• A chaque rentrée littéraire, les lecteurs croulent sous une avalanche de publications. Néanmoins, il y a toujours quelques titres qui survolent. cette année, le battage médiatique se fait autour du nouveau roman de Michel Houellebecq, La carte et le territoire; ce livre fait par ailleurs partie de la sélection 2010 du Prix Renaudot.

    houellebecqMichel Houellebecq, né Michel Thomas à la Réunion en février 1956, est une des figures montantes en littérature de la dernière décennie. Son style incisif décrit de façon désabusée et sans fard la société moderne de consommation où l'homme se débat dans sa misère affective. C'est un auteur sans concessions, que l'on pourrait qualifier de cynique. Il n'en demeure pas moins qu'il dissèque nos contemporains avec une précision de chirurgien.

    L'auteur rencontre le succès en 1998 avec son roman Les particules élémentaires, qui narre le parcours de vie de deux demi-frères qui s'ébattent dans une existence plate et morose. Michel Houellebecq alterne descriptions psychologiques, analyses sociétales voir scènes crues tout au long du récit.

    En 2005, il publie La possibilité d'une île, ouvrage très attendu et qui bénéficie d"une importante publicité à sa sortie. Cependant, le livre se vend moins bien que l'espérait l'éditeur. Peut-être un effet de lassitude de la part du lectorat ? Le roman s'attarde sur le fonctionnement d'une secte et sur un avenir post-apocalyptique où les individus vivent reclus dans des bunkers dans un monde désolé et ne communiquent plus que par écrans interposés. Houellebecq à par ailleurs signé lui-même une adaptation cinématographique qui a été un flop.

    Aujourd'hui sort La carte et le territoire. Cette fois, c'est l'histoire de Jed Martin et la narration d'un nouveau parcours de vie ancré dans la civilisation contemporaine. Jed est photographe et connait le succès avec sa série des cartes Michelin puis avec la série des "Métiers". Le roman est polymorphe puisqu'il est aussi question d'une enquête policière et les thèmes abordés sont nombreux : "l'art, l'argent, l'amour, le rapport au père, la mort, le travail".

    En conclusion, Michel Houellebecq est un auteur incontournable du paysage littéraire actuel. Toutefois, c'est un écrivain que l'on pourra qualifier de sulfureux car il a suscité certaines polémiques sur lesquelles on en reviendra pas. Néanmoins, il est intéressant par la peinture assez juste qu'il donne de la société du XXIème siècle, mais son regard pessimiste pourra décourager une partie du public. Cela vaut toujours la peine de lire un de ses romans pour se faire son propre avis, pourquoi ne pas commencer par La carte et le territoire, qui contient notamment un passage ou l'auteur se tourne en dérision lui-même dans un procédé littéraire que l'on nomme la mise en abyme.

    A bientôt dans une prochaine chronique !


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  • Ce roman est un véritable coup de coeur pour moi ! J'ai vraiment passé un très bon moment durant sa lecture !

    Tonino Benacquista a d'abord servi plusieurs intrigues policières : La maldonne des sleepings et La commedia des ratés. Il écrit aussi Saga qui obtient le Grand Prix des Lectrices de Elle en 1998. L'auteur a d'abord exercé plusieurs métiers qui ont servi de cadre à ses premiers romans.

    Scénariste pour la Bande-dessinée, il a aussi écrit pour le cinéma avec Sur mes lèvres et De battre mon coeur s'est arrêté, qui lui valurent à lui et Jacques Audiard, un César en 2002 et 2006.

    Malavita encore est la suite de Malavita (premier roman du diptyque que je n'ai pas lu) et est une histoire de maffieux repentis caché par le programme de protection des témoins du FBI. Ce roman lorgne du côté de la comédie mais tout en restant réaliste. Il ne s'agit pas d'une bouffonnade même si je me suis pris très souvent à rire en le lisant.

    Gianni Manzoni est donc un ancien capo qui est passé à table. Depuis lors, il est protégé avec sa famille par les autorités américaines. Sa "cavale" dure depuis douze ans et la Cosa nostra le croit mort. il change plusieurs fois d'identité et se fait désormais appelé Fred Wayne et vit en Provence. Sur le tard, il se sent monter une vocation d'écrivain et décrit ses exactions passées au service du crime avec moult détails sanglants dans ses deux romans : Du sang et des dollars et L"empire e la nuit. Mais son entourage le décrit plutôi comme un "graphomane analphabète". Là encore pour brouiller les pistes, il écrit sous pseudo.

    On suit aussi les péripéties quotidiennes de sa petite famille et ce sont quatre ou cinq histoires qui s’entrecroisent dans ce roman. Il y a Maggie, sa femme, qui monte à Paris une petite affaire de restauration, La Parmesane, et doit bientôt faire face à un gros requin de la distribution rapide. Il y a Belle, la fille, au physique de rêve qui s'entiche d'un nerd, François Largillière, lequel ne croit pas au bonheur. Il y a aussi Warren, le fils, amoureux de Léna, issue d"une famille de bourgeois qui croient en un monde sans violence. Warren se voit donc mal leur dire que son père est un ancien capo...

    A côté de cela, il y a aussi les personnages des représentants de l'ordre, Peter Bowles, le garde-chiourme, auquel Fred Wayne (Gianni Manzoni) fait les pires misères. Et le capitaine Tom Quint, responsable de la sécurité de la famille Wayne.

    Même si le roman a trait au crime organisé et que par moment, on redoute que tout ne vire à la catastrophe, le ton et l'issue sont résolument optimistes.

    Bref une très bonne surprise!

    A bientôt pour la rentrée littéraire !


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  • Avant de parler du bouquin formidable de Jean-Louis Fournier, je voudrais signaler que c'est le 150ème billet que je poste sur ce blog et cela en l'espace de presque deux ans. Je remercie tous ceux et toutes celles qui passent régulièrement ou occasionnellement sur ces pages et me consacre un peu de leur temps.

    Si je leur ai donné envie de lire tel ou tel livre alors l'objectif est atteint !

    J'espère que ce blog perdurera encore de nombreuses années...

    Deux remarques:

    Tout d'abord, je commence à avoir des abonnés, très peu certes. Mais dès que j'en aurais 20 ou 30, je publierais une newsletter qui se présentera comme un petit journal et contiendra des infos sur l'actualité littéraire brûlante, des billets inédits et des approfondissements... Alors inscrivez-vous SVP ! ^^

    Enfin, je déplore que le temps fasse en sorte que mes billets ne soient pas plus poussés. Je regrette quelque fois le style trop oral et pas assez littéraire dans lequel certains peuvent parfois être écris. Je tenterais aussi de donner davantage mes impressions de lecteur.

    A signaler aussi que je publie -mais cela beaucoup d'entre vous le savent déja - que je rassemble les billets littéraires dans un recueil appelé "chroniques littéraires" sur le site inlibroveritas.net (auteur : Sylvain RICHARD) dont le présent article constitue la 52 ème et dernière entrée qui clôt le volume 2 !

    Ah oui j'allais oublier... la grande nouveauté de l'année 2011 sera la critique de films et de musique ! Enfin,j'espère tenir cette résolution. A l'origine ce blog se voulait plus éclectique !

    Bon, maintenant que cela est dit - rendez-vous au 200ème billet - revenons à Où on va papa?

    Ce texte constitue un témoignage, un récit autobiographique. Jean-Louis Fournier, homme de documentaire, écrivain, est le père de deux enfants lourdement handicapés (mentalement et physiquement), Matthieu et Thomas. Le thème est donc grave et pourtant l'auteur évite le style mélo et le pathos. Je ne parlerai d’ailleurs pas de ce livre en termes de caractéristiques littéraires mais plutôt dans une approche de ressenti de lecteur.

    C'est malgré tout un texte léger et je me suis surpris plusieurs fois à sourire. En effet, devant le dramatique de la situation, Fournier s'est taillé une sorte d'armure faite d'autodérision, mais sous laquelle perce l'amertume et la souffrance. L'auteur explique ceci très bien : "Quand un enfant normal se barbouille de chocolat, on rit mais quand c'est un enfant handicapé qui fait de même, on ne rit pas; on devrait pouvoir le faire aussi. "

    Il ne s'agit évidemment pas de se moquer, cela c'est le domaine réservé des cons !

    Dans notre "beau pays", il faut aussi savoir que le handicap est la deuxième cause de discrimination après l'origine raciale: handicap moteur, auditif, visuel, mental ou psychique. La grande majorité des entreprises -pas toutes - préfèrent payer des amendes que d'embaucher des handicapés! C'est proprement scandaleux !

    Toutefois, je m'égare car dans le cas de Matthieu et Thomas, il n'est même pas question de travailler.

    Au final, il se dégage de ce livre un grand sentiment de tendresse et d'amour.

    Enfin,je dirais que ce livre a obtenu le prix Fémina et le Prix des Lecteurs du Livre de Poche sélection 2010.

    Voila, à bientôt !


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  • Eliette Abécassis - à ne pas confondre avec Agnès Abécassis - est une romancière contemporaine, agrégée de philosophie, enseignante à Caen et très marquée par la judéité, elle même pratiquante.

    La répudiée est le troisième roman de cette auteure que j'ai l'occasion de lire, après Clandestin  et Mon père, mais le premier sur lequel je fais un billet.

    Eliette Abécassis explore les relations homme-femme à travers ses romans. Ainsi, dans Clandestin, elle fait le récit d'une rencontre et d'un amour impossible, dans Mon père, relate les relations père-fille, son propre père étant Armand Abécassis, philosophe et historien de la question juive.

    Mais dans La répudiée, elle s'attarde sur le milieu juif très orthodoxe des Hassidims, les habitants de Méa Sharim, quartier de Jérusalem ou l'écrivain s'est immergé six mois pour bien s'imprégner de cette culture.

    Rachel est unie à Nathan par le Rav. Le mariage est consommé dans l'amour. Le roman décrit avec précision les rituels juifs. Mais dans la communauté des Hassidim, les règles sont particulièrement strictes : pas de radio, pas de magazines, l'homme se doit d'étudier et la femme d'élever les enfants.

    Or voila, au bout de dix ans, le couple n'a toujours pas d'enfant. On pense Rachel stérile (alors qu'en fait, elle découvrira en transgressant les interdits que c'est son époux qui est stérile). Finalement, celui-ci va la répudier.

    Un beau roman, un peu court, mais avec de belles envolées lyriques sur le sentiment amoureux et une description quasi ethnographique d'une certaine frange de la société juive. Un roman féministe ?

    A bientôt pour le 150ème billet avec des surprises !


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  • Atiq Rahimi  est né en 1962 à Kaboul (Afghanistan). Il a fait ses études au lycée franco-afghan de Kaboul puis à l'université (section littérature)

    En 1984, il quitte l'Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre contre les Soviétiques puis demande et obtient l'asile politique en France où il passe un doctorat de communication audiovisuelle à la Sorbonne.

    En 2008, Atiq Rahimi, qui vit et travaille aujourd'hui à Paris, se voit décerner le prix Goncourt pour Syngué sabour - Pierre de patience;

    Syngué sabour est le récit d'une femme qui veille son mari, paralytique. Le cadre est l'Afghanistan durant la guerre mais il est difficile de savoir si il s'agit de la guerre contre l'URSS ou du conflit contre les Talibans. A vrai dire, ce n'est pas cela le plus important.

    Le mari donc menait le djihad et s'est pris une balle dans la nuque lors d'une altercation avec un compagnon d'arme. Lui qui ne voyait que par l'âme se voit aujourd’hui prisonnier d'un corps. Les deux protagonistes -dont l'un est immobile et ne fait qu'écouter (mais entend-t-il?) - sont désignés par les termes "l'homme", "la femme" - ils n'ont pas de noms ce qui rend le propos universel.  Tout le récit se passe dans une chambre et les pièces attenantes donnant des allures théâtrales à ce long monologue.

    La femme se confie. La narration possède des marques de régularité; certains rituels reviennent à intervalles réguliers : les gouttes de collyre, la solution sucrée-salée, l'appel à la prière du mollah, soulignant le caractère répétitif et lancinant des événements.

    La femme se croit possédée par une démone. elle prend l'ascendant sur son époux. Il est sa Syngué sabour, sa pierre de patience, à laquelle on raconte ses vérités avant que la pierre n'explose. il y a une comparaison avec la Pierre Noire de la Mecque qui est posée.

    Le roman est particulièrement bien écrit. il y a certains passages assez crus. On entre dans l'intimité d'une femme.

    A bientôt !


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  • J'avais déja eu l'occasion de lire un roman de Philippe Delerm à l'été 2009. Il s'agissait d' Un été pour mémoire. Un style sobre, un ouvrage lisible et un roman sur les sensations intime qui fait écho au ressenti personnel de chacun. Un livre plaisant mais sans plus !

    Dans Quelque chose en lui de Bartleby, Philippe Delerm décrit les promenades estivale de son personnage, Arnold Spitzweg, dans Paris et les impressions que provoque ces déambulations. J'y suis particulièrement sensible, ayant vécu dix ans à Paris et aimant particulièrement cette ville.

    Monsieur Spitzweg, employé de la Poste, va ouvrir un blog antiaction.com où il décrit des scènes parisiennes qu'il a noté dans un calepin : promeneur avec son chien, mère et son enfant dans un parc, gens du métro... C'est un éloge de l'inaction et de la méditation, de la contemplation à une époque où la gesticulation prime où il faut "travailler plus pour gagner plus"! Comme le dit Arnold à un moment du roman, son blog est sa forme à lui de Tai-Chi (art martial méditatif oriental).

    Très vite, son blog connait une grand affluence, avec surtout des lectrices. Il va lui permettre de retrouver Hélène, son amour secret de jeunesse, mariée, et de passage à Paris.

    Mais face au succès de son blog, Arnold Spitzweg finit par se retirer du jeu établissant la comparaison avec Bartleby, le héros (ou plutôt l'antihéros) d'Herman Melville. Je vous renvoie à mon billet sur Bartleby le scribe pour établir des parallèles.

    Un roman savoureux qui se déguste comme une barquette de cerises en été ou une glace au café !

    A bientôt !


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  • Né en 1937, Boris Cyrulnik est un neurologue, psychiatre, éthologue et psychanalyste. il enseigne d'ailleurs l'éthologie (l'étude du comportement) à Toulon. Il est surtout connu pour avoir développé le concept de "résilience".

    La résilience, c'est précisément de cela dont il est question au long des 274 pages d'Autobiographie d'un épouvantail. Ce livre, brillant et savant, a d'ailleurs obtenu le prix Renaudot de l'Essai en 2008.

    Le quatrième de couverture commence ainsi : " Face à la perte, à l'adversité, à la souffrance que nous rencontrons tous un jour ou l'autre au cours de notre vie, plusieurs stratégies sont possibles : soit s'abandonner à la souffrance et faire une carrière de victime, soit faire quelque chose de sa souffrance pour la transcender..."

    Il me parait difficile de faire un compte-rendu exhaustif et fidèle de ce livre qui aborde la "résilience" sous beaucoup d'aspects. Pour faire œuvre de résilience, il faut pouvoir mettre des mots sur le traumatisme et pour cela bénéficier d'un entourage adéquate.

    En effet , quelquefois les discours que forgent les victimes sur leur trauma ne veulent pas être entendu par les proches et par la société, par la culture. D'autres discours viennent les parasiter - et je ne parle même pas des discours des négationnistes!

    Au long de l'ouvrage, Cyrulnik s'appuie sur nombres de témoignages de victimes : de la Shoah, du génocide arménien, des "enfants de boches", du génocide Rwandais de 1994, des enfants maltraités, des événements du 11 septembre 2001. En bas de pages, une bibliographie bien pensée vient donner un cachet scientifique supplémentaire à l'ouvrage.

    Le livre se découpe en quatre chapitres.

    Je signalerais le chapitre deux sur l'appauvrissement affectifs, sur le narcissisme et l'empathie, sur la perversion, "force sociale ?".

    Je signalerais de même le chapitre trois sur "obéissance et soumission" où Cyrulnik analyse les processus qui pousse les populations à obéir à des dictateurs. En effet, la soumission causerait moins de stress que la désobéissance. Il est aussi question à un moment dans l'ouvrage du concept de "bouc-émissaire".

    Bref, pour vous faire une idée plus précise, je ne peux que vous recommander de lire ce livre.

    A bientôt !


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  • Rebonjour! J'ai pris une semaine de congés !

    Comme je ne pars pas en voyage (crise économique et accessoirement éruption volcanique et grève SNCF), je reste à la maison et en profite pour faire de nouvelles lectures -et de nouveaux compte-rendus pour ce blog!

    Par ailleurs, je travaille à un nouveau texte : "la Corne d'ébène".

    Mais bon, je divague... Je vais vous parler aujourd'hui du roman d'Emmanuel Carrère : L'Adversaire. C'est un des7615-gf virages que prend la littérature en ce début de XXI ème siècle, la tendance n'est plus à la pure fiction mais à raconter des histoires qui se sont vraiment produites, des faits-divers, et ce sans même changer les noms des protagonistes.

    L'affaire Jean-Claude Romand commence le 9 janvier 1993 lorsqu'il est le seul survivant de l'incendie de sa maison. Accident ? Nullement ! En fait Romand a assassiné sa femme, ses deux jeunes enfants et ses parents.

    Pourquoi ce geste absurde ? Parce qu'en réalité, depuis le début de sa vie d'adulte, l'homme vivait dans un mensonge inimaginable.

    Il se prétendait médecin à l'OMS mais tout ceci était un montage. il n' a en réalité jamais passé l'examen de deuxième année de médecine mais a fait croire le contraire.

    En août 1993, en pleine instruction, Emmanuel Carrère le contacte par courrier et lui explique son intention d'écrire un roman sur lui pour tenter de comprendre.

    Loin d'être seulement une enquête journalistique, L'Adversaire, tente d'expliquer comment un homme se retrouve poussé à commettre l'irréparable, piégé par son propre mensonge. Pourtant au fond, même si le livre montre comment cette falsification démentielle a été possible, il est loin de répondre à la question.

    J'ai trouvé ce livre à la fois effrayant, hallucinant et émouvant. Un film en a été tiré (avec Daniel Auteuil il me semble).

    Bien qu'il ne justifie pas l'acte de Romand, ce roman n'en reste pas moins dérangeant. Une lecture a entreprendre !

    A bientôt !


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  • Entre les murs, roman de François Bégaudeau, publié en 2006 a rencontré un vif succès tant critique que du public.
    Il fut ensuite adapté par Laurent Cantet en 2008 et obtint la Palme d'or au Festival de Cannes 2008.

    Ce livre, qui se présente essentiellement sous forme de dialogues, entre le professeur et ses élèves, revêt des aspects documentaires. Il cherche à rendre compte du quotidien d'une classe du collège Mozart, dans une ZEP du 19ème arrondissement de Paris. Les élèves y sont d'origines multiples mais essentiellement issus de classes populaires et parlent un français oral assez éloigné du français écrit que tente de leur enseigner un jeune professeur de français.entre les murs de laurent cantet mode une

    On y voit donc la réalité quotidienne des profs et des élèves, dans la salle des enseignants, autour de la photocopieuse et dans les salles de classes. C'est un sacerdoce pour le jeune professeur au service d'un enseignement républicain qui vise à réduire les inégalités dues à la fracture sociale.

    Au fil du roman, on découvre des personnages attachants, retranscrits sans concessions au plus près du réel. Les scènes où le proviseur décide d'exclusions définitives "pour mieux se reconstruire" sont particulièrement poignantes.

    C'est un affrontement que se livrent le jeune prof et les élèves, d'où se dégage une énergie très positive avec une jeunesse vive et métissée.

    Le type dialogue montre la richesse de la langue. A un moment donné le professeur déclare qu'il est très ardu pour un écrivain d'écrire comme l'on parle, c'est pourtant le tour de force que réussit François Bégaudeau.

    Je ne saurais que vous conseiller la lecture de ce roman. Pour ma part, je n'ai pas vu le film.

    A bientôt !


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  • Bon entamons maintenant une nouvelle série de 100 billets avec un excellent livre !

    Le Cercle peut intriguer par son titre original. Il est l'unique livre écrit par une ancienne bibliothécaire et libraire, Mary-Ann Shaffer, née en 1934, Américaine, et décédée en février 2008, juste après avoir appris que son ouvrage serait publié. Le livre rencontre partout un immense enthousiasme public et critique.

    C'est un roman épistolaire. Les lettres des protagonistes s'intègrent dans une construction souple et recherché et on ne peut qu'être frappé par la grande cohérence de l'ensemble, les caractères des personnages et les situations finement élaborées.

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    C'est l'histoire de Juliet Ashton, jeune écrivain, qui cherche un nouveau sujet de roman au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Londonienne, elle a écrit des billets pour la presse durant le conflit.

    Un éleveur de porc de l’île de Guernesey va entrer en contact par le biais du courrier avec elle car il détient un livre qui lui a appartenu et aimerait en savoir plus sur Charles Lamb, son auteur.

    Petit à petit, Juliet va se prendre d'amitié pour le communauté de Guernesey qui pour résister aux difficultés de l'occupation a crée le Cercle littéraire et des amateurs de tourtes aux épluchures de patates de Guernesey.

    Il y a Amelia, Dawsey, Eben, Kit, Isola et tout un tas d'autres gens. Et aussi Elizabeth, l'absente, la généreuse, déportée à Ravensbruck. Le livre alterne la description des horreurs de la guerre - mais tout n'est pas blanc ou noir - et un humour incisif qui fait mouche.

    Juliet se lie également avec un magnat de la presse mais lui préférera la figure généreuse de l'éleveur de porc.

    Bref un roman à offrir pour les fêtes - et à ne surtout pas revendre sur eBay, quelle pratique inqualifiable ! - et l'on peut regretter que ce soit demeuré l’œuvre unique d'une auteure talentueuse!

    A bientôt !


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  • L'incendie du Hilton - François BonQuel doit- être l'objet de la littérature ? A-t'elle pour but de dépeindre des événements extraordinaires ? Que l'on songe aux romans de Jules Verne. Ou bien doit-elle s'attarder sur le quotidien ?

    L'incendie du Hilton, retour de François Bon au roman, c'est un peu la survenue de l'imprévu dans le quotidien. Alors que l'auteur est à l'hôtel Hilton à Montréal pour un Salon du Livre, la sirène anti-incendie retentit en pleine nuit et les lieux sont évacués.

    De là, François Bon tire un roman de 182 pages, dont la lecture doit s'étendre sur quelques heures pour relater un événement pratiquement en temps réel.

    Ce roman est le roman de l'attente, et l'occasion de plusieurs digressions particulièrement pertinentes comme François Bon sait en produire: digressions sur la littérature, sur la technique de notation du réel, sur les écrivains, sur le monde de l'édition, sur les inquiétudes de nos contemporains. On s'attardera sur les descriptions minutieuses.

    Le texte se termine par le chapitre "Carnets" où l'on peut entrapercevoir quelques manières d'écrire de l'auteur.

    Ce sont les déambulations nocturnes à Montréal entre la patinoire, la gare centrale et le Tom Horton.

    Au final, un livre agréable, bien écrit... une ouverture sur le monde du livre.

    Voila, j'ai déjà eu l'occasion de vous parler de "Prison" un autre roman de cet auteur aux Editions Verdier.

    Il est temps de présenter cet auteur. Voici un extrait de Wikipédia :

    "François Bon passe son enfance et son adolescence à Saint-Michel en l'Herm, dans le Marias Poitevin, puis à Civray, dans la Vienne. Fils d'un père mécanicien et d'une mère institutrice, il se passionne très tôt pour les livres. Après des études d'ingénieur en mécanique (Conservatoire national des arts et métiers), il travaille plusieurs années dans l'industrie en France (Aciéries en Lorraine) et à l'étranger, où il se spécialise en soudure par faisceau d'électrons (Moscou, Prague, Bombay, Göteborg, etc.).

    Il publie en 1982 son premier livre, Sortie d'usine, aux Éditions de Minuit. Reçu à la Villa Médicis en 1984, François Bon se consacre depuis entièrement à la littérature.

    En 2007, il devient directeur de collection au Seuil en lançant avec Bernard Comment: Déplacements. À raison de six livres par an, il tente de constituer une collection qui échappe au roman et qui pose par certains enjeux d'écriture et un rapport à l'époque contemporaine des questions à la création littéraire."

    A bientôt !


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  • Claude François fut pour beaucoup la plus grande star de variété française de tout les temps, de 1967 à 1978, passant de sa période yé-yé à sa période disco.

    Personnellement, je me souviens encore des shows Maritie et Gilbert Carpentier que je regardais en famille dans les années 70.

    Que l'on ne s'y trompe pas, Podium, le livre de Yann Moix - qui a donné un film réalisé par l'auteur lui-même - n'est pas un essai mais plutôt une fable ou une grosse farce, c'est selon. Je ne dis pas cela dans un sens péjoratif car le livre est hilarant du début à la fin.

    Sur fond de nostalgie, le roman nous raconte l'itinéraire de Bernard Frédéric, sosie de Claude, colérique comme son idole! Au cinéma, il est interprété par l'inénarrable Benoit Poelvoorde qui trouve là un rôle sur mesure.

    L'univers du claudisme a ses règles : le CLOCLOS, l'université du Moulin, la Secte des Magnolians qui prône le clonage de l'idole. Une mention spéciale aux retranscriptions des épreuves de l'examen de sosie officiel de Claude François, un monument de drôlerie !

    L'ensemble est burlesque à souhait. L'écriture de Moix est incisive à souhait, la répartie facile. On notera toutefois pas mal de différences avec le film. Le copain du héros, Couscous,n'est pas sosie de Polnareff mais de C.Jérome. Certaines scènes sont plus développées dans le roman et la fin est différente, plus sombre dans le livre. Il faut signaler aussi la présence d'annexes drolissimes.

    Podium, c'est la quête désespérée de certains pour accéder à la célébrité. Pensez à "Secret Story", "Koh-Lantah" et "Nouvelle Star"...

    Voila. Je constate que cela fait un an et presque deux mois que j'ai ouvert ce blog. Sa fréquentation commence à décoller et je remercie tous mes lecteurs. Je continuerais de l'enrichir dans les mois qui viennent. Bientôt le 100ème billet !


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  • Quand, dans une petite ville de province, dans un milieu bourgeois, un homme surprend sa femme en train de « s’occuper » de l’éducation sexuelle d’un ami de leur fils, que peut-il arriver ? Dans un journal local, ou un film de Chabrol, on peut être sûrs de se repaître de conséquences mesquines et sanglantes. Mais notre narrateur est plus ouvert que cela. Loin de s’offusquer du spectacle, il y prend plaisir et y voit une amorce de renaissance pour son couple. Dès lors, plutôt que de laisser sa femme filer dans les bras de courtisans plus sérieux, il n’a de cesse de l’attirer dans des jeux nouveaux auxquels lui-même pourra participer...

    C'est l'intrigue de Petits arrangements conjugaux, petit roman érotique d'Eric Mouzat, un universitaire qui est à la fois écrivain, scénariste et réalisateur ! Ici, comme dans la plupart de ses oeuvres érotiques, il explore l'ambiguité sexuelle de ses personnages, en l'occurrence la part féminine de son narrateur, qui ayant vécu précocement une expérience homosexuel, se sent attiré par Matthieu, l'étudiant en philosophie, ami de leur fils, sur lequel sa femme Myriam a jeté son dévolu !

    Partagé en désir et jalousie, le narrateur est prêt à tenter une expérience candauliste voire le triolisme ! Travaillant comme avocat dans un cabinet juridique et sa femme étant une violoniste de renom international, les occasions de séduire de ses deux là, que ce soit devant un public de procès ou de concert ne manque pas !

    Le narrateur et son épouse Myriam franchiront finalement le pas avec Matthieu ce qui renforcera leur relation ! Précédemment, notre protagoniste principal avait redécouvert de nouveaux aspects de sa sexualité et de celle de sa femme, des souvenirs de sa jeunesse avec une gamine délurée adepte des "tournantes" dans les caves étaient remontés à sa mémoire et il avait succombé à la tentation dans un club de strip-tease avec une jeune prostituée noire de 18 ans !

    Notre homme avait pourtant senti son couple menacé par Alexandre, un admirateur de sa femme rencontré lors d'une tournée de concerts ! Cet Alexandre vouant un amour véritable et pas qu'une attirance physique envers Myriam, Matthieu lui fut préféré pour passer le cap du triolisme car il n'y avait pas de danger pour leur couple, de rivalité possible !

    A la fin, notre narrateur se découvrira véritablement bisexuel puisqu'il se fera sodomiser par Matthieu et ira ensuite proposer une autre expérience à trois avec Émilie, une collaboratrice du cabinet juridique que Myriam a trouvé charmante au cours d'un dîner précédent et la jeune aide avocate ayant avoué à l'épouse qu'elle avait une préférence pour les femmes !

    Un roman qui va crescendo, qui est mieux écrit que la plupart des romans Esparbec de Gare, avec de vrais qualités littéraires mais tout en restant assez cru - qu'on ne s'y trompe pas - mais jamais vulgaire ! C'est assez amusant de savoir que c'est un prof de fac qui a écrit ça ! Comme quoi ça confirme ce que je pense, que les intellectuels sont généralement très portés sur le sexe !

    A bientôt !


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  • Je m'étais dit depuis longtemps que je devais lire du Amélie Nothomb, le personnage étant très charismatique et j'avais promis de chroniquer un de ses ouvrages sur ce blog. J'ai donc commencé avec Journal d'Hirondelle, court roman un peu décalé.

    Amélie Nothomb est une écrivaine belge, auteure prolifique qui publie avec régularité un ouvrage par an. Elle a vécu au Japon et s'est fait connaitre en 1992 avec Hygiène de l'assassin. Elle a reçut plusieurs prix et distinctions et réalise d'excellentes ventes.

    Dans mon entourage, pour la petite histoire, une amie à moi, écrivaine talentueuse, est amie avec l'auteure belge qui a apprécié le premier roman de ma camarade a publié sur Edilivre. Tant mieux pour mon amie car il ne faut pas se leurrer, dans le milieu littéraire comme ailleurs, ça fonctionne par réseaux de copains ! Je dédie ce billet à Ophélie R. mon amie.

    Journal d'Hirondelle est publié en 2006 et raconte l'histoire d'un jeune coursier anonyme qui vient de subir une déception amoureuse et décide de se reconvertir en tueur à gages ! C'est comme si le personnage mettait entre parenthèse son humanité.

    On lui propose alors un contrat : assassiner un ministre et sa famille ! L'ex-coursier s'exécute et trouve pendant sa "mission" le journal intime de la jeune fille du ministre qui est l'Hirondelle du titre ! Avec ce carnet dont le héros entame la lecture,, il a de nouveau accès à l'amour et au sentiment, lui qui vit désormais dans la souffrance et la perte du plaisir des sens, des émotions et de l'acte sexuel.

    On a donc là un personnage typique de l'univers de Nothomb, un être solitaire et misanthrope, détaché des réalités ! 

    Pour ma part, je n'ai pas du tout aimé ! J'ai trouvé ça glauque, malsain et un peu facile ! L'histoire de ce gars qui tue des gens et rentre chez lui ensuite pour se masturber, c'est d'un pathétique ! Peut-être est-ce l'effet recherché ? Mais ce n'est pas le genre de trucs que j'ai envie de lire ! Clairement pas !

    Voila, je redonnerais sans doute sa chance à Amélie Nothomb mais pas tout de suite !

    A bientôt !


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  • Vous l'aurez sans doute remarqué, les livres dont je choisis de parler ici sont des livres que j'ai apprécié. Il n'est toutefois pas exclut qu'un jour je publie une critique négative...

    Mais bon, pour l'instant je voulais vous parler d'un roman qui m'a vraiment épaté ! L'élégance du hérisson est un livre dont on a beaucoup parlé. Un bouche-à-oreille très favorable en a fait un best-seller et il a récemment été porté à l'écran.

    Muriel Barbery a signé là un petit bijou d'intelligence, de drôlerie et d'émotion !

    Le roman tourne autour de deux personnages (en fait trois en rajoutant Monsieur Ozu).

    Il y a tout d'abord madame Michel, la concierge d'un immeuble bourgeois de la rue de Grenelle. Elle n'est guère engageante et parait assez rustique. Mais en réalité, il s'agit d'un masque car Renée Michel est une femme autodidacte, très éduquée et remarquablement intelligente. Seulement, elle se méfie des bourgeois et ne veut pas se mêler à leur monde alors elle feint d'être stupide.

    L'autre personnage est une gamine de douze ans redoutablement vive d'esprit et qui ne supporte plus ses parents et sa sœur Colombe. Voulant échapper au "bocal à poisson", elle a décidé de faire une overdose d’anti-dépresseurs le jour de ses treize ans.

    Muriel Barbery exerce ici une plume acerbe et très inspirée. A travers ses personnages, elle pose une interrogation sur le sens de la vie, la nature biologique de l'homme, et avance que le salut vient par l'Art qui nous fait un temps oublier notre condition. Elle se livre aussi à une critique sociale dans une moindre mesure.

    Ses personnages ont une réelle ampleur et profondeur psychologique. D'ailleurs, elle nous livre les états de Paloma, la gamine, à travers des "Pensées profondes".

    La raison du subterfuge de la concierge nous est également expliquée.

    La fin du roman - qu'évidemment je tairais - se conclut sur une note en mi-ton, à la fois triste et tragique pour un des deux personnages et pleine d'espoir pour l'autre (j'en dis déjà trop là :) )

    Il semble par ailleurs -après avoir feuilleté Une gourmandise dans un Relais H, que son premier roman se situe dans le même immeuble de la rue de Grenelle. Avec le hérisson, l'auteur pratique donc le retour des personnages, technique chère à Balzac.

    Voila, précipitez-vous sur cette merveille sans tarder !

    A bientôt !


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  • Éliette Abécassis est une écrivaine, réalisatrice et scénariste français, née à Strasbourg en 1969, issue d'une famille juive sépharade (le titre d'un de ses romans, Sépharade !). Elle a suivi une formation à l’École normale supérieure où elle a décroché l'agrégation de philosophie avant d'enseigner cette discipline à l'université de Caen ! Moi même étudiant en philosophie de 2015 à 2018 et en Lettres auparavant, de 2007 à 2013, ne l'ai jamais eu comme prof car elle n'enseignait déjà plus à cette époque je suppose ! Elle enseignait en effet à partir de 1997 et au début des années 2000 !

    Certains de ses livres sont d'inspiration autobiographique et ses romans explorent ses origines, principalement la Judéité.

    C'est ainsi qu'en 2002 sort le roman Mon père qui remets en cause, interroge la relation père-fille. C'est un court roman, éminemment psychologique (la mère de l'auteure est psychanalyste !), dans une écriture limpide et facile à suivre.

    C'est l'histoire d'Hélène qui vient de perdre son père et en est très choquée, a du mal à s'en remettre (ce que je peux comprendre car ma propre mère ne s'est jamais consolé de la mort de mon grand-père, en 1997). La jeune femme reçoit alors une lettre d'un certain Paul M. qui lui demande si elle connaît un certain Georges B. - qui est le nom de son père.

    Hélène réponds qu'il s'agit de son père et quelques jours plus tard, Paul M. se retrouve face à elle devant la porte de l'appartement de celle-ci et il est le sosie de son père ! Paul M. est en réalité le fils caché de Georges B. ! C'est alors un voyage pour Hélène pour découvrir qui était son père, voyage qui la mènera en Toscane où Paul M. a vécu avec sa mère.

    Éliette Abécassis établit un intéressant parallèle - hautement philosophique entre la paternité biologique et la paternité des écrivains envers leurs livres. Hélène est le livre de son père !

    Hélène et Paul M. se retrouvent donc en "concurrence" - qui va gagner et qui va perdre un père ?

    C'est donc comme je vous disais un roman éminemment psychologique et on suit le cheminement interne d'Hélène ! N'est-ce pas cela l'avantage de la littérature par rapport au cinéma, nous montrer l'intériorité des individus de façon plus appuyée ? Encore qu'on puisse le faire avec une voix off - ou un monologue intérieur - sur grand écran !

    A bientôt !


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  • Après la Shoah, s'est posée la question de savoir si une littérature était encore possible ! L'humain avait en effet atteint les sommets de l'horreur en assassinant de manière planifiée six millions de Juifs et beaucoup de Tziganes, de Roms, d'handicapés, d'homosexuels et de communistes ! Bref on était devant l'Indicible !

    Soazig Aaron nous livre, en 2002, son roman Le non de Klara  - qui est un roman sur la déportation - encore un me direz-bous ? Je vous répondrais que le devoir de mémoire est indispensable ! Cet ouvrage a par ailleurs obtenu le Prix Goncourt du premier roman.

    Il s'agit ici du journal intime d'Angélika, la belle-sœur de Klara. Cette dernière revient des camps de la mort et fait un passage obligé par l'Hôtel Lutétia qui était historiquement le lieu de transit des déportés qui arrivaient à Paris.

    Il y  a par ailleurs un jeu de mots dans le titre entre le "nom" - celui de Klara dont on a privé la protagoniste. On lui a en effet pris son identité et on l'a réduite à un matricule tatoué sur elle. Mais aussi le "non", le refus de mourir puis ensuite de vivre dans ce qui s'apparente à de la survie ! Il faut réapprendre à vivre ! Avec un regard sur le monde qui a changé une fois qu'on en a vu toute la barbarie !

    Angélika se servira de son journal intime comme d'une thérapie, une expression d'un intimité douloureuse ! Elle se sent couler avec Klara ! Le lecteur fait ici office de voyeur.

    Le point de vue d'une déportée ayant survécu au camp est un angle pas si fréquemment adopté en littérature ! J'ai évidemment entendu parler du Si c'est un homme de Primo Levi - qui reste la référence et emprunte aussi le point de vue du survivant. Rappelons que Primo Levi, l'auteur, souffrait de dépression et se serait suicidé en se jetant dans les escaliers !

    Dans le roman de Soazic Aaron - qui est une fiction plausible ! - la voix de Klara parait désincarnée et toute en froideur ! Mais c'est indubitablement une voix forte et puissante qui fait résonner en nous tout le drame du XXème siècle !

    La poésie n'est pas non plus absente de ce livre !

    A bientôt !


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  • Quoi qu'en dise un président adepte des talonnettes et des karchers, il n'y a pas que des racailles en banlieue ! Il y a aussi des jeunes filles qui savent manier la plume. Ainsi Faïza Guène est née à Bobigny et a grandi à Pantin. Avec Kiffe kiffe demain, sorti en 2004, elle livre son premier roman ! Elle n'a alors que 19 ans.

    J'ai beaucoup aimé ce récit écrit avec une certaine décontraction. Il s'agit de l'histoire de Doria, une lycéenne de 15 ans, d'origine maghrébine, vivant dans une cité et possédant "un sens aigu de la vanne, une connaissance encyclopédique de la télé, et des rêves plein la tête." C'est écrit à la première personne.

    Pour Doria, sa cité, le Paradis, n'est pas non plus un enfer mais la vie n'y est pas toujours facile. Sa mère bosse dur comme femme de ménage, clairement exploitée et son père s'est barré au Maroc, pour refaire sa vie, abandonnant la mère et la fille seules.

    On retrouve le côté multiculturel de Livry-Gargan avec sa panoplie de personnages hauts en couleurs, les jeunes, les profs, Mme Burlaud, la psychologue au porte-jarretelles, Hamoudi, un grand qui a connu Doria, "grande comme une barrette de shit",  ou encore Aziz, l'épicier du Sidi Mohamed Market avec qui Dora essaie en vain de caser sa mère....

    Doria est une fille intelligente et gageons qu'elle saura échapper aux déterminismes sociaux.

    C'est facile à lire car écrit dans une langue simple et familière mais jamais vulgaire. Derrière un humour acerbe, le livre pointe un certain nombre de problèmes sociaux. On est à l'opposé de l'image des banlieues que donne les médias avec insistance.

    Bref, pour un premier roman, c'est assez prometteur ! Par la suite, l'auteure s'est lancée dans des études de sociologie à la fac de Saint-Denis qu'elle a abandonné pour se consacrer à l'écriture. Elle a aussi réalisé des courts-métrages. Donc une auteure à suivre !

    A bientôt !


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  • Les Années Folles - juste après la Première Guerre mondiale - furent un grand mouvement de défoulement, le moment de fêtes débridées, à Paris, à New York et aussi l'occasion d'une grande effervescence intellectuelle et surtout artistique - avec les Avants-Gardes !

    Alabama Song - Gilles LeroyC'est dans ce contexte que brillèrent deux étoiles : Francis Scott Fitzgerald, auteur notamment de Gatsby le Magnifique -et sa femme Zelda ! Mais très vite les choses tournèrent mal pour ces deux là - comme un mauvais lendemain de cuite ! Zelda appris à vivre sous la coupe de son mari et ses tendances un "brin" tyrannique, côtoyant même, elle,  la folie !

    Alors Gilles Leroy nous livre ici, avec son livre Alabama Song, roman Prix Goncourt 2007, une belle mais triste histoire ! L'auteur - qui a effectué pour ce livre un important travail de recherche, insiste sur l'appellation "roman" et non "biographie" ! Pourtant,c 'est toute la vie de Zelda Fitzgerald qui nous est ici restituée : depuis les aspirations de sa jeunesse, son apothéose puis son déclin ! Le "grand roman américain" de Gilles Leroy !

    Scott et Zelda, propulsés dans la vie mondaine tels des enfants - les "enfants du jazz" ! - vont se brûler les ailes ! Zelda possède aussi une sensibilité artistique et peint des toiles ! Elle se bat pour exister, pour ne pas se faire "cannibaliser" par son grand écrivain de mari, qui lui-même va vivre dans l'ombre d'Ernest Hemingway !

    Zelda est une fille fantasque, qui aime choquer la bourgeoisie coincée du Sud des Etats-Unis, prends des amants ! Aime-t'elle encore son mari, ce Scott Fitzgerald dont elle connaît toutes les faiblesses !? Est-elle condamné à n'être que la "femme de..." ?

    En réalité, c'est le grand écrivain, le mari, qui est ici montré sous un jour peu flatteur - jaloux, possessif ! Et Zelda - qui a connu les asiles psychiatriques - qui est en quelque sorte "réhabilité" ! Comme si Leroy voulait "remettre les pendules à l'heure" !

    J'ai lu ce roman durant une période où je m'attelais à lire de manière soutenu beaucoup de littérature... Alors certes cet Alabama Song a des qualités mais bon, j'ai aussi lu mieux - beaucoup mieux depuis ! Un Goncourt justifié ou pas ? Chacun se fera son avis en lisant le roman en question ici !

    A bientôt !


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  • Le manque d'amour et la solitude sont les deux principaux fléaux de notre époque individualiste ! Ce sont, en l’occurrence, des épreuves que traversent Clara, 20 ans, violoniste et Franz, 12 ans, collégien.

    Franz et Clara - Philippe LabroEn effet Clara a grandi sans parents et le dernier homme qu'elle a aimé vient de la quitter ! De son côté, Franz est orphelin et surdoué. Leur rencontre a lieu durant une pause-déjeuner, un jour où Franz occupe le banc où Clara a l'habitude de s'installer !

    Tout de suite un bon contact passe entre ces deux êtres ! Clara est séduite par la manière claire et lucide de s'exprimer de Franz tandis que lui la trouve très belle.

    Petit à petit, Clara va se confier au collégien, et alléger ainsi sa douleur. Franz va donc partager une expérience avec une adulte et être touché. Toutefois leur relation reste bien sage, du registre de l'amitié et de la fraternité.

    Seulement, Franz finit par lui exprimer son amour, un amour d'homme dans un corps d'enfant. Clara ne le repousse pas mais lui fait comprendre qu'elle ne partage pas cet amour et le considère comme un frère. Franz accepte cet état de fait ! Au final, Clara a retrouvé confiance et reprend ses études de violon pour devenir soliste ! Dix ans passent et Franz réapparaît !

    Dans ce roman de Philippe Labro, l'auteur dessine à la perfection le portrait d'une jeune femme un peu perdu ! C'est subtil et sublime ! Labro aborde aussi des sujets délicats voire tabous comme la mort, l'amour à travers la différence d'âge... Il traite aussi de l'état d'esprit et de la grande lucidité de certains surdoués !

    Un roman qui j'en suis sûr vous procureras une lecture agréable ! Ce fut mon cas !

    A bientôt !


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  • La science-fiction reste un genre majeur pour Michel Houellebecq et l'auteur des ​Particules élémentaires ​- qui décrit une société moderne désabusée dans ses romans, s'y est essayé !

    La Possibilité d'une Île - Michel HouellebecqLa Possibilité d'une Île, paru en 2005, s'inscrit dans ce genre et se situe dans une ère lointaine, un millénaire après le XXIème siècle dans un monde post-apocalyptique et crépusculaire ! La Secte des Elohims, inspirée des Raéliens, qui prône l'immortalité par le clonage, s'est imposée au détriment des Religions du Livre ! Le génome humain a ainsi​ été modifié et les individus survivent désormais grâce à la seule énergie solaire.

    L'Homme, vu comme une "machine", a également été perfectionné sur le plan spirituel. Il ne ressent plus les sentiments, la peur, la souffrance, l'amour, le désir et la sexualité et s'est en quelque sorte déshumanisé ! On peut bien parler de post-humains à propos de cette Humanité ! L'état d'ataraxie cher à Epicure, est atteint !

    A la cinquantaine, les Elohimites, qui vivent individuellement dans des bunkers, mettent fin à leur vie volontairement et lèguent un échantillon de leur ADN et le journal intime de leur existence. Le récit se construit alternativement autour de l'histoire de Daniel 1, avatar de l'auteur, et les commentaires de ses clones, particulièrement Daniel 25.

    Daniel 1 vit au XXIème siècle et est une sorte de cynique désabusé, comique de profession, provocant et nauséeux, entre Dubosc et Dieudonné, croquant la société à la manière d'un balzacien. Il livre un constat acerbe sur ce monde en fin de parcours ! Mais Daniel a une faiblesse : le besoin d'amour. Il épouse Isabelle, une femme intelligente qui lui donne l'amour mais non la satisfaction sexuelle. La beauté de sa femme s'étant fanée, ce matérialiste la quitte pour une jeunette de 20 ans, Esther, pour qui cette fois il ressent du plaisir sexuel mais pas de sentiments, comme si les deux, amour et sexe, s'excluaient !

    Lorsqu'Esther quitte Daniel, il fait une tentative de suicide et ne trouve consolation que dans la promesse d'immortalité des Elohimites, dont l'auteur dresse un portrait étrangement bienveillant !

    Dans ce roman, Houellebecq nous peint en "éternels adolescents insatisfaits", des ​Kidultes, ​qui refusent la vieillesse et la souffrance ! Le terme de cette vie étant la mort, inévitable, auquel on ne se résigne plus ! Ce roman est une satire impitoyable avec des scènes de sexe décrites avec la crudité des films porno ( c'est la caractéristique de Houellebecq : il peut vous faire un exposé sur la Théorie des Cordes et trois pages plus loin vous décrire une "branlette dans les rideaux" !), le sens de la formule qui frappe, les développements scientifiques précis donc, des analyses de sociologues empruntées à Marcel Gauchet, Marc Augé et Gilles Lipovetsky, des résumés d'articles de Science et vie ou de Wikipédia sur le clonage et la cybernétique. Le tout avec la bonne dose de provoc chère à l'auteur ! Ereintement du "moralement correct", parodie de "beauf attitude" !

    Le roman qui verse parfois aussi dans le lyrisme est loin d'être le meilleur roman de Houellebecq, néanmoins, moi, il m'a convaincu. Il confirme la cohérence des orientations littéraires et des thématiques de son auteur, sa vision pessimiste du monde contemporain, ses peurs, ses misères et ses vaines espérances, ses faux-semblants aussi !

    A bientôt !

     


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