• Traité Théologico-politique - Spinoza

    Traité Théologico-politique - SpinozaLe Traité Théologico-politique (en abrégé TTP) est un des deux seuls ouvrages que Baruch Spinoza publia de son vivant, en 1670 et qui fit rapidement l'objet d'une interdiction. L'ouvrage fut publié en Latin et à destination du public lettré. Le philosophe y aborde la question des rapports entre la Philosophie et la Théologie ainsi que celle de la liberté de pensée. Le livre s'organise en deux parties, la première allant des chapitres 1 à 15 aborde la religion et la seconde qui couvre les chapitres 16 à 20 est sur la politique.

    Pour Spinoza, Philosophie et Théologie doivent demeurer indépendantes et aucune ne doit être asservie à l'autre car leurs propos, leurs fonctions, leurs champs d'application ne sont pas les mêmes.

    On a tout d'abord la Religion qui se fonde sur la Foi, s'établit sur la Bible - et Spinoza, accusé par ailleurs d'athéisme, se livre à une exégèse poussée des Ecritures. Il est question dans la Bible de Révélation celle des Prophètes. Or les Prophètes ne recourent pas à l'entendement mais à l'imagination. Dieu leur a adressé des messages par le biais de cette faculté et en fonction de leurs personnalités. Dieu leur a également envoyé des signes pour leur prouver qu'ils ne déliraient pas et les a choisi car ils menaient une vie exemplaire.

    Le plus célèbre de ces Prophètes est Moise qui fonda l'Etat des Hébreux. Le Prophète sert d'intermédiaire entre Dieu et la foule et la plèbe acquiesce à son message par le biais de la Foi. La Bible ne contient pas un savoir spéculatif ou démonstratif mais appelle à l'obéissance et à la soumission. Dans le cas de l'Ancien Testament, il ne s'agit pas de révéler des Vérités Eternelles, la Nature de Dieu ni de gloser  - mais de donner les Lois qui permettront aux Juifs, à leur sortie d'Egypte, de se constituer en Nation.

    La Bible recourt aux miracles, aux récits historiques et à l'expérience car le vulgaire est en proie à la superstition et ressent alors de l'admiration - qui coupe court à toutes réflexion devant les miracles. Le commun vit dans la crainte face à l'incertitude de la Fortune - bien qu'il vive sur le mode de la Contingence car il ignore les causes qui déterminent la Nécessité - et la superstition lui apporte des réponses pour le rassurer.

    La Philosophie, elle, se fonde sur la Raison et recourt à l'entendement. Elle utilise des notions communes mais ces notions communes sont en nous du fait de notre nature qui n'est qu'une manifestation finie de la substance infinie de Dieu. Le vulgaire ne recourt pas à l'entendement bien qu'il s'agisse d'une capacité de tout homme car elle est donnée par Dieu. En effet, la plèbe est distraite par ses passions et la vie au quotidien qui ne sollicite que son imagination qui est à contrario une connaissance amputée.

    La science est la connaissance des causes et comme la cause ultime de tout réside en Dieu, l'entendement consiste en la connaissance de Dieu. C'est le sens de la Loi Divine et de la Béatitude qui est à la fois la finalité et le moyen : parvenir à la connaissance de Dieu - qui est un processus, une quête sans achèvement, jamais un état - et cette connaissance de Dieu est aussi l'Amour de Dieu.

    Dieu est aussi vu comme un monarque qui édicte des Lois - les Décrets de Dieu - qui fixent les Lois de la Nature. Mais cette vision des choses résulte de l'ignorance car Dieu ne prends pas de décisions arbitraires, il ne fait que réaliser ce qu'il entend. C'est une nécessité qui découle de sa nature.

    Dans la partie "politique" après avoir expliqué le fonctionnement de l'Etat Hébraïque, Spinoza pose que le Droit Divin doit être accordé par le Droit du Souverain et en quelque sorte en être séparé. Les monarchies sont alors des monarchies de Droit Divin mais c'est le Souverain qui accorde du pouvoir à l'Eglise, c'est en ce sens qu'il faut le comprendre. Les hommes renoncent au Droit Naturel pour créer le Droit Civil. Le rôle de l'Etat est d'assurer la sécurité des hommes dans des corps sains.

    Et enfin Spinoza conclut sur la liberté de pensée - et a aussi posé que les Théologiens ne doivent pas débattre de Philosophie ! Cette liberté de pensée doit être accordée car on ne peut pas diriger les esprits et des hommes qui ne pourraient s'exprimer librement mèneraient à une république de dissimulation et de faux-semblants. Cette liberté de pensée a pour seule limite de ne pas mener à des actes séditieux, ni de professer la haine. Seuls les actes doivent être réprimer mais pas les paroles.

    J'ai été marqué par ce TTP - sur lequel j'ai eu des cours cette année à la fac ! Un texte qui demeure d'une brûlante actualité devant les abus du pouvoir que l'on observe dans nos sociétés en 2021 !

    Je dédie ce billet à François-Olivier T., un collègue philosophe et à Gautier B., pour lui prouver que mes "bouquins moisis" ont encore de la pertinence !

    "Défi Lecture N°8"

    A bientôt !

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