• Pierre Hadot est un érudit du XXème siècle, né en 1922 et décédé en 2010, à la fois philosophe, historien et philologue français. C'est un grand connaisseur de la philosophie antique et en particulier du néoplatonisme.

    En 1995, il publie Qu'est-ce que la philosophie antique ? - qui revient et s'attarde sur les Qu'est-ce que la philosophie antique ?  - Pierre Hadotmodes de pensées que sont le Platonisme, l'Aristotélisme, l’Épicurisme, le Stoïcisme mais aussi les Cyniques, Pyrrhon jusqu'à la transition vers le christianisme aux premiers siècles de notre ère !

    La thèse principale de l'ouvrage est que la philosophie, dans l'Antiquité, n'étais pas que "discours" - Logos - mais bien plus que cela aussi un mode de vie, une ascèse et ce depuis les sectes pythagoriciennes !

    Le discours, selon les écoles philosophiques, oriente le mode de vie ! Ainsi, les épicuriens pratiquaient une sorte d'"examen de conscience". L'interrogation sur la mort était constante et commune à la plupart - sinon toutes ces écoles !

    Dans ces institutions, Académie, Lycée, Portique et Jardin, les rapports entre le(s) maître(s) et les élèves étaient très importants, nécessitant une totale confiance. Chez Platon et Aristote, il s'agissait d'agir sur la Cité en formant des hommes politiques tandis que les disciples d’Épicure visaient davantage un rôle de missionnaires auprès des masses, préfigurant le Christianisme !

    Ce livre rappelle les principaux "acteurs" de l'époque, et leurs théories, l'Idée du Beau et du Bien, la Vertu, le tétrapharmakon, les choses sur lesquelles on ne peut agir, la recherche du moindre mal, etc... Un chapitre sur la figure du sage !

    On détaille ensuite l'époque impériale et l'évolution vers le dogme chrétien. La religion de Jésus sépare le discours du mode de vie ! Le mode de vie se retrouve chez les premières communautés du monachisme tandis que le discours va se perpétrer dans les Universités du Moyen-âge !

    Cet ouvrage est assez intéressant et d'une lecture relativement aisé ! Je vous le conseillerais en complément à l'ouvrage de Lucien Jerphagnon : Histoire de la pensée : d'Homère à Jeanne d'Arc - que j'ai par ailleurs chroniqué sur ce blog ! Je vous renvoie aussi à mon billet de généralités sur les "écoles philosophiques de la période hellénistique" !

    Je n'ai certainement pas épuisé le sujet ici !

    A bientôt !


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  • Le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes est un essai de Jean-Jacques Rousseau, commencé en 1753 et publié en 1755 en réponse à un sujet de l'Académie de Dijon : "Quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes ?".

    Dans ce texte fort brillant, le philosophe suisse expose sa conception de l’État de Nature et son approche de la perfectibilité humaine. Contrairement à Hobbes pour qui "l'homme est un loup pour l'homme", Rousseau défend l'idée d'un homme primitif bon par nature. C'est la société qui va le corrompre.

    Rousseau déploie sa conception du passage de l'homme sauvage de l'état de nature à Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes - Jean-Jacques Rousseaul'homme civilisé de l'état social. A l'opposé des animaux, l'homme sauvage a la possibilité de se perfectionner. Dans l'état de nature, l'homme n'est pas asservi et fait preuve de pitié. Mais face aux contraintes extérieures, il est forcé de s'associer.

    A un moment donné et indéterminé, un homme plante une clôture et décrète "ceci est à moi !". La plus petite unité de la future société naît alors : la famille. Puis les familles - conséquences de la naissance de la propriété, se rapprochent et forment des tribus. Dès lors, le besoin de "reconnaissance", de considération se fait sentir : le meilleur danseur, le meilleur conteur...

    Les hommes se spécialisent quand apparaissent l’agriculture et la métallurgie, fruits des capacités d'observations de la nature par les hommes - du fait des possibilités de leur intellect. La langage joue un rôle important et l'étude du développement de ce langage n'est pas une mince affaire ! Les hommes se spécialisant, les inégalités apparaissent ! Le plus fort fabrique plus de biens, en fonction de l'inégalité de ses capacités naturelles. Il en découle alors un deuxième type d'inégalité qui elle n'est plus naturelle !

    Pour protéger sa propriété, l'homme établit des lois et se mets sous les ordres et la protection d'un magistrat, d'un roi. De légitimes, ces gouvernements deviennent arbitraires en fonction du nombre de dirigeants : un roi et c'est la monarchie, plusieurs dirigeants et c'est l'aristocratie, tous, c'est la démocratie !

    Voilà, je zappe volontairement de nombreux points et simplifie beaucoup ! J'aurais l'occasion de revenir sur Rousseau dans une dissertation dans le cadre de mes études, plus fouillée et peut-être publiée un jour quelque part en ligne !(?)

    J'avoue une préférence pour Rousseau sur Voltaire à l’instar de ma bonne amie Ophélie R. ! Dédicace à toi miss !

    A bientôt !


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  • Nous allons nous intéresser aujourd'hui à la problématique de l'Autre. Commençons par définir ce qu'est - qui est - Autrui !

    Autrui est à la fois le même et l'autre. Il y a de nous en autrui, en ce sens qu'il n'est pas une simple chose inerte posée là mais bien une altérité, pensante comme nous. Husserl appelle "intersubjectivité" la relation des consciences les unes avec les autres pour bâtir un monde commun.

    Autrui n'est pas coupé de moi ! Selon Descartes, dans son solipsisme, l'idée de moi est plus certaine que le monde et l'on a pas besoin d'autrui pour avoir conscience de soi. Autrui et le monde viennent ensuite ! En réalité, il faut le miroir de l'autre pour que le conscience de nous même ne soit pas une illusion. Ceci passe par la reconnaissance par l'autre !

    Le dialogue entre les consciences s'effectue par le biais du langage. Nous entretenons des relations intellectuelles et sentimentales avec autrui. Rousseau pose la pitié ou compassion suscitée par le malheur d'autrui comme le sentiment caractéristique de la nature humaine. Le respect passe par la reconnaissance de la dignité d'autrui en tant qu'elle équivaut à la mienne propre. A l'opposé, Thomas Hobbes perçoit les rapports entre les hommes comme des rapports de force où l'on tente d'établir sa supériorité sur autrui - à l'instar de la problématique du maître et de l'esclave - ce dernier abdiquant le premier pour conserver sa vie ! Hobbes et Rousseau ont en effet des conceptions opposées de ce qu'ils appellent l’État de Nature !

    Pour Sartre, l'"Enfer, c'est les autres" ! On ne peut jamais se mettre à la place - entrer dans l'intériorité - d'autrui - malgré tous les progrès de la psychologie ! On ne peut jamais se mettre à la place de l'autre du fait qu'on lui est extérieur. On ne peut qu’interpréter les signes de sa présence. Pire, cette extériorité d'autrui peut devenir une rivalité - en relation avec l'amour-propre.

    Pour Levinas, l'appréhension de l'altérité fondamentale d'autrui se fait grâce à son visage. Comprendre autrui est expérimenter qu'il est autre.

    On pourrait dire en guise de conclusion provisoire optimiste que comprendre autrui ne revient donc pas à le posséder mais à établir une relation d'enrichissement mutuel (amitié) !

    A bientôt ! Nous parlerons du Désir !


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  • Je commence à être bien familiarisé avec l’œuvre de Michel Onfray, le philosophe bas-normand. Il est en effet l'auteur de dizaines d'ouvrages sur l'hédonisme, la contre-Histoire de la philosophie, les impostures philosophiques. Pourtant, l'homme a déclaré que Cosmos était véritablement son premier livre !

    J'ai lu Cosmos de bout en bout et l'ai trouvé très intéressant ! Le propos est varié, large mais précis et documenté ! Seulement voilà, comme Michel Onfray critique - pas dans le sens de dénigrer mais d'analyser - les religions, la chapelle de Freud, Sartre et la Gauche Libérale qui a vendu son âme, il est de bon ton pour les journalistes bien pensants qui accourent quand le Pouvoir les siffle de dézinguer notre philosophe ! Ceci explique la critique assassine qu'un "merdeux" de tâcheron a signé dans un des récents "Magazine littéraire" de 2015, qualifiant Cosmos de creux, vide et plat ! Je ne souscris pas du tout à cet avis et vais peut-être arrêter d'acheter le "Magazine littéraire" du coup ! Voyons plutôt de quoi il retourne dans l'épais opus d'Onfray !

    L'ouvrage s'organise en cinq parties de cinq sous-parties chacune ! Ce volume fait partieCosmos - Michel Onfray d'une trilogie, une Brève encyclopédie du monde - qui fera l'objet des cours de ces prochaines années à l'Université Populaire de Caen - si on ne coupe pas les fonds au philosophe (il n'est jamais bon d'instruire le peuple, mieux vaut l'abrutir avec Secret Story et Plus belle la vie !). Les deux tomes suivants seront Décadence - philosophie de l'histoire et Sagesse - philosophie pratique.

    Cosmos reprends et synthétise - et approfondit - tous les propos d'Onfray jusque là !

    Dans la première partie, il est question du "Temps" ! C'est "une forme à priori du vivant" et les cinq chapitres de cette première partie y sont consacrés ! Onfray plaide pour un temps virgilien, fait de l'observation de la nature au plus près, en s'éloignant des livres qui éloignent du monde ! C'est la sagesse du paganus (le paysan/la païen) contre le judéo-christianisme et la religion du Livre ! Onfray nous parle ensuite du peuple tzigane, qui vit dans son propre temps, loin des contraintes de notre époque. Le temps est aussi dans chaque cellule , chaque être vivant et compose avec le cosmos. Il s'agit de restaurer un temps qui "compte", qui "prend le temps", loin de l'immédiateté de notre époque... Le temps de prendre du recul aussi !

    La deuxième partie se nomme "La Vie". Onfray nous reparle du Sipo Matador, cette plante tropicale citée par Nietzsche, qui illustre la "volonté de puissance" ! Le vivant croit et se déploie - mais n'échappe pas à la finitude. Mais tout est "éternel retour" ! Il est aussi question de la répartition des rôles dans la nature, entre prédation et proies ! Cette nature est éloignée de la morale, ni bonne ni mauvaise ! Onfray s'arrête ensuite sur les propos délirants de l'anthroposophe Rudolf Steiner qui propose une vue biaisée de la nature sous prétexte de culture livresque ! On se rabattra plutôt sur le rapport de l'Africain à la nature, cette sagesse que l'on a voulu enfermer dans des musées !

    La troisième partie traite de "L'animal" et de notre rapport aux bêtes, formaté par le Christianisme là encore et les idées de Descartes et Malebranche ! Or l'animal n'est pas un automate où une ressource dont il faudrait se rendre maître ! Il est capable de souffrir comme nous, il ressens ! Onfray parle ici darwinisme, de Peter Singer, de végétarisme et de vegans - positions intenables philosophiquement ! - et de corrida, cruelle apologie de la mort, activité pour les impuissants sexuels" selon l'auteur - ce en quoi je suis d'accord et il n'y a qu'à lire Leiris !

    L'avant-dernière partie reviens sur le Cosmos - l'Ordre étymologiquement - et sur son approche par la religion ! Onfray reviens sur un thème qu'il connaît bien : comment le christianisme a recyclé des éléments de paganisme das ses fêtes et ses rituels ! Le Christ est la transformation dans notre ère du culte solaire de la préhistoire ! La religion a remplacé la lecture directe du monde par des symboles set des fictions ! Faisant ceci, l'Homme s'est coupé du savoir ancestral avec la nature, du contact ancien. Le ciel n'a plus été observé pour prédire le temps des moissons mais a été peuplé d'arrières-mondes, anges, chérubins, séraphins, trônes... La modernité et la productivité, le capitalisme - qui découle du Protestantisme comme l'a montré Max Weber (c'est moi qui rajoute) - ont coupé le paysan de la terre et l'ont ruiné !

    La dernière partie est sur le "Sublime" ! Il s'agit en fait de l'Art : haïku, Art contemporain, Land Art, dont Onfray déplore qu'il ne soit le plus souvent accessible qu'à une "élite" - celle qui est à l'abri matériellement ! L'Art dispose de codes qui sont le plus souvent hermétique ! Le philosophe bas-normand en livre ici quelques uns dans une interprétation poétique du monde !

    N'en déplaise à certains grattes-papiers imbéciles d'une certaine presse du Prince, ce Cosmos est un excellent opus ! Le mieux est encore de vous faire une idée par vous-même !

    A bientôt !


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  • Nous continuons notre exploration de la philosophie du sujet avec cette fois un billet sur "la perception" !

    Nous percevons d'abord toujours des objets dotés de "qualités sensibles" (la couleur, l'odeur,...). Puis, nous - notre cerveau - opère la synthèse de ces différentes informations pour identifier l'objet en question. Il s'agit d'articuler perception et sensation.

    Les différentes sensations s'additionnent pour constituer l'objet, pour en constituer la perception, telle est la solution défendue par les empiristes : la connaissance dérive de l'expérience, entièrement basée elle-même sur l'accumulation de sensations. Ce sont ces dernières qui composent nos idées ! Avec l'habitude, on finit par ne plus remarquer ces sensations et en opérer directement la synthèse.

    Les empiristes sont principalement Anglais et comprennent les philosophes Locke et Hume. Ils refusent les idées innées de Descartes. Kant contredira les empiristes en affirmant l'existence de structures à-priori de l'esprit et ainsi la possibilité de connaissances non empiriques.

    Mais Descartes montre qu'un objet ne se réduit pas à une somme de sensations. En effet, il peut varier tel le morceau de cire qui finit par fondre. Les qualités sensibles d'un objet peuvent disparaitre. Pourtant, même fondue, la cire demeure. En effet, son essence doit être distinguée de son apparence.

    A côté de l'essence et l'apparence, il y a l'étendue d'un corps qui est le volume qu'il occupe dans l'espace.

    On est donc devant une alternative ! Selon les empiristes, la perception se confond avec la sensation ou bien selon Descartes, la perception d'un objet se confond avec un acte de la raison : percevoir, c'est concevoir. En réalité, un objet perçu n'est ni une pure collection de plusieurs qualités senties par les sens, ni un pur fragment d'étendue conçu par la raison. La perception serait plus spécifique !

    Husserl résous ce dilemme. L'objet se donne par esquisse. On n'en perçoit vraiment qu'un aspect, une "vue" puis l'on reconstitue l'ensemble de l'objet - par l'imagination. Ainsi d'un cube, on ne perçoit jamais toutes les faces en même temps ! L'objet existe dans un flux temporel !

    Voilà un sujet qui a fait couler beaucoup d'encre ! Lire Descartes, Locke et Merleau-Ponty !

    A bientôt et ne cogitez pas trop !


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  • Voici mon petit quart d'heure de philosophie personnelle et de réflexions intimes !

     

    « Tout est permanent. Toutes choses qui arrivent se sont déjà produites. Toutes choses qui sont déjà arrivées sont sur le point de se produire. »

    « C’est uniquement notre nature finie qui analyse la galaxie en secondes et en millénaires. »

    « Un esprit fini ne peut appréhender l’infini de la galaxie. »

    Ce syncrétisme philosophique provient de la lecture d’un ouvrage de Star Wars – « philosophie Jedi » inspiré en fait de traditions orientales, indiennes et chinoises !

    (01/08/2013)

     

    Je lis en ce moment : Sylvain Tesson Dans les forêts de Sibérie.

    Il dit que Joseph Conrad, Fenimore Cooper n’ont jamais réussi dans leurs descriptions à restituer dans son ensemble le spectacle de la nature sauvage. Les mots incapables de restituer le réel ? Lui donner un sens à priori ? Réalisme contre nominalisme !

    (03/08/2013)

     

    Journal intime = supplétif à la mémoire

    Transmission contre l’absurde

    (03/08/2013)

     

    L’existence est-elle un « éternel retour ».

    Retournant à la poussière, nos atomes se transmettent aux lichens, aux insectes.

    Et il n’y a pas de quoi désespérer !

    Un arbrisseau est aussi une forme de vie estimable !

    On a trop tendance à n’aimer que ce qui nous ressemble !

    Communier avec la nature ! Dieu !

    (03/08/2013)

     

    La lecture est-elle un obstacle à la compréhension directe du monde ?

    Penser par soi-même !

    (03/08/2013)

     

    « Tout est lié ! » (Moi)

    (04/08/2013)

     

    En relisant ces carnets, je me rends compte que beaucoup de pensées, de réflexions recoupent des philosophies orientales !

    (18/08/2013)

     

    Les animaux n’ont pas de conscience du monde… Les humains ont la conscience du temps. Mais sont-ils pour autant plus avancés ? Car cela leur ouvre des abimes de perplexité !

    Le monde est-il fait pour les grandes intelligences ? Est-il seulement compréhensible ?

    L’origine et la fin !

    (18/08/2013)

     

    Voilà ! Ces réflexions valent ce qu'elles valent ! Je ne prétend pas à œuvre philosophique !

    A bientôt !


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  • L'homme se différencie des choses et des autres êtres vivants en ce sens qu'il est capable de se considérer lui-même, d'établir un rapport de soi à soi et de soi au monde.

    Étymologiquement, le mot "conscience" signifie "savoir ensemble". C'est le savoir immédiat que l'homme possède de ses propres pensées, sentiments et actes, de saisir ce qui est en nous et hors de nous. Elle donne lieu à plusieurs catégories de connaissances.

    Il y a d'abord la conscience du monde. La conscience n'est pas absolue mais en relation avec le monde. Elle vise en effet des objets, ce que Husserl appelle l'"intentionnalité". Il y a une dualité, conscience de soi en rapport avec quelque chose d'autre.

    La conscience et l'inconscient - Notions de Philosophie - I

    Il y a enfin la conscience morale, la capacité qu'a l'homme de pouvoir juger ses propres actions en bien comme en mal. Le "mal agir" peut nous faire éprouver de la "mauvaise conscience".

    Le philosophe Blaise Pascal énonce que la conscience fait à la fois la grandeur et la misère de l'homme. D'une part, elle le rend responsable de ses actes et lui permet d'accéder à la spiritualité et la moralité, mais d'autre part, elle lui fait prendre conscience de sa petitesse par rapport à l'Univers, de sa misère et de sa finitude.

    Cependant, les êtres de conscience peuvent aussi se tromper sur leur condition, émettre de mauvais jugements.

    La conscience peut-être remise en doute ! Ce fut le cas par Descartes qui adopte la démarche du "doute méthodique" et qui découvre le caractère absolument certain de l'existence du sujet : "je pense, donc je suis.". La conscience devient alors le socle de la constitution de la vérité. Descartes pense que le je est une "substance pensante", absolument distincte du corps - et on retrouve le dualisme de Platon. Il manque ainsi l'ouverture de la conscience sur le monde !

    La conscience est, d'après Husserl, non pas une substance mais une relation via la perception. Elle est toujours prise dans un réseau de significations. Nietzsche dira que le "je" qui pense est un leurre mais qu'il faut plutôt avancer que "ça pense" !

    Il n'y a pas de perception sans signification. Pour construire la représentation d'un cube,Husserl montre que la conscience - qui ne perçoit pas toutes les faces du cube - procède à une synthèse temporelle passive et synthétise différents moments perceptifs qui se succèdent.

    Mais l'homme n'est jamais maitre de son propre esprit. Freud énoncera deux topiques et présentera l'existence d'un inconscient et qui a été refoulé. C'est une force psychique active, pulsionnelle, résultat d'un conflit intérieur entre des désires cherchant satisfaction (principe de plaisir) et une personnalité qui leur impose une résistance (en fonction aussi du principe de réalité).

    L'inconscient s'exprime à travers lapsus, jeux de mots, rêves et symptômes névrotiques.

    Freud a postulé que l"on n'était pas maitre dans sa propre maison" !

    Voilà pour cette première synthèse sur un thème philosophique !

    A bientôt !

    PS: Je vous renvoie à mes billets sur Descartes, Nietzsche, Freud et Husserl !


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  • Friedrich Wilhelm Nietzsche, dans la deuxième moitié du XIXème siècle constitue un tournant philosophique, ne serait-ce que par ce qu'il annonce la "mort de Dieu". C'est aussi un penseur dont l'activité intellectuelle et l’œuvre ont été l'objet de nombreuses interprétations contradictoires et instrumentalisations tant par l'extrême-droite, les nazis et la gauche de la gauche

    Friedrich Nietzsche, penseur du soupçon - GénéralitésNietzsche nait en 1844 à Rocken, près de Lützen, dans la Saxe prussienne. Son père est pasteur luthérien et meurt prématurément cinq ans plus tard, de même que le jeune frère de Friedrich, Joseph, en 1850.

    Le jeune Friedrich suit des études comme boursier au collège de Pförta en Thuringe, institution humaniste et luthérienne. Il va effectuer des études de théologie - et se détourner vers la philologie - à l'Université de Bonn, puis de Leipzig.

    En 1865, il a la révélation en découvrant Schopenhauer et Le Monde comme volonté et représentation, acheté dans la vitrine d'un libraire. Trois ans plus tard, il rencontre un autre de ses modèles, Richard Wagner, le grand compositeur, et sa femme Cosima.

    Friedrich Nietzsche sera nommé professeur adjoint à Bâle, pour sa capacité de travail, alors qu'il ne possède même pas de doctorat ! Il sera infirmier volontaire durant la guerre franco-prussienne de 1870.

    Mais, il connaitra très tôt des problèmes de santé - d'effroyables migraines peut-être signe d'une pathologie héréditaire - qui annoncent déjà son effondrement psychique de 1889 à Turin. Quoi qu'il en soit, en 1879, il prend sa retraite comme professeur - avec une pension à la clé, effectue des séjours à Sils-Maria, entre la Suisse, l'Italie et le sud de la France.

    Les œuvres de Nietzsche vont avoir un fort retentissement mais ne seront pas toujours bien accueillis. Après sa mort, son œuvre est détourné par sa soeur Élisabeth Forster-Nietzsche, une antisémite notoire qui ne comprends pas et mesinterprête les écrits de son génie de frère et créera les Archives Nietzsche, mettant son œuvre aux mains des nazis - d'où un malentendu persistant !

    De son vivant, le philosophe du soupçon écrira Naissance de la tragédie, Considérations inactuelles, Humain, trop humain, Le Gai Savoir, Ainsi parlait Zarathoustra, Par delà bien et mal, Généalogie de la morale, Crépuscule des idoles, Le cas Wagner, L'Antéchrist, Ecce Homo ou encore Nietzsche contre Wagner.

    Des amitiés solides traverseront sa vie avant qu'il ne se retire dans la solitude puis dans la folie. Il y a aura l'idylle platonique avec Lou-Andréa Salomé, Paul Rée, Peter Gast, Franz Overbeck et d'autres.

    Nietzsche pense que la civilisation est sur une période de déclin depuis qu'elle a rompu avec la tragédie grecque. Influencé par Schopenhauer, il note que le monde est cruel et fait de malheur mais qu'il faut vivre avec, l'accepter et s'en fortifier, développer sa "volonté de puissance" et ne pas croire aux arrières-mondes. La tragédie grecque a été supplantée par la rationalisation et l'idéalisme platonicien, lequel a été recyclé par le christianisme. Idéalisme, christianisme et socialisme sont autant de nihilisme, de promesses vaines.

    De plus, il faut rejeter la morale et sa dose de "moraline" ! Toute notre perception du monde est conditionnée par nos préjugés, par la tradition et notre corps influence aussi notre pensée. On ne dira plus "je pense" mais "ça pense". Nietzsche anticipe Freud mais chez ce dernier l'esprit a encore la prédominance sur le corps, pas chez Nietzsche.

    Nietzsche veut créer une nouvelle philosophie qui aura des vertus de guérison. il a la vision de l'"éternel retour" ou chacun revit éternellement sa vie dans les même inclinations, ses moindres gestes, pensées et soupirs à l'identique - d'où la nécessité de peser chacun de ses choix de vie !

    De plus, Nietzsche est contre l'embrigadement et l'intervention de l’État. Il promeut le développement personnel ! Il développera la notion de "surhomme", si mal comprise !

    Tout ceci est écrit dans un style allemand brillant et éminemment poétique ! Nietzsche pense que la solution aux problématique du déclin se situe dans l'art d'où sa glorification - un temps - de Wagner !

    Voilà quelques idées de ce philosophe, grossièrement simplifiées - et donc faussées - mais ce billet n'est qu'une introduction et à l'avenir je reviendrais sur chacun de ces livres en explicitant le propos !

    Un penseur à lire absolument qui est une vraie révélation - aux idées profondes et dérangeantes et au destin tragique !

    A bientôt !


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  • Bernard Stiegler, né en 1952, est un philosophe contemporain, à l'origine de la création de l'association Ars industrialis qui propose une réflexion approfondie sur des enjeux de société tel le numérique. Il anime aussi des cours et des séminaires - et une académie d'été - depuis fin 2010, sur le site Pharmakon.fr, dans l'école du Grand Meaulnes à Epineuil-le-Fleuriel et à l'Université technologique de Compiègne.

    Bernard Stiegler est surtout un philosophe dans l'âme. Après des erreurs de jeunesse, il s'investit dans l'étude, lisant nombres de textes de références en philosophie, les annotant, les croisant... Ses penseurs de références sont Platon, Aristote, Jacques Derrida (son maître et formateur), Sigmund Freud, Gilbert Simondon, André Leroi-Gourhan ou Gilles Deleuze.

    Dans les années 1980, il est directeur de recherche au Collège International de Philosophie puis enseignant-chercheur à Compiègne. A la fin de la décennie, il travaille pour la BNF sur la conception de postes de lecture informatiques.

    Le philosophe soutient sa thèse dans cette discipline - sous la tutelle de Jacques Derrida - et obtient un doctorat en 1993. Il sera par la suite directeur général adjoint de l'INA (Institut National de l'Audiovisuel) et travaille aussi à l'IRI (Institut de Recherche et d'Innovation).

    La pensée de Bernard Stiegler

    Je n'ai pas la prétention de résumer ici toute sa pensée mais seulement quelques points ! Ce penseur moderne a publié de nombreux ouvrages ! Disons que l'une de ses marottes est la pensée du pharmakon, l'outil technologique, l'artefact prolongement de la nature biologique de l'homme. L'homme invente des outils car selon le mythe grec, le titan Épiméthée ne l'a doté d'aucun attribut naturel et Prométhée dut dérober le feu.

    Mais le pharmakon est à la fois un remède et un poison - et aussi un bouc-émissaire ! Il s'agit des évolutions technologiques comme l'écriture - qui selon Socrate nous "vole" notre mémoire - l'imprimerie et la révolution numérique : internet.

    Il s'agit de "penser" cette nouvelle donne, de créer une pharmacologie du web - par exemple par des processus d'annotation, de grammatisation et de catégorisation. Il faut aussi pratiquer un redoublement épokhal - au sens d'Husserl ! Un premier temps nous laisse démuni puis un deuxième temps suscite en nous une réaction et une prise de conscience !

    Stiegler nous mets en garde contre les phénomènes induits par le neuro-marketing qui engendre une prolétarisation par l'outil technologique. Il insiste aussi sur les phénomènes de transindividuation où chaque individu s'"individu" en relation avec les autres, construit des rétentions primaires en liens avec des rétentions secondaires et tertiaires, engendrant de nouvelles rétentions par ce fait.

    Il apporte aussi une réflexion sur l'objet transitionnel et bien d'autres choses encore !

    Quelques liens utiles pour vous faire une idée par vous-même :

    http://pharmakon.fr/wordpress/

    http://www.arsindustrialis.org/

    Voilà, pour ce survol ! Personnellement, j'aime beaucoup écouter les séminaires de ce philosophe !

    A bientôt !


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  • Michel Onfray, après plus d'une soixantaine d'ouvrages, signe un nouveau livre, Le magnétisme des solstices, qui est en quelque sorte son journal de bord, le journal d'un philosophe, contenant comptes-rendus de lectures, de rencontres et souvenirs. C'est en fait le volume 5 du "Journal Hédoniste" !

    Le Magnétisme des Solstices - Michel OnfrayOnfray est issu d'un milieu modeste, fils d'un ouvrier agricole, natif d'Argentan dans l'Orne, il veut mettre la philosophie à la portée de tous - contre la caste autoreproductrice des universitaires pédants -pour générer autant de microrésistances face aux microfascismes de notre époque, caractérisée par le nihilisme, le capitalisme, l'ultralibéralisme et l'abrutissement par les médias de masse. Ce philosophe veut réellement provoquer des prises de conscience avec son Université Populaire - crée en 2002, à Caen - où il enseigne une Contre-Histoire de la Philosophie.

    Selon lui, la philosophie officielle et dominante est celle de l'idéalisme et du spiritualisme, sur ce point, je lui donne raison ! - depuis le monde des Idées de Platon jusqu'à la Phénoménologie, la Psychanalyse, Sartre et le Structuralisme en passant par les Pères de l’Église, Augustin, la scolastique du Moyen-Âge, Descartes, Kant, Hegel et Heidegger. C'est un corpus qui prône la haine de soi et du corps, invente des fables et des "arrières-mondes" (selon l'expression de Nietzsche) et la promesse - factice ?! - d'une vie après la mort !

    A l'opposée, il y a une philosophie escamotée par les vainqueurs du combat idéologique qui va de Démocrite, Épicure, Lucrèce à Nietzsche en passant par les gnostiques, Montaigne, les libertins baroques, le curé Meslier, les Ultras des Lumière, jusqu'à Kierkegaard et Camus. Une philosophie matérialiste qui promeut l'hédonisme, l'"ici et maintenant" et la sculpture de soi.

    Michel Onfray se rallie davantage au corpus des perdants de cette lutte d'influence et regrette le formatage idéologique des esprits par la religion et en particulier le Christianisme.

    Dans Le magnétisme des solstices, il retrace notamment le parcours qui mène de l'animisme au paganisme, au panthéisme, au monothéisme, au fidéisme, au déisme et enfin à l'athéisme. Il mets aussi en avant quelques figures de l'hédonisme et de la voie matérialiste (Démocrite, D'Alembert...) et milite pour certains artistes contemporains porteurs de sens (depuis les Impressionnistes, Kandinsky, Alphonse Allais, Bartabas, Bettina Rheims, Win Delvoye, Holbein, Philippe Ramette), présente les conséquences des deux voies philosophiques précitées par exemple dans deux modes d'architecture, critique Freud et Marx, évoque la condition animale et la nature...

    Il y a en tout 38 articles dans cet essai et je ne m'attarderais pas sur chacun d'entre eux. C'est un livre très dense et riche en matériaux, rédigé dans le style virulent de Michel Onfray, livre que je vous recommande fortement !

    Philosophiquement votre !

    A bientôt !


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  • Claude Lévi-Strauss, le "pape du Structuralisme"Claude Levi-Strauss est une figure emblématique marquante de la vie intellectuelle de tout le XXème siècle. Anthropologue et ethnologue, il s'inspira des théories de Ferdinand de Saussure et Roman Jakobson sur les "structures" en linguistique et les appliqua à l'anthropologie et l'ethnologie, utilisant les "structures" dans ces disciplines - les sciences humaines - et fondant le Structuralisme.

    Né, Gustave Claude Lévi en 1908, à Bruxelles, Claude Levi-Strauss montre très tôt une précocité intellectuelle et une vive curiosité ! Il est un touche-à-tout, autodidacte et observe la vie parisienne dans les ateliers de son père, portraitiste, mis au chômage par la photographie.

    Diplômé en Droit, Lettres et Philosophie, Claude Lévi-Strauss lit des récits ethnographiques et a envie de voyager. Sa lecture de Robert H. Lowie (1920) est une révélation et le jeune homme décide d'aller étudier les populations sur le terrain. Mais la discipline est encore peu développée en France.

    Lévi-Strauss se rapproche de Lucien Lévy-Bruhl qui dirige alors l'Institut d'ethnologie, fondé en 1925. Il part alors pour le Brésil en 1935 et devient professeur de sociologie à l'université de Sâo Paulo. Il découvre alors le Mato Grosso et l'Amazonie. C'est lors des rencontres avec les indigènes qu'il élabore ses théories sur les liens de parentés.

    De retour en France en août 1939, la guerre éclate. Juif, Lévi-Strauss est menacé ! A l'hiver 1939, il est mobilisé derrière la Ligne Maginot et s'ennuie ferme ! En 1941, il parvient à rejoindre New York et rencontre André Breton et ses surréalistes ainsi que le linguiste Roman Jakobson, rencontre décisive.

    De nouveau de retour en France, il publie en 1949, sa thèse, Les Structures élémentaires de la parenté qui pose la problématique de l'interdit de l'inceste qui - pour résumer rapidement - relève d'abord d'un système de don (inspiration venue de Marcel Mauss) et de formation d'alliance que de préoccupations biologiques et psychologiques !

    L'ethnologie manque encore de reconnaissance néanmoins Claude Lévi-Strauss devient sous-directeur du Musée de l'Homme en 1948. Dans le même temps, il est nommé directeur d'études à l’École pratique des hautes études.

    En 1955, il sort sous forme de récit autobiographique son roman Tristes tropiques et on lui reconnait des qualités littéraires qui lui gagnent enfin la célébrité auprès du grand public ! Il ne s'agit pas vraiment d'un roman mais le livre se lit comme tel !

    En 1958, il est élu professeur au Collège de France à la Chaire d'Anthropologie sociale et il crée son propre laboratoire. Il fonde en 1961 avec Emile Benveniste et Pierre Gourou la revue L'Homme qui s'ouvre aux multiples courants de l'ethnologie et de l'anthropologie, et cherche à favoriser l'approche interdisciplinaire.

    De 1950 à 1970, le professeur recherche, derrière le chaos des rites et des coutumes, les "principes structuraux" qui les ordonnent. Il deviendra lui-même un mythe. C'est à cette période qu'il publie les quatre tomes des Mythologiques dont Le cru et le cuit - sur les peuples amérindiens.

    Claude Lévi-Strauss est élu à l'Académie Française en 1973 puis prend sa retraite en 1982, quitte le Collège de France où sa collaboratrice Françoise Héritier lui succède. Il publie alors moins. Parait encore Regarder écouter lire en 1993 sur ses goûts culturels propres, voyage au Japon.

    Centenaire, il est l'un des rares auteurs à être publié de son vivant en "Bibliothèque de la Pléiade". Il décède en 2009 et laisse derrière lui une somme immense de travaux !

    J'aurais l'occasion de revenir sur son œuvre - plus en "détails".

    A bientôt !


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  • Il n'est pas facile de saisir le réel. En effet, celui-ci est caractérisé par la complexité tandis que les sciences - et la philosophie - ont une tendance à la simplification. Edgar Morin se fait le chantre de la "pensée complexe" et explique ici sa Méthode !

    Cette Introduction à la pensée complexe est un essai-recueil qui regroupe une demi-douzaine d'articles et d'interventions. Morin y dénonce l'"intelligence aveugle", celle qui simplifie donc - et qui cloisonne les savoirs. Dans ce cadre, la pensée complexe est un nouveau paradigme et une nécessité !

    Morin s'appuie d'abord sur la théorie de la thermodynamique et la deuxième loi de celle-ci, par Carnot et Clausius, qui suppose l'entropie et des systèmes clos. Or, il n'existe que des systèmes ouverts qui débouchent - interagissent - sur des systèmes d'ordres plus grands - qui sont aussi ouverts - et cela jusqu'à l'infini. Se pose aussi la question de l'auto-organisation et là la cybernétique peut nous apporter sa contribution même si elle est dépassée car s'appliquant à des machines et non des systèmes vivants !

    Morin interroge aussi sur le sujet et l'objet, une prétendue objectivité. On a une séparation entre sujet et objet et on ne considère soit l'un ou l'autre mais jamais la relation entre les deux. Le sujet est mis en avant depuis Descartes et Kant a posé la connaissance subjective. Le monde de l'"en-soi" est inatteignable par nos sens et l'existence de la réalité demeure un pari. Le solipsisme nous guette ! Le savant ne doit pas mettre de côté sa personnalité mais considérer ses biais éventuels.

    Il faut se méfier de la raison, dit Morin car elle peut vite verser dans la rationalisation qui consiste à écarter ce qui ne cadre pas dans le dessein général !

    Morin pose ensuite l'action. A l'opposé du programme, rigide, il y a la stratégie, sans cesse modifiée par les données extérieures et nécessitant adaptabilité et ... complexité ! Nos actes sont modifiés par le "dehors" ! Là aussi, ils sont un "pari" !

    Notre philosophe met donc en avant une philosophie de la complexité qui doit permettre de penser une nouvelle science, tenant compte de la complexité du réel et se méfiant des biais, des préjugés et des simplifications.

    A ce titre, je trouve la pensée de Morin toujours aussi passionnante !

    A bientôt !


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  • Les premières années du XXème siècle voient la naissance de la psychanalyse. Dans ce contexte, en 1909, Cinq leçons sur la psychanalyse - Sigmund FreudSigmund Freud, le fondateur prononce ses premières conférences sur cette discipline à vocation scientifique dans le cadre d'un voyage aux États-Unis, à l'occasion de l'anniversaire de la Clark University (Worcester). Ce sont les "cinq leçons sur la psychanalyse" mises plus tard par écrit.

    Freud y déploie un style qui va au-delà de la simple rhétorique car il s'agit de convaincre et pas seulement de persuader. Il argumente et pose une démonstration appuyée par des faits attestés.

    Je vais tâcher de résumer ici très sommairement ce propos ! Rien ne remplace la lecture du texte, retraduit en 2009 !

    Dans la première leçon, Freud insiste sur la contribution précoce du Dr Breuer, cofondateur de la psychanalyse. Il reviendra dans un autre texte sur ce fait en s'octroyant la seule paternité de la méthode !

    Breuer s'est occupé de jeunes hystériques - en particulier Anna O. - dont la maladie n'avait pas de cause organique mais "psychologique". Il utilisa la méthode cathartique - et l'hypnose - pour trouver la cause des traumatismes psychiques et posa la théorie des états hypnoïdes.

    Freud proposa une alternative à ces états hypnoïdes et posa l'idée d'un traumatisme vécu dans le passé, refoulé, et revenant à la surface sous forme de symptômes. Il s'agit de faire parler le patient pas libre association - malgré la résistance - et de mettre en lumière ce traumatisme, pour le critiquer, le sublimer ou l'assumer. Les causes du refoulement sont notre éducation, notre culture et la pression de la société. C'est ainsi que le docteur viennois expose le conflit psychique dans sa deuxième leçon.

    Dans la troisième leçon, Freud revient sur l'interprétation des rêves qui sont aussi des manifestations de notre inconscient. Il évoque aussi le mot d'esprit, le lapsus, l'acte manqué qui sont autant de preuves de l'existence d'un inconscient !

    Dans la quatrième leçon, le conférencier présente une théorie contestée et fort scandaleuse à l'époque : la sexualité infantile. Il expose les stades précoces de la sexualité (oral, anal...) et pose que nos penchants sexuels précoces sont les objets du refoulement, que les refoulements sont toujours liés - la pratique le montre - à des faits sexuels, réels ou fantasmés. Il est aussi question d'auto-érotisme. Ce fut, dans ce cadre, que fut formulée une critique à Freud - par Jung notamment, de tout réduire au sexuel !

    La dernière leçon s'attarde sur la nature et la signification des névroses, les relations entre la maladie et la vie normale. Que faire avec ces/ses symptômes ? Il est aussi question d'art et de sublimation.

    Voilà un texte qui pose les bases de la psychanalyse freudienne et constitue une porte d'accès dans ces théories et cette discipline de tout temps fort contestée !

    A bientôt !


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  • Michel Serres - "de l'Académie Française" se penche ici sur les philosophes qui ont pensé hors des institutions, contre les formes de pouvoir, souvent en risquant leur vie !

    Il constate préalablement, en France dans notre cas, l'affrontement de tout temps de communautés intellectuelles, Platoniciens contre Aristotéliciens, spiritualistes contre matérialistes, Catholiques contre Protestants etc... C'est une lutte perpétuelle de l'exclu qui porte l'innovation - contre la doxa et la pesanteur du système.

    Serres prône, pour bien penser, l'acquisition d'un savoir encyclopédique, mêlant humanités et sciences. Il se méfie des médias de masse et pousse à choisir entre information - manipulée - et savoir. C'est aussi la question du sujet contre l'être assujetti !

    Dans ces luttes, le rôle de la langue est primordiale et est historiquement le reflet de la translatio studi. Il existe en effet, par la langue, des cultures asservies et elle est un objet de pouvoir (de savoir donc de pouvoir comme dirait Foucault !).

    Serres bâtit ensuite une conception d'un "monde sphérique" (donc fatalement clôt !), parcouru de lignes faites de bifurcations (car ce monde n'est pas plat mais accidenté - métaphore pour les "accidents de la vie" !).

    La théorie moderne du chaos est essentielle car les petits hasards initiaux conditionnent de grandes conséquences. La Terre est notre "Maison Terre" et instable, chaotique. La question de la stabilité du Système solaire fut interrogée au début de l’ère contemporaine par Laplace et Poincaré. On est encore dans ce débat, selon Serres ! Il y a une similitude entre le début et la fin du XXème siècle. Ce livre, Éloge de la philosophie en langue française est écrit en 1995 !

    Se pose ensuite l'opposition entre déclaratif et procédural, la voix et le pas...

    Les philosophes convoqués dans cet essai sont Descartes, Leibniz, Rousseau, Bergson, des savants et des artistes aussi : Laplace donc, Poincaré, Berlioz, Monet, Condorcet, Peguy, Hadamard, Perrin, Debussy, Julia, Comte et Duhem.

    Il y a une continuité et une interrogation constante au long du XXème siècle sur les rapports entre théorie et expérience, troublé par le gâchis des deux Guerres mondiales qui a ruiné la réflexion au XXème siècle et entrainé le ressassement !

    Ce fut au cours du siècle d'abord -au milieu de celui-ci, l'influence allemande -qui éclipsa cette philosophie française - Hilbert, l’École de Vienne, Husserl et Heidegger, les savants allemands derrière Planck... L'Amérique prit le relais après la Seconde Guerre mondiale. La conception des premiers ordinateurs - et leur puissance de calcul procédural - font revenir les intuitions de Poincaré. La deuxième moitié du siècle fut aussi l'apogée de la philosophie analytique !

    Car c'est bien là qu'est la problématique : entre le déclaratif, l'analytique, la théorie et l'expérimentation, le procédural, l'application concrète et le cas particulier ! Il y a aussi une opposition entre hasard et déterminisme que les lois générales et les démarches procédurales tentent toutes deux de fixer ! Il y a certes une complexité dont le fait de rapporter à des lois générales traduit une paresse d'esprit.

    Il y a ainsi deux mathématiques : la déclarative et la procédurale (ou algorithmique). Déjà Leibniz était dans le procédural avec sa machine à calculer, opposé à Descartes et sa raison qui devait tout retrouver ! Il s'agit aussi de faire un choix entre "raisonner" et "recopier" (d'où l'Encyclopédie). D'un côté les particularités locales, les cas particuliers de l'autre la théorie générale à l'image par exemple de l’opposition entre loi juridique et jurisprudence !

    Pour Serres, la "connaissance prend naissance dans le procédural" ou on aurait pu dire encore que la théorie découle de l'expérimentation ! C'est l'alternative entre Idée platonicienne et Aristote et les substances individuelles ! Vieux débat donc !

    Évidement, consigner tout le particulier impose des moyens matériels de stockage ! Mais répertorier, conserver tous les détails est possible à l'air du numérique (et je vous renvois à Petite Poucette, le dernier livre de Serres sur le "miracle internet" !).

    Ce stockage et ce passage par le cas particulier évite de recourir trop vite à l’abstraction qui est une économie de pensée et de mémoire !

    Serres invite donc le philosophe en chacun de nous à prendre son bâton de pèlerin sur des chemins tortueux, des routes comme autant de parcours de vie, à se construire sur nos expérience et à ne pas avoir peur de clamer nos convictions contre les institutions sclérosantes si besoin. Selon lui, les Universitaires, trop perdus dans la théorie, ne sont plus au contact de ce concret - avec ses risques - qu'il revendique ! Plaidoyer pour une philosophie "engagé" dans le concret, pour une existence concrète !

    Sur ces mots plein de sagesse, je vous dis à bientôt !


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  • Par le passé, j'avais lu Le philosophe nu, précédent ouvrage du philosophe Alexandre Jollien mais, à l'époque, ne m'étais pas senti capable d'en faire un compte-rendu car le propos était dense et ardu !

    Mais cette fois, je vous fais une recension de La construction de soi - un usage de la philosophie mais voudrait dire quelques mots en préambule à une analyse très brève !

    On peut en effet s'interroger sur ce qui pousse les individus à s'intéresser à la philosophie.

    Nous dépasserons les cas où il s'agit d'un simple amusement, de curiosité ou encore pour briller par ses citations dans les diners !

    Philosopher peut être d'abord en vue d'acquérir la connaissance - et c'est alors une démarche épistémologique. Mais ensuite, cela peut consister à vouloir "vivre en philosophe". On est alors dans une démarche d'esthétique et de sculpture de soi chère aux philosophes de l'Antiquité et aussi à Michel Foucault sur la fin de sa vie et à Pierre Hadot.

    Jollien présente son ouvrage comme une série de correspondances avec Dame Philosophie, Dame Frayeur, la Mort et des philosophes comme Boece, Epicure, Montaigne, Erasme, Schopenhauer, Spinoza et autres. Il aborde notamment la question de la souffrance, de la mort et de la peur de la mort.

    Dans ces propos, le penseur Jollien veut dégager une philosophie d'après-guerre - et ne pas se complaire dans la justification de son handicap. Il s'agit bel et bien de panser/penser ses blessures et passer à autre chose.

    Le mieux est encore de vous plonger dans cet ouvrage où sont commentées les concepts et pensées de grands philosophes qui peuvent être d'un grand recours.

    Il s'agit d'acquérir une boite à outils philosophique !

    A bientôt !


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  • Les écoles philosophiques de la période hellénistiqueDans l'histoire de la Grèce antique, on distingue trois périodes : la Grèce archaïque, la Grèce classique et la période hellénistique. Cette dernière période succède à la conquête d'Alexandre le Grand - et à sa mort - soit à partir de 322 av. J-C.

    Au cours de cette période, les cités grecques, Athènes en tête, perdent leur souveraineté. C'est une période d'incertitudes pour beaucoup. Bien sûr d'anciennes institutions philosophiques telles l'Académie de Platon continuent d'exister même si leur orientation change légèrement.

    On distingue 4 courants philosophiques : les Cyniques, les Sceptiques, les Épicuriens et les Stoïciens.

    Les Cyniques sont un peu les marginaux du monde antique. Le fondateur de l'école fut Antisthène, un disciple de Socrate. Antisthène eut lui-même des disciples dont le plus connu est Diogène de Sinope.

    Les Cyniques se moquent ouvertement des conventions. Ils n'hésitent pas - comme Diogène de Sinope - à s'habiller de haillons voire à ne pas se vêtir du tout. ils vivent en marge de la société, dans le dénuement mais surtout en totale liberté. Les Cyniques croient en la vertu et méprises les autres distinctions d'ordres sociales. Ils méprisent les valeurs matérielles.

    Le deuxième courant évoqué est celui des Sceptiques dont le philosophe Pyrrhon pousse la logique à fond. Pour les Sceptiques, il n'y a pas de vérité définitive et la connaissance absolue est inatteignable. Tout est question de point de vue, d'opinions, de culture. Une opinion est aussi valable que l'opinion contraire tant il est vrai que l'on peut argumenter pareillement pour les deux.

    En réalité, toutes les thèses ne se valent pas mais toute sont défendables. Un habile rhéteur peut faire "avaler" n'importe quelle opinion.

    Le troisième courant est celui des Épicuriens où les philosophes du Bonheur. Les adeptes du Jardin pratiquaient le tétrapharmakon, le "quadruple remède". Il en faut craindre ni les dieux, ni la mort car ces choses ne sont pas de notre ressort. Il faut vivre avec le "moindre mal". Pour Épicure, "pour vivre heureux vivons cachés", sans douleurs mais aussi sans excès ! C'est un éloge de la vie privée.

    Enfin, j'aborderais tout aussi rapidement les Stoïciens dont firent partie Sénèque, et aussi bien un esclave, Épictète qu'un Empereur, Marc-Aurèle. Pour les Stoïciens, il faut discerner les choses et les impressions que nous font les choses afin d'avoir prises sur ces sensations ! Il faut aussi être dans une démarche de connaissance du monde. Il s'agit ensuite d'accepter l'ordre des choses. Une attitude qui, dans certaines situations, peut paraitre difficile à tenir ! On n'a pas de prise sur les choses, seulement sur nos jugements !

    Voilà pour ce rapide tour d'horizons ! Je détaillerais dans le futur et vous renvoie déjà à deux billets disponibles : celui sur Diogène de Sinope et celui sur les Épicuriens où je détaille un peu. Ici, ce rapide tour d'horizon pourra paraître incomplet et fautif aux spécialistes, qu'ils m’en excusent !

    A bientôt !


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  • Pythagore est considéré comme le père des mathématiques mais il toucha aussi à maintes autres disciplinesLa légende de Pythagore telles la musique, la médecine, l'astronomie, la géométrie et aussi la philosophie dont on lui attribue - à tort - l'invention du terme.

    Il est cependant difficile de trier le mythe et la réalité concernant ce personnage. Si il toucha aux sciences et fit montre de rationalité, il s'intéressa aussi à l'irrationnel, un aspect plus trouble de l'homme que certains biographes voudraient évacuer !

    Ses dates sont bien connues, de même qu'une bonne partie de sa vie ! Il reste toutefois un tas de zones d'ombres concernant ses années de formations, ses voyages...

    Pythagore vécut entre 570 et 490 av. J.-C. environ à la frontière entre la Grèce antique et le monde perse, dans l'Ile de Samos en Ionie, ile tout proche de Milet où vécut Thalès. Il termina sa vie dans le sud de la péninsule italienne, la Grande Grèce, près de Crotone.

    Le père de Pythagore était un marchand fortuné appelé Mnésarque. La légende fait de Pythagore un héros mythique en lui supposant une filiation avec Apollon !

    Parmi les maitres présumés de Pythagore, il y aurait Thalès de Milet et le disciple de celui-ci, Anaximandre de Milet qui lui auraient fait découvrir la philosophie ionique. Thalès était aussi un mathématicien et il aurait mesurer la hauteur des pyramides d'après leur ombre. Penseur ultime, sa distraction le fit tomber dans un puit, selon la légende. Pour Thalès enfin, tout reposait sur le principe de l'élément "eau".

    Pythagore aurait eu de même un ensemble de précepteurs mythiques. Il aurait été initié par Orphée et donc à l'orphisme ! L'enseignement d'Orphée est en rapport avec Dionysos et aussi avec la tradition égyptienne et le mythe d'Osiris. Orphée serait originaire de Thrace ou de Crète, lieu de passage des pensées venues d’Égypte.

    Pythagore aurait accompli un certain nombre de voyages - comme la plupart des présocratiques : en Égypte, en Arabie, en Phénicie, en Judée, à Babylone et même en Inde. On sait par ailleurs les développements des mathématiques à Babylone (système numérique à base 60) et en Égypte où l'agriculture mise en œuvre précocement nécessitait de compter les récoltes !

    Le nom de Pythagore commença à briller entre 540 et 522 av. J.-C. Il fonda d'abord l'Hémicycle à Samos mais dût s’exiler à Crotone vers 530 av. J.-C. à cause du tyran de Samos, Polycrate.

    L'arrivée de Pythagore à Samos, où il fonda la secte des Pythagoriciens, fit grand bruit et l'homme forte impression sur les foules. On pense que sous son influence, Crotone vainquit une ville voisine, Sybaris.

    L'enseignement de Pythagore, dont il ne sera pas question en détail dans ce billet se focalisant sur sa biographie, repose sur l'importance des nombres. "Tout est nombre" clament les pythagoriciens. On doit à Pythagore le théorème qui porte son nom. Il posa aussi les rapports entre mathématiques, musique et astronomie : l'harmonie des sphères. Des problèmes apparurent cependant avec les "nombres incommensurables".

    La légende prêtait à Pythagore des pouvoirs magiques de médium, de guérisseur, des dons d'ubiquité etc... Il aurait eu un fémur en or !

    Mais des histoires de partages de terres attirèrent l'hostilité des habitants de Crotone envers les pythagoriciens. Pythagore aurait alors périt dans une émeute lors d'un incendie ou lynché par la foule parce que refusant de traverser un champ de fèves, un des interdits de la secte étant les fèves ! D'autres "théories" suggèrent que Pythagore mourut plus sereinement en 490 av. J.-C. dans la ville voisine de Métaponte.

    Bref, on est loin de discerner la vérité concernant cette figure des mathématiques et de la philosophie !

    A bientôt !


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  • René Descartes et la philosophie du cogitoOn parle volontiers, à propos du philosophe Emmanuel Kant, de "Révolution copernicienne". Or la pensée de René Descartes, antérieure, constituait elle aussi déjà un tournant majeur qui fit entrer la philosophie dans l'ère moderne, l'âge de raison, en rupture avec la scolastique. Et Kant devait en être en quelque sorte l'achèvement, qui réconcilia rationalisme cartésien et empirisme anglo-saxon dans l'idéalisme transcendantal. Mais de ceci, il sera question une autre fois !

    Descartes en né en 1596 à la Haye, en Touraine et fut admis à l'âge de 10 ans au Collège royal de La Flèche tenu par des Jésuites. De santé fragile, il bénéficie d'un traitement de faveur et en gardera un goût pour la méditation. Ces années furent d'un profond ennui pour le jeune élève qui se met à rêver d'une science renouvelée et fondée sur les mathématiques et leurs certitudes.

    Descartes obtient une licence de Droit à Poitiers en 1616 et s'engage en Hollande dans la vie militaire et la Guerre de Trente Ans. C'est un escrimeur émérite et il écrira d'ailleurs un petit traité sur le sujet !

    Lors de ses voyages, Descartes rencontre le mathématicien Isaac Beeckmann qui stimule son intérêt déjà vif pour les mathématiques. Dans la nuit du 10 au 11 novembre 1619, Descartes aura une sorte de révélation, en l’occurrence sous la forme de trois rêves, alors qu'il est en garnison avec les troupes de Bavière. Sa mission sera désormais de jeter les "fondement d'une science admirable" ! Héritier d'une petite fortune familiale, il reprend la route en Hollande, en Allemagne, en Suisse, en Italie et en France.

    Descartes se lance alors durant dix ans dans des travaux considérables dans divers domaines des sciences, compilant notamment des travaux d'autres savants sans nécessairement les citer, œuvrant dans les domaines de la mécanique, de la météorologie ou de l'optique - entre autres. Il songe à publier en 1633, un Traité du monde et de la lumière où il reprends les idées de Galilée sur l'héliocentrisme mais le procès de ce dernier l'incite à la prudence et il n'en publie finalement que trois extraits : Dioptriques, Météores et Géométrie. Il y adjoint une préface qui sera le célèbre Discours de la méthode.

    Dans ce texte fondateur, Descartes part d'éléments biographiques puis se propose de refonder le savoir sur de nouvelles bases. Notre savoir serait en effet constitué d'idées reçues, apprises par habitudes et dont on peut douter ! Il s'agit de pratiquer un doute méthodique ! Partant de là, la seule chose dont on ne peut douter est que l'on doute ! Et si l'on doute, c'est que l'on existe ! C'est le fameux "Je pense donc je suis". Mais est-ce suffisant pour reconstituer tout le savoir ? En réalité, il y a de la marge !

    Car Descartes devra par la suite expliciter son propos, notamment dans les six Méditations métaphysiques. De fait, la "méthode" de Descartes est réellement explicitée dans le Traité du monde - mais Descartes renonça à le publier ainsi que dans un texte de jeunesse les Règles pour la direction de l'esprit où le philosophe énonce 21 règles, là encore bien insatisfaisantes !

    La méthode cartésienne n'est donc pas une méthode infaillible car la science nait aussi de l'expérimentation et de la confrontation des idées entre savants amis ou rivaux. Descartes eu d'ailleurs de nombreuses polémiques avec d'autres penseurs ! Ce fut le cas avec Pierre de Fermat à propos d'erreurs dans la Dioptrique, avec William Harvey à propos de la circulation sanguine, à propos du vide auquel Descartes ne croyait pas, disputes encore avec Thomas Hobbes.

    Descartes jouit cependant vite d'une renommée internationale - et n'a pas en effet totalement démérité ! En octobre 1649, il est invité par la Reine Christine de Suède et prend un coup de froid lors du déplacement qu'il en décède d'une pneumonie le 11 février 1650. Son corps est transporté en France en 1667, au cimetière de Saint-Germain-des-Prés et son crâne est dérobé et vendu aux enchères avant de trouver sa place dans un petit musée de Touraine !

    Singulière vie que celle de l'inventeur du "Je" !

    A bientôt !


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  • Paul Ricoeur est l'un des philosophes français les plus importants du XXème siècle. Je lis en ce moment une anthologie de ses textes en Points Essais, textes que je ne présenterais pas dans le détail - gardant cela pour plus tard. Je vais me contenter d'éléments biographiques et des grandes lignes de sa pensée.

    Il est né en 1913, perd ses parents très tôt. Sa famille est de confession protestante. Il a fait son apprentissage philosophique dans les Paul Ricoeurannées 1930 avec Gabriel Marcel. En 1948, il est nommé à l'Université de Strasbourg, en 1956, professeur à la Sorbonne et en 1964, il rejoint le département philosophie de l'Université de Nanterre.

    En 1970, il est nommé à l'Université de Louvain où se trouvent les vastes archives Husserl, une opportunité pour Ricoeur qui se lance dans leur étude qu'il avait commencé lors des années 1930.

    Ricoeur a fait son étude de la phénoménologie et a publié de nombreux travaux d'herméneutique, la science de l'interprétation des symboles. Pour lui, toute action humaine s'exprime nécessairement sous forme de symboles dont la fiction narrative n'est qu'un des aspects.

    Le philosophe s'est intéressé au langage, a décortiqué la métaphore dont le pendant ontologique est la passage du visible à l'invisible. L'Histoire est également au coeur de ses préoccupations et il montre qu'elle est toujours nécessaire une fictionnalisation au sens de mise en récit, d'arrangement de faits contenus dans des documents et des archives, lesquelles ne contiennent pas cette mise en récit. Toute historien ferait donc un recours à son imagination après l'étude des archives. Ricoeur traite aussi du devoir de mémoire.

    Ricoeur pose aussi la question du sujet, de l'Ego cogito cartésien. Il se penche aussi sur l'immanence et la transcendance et sur les textes bibliques. On l'a accusé de pratiquer une crypto-théologie alors que lui revendique le point de vue d'un agnostique.

    L’oeuvre de Paul Ricoeur commence après la Seconde Guerre mondiale et connait son heure de gloire dans les années 1980. Citons quelques titres : Philosophie de la volonté (1950), Histoire et vérité (1964), Le conflit des interprétations (1969), La métaphore vive (1975) ou encore Temps et Récit (1983 - 1985). D'autres textes suivront dans les années 1990 sur le sujet parlant et agissant, l’exégèse biblique ou l'histoire.

    Ricoeur se revendique de l'herméneutique qui se situe à contre-courant du structuralisme en vigueur.

    Voilà pour le moment - je reviendrais sur l’œuvre de Paul Ricoeur dans un prochain futur !

    A bientôt !

     


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  • Histoire de la pensée - Lucien JerphagnonLucien Jerphagnon - qui nous a quitté en septembre 2011 - était un historien et philosophe français d'une très grande érudition et qui possédait le talent d'expliquer simplement et clairement les choses dans ses ouvrages et ses exposés. Il était par ailleurs un spécialiste de la pensée grecque et romaine.

    On ne peut qu'avoir le vertige en pensant à la somme de connaissances qu'il a accumulé au cours de sa vie, les livres lus, les réflexions engagées, pour rédiger un ouvrage tel que Histoire de la pensée - D'Homère à Jeanne d'Arc. Je vais ici en faire un compte rendus très survolant mais rien ne m’empêchera dans le futur de revenir sur certains de ces philosophes de l'antiquité ou du Moyen-âge dans des billets comme j'ai déjà pu en faire sur Platon, Aristote ou Diogène de Sinope.

    Les bornes sont posées : Homère d'une part, soit le temps des mythes, Jeanne d'Arc d'autre part, un autre "mythe" en quelque sorte mais ancré dans un contexte nouveau, le christianisme est passé par là entre temps !

    Lucien Jerphagnon revient sur la pensée antique qu'il possède sur le bout des doigts. Je vous ai déja parlé rapidement des Présocratiques, de Socrate, de Platon, d'Aristote ou d’Épicure. On retrouve aussi les stoïciens et tant d'autres. L'antiquité fut un âge d'or de la pensée puis vinrent les invasions barbares et des textes disparurent. On ne retrouva Aristote qu'au XIème siècle par le biais des penseurs juifs et arabes auxquels les occidentaux furent confrontés par le biais des croisades !

    Entre temps, le christianisme s'était imposé par le biais de Saint Paul de Tarse et de l'Empereur Constantin, convertit à la nouvelle religion. La philosophie allait devoir s'adapter face à la théologie. Elle devint alors soit superflue, soit devait aider à justifier sa foi.

    Augustin d'Hippone devait fournir des textes importants et fondateurs pour la théologie entre le IVème et le Vème siècle après J.C. Saint Augustin est l'auteur des Confessions et de la Cité de Dieu où il "confesse" son illumination.

    Le Néoplatonisme devait succéder au platonisme par le biais de Plotin, Porphyre, Boèce et être "recyclé" par le Christianisme.

    Il y eut aussi dès les premiers siècles après J-C tout un tas de courants gnostiques qui se firent supplanter.

    Puis ce fut la chute de l'Empire romain et le véritable moment où on entra dans une période de régression intellectuelle. Quelques penseurs de cette époque : Boèce ou Frédégise...

    Les résurgences néoplatoniciennes se firent ensuite jours avec le Pseudo-Denys et Jean Scot Erigène.

    Puis l'An Mil et toutes ses inquiétudes dont on retiendra Anselme de Cantorbéry comme figure marquante.

    Il y eu ensuite un véritable renouveau de la pensée - mais toujours dans un contexte religieux - au service de la Foi - XIème, XIIème et siècles suivants : création des ordres mendiants, des Universités, les figures marquantes d''Abélard, de Thomas d'Aquin, de Raymond Lulle et aussi hélas la naissance de l'Inquisition pour contrer les idées jugées hérétiques !

    A un moment, la pensée au Moyen-âge va avoir tendance à se scléroser à travers la scolastique qui a si mauvaise presse !

    On termine avec le XIVème siècle et Guillaume d'Ockham qui vient faire un grand "nettoyage" de la pensée ou encore Maitre Eckhart.

    Je ne rentre pas ici, dans ce billet sur le détail du propos. Jerphagnon précise tout du long l'évolution historique des faits, des Idées, des biographies et des thèses des philosophes présentés. Il y a de nombreux points théoriques abordés - toujours de manière claire et compréhensible pourvu que l'on soit bien concentré sur sa lecture (rien n'empêche de relire !), des points comme la question des universaux, de l'acquisition de la connaissance etc...

    A lire comme introduction à la pensée de ces époques passionnantes !

    A bientôt !


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  • Voici venir une nouvelle pause philosophique consacrée à l'Apologie de Socrate, que l'on peut comprendreApologie de Socrate - Platon comme une apologie sur Socrate déclamée par Socrate (et écrite par Platon comme tous les textes mettant en avant Socrate).

    Petit rappel : en 399 avant JC, Socrate est accusé d'impiété, de corruption de la jeunesse et de pratique de religions nouvelles, par Anytos, chef de la démocratie restaurée par la révolution de 403 avant JC. Il est condamné à mort, boit la cigüe et demande de "sacrifier un coq à Esculape".

    L'Apologie de Socrate constitue sa défense face à ses accusateurs. Socrate en distingue deux sortes, les accusateurs de longue date et les nouveaux. Il considère s'être attiré de nombreuses inimitiés en soumettant à examen le discours d'orateurs, de poètes et d’artisans. Par ailleurs, l'Oracle de Delphes a affirmé que lui, Socrate, "est le plus savant". Il y a là un paradoxe célèbre : Socrate est le plus savant car lui "sait qu'il ne sait rien".

    Contrairement aux sophistes - que Platon ne cessait de dénigrer - Socrate ne dispensait pas sa "sagesse", sa philosophie, pour de l'argent. Mais parce que son démon - son daïmon - son dieu, et en cela, il ne peut être accusé d'impiété - le lui demandait. De même, il refuse d'entrer dans la carrière politique, s'estimant plus utile à sa place de quidam.

    Il y a bien d'autres points et subtilités abordés dans cette " Apologie". Je ne rentre pas dans les détails - pour l'instant ! Socrate, par manque de temps pour étayer son propos et aussi parce qu'il refuse d'apitoyer les juges, sera condamné - de peu...

    Il termine en se préparant à entrer dans la mort, refusant l'exil pour ne pas se désavouer et de ce fait, il rejoint Homère, Ulysse ou Orphée et accède à une forme d'immortalité.

    A bientôt !


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  • Nous allons maintenant nous attacher à un rapide survol de Phèdre, un autre texte de Platon (nous avions déjà parlé du Banquet), investigation qui ne peut être que très incomplète tant Phèdre est un texte dense, d'une difficulté abyssale et extrêmement brillant !

    Alors qu'il chemine, Socrate croise son ami Phèdre qui est saisi d'enthousiasme débordant car il vient d'entendre un discours - qu'il juge parfait - de Lysias sur la question suivante : vaut-il mieux se tourner vers quelqu'un qui vous aime ou porter de l’intérêt à celui qui ne vous aime pas ?

    Socrate écoute alors le jeune homme lui rapporter le discours tel qu'il l'a retenu et d'après ce qu'il en a noté. Il apparait - en simplifiant grandement - qu'il vaut mieux éviter celui qui vous aime car l'amoureux cherche à rabaisser l'aimé.

    Socrate/Platon utilise alors un premier mythe dans ce texte, celui des âmes ailées.

    L'âme immortelle possède des ailes, et les perds, tombant dans un corps mortel. Elle parcourt des cycles et peut s'approcher du Beau, du Bien, du Vrai, dans le sillage des dieux.

    L'âme est un attelage de deux chevaux, un bon cheval obéissant et un cheval capricieux tous deux menés par un cocher qui a du mal à faire aller l’attelage comme il faut.

    Eros, l'amour, est une folie envoyée par les dieux, une sorte de Daimon, qui est source d'inspiration. Le comportement des amoureux dépends de la manière dont ils mènent leur attelage respectif. L'amoureux veut retrouver le Beau qu'il a contemplé dans son passé d'âme ailée - c'est donc une réminiscence.

    Socrate/Platon soutient donc dans Phèdre une thèse et son antithèse. Synthèse ? Non ! On n'est pas en classe de Terminale ! S'ensuit après cela, des arguments sur la rhétorique où l'art de convaincre - qui se justifie plus lorsque ce ne sont pas de simples artifices mais que le sujet sur lequel on parle nous est bien connu. La connaissance de la Vérité est un préalable au discours.

    Il y a ensuite un deuxième mythe, le mythe de Teuth où il est question de l'écriture comme mémorisation/remémoration. Bernard Stiegler parle à propos de l'écriture d'un pharmakon, un remède, un poison et un bouc-émissaire. Platon est très méfiant vis-à-vis de l'écriture qui ne doit servir que les plus hautes idées.

    Voilà, je résume en gros et de manière très maladroite une lecture à chaud sans prise de notes. Il existe des bibliothèques entières sur ce livre. Mais bon, je voulais vous en parler et surtout dire qu'il est important parce qu'il comporte deux mythes : l'âme ailée et Teuth. Platon est surtout connu pour son allégorie de la caverne (République, livre VII) et le mythe de l'Atlantide (le Timée). Il y a en tout une douzaine de mythes dans son œuvre !

    J'aurais l'occasion de revenir sur Platon et aussi de livrer des analyses plus poussées que ci-dessus car j'envisage des études de philosophie - et d'Histoire - l'année prochaine !

    A bientôt !


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  • Né en 1959, Michel Onfray est un philosophe contemporain qui a placé l'hédonisme, l'athéisme et l'anarchisme individualiste au coeur de son œuvre qui comporte à ce jour une cinquantaine d'opus. Il est titulaire d'un doctorat dans sa discipline et est originaire de l'Orne. Son centre de gravité géographique est Caen, loin des diktats parisiens.

    Manifeste hédoniste - Michel OnfrayEn 2002, suite à l'arrivée au second tour des présidentielles de Jean-Marie Le Pen, il décide d'abandonner son poste de professeur de lycée car une prise de conscience citoyenne générale est alors nécessaire dans le pays. Il fonde la même année, l’Université Populaire de Caen qui dispense à tous un savoir de qualité et gratuit sans prérequis de diplôme et n'en délivrant d'ailleurs pas. Dans ce cadre, il expose depuis 12 ans sa "Contre-Histoire de la philosophie".

    Le Manifeste hédoniste s'inscrit dans ce mouvement. Michel Onfray s'oppose à la philosophie officielle, celle qu'a retenue l'Histoire et qui est enseignée à l'Université, une doctrine qui repose sur et fonde le christianisme, selon Onfray, sur le déni du corps et la pratique des passions tristes. Onfray est un gros travailleur. Il fournit toujours d'abondantes bibliographies à l'appui de ses travaux, s'attachant toujours au contexte dans lequel nait une pensée. Ainsi, pour Freud, il a retracé le parcours de l'homme, pas seulement sa théorie ! Ce qui lui a valu de vives critiques pas toujours justifiées !

    Le Manifeste hédoniste s'organise en deux temps : d'abord la présentation de l'esprit "hédoniste" selon six approches : Psychologie,Éthique, Esthétique, Érotique, Bioéthique et Politique. Ensuite, une série de textes de contributeurs qui illustrent le propos précédent. Le tout est très éclairant !

    Onfray pense la philosophie dans l'action. Selon lui, les multiples petites initiatives individuelles peuvent générer de puissantes forces de contestation : la microrésistance face à notre "crise" actuelle. Les contributions de la seconde partie en donnent des exemples.

    Onfray y fait parler ses "coups de coeur" dans divers domaines : l'art contemporain (Titouan Lamazou), la cuisine, la musique (Juliette), le Rire (Guy Bedos) ou la photographie (Bettina Rheims). On voit à chaque fois que l'on affaire à des artistes à contrecourant de la doxa, de l'académisme.

    Il laisse aussi à d'autres le soin de présenter ses propres initiatives : l'Université Populaire de Caen, l'Université Populaire du goût d'Argentan, deux projets dont le succès ne se dément pas, les participants venant en nombre et souvent de loin ! D'autres projets, ces petits riens qui forment de grands tout sont mis en éclairage : La Source pour initier les enfants en difficulté à l'art ou slow-food pour une alimentation réfléchie basée sur le plaisir!

    Bref, ce livre vous montrera que dans nos temps très sombres, des alternatives existent, encore faut-il avoir le courage d’adapter nos modes de vie à nos idées !

    Merci Monsieur Onfray !

    A bientôt !


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  • La pensée d'Edgar Morin est une pensée complexe, non totalisante et ce grand homme revient sur les philosophes qui l'ont aidé a forger ces idées dans Mes philosophes.Mes philosophes - Edgar Morin

    Mais ce livre n'inclut pas que des philosophes à proprement parler ! Certes, il y a Héraclite, Descartes, Hegel, Heidegger mais aussi des littéraires (Proust, Dostoïevski) et un compositeur (Beethoven).

    On commence avec Héraclite, que Morin a découvert très tôt et qui est venu féconder ses lectures ultérieures. Avec ce présocratique, "tout coule" à l'instar du fleuve et le monde est impermanence où les contradictions sont signes de vérité. Morin note des similitudes avec le Tao, à la même époque, dans l'antiquité. Il y a aussi la plus fondamentale des contradictions, les liens entre vie et mort, s'incluant réciproquement !

    Ensuite, deux chapitres, un sur le bouddhisme où le monde est aussi impermanence, un sur Jésus qui promet une victoire sur la mort.

    Abordons ensuite Montaigne et deux de ses traits : le scepticisme et la tolérance. Morin souligne que Montaigne est, comme Spinoza, comme Marx, comme Freud, un post-marrane. Montaigne nous apprend, dans sa connaissance de lui-même que chaque homme porte en lui l’humaine condition de toute l'humanité.

    Je ne m’appesantirait pas sur Descartes qui introduit le sujet comme transcendance où le moi objectivé se resubjective en moi-je. Morin analyse à son tour le cogito.

    Spinoza nous livre l'idée d'une nature autocréatrice.

    Vient ensuite Pascal qui pose l'incertitude et le doute et est connu pour son pari sur l'existence de Dieu et ses angoisses face à l'infiniment petit et l'infiniment grand !

    Morin apprécie tout particulièrement Rousseau qui réfléchit sur la nature et veut une régénération éthique de l'humain ou encore réconcilier raison et sentiments, Lumières et Romantisme. Dans son Premier discours pour l'académie de Dijon en 1750, Rousseau établit un lien entre morale et progrès qui mènera à nos considérations actuelles notamment sur l'écologie. Rousseau se fait aussi pédagogue. Morin aussi en déclarant vouloir " intégrer l'énergie critique des Lumières mais dépasser leur rationalité abstraite".

    C'est ensuite au tour d'Hegel d'entrer en scène dans le livre de Morin car Hegel est le penseur de la "contradiction et du devenir" qui pose et veut la vérité dans la totalité dans un mouvement "encyclopédant" et à coups de dialectique. On est face à la quête du savoir total et absolu qui est en fait une illusion car la totalité se fait et se défait dans le devenir. Il faut se nourrir des contradictions : le "Vernunft". Ces contradictions sont irréductibles et c'est la grande découverte que fait Morin pour lui-même à cette lecture. Il existe des "ruses de la raison" qui produisent des scories de l'Histoire que l'on ne peut décider. Le concret équivaut à la complexité et Morin fait évoluer la dialectique hégélienne en dialogisme, avec des contradictions indépassables et complémentaires.

    La lecture de Hegel se complète généralement avec celle de Marx et sa praxis révolutionnaire et la notion d'"homme générique". Marx a voulu relier sciences humaines et sciences biologiques et développer les potentialités de l'être humain. Morin a été résistant durant la Seconde Guerre Mondiale et en même temps un communiste stalinien mais il procédera à des révisions personnelles à la fin des années 1950. En un certain sens, pour lui, Marx dépasse Hegel mais il y a nécessité aujourd'hui d’élargir le marxisme - de le dépasser à son tour - avec le pouvoir de l'imagination.

    Arrive ensuite le premier écrivain de mes philosophes, Dostoïevski suivi de toute l'humanisme russe et sa compassion pour la souffrance. Ce génie littéraire a mis l'accent sur le délire humain et les incertitudes de l'homme qui peut être possédé par des idées aussi bien que par des démons.

    Dostoïevski est suivi par Proust qui a su comme lui montrer la multiplicité et la complexité humaine - jusque dans sa phrase ! Ce sont les boucles rétroactives du style proustien et la mise en valeur de la vie subjective dans un élan impressionniste !

    On ne pouvait éviter de parler des psychanalystes : Freud et derrière lui Rank, Jung et Ferenczi. Il est question du rapport à la mort et de la nature semi-imaginative de l'homme qui conduit au névrose qui sont des compromis avec la réalité au moment où le roman commence à explorer la multiplicité de nos identités comme on l'a vu avec Proust mais aussi Joyce et Faulkner !

    Morin aborde ensuite l'Ecole de Francfort avec Adorno, Horkheimer et Marcuse qui ont livré une critique de la raison instrumentale qui conduit au totalitarisme. Ces penseurs ont sur revisiter le marxisme de l'intérieur dans une perspective plus fructueuse que celle d'un Althusser. Concernant la raison, ils ont montré qu'en son coeur naissait la rationalisation. Il y a aussi, place Morin, de la vérité dans les contradictions et non dans la totalité ! Et de préciser que les révolutionnaires sont des marginaux éloignés de la pensée générale.

    Un chapitre est ensuite consacré à Heidegger qui pose le progrès technique comme ressaisissement du monde. Morin souligne à cette occasion qu'il y a deux barbaries : une du fond de l'Histoire et une de progrès glacé et remarque cette nouvelle contradiction dévoilée par Heidegger : le foisonnement des connaissances sur l'homme rend l'homme inaccessible ! D’après Morin, ceci est du à une compartimentations des savoirs, un flou artistique général !

    Un long chapitre séquencé ensuite sur les penseurs de la science : Bergson et la créativité naturelle, l'"élan vital" et le rapport ordre/désordre, Bachelard et sa complexité du réel, complexité qui est non réductible ou Piaget qui analyse les rapports entre les sciences et pose la connaissance inscrite dans la vie. Il y en a d'autres, des penseurs de la science qui sont mentionnés : Von Neumann, Popper ou Husserl !

    Un chapitre court sur le surréalisme et le lien entre prose/poésie qui équivaut à utilitarisme/émerveillement où le rôle de l'imaginaire qui vient compléter la raison pour connaitre le réel !

    Un mot ensuite d'Ivan Illich, ce penseur de 1970 qui dévoile le mal-être psychique comme enjeu de civilisation.

    Enfin, est évoqué la "pensée sublime" de Beethoven !

    On voit donc que toutes les lectures qui ont fait le parcours de Morin se complètent les une les autres dans un rapport dialogique.Morin ajoute que plus nous nous connaissons nous-même, plus nous connaissons le monde et réciproquement.

    L'idée maitresse à retenir est qu'il vaut avoir recours à la Reliance - confronter dialogiquement les idées - pour espérer quelques brides de connaissance d'un savoir total inatteignable à jamais !

    Comme vous le voyez, il y avait beaucoup à dire ! Un livre peu épais mais très dense !

    A bientôt !

     


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  • Je vais revenir dans le monde de la philosophie avec un billet - le 499ème - sur le plus célèbre des six Diogène de l'Antiquité, Diogène de Sinope (413 - 327 avant JC), celui dont on disait qu'il vivait dans un tonneau. En fait, il s'agissait d'une grande amphore, la barrique étant une invention des Gaulois !

    Diogène de SinopeIl faut rester très prudent sur les biographies des hommes de l'Antiquité, biographie que l'on ne reconstitue que par morceaux et qui mélangent la légende forgée par les disciples.

    Ce Diogène là était né d'un banquier véreux qu'il accompagna en exil. Arrivé à Athènes, Diogène s'attacha au pas d'Antisthène, un philosophe qui plaidait pour le plus grand dépouillement et dont l'enseignement était centré sur l'éducation, précepte qu'il tenait lui-même de Socrate.

    Diogène fut d'abord tenu à l'écart - à coup de bâtons, par les autres disciples d'Antisthène mais il fut finalement accepté en leur groupe !

    Diogène développa sa propre philosophie par la suite, au sein de sa pithos -son amphore - et vivait à contre-courant de la cité grecque, se disant "citoyen du monde". Il voyageait d'ailleurs beaucoup, d'Athènes à Corinthe, au fil des saisons. Il se rapprochait ainsi de l'idée de mondialisation telle qu'Alexandre le Grand put la mettre en œuvre.

    Une autre caractéristique des cyniques avec le dépouillement est leur liberté de paroles -même avec les Puissants - et leur liberté d'action. Diogène n'hésitait en effet pas à se livrer à la copulation en public. Le terme cynique a pour racine le chien car on les accusait de vivre comme des chiens.

    Diogène voulait "choquer le bourgeois". C'était plutôt une mise en scène qui rappelle celle des prophètes bibliques. il s'agit pour les cyniques et Diogène de remettre en question la société et ce que nous tenons pour des valeurs sures et qui ne sont souvent que des préjugés. Diogène est donc un contestataire.

    Pour Diogène, il y a la Nature et c'est tout ! On est donc dans une pensée matérialiste,à l'opposé de l'idéalisme de Platon. Matérialisme et idéalisme, ces deux courants opposés de pensée de la philosophie sur lesquelles Michel Onfray discours abondement depuis 11 ans dans sa "Contre-Histoire de la Philosophie".

    Ce que professe Diogène, au final, c'est une recherche de la liberté, en vivant en autarcie, avec les moyens les plus simples, afin de trouver le bonheur. Un franciscain avant la lettre ?

    Pour clore ce billet, je dirais que je l'ai rédigé avec sur les genoux le livre de Lucien Jerphagnon, Histoire de la pensée, un excellent ouvrage que j'ai déjà utilisé pour mes articles !

    A bientôt !


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  • Je vais maintenant vous présenter de manière très rapides certains des concepts de base de la philosophie d'Aristote en m'appuyant sur le livre de Lucien Jerphagnon - que j'admire beaucoup par ailleurs ! - Histoire de la pensée -pages 145 à 184 !

    Dans le célèbre tableau de Raphaël, l’Ecole d'Athènes, Platon montre le ciel - et le monde des Idées tandis qu'Aristote pointe le doigt vers le sol. En réalité, la différence entre les deux philosophes ne se situe pas à ce niveau-là : idéalisme contre matérialisme.

    Aristote ne sépare plus le monde des essences et le monde confus des expériences sensorielles. Plutôt, il divise le monde entre un domaine supralunaire -les astres- où les choses sont immuables et à leur place et où réside le théos et un domaine sublunaire où les objets et les êtres deviennent, sous l'impulsion d'un Premier Moteur, nôtre monde.

    Il est très difficile pour nous d'appréhender cette vision du kosmos, nous post-modernes qui sommes passés par Copernic, Kepler, Galilée, Descartes et Newton !

    Chaque chose est composé de matière -ainsi les briques d'une maison - et va prendre une forme - la maison. Les briques sont des choses en puissance et la maison une chose en acte. Matière et forme sont ensemble ce qu'Aristote désigne comme la substance qui peut être ensuite sujet.

    Il distingue aussi quatre causes : les matériaux de construction sont la cause matérielle, l'architecte la cause formelle et la maison le but final, la cause finale, les ouvriers enfin sont la cause efficiente.

    Les substances peuvent être sujet et sont alors liées à des prédicats. Ce sont les catégories d'Aristote qui sont au nombre de dix : essence, quantité, qualité, relation, lieu, temps, position, avoir, action et passion.

    L'homme dispose d'une intelligence végétative, sensitive et intelligible et est le seul être pourvu d'un logos ( le verbe et la raison).

    Dans les Analytiques, Aristote développe une "science" du syllogisme. Exemple : Les hommes sont mortels (Grand Terme ou Majeur), Socrate est un homme (Petit Terme ou Mineur) donc Socrate est mortel (conclusion).

    Aristote va s'interesser à de nombreux sujets : physique, biologie, arts, politique.

    J'aurais l'occasion d'y revenir plus en détail dans le futur !

    A bientôt !


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  • Même si j'ai la possibilité de suivre des enseignements de philosophie à la faculté, je m'intéresse aussi à cette discipline par moi-même, en dilettante et hors des murs de l'institution, en écoutant notamment les discours de personnes comme Michel Onfray, Bernard Stiegler (dont je vous recommande le site Pharmakon !) et Luc Ferry.

    C'est sur Luc Ferry que nous allons nous arrêter aujourd'hui et sur son ouvrage Apprendre à vivre ("je vais te raconter l'histoire de la philosophie" précise le bandeau -le ton est au tutoiement). C'est le premier d'une série d'ouvrages dont le tome 2 porte sur les mythes.

    La philosophie à l'université est devenue technique mais elle est bien plus que cela et revêt trois aspects qu'expose Luc Ferry : la theoria (discours de la connaissance), la morale et l'éthique (manière de se comporter vis-à-vis d'autrui) et enfin une sotériologie (doctrine du salut). C'est tout en gardant à l'esprit ces trois axe que notre philosophe avance dans l'histoire de la philosophie au fil de six chapitres.

    Il y a tout d'abord la philosophie des Anciens, celle de Socrate, de Platon, d'Aristote, des stoïciens et des épicuriens. Le cosmos, harmonieux et divin, est au centre de tout. La theoria consiste à le contempler. Le rôle de l'homme consiste à être à sa place dans l'harmonie : c'est une vision aristocratique. De plus, le salut, pour les stoiciens consiste à ne considérer que le présent, ici et maintenant et non le passé ou/et le futur.

    Puis, les monothéismes - en particulier le Christianisme - sont présentés. Pour le Christianisme, le Verbe s'est fait chair et le divin est en la personne du Christ. Ce n'est plus la raison qui prévaut mais la foi. Le Christ doit racheter la Chute et promet - pour qui a la foi - la vie après la mort. La morale réside dans l'amour d'autrui et le savoir vient des sources d'autorité.

    Ensuite vient la modernité, avec l'Humanisme, avec Descartes qui introduit le sujet et avec les Lumières. L'attention est portée sur Rousseau qui annonce que l'homme se différencie de l'animal par sa liberté. Alors que l'animal n'obéit qu'à son instinct, son "programme", l'homme peut se perfectionner : c'est le sens de "grandir". La science se développe et à alors pour finalité la liberté et le bonheur. L'homme occupe la place centrale.

    Succède à cette période, la post-modernité et la "Déconstruction". Ce sont Nietzsche, Freud et Marx, qui mettent à mal les valeurs traditionnelles. Nietzsche récuse toute forme d'idéalisme et instaure le matérialisme. Le socialisme, le scientisme, le communisme et les idées démocratiques des Lumières sont accusés d'être autant d'idéalismes !

    Nietzsche fait de "la philosophie au marteau". Il invente les concepts de '"Éternel Retour" et de l'"Amor Fati" : vivre le présent (reprenant les stoïciens et le bouddhisme), concilier les "forces réactives" (forces qui s'opposent) et les "forces actives". Il s'agit de vivre sa vie au maximum, c'est la "Volonté de Puissance" qui donna lieu à tant d'interprétations erronées et dommageables ! Ferry note que ce matérialisme renonce à faire sa propre autocritique.

    Dans le dernier chapitre, Luc Ferry plaide pour un nouvel humanisme. En effet, la decontruction - et les avant-gardes artistiques - ont permis en quelque sorte, en plaidant pour l'ici et maintenant - la mondialisation où la finalité de l'homme est éclipsée. Heidegger avait bien perçu la "technicisation" du monde. Et si la transcendantalité des Anciens et du Christianisme ("Dieu est mort") ont été battu en brèche, un courant de pensée philosophique, héritier de Kant, procède d'un nouvel humanisme post-nietzschéen à savoir à travers Husserl qui pose une "transcendance dans l'immanence" : pour faire court, il y a de l'"invisible" dans le réel, un horizon indépassable (les faces cachées à notre vue d'un cube par exemple). Par ailleurs, le temps de l'autoréflexion est venu !

    Le défi de la philosophie moderne - et c'est le mot de conclusion (provisoire ?) de l'auteur de ce livre didactique - est de construire une philosophie de notre temps, le XXIème siècle (pas forcément à l'Université !).

    A bientôt !

    COMPTE A REBOURS ...9


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  • Arthur Schopenhauer est le premier philosophe contemporain, le premier de ceux que Paul Ricoeur a appelé les philosophes de "l'Ere du Soupçon" (Nietzsche, Freud, Marx).

    Je vais m'interesser à son écrit Sur la Religion que j'ai lu dans une édition partielle, celle de la collection "Les Livres qui ont changé le monde" (Le Monde/Flammarion) et dont je commenterais les grandes lignes.

    Schopenhauer livre une attaque en règle contre les religions monothéistes. Dans le premier fragment de l'ouvrage tiré des Paralipomena, le fragment 174, le philosophe met en scène un dialogue entre Démophèle (qui défend la religion) et Philalèthe (qui la critique de manière virulente).

    La religion se voit reproché de présenter du vrai sous l'apparence du faux, ou encore de recourir à des allégories pour se faire comprendre. A contrario, la philosophie tente de discerner le vrai sensu proprio. La religion a recours à de tels artifices car elle s'adresse aux masses, aux gens de tous niveaux intellectuels alors que la philosophie est réservée à une élite. Philalèthe reproche ce procédé à la religion. Il reconnaît que la masse doit s'élever en pensée mais ne peut le faire car engluée dans le labeur. il plaide pour une évolution intellectuelle de l'humanité.

    Démophèle reprend ensuite l'argument de Voltaire à savoir que la religion est le garant de la morale et de l'Ordre Public. A quoi son interlocuteur rétorque que la religion est un moyen d'asseoir le pouvoir et de citer les croisades et la Saint-Barthélémy.

    D'autre fragments complètent cette édition dont une intéressante généalogie du monothéisme - le Judaïsme découlerait d'un culte babylonien - et un plaidoyer pour les droits des animaux.

    Schopenhauer est donc très critique du Judaïsme, du Christianisme et de l'Islam et les oppose aux religions d'Orient. Le philosophe était en effet très influencé par le Bouddhisme.

    Je me rends bien compte que mon exposé est très incomplet. Le mieux - si cela vous interpelle - est de lire vous-même ce penseur dont on a fait à tort un philosophe du pessimisme.

    J'avais déja eu l'occasion de vous parler du Traité d'Athéologie de Michel Onfray. Le philosophe de l'Orne puise sa pensée notamment chez Schopenhauer. Donc vous savez où chercher...!

    A bientôt !


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  • Le présent billet a pour objectif de faire le lien entre les précédentes considérations sur les Présocratiques, Socrate, Platon, Aristote, Epicure... bref le panorama de la philosophie que j'ai entamé sur ce blog ( et qui s'étendra sur la durée) et un exposé réalisé dans le cadre de mes études et disponible sur inlibroveritas, sur "Mythologie et littérature" chez Michel Tournier.

    Je m'appuie pour le rédiger sur le brillant ouvrage du regretté Lucien Jerphagnon : Histoire de la pensée - D'Homère à Jeanne d'Arc et sur le chapitre "du mythe au discours rationnel".

    L'Age du Mythe est une appelation après-coup ou le réel commence à se mettre en place. L'Homme préhistorique a pour préoccupation principale sa survie qu'il assure au moyen de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Une avancée majeure s'opère avec la découverte de l'agriculture et de l'élevage.

    Dès lors, l'homme, jusqu'alors nomade (car il suivait les migrations du gibier) se sédentarise. Il va inventer la poterie, les mathématiques et l'écriture.

    Avec l'écriture, la civilisation naissante a alors la possibilité de consigner des mythes (mais en réalité l'écriture chez les Sumériens et les Egyptiens sert d'abord à consigner les récoltes et les impôts). C'est ainsi que l'Epopée de Gilgamesh et les mythes homériens, d'abord oraux, sont parvenus jusqu'à nous (en réalité leur mise par écrit eut lieu des siècles après les évènements d'origines).

    Mais revenons aux hommes préhistoriques, du paléolithique à l'age de fer, alors que les communautés ne sont encore que de petits villages. A cette époque, le naturel et le surnaturel se mélangent. On inaugure les premiers rites religieux et les premières sépultures (pour éviter que les cadavres ne soient dévorés par les charognards - et viennent hanter les vivants ?).

    L'Homme prend conscience de sa finitude (il peut mourir) et s'interroge sur ses origines (je vous renvoie aussi au billet " l'au-dela dans les lettres grecques et latines", toujours d'après un article de Jerphagnon). Les mythes renvoient à l'Origine du Monde - Que l'on pense à la Théogonie  du grec Hésiode. il se pourrait que les peintures de Lascaux n'aient pas seulement qu'une valeur esthétique mais renvoient aussi à des questionnements ou à des rites shamaniques (mais ignorant le mode de pensée de nos lointains ancêtres, on n'en sait rien en réalité !). Les Mythes renvoient au "commencement". Penser bien sûr aussi aux textes religieux, à la Bible !

    Les mythes ont une autre fonction : ils permettent de penser l'Homme dans la collectivité. Les mythes sont des réalités pour ceux qui y croient. ils ont un pouvoir structurant sur la communauté. Les veillées, les récits oralisés se transmettent de générations en générations avec peut-être de nouvelles variantes selon les lieux et les temps. Claude Levi-Strauss a introduit la notion de mythèmes, qui sont des sortes d'unités, de motifs de base dans les mythes qui se combinent pour créer ces histoires.

    Le mythe est aussi intériorisation des contraintes. Il fait un peu office de "loi" : les prescriptions et les interdits.

    Mais bientôt, l'Homme va commencer à percevoir des lois dans la Nature (qu'il expliquait jusqu'alors par le mythe), des causes, des effets, des fins (il ne va plus attribuer les phénomènes naturels forcément aux dieux). Un autre équipement intellectuel vient avec le temps ! Ce n'est pas encore l'émancipation d'avec les dieux mais une philosophie naissante.

    La philosophie, avec le temps, prendra le pas sur les mythes. Qu'on ne s'y trompe pas : les mythes ne sont pas des fictions à l'origine mais ils le sont devenus. On peut dire aujourd'hui que "le mythe, c'est l'imagination à l'oeuvre dans sa fonction adaptative, créatrice dans un but pratique d'une projection collective de l'humain." Ceci afin de ne pas vivre dans l'incohérence. Simplement, avec les siècles, des méthodes plus puissantes de connaissance sont venues remplacer les mythes : l'Homme va faire usage de sa raison. Aux mythes succédera la philosophie (en concurrence avec la religion) puis bien plus tard la science fera son apparition. Mais l'Homme parviendra-t-il un jour à obtenir toutes les réponses, on peut se le demander ! Ce n'est pas le but de la philosophie et la science soulève également plus de questions qu'elle n'en résoud !

    Sur ces réflexions profondes, je vous dis à bientôt !


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  • Epicure est l'un des philosophes qui a été le plus calomnié de tout temps. Cependant, à notre époque, sa "côte" est à la hausse, dans un temps dominé par l'utilitarisme et la quête du bien-être. Un disciple du sceptique Pyrrhon d'Elis fut le premier à baptiser Epicure et ses disciples du nom de "pourceaux".

    Epicure serait, selon les sources, né à Samos ou à Athènes (en 342/341 avant JC) et aurait vécu son enfance à Samos.Quoi qu'il en soit en 323, av. JC  il séjourne à Athènes puis un court temps à Mytilène (312 av. JC?) avant de s'établir à Lampsaque. A ce stade, il écrit beaucoup  et commence à professer sa doctrine et à réunir amis et disciples (Métrodore, Timocrate, Idoménée, Léontios, Thémista, Polyène ou Colotès...).

    En 306 av. JC, il revient à Athènes, fait l'acquisition du "Jardin" et ouvre une école. Il meurt en 270 av. JC de la Maladie de la Pierre.Quatorze scolarques vont lui succéder.

    La source principale par laquelle la doctrine d'Epicure nous est parvenue sont les Vies et doctrines des philosophes illustres, dixième livre, de Diogène Laerce ainsi que dans divers témoignages antiques glanés par des érudits. Le texte le plus lu du philosophe est la Lettre à Ménécée.

    La doctrine d'Epicure fonde le bonheur sur la recherche de l'ataraxie ou état de tranquillité de l'âme, c'est à dire absence de douleurs de l'âme. Pour cela, il ne faut rechercher que les plaisirs simples. En effet, le philosophe épicurien classe les plaisirs, les besoins et surtout les désirs en plusieurs catégories. Il y a les désirs naturels dont la satisfaction est nécessaire, les désirs naturels mais non nécessaires que l'on peut contenter occasionnellement et les désirs vains qui au bout du compte vont causer plus de désagréments. Parmi ces désirs vains, il y a la recherche de la gloire et de la richesse et l'engagement dans la carrière politique. C'est en raison du rejet des épicuriens de la vie politique qu’apparaîtront des méfiances de la part des élites romaines lorsque Lucrèce (de 99 à 44 av. JC), auteur de De la nature,  se fera le relais d'Epicure dans le monde latin. Dans ces désirs vains et illimités, Epicure range aussi la passion voluptueuse.

    Parmi les vertus enseignées au Jardin, il y a aussi la philia, c'est à dire l'amitié, montée en grande estime. On évoquera aussi le tetrapharmakos ou Quadruple remède qui enseigne qu'il ne faut craindre ni les dieux, ni la mort et "le bien est facile à contenir, la mal est facile à supporter."

                     (Billet réalisé d'après le dossier "Epicure" du magazine Lire numéro 390 de novembre 2010)


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