurrent dans la matière celtique lié à la Fée Mélusine) et affronter un chevalier. Puis, il va conquérir le coeur de Laudine avec l'aide de sa servante Lunete. La première partie du récit s'arrête lorsqu'Yvain promet à Laudine de demeurer avec elle.

    Ce roman est le récit d'une ascension héroique puis d'une chute et d'une reconquête. La chute procède en plusieurs temps. Yvain manque à sa promesse à la Dame et part pour un tournoi à la Cour d'Arthur. Il oublie sa Belle qui va le renier. Ceci le conduit dans la folie. Yvain vit alors comme une bête dans une forêt sombre. Il semble avoir perdu toute humanité.

    Yvain va recouvrir sa dignité en portant secours à un lion . Le lion affronte un serpent (symbole du Diable) et devient ensuite le compagnon d'Yvain. Revenu en grâce, le chevalier va multiplier à nouveau les exploits, affronter monstres et géants, secourir Lunete et reconquérir sa Dame ! Pour cela, il ira au Chateau de Pesne-amour (sorte de manufacture diabolique avant le capitalisme)  et affrontera même Gauvain.

    Puis Chrétien achève son récit car "en conter plus serait mentir".

    Une lecture que l'on peut faire à tout âge. Lorsque j'étais au collège, j'avais eu accès à une version expurgée Folio Junior. Il est vrai que la matière celtique et l'imaginaire arthurien font toujours réver !

    A bientôt !


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  • Le Mont Saint-Michel est réputé mondialement au même titre que les pyramides ou la Muraille de Chine. il accueille chaque année près de trois millions de touristes, ce qui le place au deuxième rang des monuments français les plus visités, derrière la Tour Eiffel. Il est entré au patrimoine de l'UNESCO. Mont.JPG

    Il se trouve que le 14 juillet 2011, j'ai eu l'occasion de parcourir la Baie du Mont Saint-Michel avec un guide très sympathique, Luc, qui nous a appris des montagnes de choses. Je ne reprend pas ici son discours car ce billet n'y suffirait pas (et je vous conseille vivement d'effectuer la visite par vous-même, avec un des guides bien sûr !). Je tire ces infos d'un guide papier acheté sur place et de connaissances que je possédais déja.

    Je ne reviens pas sur les origines géologiques du Mont sinon qu'il y a 500 millions d'années , il y avait là un océan à la place de la Manche où se formèrent des dépôts de schistes et se produisit également une remontée de magma qui forma le Massif Armoricain (formation granitique). Puis, jusqu'à 200 Millions d'années, l'érosion produisit son effet. La dernière glaciation, enfin, en 17000 avant JC, acheva la formation du paysage actuel dans ses grands aspects car suite à l'action de l'homme, depuis un siècle, l'ensablement gagne la Baie !

    Avant d'être un des trois lieux de pélerinages les plus couru du Haut-Moyen-Äge (avec Rome et Jérusalem, puis Saint-Jacques de Compostelle), le monde était un lieu de culte celte où l'on aodrait un principe masculin. Là, les frontières entre le monde des Vivants et le monde des Morts s'abolisaient le jour de la Samain. Son nom d'origine était le mont Tombe (latin tumba, tumulus, tombe et du celte tum : lieu élevé).

    Au VIème siècle, des ermites chrétiens avaient édifié deux sanctuaires, l'un à Saint-Symphorien, l'autre à Saint-Etienne.

    En 708, l'Archange Saint-Michel rendit trois fois visite en songe à Aubert, l’évêque d'Avranche, pour lui ordonner la construction d'un sanctuaire à son nom. Aubert ne tint pas compte de ce présage les deux premières fois, mais à la troisième visite, l'Archange posa un doigt de lumière sur la tête de l’évêque qui lui fit un trou dans le crane "par lequel on voyait la cervelle." (ce crâne est conservé à la basilique Saint-Gervais à Avranche).

    Un taureau indiqua l'endroit ou construire le sanctuaire mais une immense pierre, probablement un dolmen, occupait l'endroit. L'enfant Bain, douzième fils d'un ouvrier parvint à la renverser avec son pied et elle girait actuellement là où se trouve la chapelle Saint Aubert !

    Le sanctuaire aura la forme d'une grotte pouvant accueillir cent personnes, réplique de la grotte du Mont Gargan en Italie du Sud où était apparu Saint-Michel à la fin du Vème siècle et pour la première fois en Occident.

    Aubert donne l'ordre à un collège de douze chanoines de s'installer sur le Mont pour célébrer le culte de Saint-Michel. Il envoie deux émissaires à Gargan afin de rapporter des reliques de l'Archange, un morceau d’étoffe et un fragment de pierre sur laquelle il s'était tenu. Le sanctuaire est dédicacé le 16 octobre 709.

    Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur le Mont, comment il est devenu Normand, l'arrivée des bénédictins, les péripéties de la Guerre de Cent Ans, le Pélerinage et les Pélerins, le Déclin, comment il fut transformé en prison et nombres de considérations sur l'architectures et la Baie. Mais je m'en tiendrais là aux origines et n'exclu pas de faire d'autres billets sur le sujet plus tard ! Des chercheurs passent toute leur vie sur le sujet sans jamais l'épuiser !

    A bientôt !


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  • Durant la période animée de la Révolution Française, suite à l’abolition des privilèges, on procéda à la confiscation des biens de la noblesse et du clergé. Parmi ces biens, il y avait des terres, des châteaux, des meubles, de l’argent mais aussi des bibliothèques et des livres.

     

    C’est ainsi que les bibliothèques  des communautés religieuses de l’Avranchin, dont celle du Mont Saint-Michel furent saisis et stockées dans des dépôts. Parmi les livres de nombreux manuscrits de grandes valeurs ainsi qu’une grande quantité d’imprimés du XVIème au XVIIIème siècle.

     

    Malheureusement, dans ces dépôts de livres constitués un peu partout en France, on déplora des pertes de biens dûes à l’humidité, aux moisissures, insectes et rats et aux incendies. Mais néanmoins à partir de ces stocks d’ouvrages, des lieux tels la bibliothèque de France, appelée à devenir la BnF allaient constituer leurs fonds.

     

    Les manuscrits du Mont Saint-Michel furent conservés au dépôt du district à Avranches jusqu’à nos jours. Le fond compte actuellement 14000 livres anciens imprimés qui font l’objet de restaurations constantes. La Bibliothèque du fond ancien se trouve au deuxième étage de l’Hôtel de Ville d’Avranches, rangés par formats et classés selon la méthode Debure. La salle est dans le style XIXème aménagée avec goût  par l’architecte François Cheftel.

     

    La bibliothèque « moderne » du Mont Saint-Michel en elle-même compte 3000 volumes dont une première édition complète de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert avec ses planches illustrées. Cette encyclopédie connu un vif succès dès le début de sa parution en 1751 mais fut saisie par les autorités de l’époque peu après. Malesherbes le directeur de la censure alla tout de même jusqu’à cacher plusieurs exemplaires chez lui.

     

    Les manuscrits du Mont Saint-Michel font l’objet d’une exposition permanente au scriptorial où le visiteur peut tout apprendre sur la fabrication des parchemins, des encres et pigments et la conception des magnifiques enluminures.

     

    A bientôt !


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  • Bonjour !

    Voici le second article d'une série sur la lecture dans le monde occidental, publié alternativement sur biblio-drizzt et historia-drizzt. Le premier billet était -je le rappelle "la lecture dans le monde romain". Je me base toujours sur le livre de Guglielmo Cavallo et Roger Chartier au Points-Seuil ! L'article sera cette fois assez bref car rentrer dans les détails nous aménerait trop loin, autant lire le livre en question !

    Le haut Moyen-Âge hérite des traditions et des pratiques de lecture de l'Antiquité. Cette tradition  recouvrait les quatre fonctions des études grammaticales :

    la lectio - C'était le processus de déchiffrement du texte (discretio) en identifiant lettres, syllabes, mots et phrases avant la lecture à voix haute (pronuntiatio) en y mettant les accents requis par le sens.

    l'emmendatio - C'était le processus de correction du texte, visant parfois à l'améliorer et qui est du aux conditions de transmission des écrits à cette époque.

    l'enarratio - C'était le processus de commentaire des caractéristiques du vocabulaire, des figures rhétoriques et l'interprétation du contenu du texte (explanatio).

    et le judicium - C'était le processus qui consistait à juger les qualités littéraires, philosophiques et morales du texte.

    Les auteurs chrétiens vont associer cette pratique de lecture à l'interprétation des Ecritures ce qui associe étroitement éducation religieuse et enseignement littéraire. C'est par l'écrit que la Parole de Jesus a pu se transmettre à travers les siècles. On lit désormais pour le salut de son âme.

    Dans l'Antiquité, la lecture orale prédominait. Au haut Moyen-äge, elle ne subsiste que dans la litrugie. La lecture silencieuse voit le jour afin de ne pas déranger les autres moines dans les lieux de lecture. On procède ensuite à des questionnement pour voir si la lecture n'a pas été distraite.

    De nouvelles techniques de présentation des textes vont apparaitre. Auparavant, c'était la scriptio continua (ne pas séparer les mots) qui était la règle. Puis les copistes anglais et irlandais vont introduire des séparations entre les mots. Plus tard apparaitront les paragraphes, les colonnes et la ponctuation.

    Je vous dis à plus tard,sur biblio-drizzt, pour un autre billet sur la lecture au Moyen-Âge : le modèle scolastique de la lecture !

     


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  • Le genre historiographique, au Moyen-âge, connait ses premiers représentants avec Villehardouin et Robert de Clari et leurs récits des croisades puis Joinville s'interessant au règne de Saint Louis et bien plus tard pas Commynes.
    Mais, aujourd'hui, c'est de Jehan Froissart dont je vais vous parler.

    C'est un auteur polygraphe, né vers 1337 à Valenciennes, proche des grands de ce monde en France et en Angleterre.
    On lui doit un roman, Méliador, de la poésie Le dit dou Florin, mais surtout ses Chroniques, qui relatent en quatre livres, la Guerre de Cent Ans.

    Le livre III est celui du Voyage en Béarn à la cour de Gaston Phébus -ou Fébus - rédigé entre 1389 et 1391, d'après un périple effectué en 1388.

    Jean Froissart obtient l'assentiment de son protecteur Guy de Blois de se rendre en Béarn à Orthez pour recueillir la matière du conflit qui opposa Jean Ier de Portingal à Jean de Castille. Ses Chroniques sont donc un témoignage pour l'historien tout en possèdant un caractère littéraire.
    Dès lors, on peut s'interroger sur le point de vue de Froissart. Est-il objectif? La cour de Gaston Phébus est elle un lieu neutre?
                                                                                  9782253066767-G
    Le Livre III présente aussi des traits empruntés à d'autres genres littéraires. Il parle de la guerre, donc on retrouve des tonalités épiques. De même, la cour du seigneur d'Orthez rappelle des motifs des romans de Chrétien de Troyes, à savoir la veillée où le chevalier -Calogérant ou Phébus - raconte ses exploits. Il y a également des emprunts au conte - la lycanthropie ou l'épisode d'Horton. Bref un récit polymorphe.

    L'auteur procède à la manière d'un journaliste, récoltant la matière en "interviewant" les chevaliers, les écuyers puis il met par écrit le soir même ces propos. Le récit applique aussi la technique de l'entrelacement que l'on doit au roman médiéval en prose.

    Froissart était clerc. En ce sens, il est complémentaire du chevalier dont il raconte les exploits. Mais à la fin du XIVème siècle, l'idéal chevaleresque est en déclin : chevalerie française décimée à Crécy, à Azincourt, éxecution des prisonniers à la bataille d'Aljubarrota, apparition des armes à feu à la Renaissance.

    En conclusion, un récit interessant pour quiconque s'interesse à l'Histoire et à la littérature, pour peu que l'ancien français ne vous rebute pas.

    A bientôt !


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  • Abélard est un intellectuel du Moyen-Âge et donc, l'un des premiers intellectuels,  même si le mot a ici un peu valeur d'anachronisme.

    Avant de parler de sa relation tumultueuse avec Héloise, présentons le personnage brièvement ! Né en Bretagne, en 1079, appartenant à la petite noblesse, Pierre Abélard laisse le métier des armes à ses frères et s'oriente vers une vie consacrée aux études. Il deviendra le chevalier de la dialectique. Éveilleur d'idée, il se porte partout où il y a matière à débats et fait naitre des discussions passionnées.

    A Paris, il ressent le besoin de démolir les idoles en s'attaquant au plus illustre des maîtres parisiens, Guillaume de Champeaux.

    Des problèmes de santé l'amèneront à se retirer en Bretagne. Il revient à Paris et renverse Guillaume de Champeaux et s'établit sur la montagne Sainte-Geneviève.

    Il étudie ensuite la théologie, le plus haut niveau de l'enseignement dans cette société dominée par le Christianisme, redevient étudiant à Laon et suit les cours de l'illustre Anselme. Abélard porte alors un jugement cinglant et sans concession sur le vieil érudit.

    Abélard traverse la gloire et c'est durant cette période, à la pleine apogée de sa carrière qu'il va rencontrer Héloise.
    L'amour entre Abélard et Héloise est racontée dans L'Historia Calamitatum - L'Histoire de mes malheurs, sorte de confession.

    A 39 ans, Abélard qui n' a connu l'amour qu'a travers les livres d'Ovide, est assailli par le démon de Midi. il s'éprend d'Héloise, jeune femme de 17 ans hautement cultivée. Abélard prend en main l'éducation de la jeune fille contre le gîte et le couvert. Elle est la nièce d'un confrère, le chanoine Fulbert. L'amour réciproque nait bien vite mais va tourner au drame.

    Premier ennui : on les surprend. Abélard doit quitter la maison de l'hôte trompé. Puis, de furtives, leurs relations s'étalent bientôt.

    Second ennui : Héloise est enceinte. Profitant d'une absence de Fulbert, Abélard envoie Héloise chez sa soeur en Bretagne. Elle met au monde un garçon, prénommé Astrolabe.

    Troisième ennui : le problème du mariage. Abélard craint que cela mette un frein à sa carrière, qu'on se glosse de lui. Il va pourtant s'y résoudre pour apaiser Fulbert. Les noces ont lieux dans la discrétion, Fulbert y assiste et veut publier le mariage. Abélard, importuné,  fait faire retraite à Héloise au couvent : c'est en réalité un stratagème pour couper court aux racontars.

    Fulbert se croit joué. il s'imagine qu'Abélard se débarrasse d'Héloise en la faisant rentrer dans les ordres, que le mariage est rompu. il organise une expédition punitive au domicile d'Abélard : mutilation, attroupement le lendemain matin, le scandale.

    Ainsi devait se terminer l'histoire des deux amants. La passion intellectuelle va guérir Abélard , devenu eunuque. Il se retire, comme Héloise, dans une abbaye. Plus tard, il reviendra enseigner et se disputera avec Saint Bernard qui le fera excommunier. Il meurt le 21 avril 1142. Le grand abbé de Cluny lui avait envoyé une absolution écrite et la fera remettre avec délicatesse à Héloise, abbesse du Paraclet.

    A bientôt!

    Source  : Jacques Le Goff, les Intellectuels au Moyen-Âge


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  • Deux phénomènes majeurs et concomitants marquent l'histoire de la Gaule au Vème siècle : le fractionnement de l'Empire romain et les invasions.

    Depuis la fin du IVème siècle, l'Empire romain a été divisé en deux : une partie orientale et une partie occidentale qui inclut la Gaule.

    La poste, élément essentiel pour l'exercice du pouvoir sur un vaste territoire, avait disparu : les échanges étaient de plus en plus lents. L'administration s'était régionalisée et les informations ne remontaient plus jusqu'à un pouvoir central qui ne pouvait plus faire parvenir ses ordres.

    Dans le dernier quart du IV et au Vème siècle , le lime de l'Empire est rompu, d'abord sur le Danube puis sur le Rhin.

    Les Goths franchissent le Danube en 376. En 410, les Wisigoths, menés par Alaric, pillent Rome. Les Vandales, les Alains et les Burgondes franchissent le Rhin près de Mayence en 407. Les envahisseurs révèlent une grave crise interne de l'Empire romain.

    Les Wisigoths s'installent au sud-Ouest de la Gaule, els Burgondes au sud-ouest et les Francs au Nord . Wisigoths et Burgondes sont chrétiens, de l'hérésie d'Arius, tandis que les Francs sont paiens.
    Childéric, le père de Clovis et roi des Francs de Tournai, et son armée étaient au service des romains, comme mercenaires, pour la défense de la Belgique Seconde, dont la capitale était Reims. Clovis succède à son père en 481.

    Un contact privilégié s'établit entre Clovis et l'évèque Rémi, titulaire de l'Eglise de Reims.  On citera l'épisode du vase de Soissons en 486, vase liturgique enlevé à l'église et dont l'évèque demande la restitution et qu'un guerrier franc fendit d'un coup de hache.

    Le baptême de Cloivs a lieu en 496 ou 499. Les élites gallo-romaines se rallient alors au roi des Francs.
    Le ralliement des évèques catholiques facilite la conquète par les Francs du royaume des Wisigoths après la victoire remportée par Cloivs contre eux à Vouillé en 507.

    La Gaule romaine devient ainsi le regnum francorum, royaume des Francs.
    La noblesse gallo-romaine deviendra la hiérarchie du clergé et le corps administratif du pays.


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  • Traditionnellement, les manuels d'Histoire situent  le Moyen-âge entre 476 après JC (Chute de l'Empire Romain) à 1492 (découverte de l'Amérique).
    Mais la période  qui concerne le développement de la littérature en langue vernaculaire et plus resserée et débute vraiment au alentour du XI- XIIème siècle.

    Cette littérature, en France, est possible par le passage du latin au roman. Ecrire un roman, c'est transposer en roman.

    L'an 813 est une date importante. Le concile de Tours recommande aux évèques de prêcher in linguam rusticam Romanam aut in theotiscam. - en langue "romane" ou en langue "tudesque". On dirait aujourd'hui en français ou en allemand.

    La consécration de l'écrit à lieu en 842 par le "Serment de Strasbourg" entre les petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve et Louis le Germanique qui se vouent alliance contre Lothaire. Le serment est donc prononcé en roman et en tudesque.

    Les premiers fragments attestés de littérature en langue romane sont liés au culte chrétien : la Séquence de Sainte Eulalie (vers 880), la Vie de Saint Alexie (vers 1050), la Chanson de Sainte Foy d'Agen (en occitan, 1060 -1080).

    Le roman va évoluer. Au nord de la Loire, on parle la langue d'oil tandis qu'au sud on s'exprime dans la langue d'oc ou occitan. Au Nord, on a davantage subit l'influence des dialectes des invasions barbares qu'au sud, sous influence romaine depuis plus longtemps.

    La Chanson de Roland date de la fin du XIème siècle. C'est le premier monument de la littérature français. Il s'agit d'une chanson de geste (du latin gesta, l'action ou la lignée) qui raconte les exploits des chevaliers, en l'occurence Roland et Turpin, au service de Charlemagne sur le mode de l'épopée.
    Le récit serait basé sur d'obscurs évenements datant de trois siècles auparavant sur lesquels les historiens débattent encore.

    De fait, Jean Bodel classe la matière littéraire de son époque en trois catégories: la Matière de France (dont fait partie la Chanson de Roland mais aussi Raoul de Cambrai), la Matière de Bretagne (autour du Roi Arthur, voir les romans de Chrétien de Troyes) et la Matière de Rome (des adaptations de roman de l'Antiquité : roman de Thèbes, d'Enéas, de Troie).
                                                                           
    La Matière de Bretagne comprend les romans de Chrétien de Troyes : Cligès, Erec et Enéide, le Chevalier à la Charette, le Chevalier au Lion, le Conte du Graal mais aussi la légende de Tristan et Yseult (versions de Thomas et Béroul).
    Cette matière de Bretagne subit l'influence des Troubadours et de la poésie lyrique courtoise connue sous le nom de fin'amor.

    On citera brièvement le roman de Renart, oeuvre satirique ainsi que le Roman de la rose , roman allégorique, par Guillaume de Lorris et Jean de Meung.

    On pourrait parler longtemps des fabliaux, du théatre médiéval (mystères et farces) et des chroniqueurs, des conditions de diffusion (notion d'auteur, moines copistes) mais l'espace de ce billet est un peu restreint. il faut savoir que les genres sont variés à cette époque et auront une  influence jusqu'à nos jours.

    Je reviendrais plus précisément sur tous ces points à l'avenir, en les traitant un par un.

    Un ouvrage à lire : Michel Stanesco; Lire le Moyen-Âge; Dunod

    A bientôt


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  • Les chansons de geste, dont la plus célèbre demeure la chanson de Roland, sont des poèmes épiques destinés à la récitation orale. Elles précèdent la naissance des premiers romans dans l'histoire de notre littérature. Elles constituent l'un des genres majeurs du moyen-age, à coté des poèmes courtois, des romans de chevalerie, des lais et des fabliaux pour ne citer que cela.

    Ces chansons sont dites épiques car elles se consacrent principalement à relater des exploits guerriers, et sont généralement écrites des siècles après les événements qu'elles relatent.

    Ainsi la chanson de Raoul de Cambrai relate des guerres entre Vermandois et Cambrésis, mais toutefois le lien est très lâche avec l'histoire carolingienne réelle.

    Contrairement au roman de chevalerie qui s'attache à la valorisation d'un seul individu, la chanson de geste relate des événements collectifs. Pensez aux grands poèmes épiques de l'Antiquité tel L'Iliade.

    Raoul de Cambrai aurait été composée autour de l'an 1200 et se divise en trois parties distinctes.

    La première partie chante la révolte de Raoul contre l'empereur Louis, qui l'a dépossédé de son héritage, jusqu'à la mort du baron dans un duel qui l'opposait à son vassal Bernier.

    La seconde partie se consacre à Gautier, le neveu de Raoul qui tient à venger le meurtre de son oncle.

    La troisième et dernière partie montre des élans plus romanesques, nousd suivont les aventures de Bernier et de ses deux fils Julien et Henri.

    Ces trois parties sont-elles le fait d'un même auteur? Rien n'est moins sûr...

    Cette chanson de geste se rattache au cycle des barons révoltés ou cycle de Doon de Mayence. En effet, il est d'usage de rassembler ces textes en grand senesembles.

    Enfin, il faut signaler qu'à cette époque, l'imprimerie n'existait évidemment pas. Les ouvrages étaient le fruit du travail de copistes. La notion d'auteur n'existait pas. Maints récits ont donc été perdus. Et les textes que l'on conserve ne sont que la partie émergée de l'iceberg


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