• La modularité de l'esprit - Jerry A. Fodor

    Dans son ouvrage La modularité de l'esprit, le philosophe américain Jerry A. Fodor est sur le terrain de la psychologie des facultés etLa modularité de l'esprit - Jerry A. Fodor explore la boite noire de notre cerveau.

    Il y est question en préambule du néocartésianisme et aussi des théories de Noam Chomsky, puis des processus périphériques et des processus centraux. Une grande partie de notre psyché serait, selon Fodor et d'autres, constituée en modules réservés chacun à un domaine précis. Toutefois, il ne faut pas se leurrer, une grande partie de notre esprit n'est pas modulaire, notamment les fonctions cognitives supérieures et notre ignorance est encore grande de ce fait !

    Le néocartésianisme en sciences cognitives suppose un retour du nativisme ou de l'innéisme. Nos facultés seraient déjà là dès la naissance et l'enfant " nait en sachant" - d'autant que le nombre de stimuli autour de lui est pauvre. Une thèse qui parait assez audacieuse mais qui n'est pas sans rappeler en écho lointain la réminiscence de Platon.

    Nous posséderions des structures psychologiques endogènes organisées de façon computationnelle (à la façon d'un ordinateur). Ai déjà eu l'occasion dans un précédent billet de vous parler de ces mécanismes qui s'appliquent sur des propositions syntaxiques (des contenus propositionnels). On parlera en effet plus de mécanismes que de règles.

    Une faculté est individualisée fonctionnellement. A ce stade, Fodor rappelle ce qu'est la psychologie "horizontale" et la psychologie verticale. Dans le premier cas, l'horizontalité, les facultés se mélangent, s'appliquent à tous les domaines (objets), à des domaines de contenus différents.

    La psychologie verticale remonte à Franz Joseph Gall et implique des compétences dans un certain domaine donnée et les facultés verticales se distinguent alors en fonction de leurs objets. Les domaines sont différents donc les facultés sont différentes ! Une des conséquence est la cartographie du cerveau et du crâne - les aires de Wernicke et de Broca par exemple - et de triste mémoire la phrénologie ! Ces facultés verticales sont aussi en concurrence pour certaines ressources. Le cerveau "est un assemblage d'organes" selon cette perspective. Gall comme Chomsky pensent que nos facultés sont spécifiées de manière endogène.

    Mais qu'en est-il des différences individuelles ? C'est en effet la pierre d'achoppement de ces théories ! Dans le cadre des facultés horizontales, on pourrait supputer un mélange plus ou moins optimal. Dans celui des facultés verticales, si on imagine des facultés avec des domaines différents, les écarts entre les individus pourraient d'expliquer par des degrés de finesses différents entre ces facultés.

    La question de la génétique est abordée et les comportements instinctif des animaux implique un déterminisme génétique mais la réciproque n'est pas vraie. Si les facultés verticales étaient considérées comme des instincts, il ne faudrait pas postuler une faculté verticale pour chaque différence individuelle, même si ces différences sont héritées. Les facultés verticales ne sont pas des instincts !

    Par ailleurs, l'innéisme cher à Chomsky n'implique pas la verticalité telle que la pense Gall. Il faut aussi séparer capacités horizontales et apprentissage.

    Une parenthèse est ensuite consacrée à  l'alternative à la psychologie des facultés qu'est l'associationnisme ! Pour faire bref, cette autre théorie conçoit que nos idées sont articulées en réseaux qui s'appellent les uns les autres. Penser à "boulangerie" et l'idée de "baguette" s'allumera dans votre esprit ! Plus loin dans le livre, Fodor recours à l'associationnisme pour expliquer la rapidité des processus périphériques, tels les processus perceptifs (à ne pas confondre avec la perception - qui a une part cognitive, "réfléchie") et la langage sans que ces processus ne soient pénétrés par des processus supérieurs.

    Des processus computationnels mettent en jeu la logique moderne et recours à un nombre limité d'opérations simples. Les objets de pensée subissent un calcul qui donne un résultat. Pour les associationnistes, les idées sont reliées entre elles et pour les computationnistes, elles subissent des opérations.

    L'esprit fonctionnerait - en partie ? - comme une machine de Turing, un système qui manipule des objets. A la différence près que les esprits échangent en permanence avec leur environnement et pas les machines ! C'est un des défis de l'Intelligence Artificielle de résoudre ce que l'on appelle le "problème du cadre" ou quelles informations doit aller chercher le robot dans son environnement qui se reconfigure sans cesse. Cela, comme on l'imagine, nécessitera des astuces de programmation. On comprend alors les travaux avec les I.A. sur des jeux comme les échecs, le Go ou le jeu vidéo Starcraft II où les possibilités sont de plus en plus grandes.

    Une partie de l'esprit - mais pas toute donc hélas ! - serait modulaire. Comme les processus perceptifs ou le langage. La reconnaissance des objets et des phrases se fait par comparaison avec des prototypes et des universaux (c'est aussi comme cela que fonctionne les I.A. en reconnaissance faciale) mais dans le cas de l'esprit, c'est bien plus rapide et donc ces processus ne vont pas fouiller dans toute notre mémoire. En sciences cognitives, les études sur les mécanismes perceptifs (surtout la vision) et le langage sont parmi les plus avancées. Les mécanismes de la pensée même nous demeurent plus obscurs (et je ne pense pas qu'on ait beaucoup plus avancé depuis le début des années 1980, date de publication du présent ouvrage !).

    Entre les transducteurs et les processus cognitif, il y a les processus périphériques comme les processus perceptifs. Ces derniers sont modulaires mais ils ne sont pas les seuls.

    Ces systèmes périphériques ne sont pas influencés par les croyances du sujet. On dit qu'il sont cloisonnés, qu'ils ne reçoivent pas d'information d'en-haut, ce qui ralentirait leur action ! Les processus qui se situent plus haut vont intéragir avec le produit final du processus périphérique. Celui-ci agit de manière inconsciente et automatique. Par exemple, vous voyez les touches lorsque vous tapez sur votre clavier d'ordinateur mais seriez incapable de restituer leur agencement !

    Dans une dernière partie, Fodor aborde les processus cognitifs supérieurs. il fait une analogie entre la confirmation en épistémologie et les systèmes de fixation de la croyance pour établir que ces processus cognitifs sont isotropes et quinien (et pas cloisonnés) - je reviendrai sur ces deux termes une prochaine fois en entrant plus dans le détail.

    Les processus perceptifs opèrent selon des cablâqes spécifiques alors que dans le cas des processus cognitifs, "ça part un peu dans toutes les directions" au niveau des connexions neuronales - ce qui fait que la pensée demeure encore un grand mystère ! Doit-on compter sur l'imagerie fonctionnelle et la neurophysiologie pour résoudre l'énigme ? Pour avoir été étudiant en Neurosciences, il y a plus de 20 ans, je sais que ce sont des outils prometteurs pour faire de nouvelles expérimentations  - mais ce ne sont que des outils et l'expérience n'est jamais qu'une validation. Sans une bonne théorie derrière, on n'avancera pas...

    Voilà un nouvel article sur les sciences cognitives et certainement pas le dernier car je travaille là-dessus dans le cadre de mon mémoire de Master M1 de Philo ! C'est un domaine passionnant et qui m'intéresse beaucoup mais n'ai fait qu'effleurer la surface de l'iceberg !

    La prochaine fois, je vous parlerai d'articles (en anglais non traduit) d'Hilary Putnam, une autre pointure dans ce domaine !

    A bientôt !

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  • Commentaires

    1
    Bahari lyman
    Jeudi 8 Juillet à 02:17
    Bahari lyman
    Svp pdf de cet ouvrage
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