• La littérature ne doit pas être l'apanage des seuls universitaires ! Il est coutume depuis des décennies pourL'apiculture selon Samuel Beckett - Martin Page les chercheurs de fouiner dans les archives que les écrivains laissent de leur vivant. Mais ces documents sont souvent une construction élaborée du vivant des auteurs ! Et si le principal n'était pas encore l’œuvre et l'appropriation que tout un chacun peut en faire ?

    Martin Page, dans L'apiculture selon Samuel Beckett propose une biographie imaginaire du dramaturge du "théâtre de l'absurde", une fiction bâtie sur du réel et qui veut briser tous les clichés !

    C'est en quelque sorte une imposture joyeuse à l'image de celle que Beckett fait lui-même dans le récit en fabriquant de fausses archives !

    Le récit est celui d'un doctorant en anthropologie qui seconde l'espace d'un été - en 1985 - Samuel Beckett - et laisse un témoignage écrit de cette rencontre, le récit du livre - faux document qui veut se présenter sous des allures authentiques !

    Un des points de l'histoire est la représentation par des prisonniers suédois de la pièce En attendant Godot, là où Beckett rêve d'un théâtre populaire accessible à tous !

    Ce roman, c'est aussi l'appropriation de Beckett par l'imagination de Martin Page, le pouvoir libérée de la littérature.

    Moi-même, qui ai fait depuis fin 2005, ma passion de la littérature, m'étant entre les années collège et les années 2000 fourvoyé dans des études de biologie, je trouve cette appropriation de la littérature et de la biographie officielle de l'écrivain très salutaire !

    Un très bon livre - très court - 70 pages - mais très savoureux !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • La théorie de l'information - Aurélien BellangerLa théorie de l'information nous raconte l'histoire de Pascal Ertanger, magnat de la net économie, calqué sur Xavier Niel, fondateur de Free et douzième fortune de France.

    Dès lors, le parcours de notre milliardaire permet à Aurélien Bellanger - annoncé comme le nouveau Houellebecq - de dresser un panorama sociologique depuis les années 1970 de l'aventure de la télématique, du Minitel à l'internet. Moi, cela me fait penser aux romans "sociologiques" de Philippe Vasset !

    Le livre s'articule autour de deux parties : Minitel, Internet et 2.0. On aborde une première époque dans la première partie, celle des messageries roses, des 3615 ULLA, des services de voyances, de bourses en lignes, le 3615 INVERSE. Notre héros, Pascal, sait faire montre de prévoyance et conquiert ainsi des marchés nouveaux, fait son trou grâce au marché du sexe et s'étend progressivement.

    Dans la deuxième partie, il passe au niveau supérieur avec l'internet, développe sa société "Demon", se rapproche du pouvoir bling-bling.

    Puis une troisième partie qui marque son apothéose !

    Entre deux chapitres s'intercalent des exposés scientifiques la plupart du temps incompréhensibles : la série "Steampunk", la série "Cyberpunk" et la série "Biopunk" qui insistent lourdement sur l'importance de l'information. On est entré dans l'ère de l'information !

    Que penser de ce livre au final ? J'ai trouvé sa lecture au premier abord agréable. On a un récapitulatif de la société française depuis la fin des années 1960. Mais au fur et à mesure des 500 pages, le récit devient un peu trop du genre "Histoire du net pour les nuls" - c'est un peu lourdingue, un peu trop technique et les personnages disparaissent carrément au profit d'un manuel du parfait petit patron de la net économie.

    Néanmoins, le texte est dense et intéressant mais je comprends que beaucoup de lecteurs qui veulent du "vivant", du "sentiment" puissent se sentir déçus et vite s'ennuyer !

    Il faut tout de même signaler qu'il s'agit d'un premier roman. Laissons à l'auteur le temps de pratiquer l'écriture de romans ! Et non la programmation d'ordinateurs !

    Bilan mitigé donc !

    A bientôt !

     


    votre commentaire
  • Le marcheur de fès - Eric FottorinoJ'avais particulièrement aimé le roman sur l'enfance d'Eric Fottorino, à savoir Le dos crawlé. Mais cet écrivain d'origine juive marocaine a aussi commis plusieurs livres sur son père "naturel" - un juif marocain donc - Moshé Maman devenu Maurice Maman et dont la belle famille refusa qu'il épouse une jeune fille catholique.

    Ce père fut médecin, gynécologue-obstétricien et passa sa jeunesse à Fès. Le fil, Eric Fottorino, n'arrivant pas à franchir la barrière de deux temps décalés décide de joindre les espaces en se rendant à Fès sur les lieux de son père pour ressentir ce qu'il a ressenti, associé à une histoire de la judéité - même si Fottorino ne se réclame pas "écrivain juif".

    Muni d'un petit carnet, Eric prend quantités de notes, rencontre des amis du père, reçoit des lettres de parents suite à de précédents livres sur ce même sujet. Il retrace le parcours du paternel en même temps que les étapes de la vie de la communauté juive.

    Aujourd'hui, il reste très peu de juifs à Fès, constate-t-il. Considérés par Golda Meir et les Israéliens comme des brutes, les élites juives marocaines n'ont pu s'intégrer au nouvel état de 1948. Eric Fottorino parle longuement des lieux dans une topologie détaillée de Fès - comme une madeleine de Proust - du mellah, le quartier juif adossé au palais du Sultan, des évènements de 1912 qui vit les Arabes et les Berbères se déchainer contre les Juifs et aboutit au protectorat français de Lyautey. La "pacification" dura jusqu'en 1934.

    L'histoire du père est retracée comme une enquête, notamment la mort de Ninette la grande soeur dans un accident de voiture.

    Un livre sur le père et sur le Maroc. Comme dans beaucoup de livres chroniqués sur ce blog, la grande et la petite histoire !

    J'ai globalement apprécié cette lecture - le style de Fottorino et ses sujets semblent me convenir on dirait !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • La chatière est un recueil de onze nouvelles assez courtes, des histoires où l'inconscient, le fantasme, laLa chatière - Claude Pujade-Renaud régression viennent faire irruption dans le réel - par une sorte de chatière - et provoquent des jeux de langages et de miroirs.

    Les nouvelles mettent en jeu des protagonistes à différents âges de la vie. Des femmes souvent et dans ce cas, il est vrai qu'il ressort de ces textes une certaine sensualité !

    Le recueil s'ouvre ainsi par une histoire de chatte abyssine dont la propriétaire est tombée amoureuse, au point de se confondre avec l'animal.

    Le style de Mme Claude Pujade-Renaud est élégant, raffiné et précieux. L'auteure a eut une carrière de danseuse, chorégraphe et a contribué à l'installation de la danse américaine moderne en France. Elle manie ses textes avec la même virtuosité. Il faut mieux ne pas être distrait lorsque l'on lit ce recueil car comme je l'ai dit le style est sophistiqué !

    L'écrivaine met en scène des personnages qui doutent ! Cet homme qui voit son "emprise" sur sa maitresse remise en cause par la venue d'un animal, cet autre qui se posent des questions sur sa grand-mère et sa propre date de naissance. Des nouvelles qui se terminent souvent en laissant les questions ouvertes et permettent ainsi au lecteur de compléter les vides et de s'approprier le récit - au prix d'un effort certain d'attention !

    Voilà, je ne vous en dit pas plus sur le contenu des nouvelles mais vous laisse la surprise de les découvrir par vous-même !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Mirages d'Egypte - Daniel VaxelaireMirages d'Egypte est un roman historique placé, d'après le quatrième de couverture, sous les auspices d'Alexandre Dumas. Daniel Vaxelaire a évidemment fourni un travail de documentation et son roman raconte les évènements de la campagne d’Égypte de Bonaparte en 1798.

    Mais l'auteur n'a pas choisi de se placer du point de vue du général en chef mais de ceux d'une demi-douzaine de "petites gens", des témoins, soldats, fantassin ou dragon, savants et un de leurs assistants, femme de savant, capitaine de navire, mendiant ou commerçant d'Alexandrie. Des destins qui donnent un autre point de vue, des focalisations qui se croisent et des histoires qui se rejoignent - surtout vers la fin du roman.

    C'est ici la part de la fiction à côté de la Grande Histoire faite par les historiens, et qui est de l'art du romancier.

    Parmi les personnages, on s'attarde beaucoup sur Fourche, un breton qui poursuit une vengeance et veille sur son jeune frère, David, embarqué avec un savant dans l'aventure égyptienne.

    Il y a Raoul Eschauzier, un savant, dont la femme Ariane s'embarque clandestinement sur un des navires d'une flotte de plusieurs centaines d’embarcations en route pour l’Égypte, en passant par Malte.

    Je vous laisse la surprise de découvrir les autres protagonistes. L'écriture de Vaxelaire est emprunte d'exotisme - qui convient parfaitement dans ce cadre - est précise et non dénué d'humour léger.

    Bonaparte en s'embarquant pour l’Égypte, met en place son propre théâtre, sa propre épopée moderne ! Il embarque 50000 soldats et un aréopage de bicornes vertes, des savants de l'Institut. Épopée moderne dans un pays légendaire de l'Antiquité qui, hélas, s'avère décevant : griseries et vieilles ruines ! Les mirages de l'Egypte ?

    Pourtant, on est seulement à la veille de l’Égyptologie - et Champollion entrera bientôt en scène même si il n'est pas nommé dans ce roman car son histoire sort du cadre et n'est qu'une évocation que je me permets au passage pour faire le lien avec d'autres de mes billets !

    Du roman historique bien documenté et bien écrit mais avec quelques déséquilibres dans la place respective accordé à chaque personnage - certains me paraissent plus mis en avant que d'autres. Comme si l'auteur s'était retrouvé légèrement embarrassé d'avoir à donner vie à autant d'êtres de papiers ! Mais moins d'acteurs aurait été tout aussi insatisfaisant pour retranscrire la fresque !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Homo erectus - Tonino BenacquistaIl parait qu'il existe une sorte de société secrète d'accès libre, une fraternité où les hommes en faillite viennent témoigner de leurs déboires librement. C'est le postulat de départ du roman Homo erectus de Tonino Benacquista.

    On suit trois individus, trois hommes qui commencent par révéler leur histoire.

    Il y a Yves Lehaleur, le poseur de vitres qui a brisé ses projets d'avenir avec Pauline ne supportant pas d'être trahi par sa dulcinée qui a couché avec un gogo dancer. Dès lors, Yves va avoir recourt aux services des prostituées.

    Il y a Denis Benitez, le serveur, qui a l'impression de payer pour toutes les vicissitudes que la gente masculine à fait peser sur les femmes. Peu à peu, il sombre dans la dépression ! Jusqu'à ce qu'une inconnu sonne à sa porte.

    Enfin, il y a Philippe Saint-Jean, le philosophe, qui a perdu sa Juliette. Homme d'esprit, il va se rapprocher d'une mannequin de 28 ans qui représente son exacte opposé.

    J'ai trouvé à un moment donné que les trois parcours de ces hommes versaient dans l'invraisemblable ! L'inconnue surgit de nulle part qui sonne à la porte du désespéré au moment fatidique, cela n'arrive quasiment jamais dans la vraie vie !! L'intellectuel qui s'amourache de la top-modèle, cela s'est déjà vue - BHL et Arielle Dombasle ! - mais là encore ce n'est pas le plus fréquent ! Enfin, la prostitution vue sous un jour presque totalement positif - sans en faire une apologie mais pas loin, hum hum...

    Mais Benacquista a du talent et il sait parfaitement faire évoluer - vers plus de complexité et de nuances - et conclure ses intrigues. Mes doutes se sont dissipés !

    Au final, Yves s'impose comme une sorte de bienfaiteur de filles de joie - avec l'inévitable pute qui tome amoureuse (cliché !), Denis est "réparé" sans qu'on sache vraiment jamais qui était la mystérieuse inconnue et Philippe retrouve sa Juliette après s'être retrouvé lui- même !

    On est dans le conte de fées !

    C'est plaisant et je l'ai lu en une soirée (304 pages) ! De manière général, j'ai toujours aimé les récits de Benacquista qui mérite mieux que de médiocres adaptations ciné tel ce Malavita de Besson où l'écrivain a à peine été crédité durant la promotion.

    Et si il existait une société similaire de femmes éconduits ?

    J’ai peut-être aussi aimé parceque je partage un peu quelque part de la misanthropie de ces héros ?

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Voici ma troisième critique d'un livre d'Olivier Adam, après Passer l'hiver et Falaises ! Penchons nous sur Poids léger. La boxe est vous vous en doutez présente dans le roman. Antoine est un fils d'immigré italien, a un frère ainé et une soeur plus jeune, a d'abord perdu sa mère puis son père, celui-ci d'un cancer. Le souvenir du passé et les moments de joie enfantine avec Claire la soeur l'obsèdent. Mais la mort est aussi une autre de ses préoccupations.

    Car Antoine a un métier qui ne lui laisse aucun repos - celui précisément de mener les individus vers leur dernier repos : il est croque-mort ! La mort frappe indifféremment les vieillards ou les jeunes gens et cela mine Antoine, le pousse vers la déchéance aidé en cela par l'alcool.

    Antoine a pourtant un défouloir : la boxe dans la catégorie poids léger - et il y réussit pas mal en amateur, sous l'égide de Chef. Le "héros" a perdu son père et Chef - qui par ailleurs a du mal à conserver la garde de ses propres enfants - est un père de substitution !

    Il y a ici une thématique assez évidente : la boxe contre la mort ! La boxe, épiphanie du corps qui souffre, du corps nerveux et encore en vie ! Le poids léger n'est-il pas emporté par la tempête de la vie ?

    Voilà, l'écriture d'Olivier Adam se situe toujours dans son registre habituel, en introspection et un peu déprimante. Ce sont toujours des univers intérieurs en déliquescence que décrit cette écrivain. Après, on aime ou on aime pas. Moi, je dois dire que cela me laisse assez indifférent ! Cela se lit, cela fait réfléchir mais ne me transcende pas non plus !

    Voilà, peut-être une prochaine fois vous parlerais-je plus en détails de la biographie de l'auteur.

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Tristan Garcia nous propose avec En l'absence de classement final trente nouvelles ayant pour point commun le sport, comme métaphore du monde et de la vie.

    Le sport ? Qu'est-ce que c'est d'abord ? Il est difficile d'en donner une définition comme le montre la nouvelle qui entame le livre. Effort physique ? Compétition ? Mais les jeux ne rentrent-ils pas dans ces critères ? Il y a de fait un continuum entre le sport et la pratique du jeu.

    Dans les trente récits, on nous présente toutes sortes de sports : saut en longueur, ping-pong, basket, équitation, cyclisme, rugby, natation, boxe, lutte, judo, volley-ball, football, pelote basque etc...

    L'exploit sportif est mis en avant mais surtout pas son caractère unique, improbable et inattendu - qu'on ne peut reproduire - et qui demande toute la concentration du geste.

    Le sportif de haut niveau est au coeur de ce recueil. Il est tantôt glorieux , tantôt pathétique. il est l'objet d'adoration, d'enjeux politiques et économiques. Il souffre au bout de l'effort et le sport est une lutte où le sportif déclassé, soupçonné de tricherie peut même se faire lyncher !

    Le sport se déroule en statistiques, résultats de saisons, vers une simplification rassurante du monde ? A l'opposé, le sport peut conduire, au terme de la souffrance, vers une révélation, vers Dieu ? La compétition conduit les champions vers les plus hauts sommets comme vers leurs chutes.

    Mais nos champions sont encadrés - et parce qu'ils sont l'enjeu de la politique, du nationalisme, du chauvinisme et des intérêts économiques - ils bénéficient de "coup de pouce" de la modernité : dopage, technologies au service du, sport. Ce qui fait regretter à certains champion un non respect de la nature, du corps et des traditions !

    Car le sport pour s'accomplir nécessite un total sacrifice et le succès n'est jamais assuré. La gymnastique est un bonne exemple de sculpture du corps et d'école du sacrifice qui permet d'échapper à sa condition pauvre. La vie sociale des sportifs qui en résulte est donc "bling-bling" ou pur rejet !

    Le sport peut être vue comme un prolongement de la guerre - ou d'une tradition relevant de la chasse - ou bien de plus en plus est pris en charge par les techniques managériales - gestions de carrières, sponsors...

    Le sport permet la symbiose des corps : les membres d'une même équipe, le cavalier et sa monture. C'est un total contrôle, une symbiose pure mais lorsque la compétition s'arrête chacun retourne à sa condition. Le sport est aussi sensualité et érotisation du corps. Cependant, il n'est pas qu'amour et il faut souvent "ne pas fraterniser " avec l'adversaire pour espérer l'emporter !

    Le sport enfin est prestige social et affaire de classes. Ses origines se perdent dans la nuit des temps et ses règles évoluent. Les pratiques sportives s'internationalisent et les compétiteurs de haut-niveau sont certes des idoles mais aussi des êtres entre transit, des "citoyens du monde".

    Bref, ce recueil de nouvelles introduit - ou réintroduit - bien des problématiques sans que ce soient des textes à thèses.Voilà ci-dessus ce que cela m'inspire. J'ajouterais que le sport est aussi négociation - avec soi et le monde - et qu'il offre de multiples possibilités qui sont autant d'amorces de récits !

    Mon rapport personnel au sport est plus complexe et plus simple à la fois. Je déteste pratiquer quelques sports que ce soit hormis la marche. Sans doute, sept ans de collège et lycée avec pour seuls horizons sportifs des profs d'EPS roulant des mécaniques et imbus d'eux-même, n'ayant que pour seul obsession la pratique du basket et du handball m'ont vacciner !

    Je suis plus spectateur et ai bien entendu vibré comme jamais lors du Mondial de Football en 1998 !

    Mais bon, je m'égare...

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Comme nous sommes parvenus au centenaire du déclenchement de la Grande Guerre (1914 - 2014), on peut s'attendre à pléthores de commémorations, d'analyses, de revues et de roman. Ce n'est pas moi qui m'en plaindrait car j'accorde une grande importance au devoir de mémoire. C'est dans ce contexte que Jean Echenoz apporte sa pierre !

    Dans une interview en vidéo de l'auteur que j'ai visionnée sur le net, l'auteur de 14 indique être parti, sans intention déterminée au départ, de la lecture de journaux intimes du conflit ayant appartenu à des proches. Il s'est ensuite documenté dans une masse d'informations gigantesque.

    Echenoz aurait alors pu livrer une fresque monumentale, au lieu de cela un petit roman de 120 pages toutefois très efficace !

    Charles et Anthime sont deux frères mobilisés en août 1914 comme des millions d'hommes. On assiste à l'allégresse du départ, persuadés qu'on en aura fini en quinze jours ! La suite, on la connait, l'enlisement dans les tranchées !

    Et puis, il y a Blanche, la fiancée de Charles - qui attend un enfant de lui et constate le vide autour d'elle. Mais Charles, muté par relations au service de la photographie aérienne mourra au bout de deux mois de conflit.

    Des chapitres poignants et réalistes où Echenoz nous fait un temps soit peu palper la réalité des corps déchiquetés. Il y a aussi un chapitre sur les animaux, ceux qui errent dans les campagnes mais également les ennemis du soldat, poux et rats.

    Anthime reçoit une "bonne" blessure et est démobilisé. Il va donc s'occuper de Blanche et de Juliette et de l'entreprise du père de Blanche. Mais le désœuvrement le guette !

    On suit d'autres poilus, trois au total, dont un est fusillé pour désertion supposée.

    Le livre se termine sur un retour à l'arrière -où des profiteurs s'engraissent sur la guerre. Une note optimiste à la fin avec l'arrivée d'une nouvelle génération. Hélas celle-ci connaitra un autre conflit encore plus sanglant trente ans plus tard !

    J'aime bien Echenoz depuis la lecture de Je m'en vais en 2007 dans le cadre de mes études de Lettres. 14 ne m'a pas fait changer d'avis sur cet écrivain !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Le sumo qui ne pouvait pas grossir - Eric-Emmanuel SchmittLes sumotoris sont de véritables dieux au Japon. Ce sport, le sumo, sera le moyen pour le jeune Jun de se retrouver lui-même.

    Le sumo qui ne pouvait pas grossir est un court roman d'Eric-Emmanuel Schmitt (dont j'ai déja chroniqué La femme au miroir) qui fait partie de son Cycle de l'Invisible - en une demi-douzaine de textes qui sont autant d'invitations à voir au delà des choses, en soi-même, bref qui parlent de spiritualité.

    Jun est un jeune garçon livrée à lui-même dans les rues de Tokyo et qui vend de la camelote. Son père s'est suicidé à cause du surmenage et sa mère -selon lui - le délaisse. Il décide de s'enfuir de chez lui pour se retrouver dans la rue !

    Mais il y a le vieux Shomintsu qui dirige une école réputée de sumo et qui ne cesse de le croiser (hasard? Non !) et de lui répéter " je vois un gros en toi". Le vieil homme est-il fou ?

    Jun se montre hostile à la proposition du vieillard de s’intéresser au sumo en commençant par venir voir une compétition. Shomintsu lui donne de l'argent mais le "gosse" est têtu !

    Le sumo est pourtant une école de vie et de méditation - faire de ses faiblesses des forces. Pourtant, au bout du compte, le garçon va vaincre ses préjugés.

    Shomintsu et son école vont éveiller le jeune homme qui va découvrir le bouddhisme zen - en quoi ce roman parle bien de spiritualité - et l'amour.

    Ce roman est un parcours initiatique et je ne vais pas en dire plus car je préfère que our le découvriez vous-même. On y découvre la force de la lucidité et des méditations, ce moment où on s'unit au cosmos.

    Un bon point pour Eric-Emmanuel Schmitt !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Voici un roman qui s'inscrit pleinement dans l'actualité des conflits internationaux et de la Crise des années 2010 ! Dans Voir du pays, Delphine Coulin raconte les trois jours dans le "Sas" de militaires de retour d'Afghanistan pour la France. Ces militaires sont -pour les personnages principaux - des femmes : deux soldats, Aurore et Marine et une infirmière, Fanny. Elles tentent de mettre à profits trois petits jours à Chypre pour commencer à se reconstruire.

    Car, comme on s'en doute, l'expérience de la Guerre les a marquées !

    Au départ, il y avait l'histoire d'une amitié entre deux jeunes filles originaires du Bois au Château en Bretagne, Aurore et Marine, trop à l'étroit dans leurs familles. Marine, en particulier, issue d'une famille de militaires conservateurs et réactionnaires, étouffe et choisit de se fiancer avec un jeune homme dépaysant qui malheureusement trouve la mort dans un bête accident !

    Dès lors, Aurore et Marine se devront d'être fortes l'une pour l'autre ! C'est ainsi que lorsque Marine s'engage dans l'armée, Aurore la suit quelques mois plus tard !

    Mais voilà, Aurore est prise dans une embuscade par les talibans qui laisse plusieurs de ses frères d'armes sur le carreau. Marine - ayant été éduquée à ne jamais montrer de faiblesse - ne réagira pas comme Aurore s'y attendait et manifestera une sorte d'"indifférence" et, en réalité, de colère contenue.

    C'est dans ce contexte que les deux amies en rupture atterrissent avec leur compagne dans la partie grecque de Chypre. Fanny, l'infirmière, qui a sensibilisé Aurore au sentiment d'injustice qui règne dans la population afghane, se joint aux deux amies et commence à aguicher les hommes. Aurore, Marine et Fanny ne risquent-elle pas en "lâchant la soupape de sécurité" de faire, par ailleurs, de mauvaises rencontres ?

    Surtout, Aurore et Marine arriveront-elles à se retrouver ?

    Un roman - de plus - sur la guerre ! Assez finement mené du point de vue psychologique. Peut-être versant dans des situations déjà évoquées, vues et revues, par tout un tas de romans, films et documentaires depuis le 11 septembre 2001 - voire des clichés ? Mais qui présente tout de même l'originalité d'être du point de vue de femmes. Maintenant, j'aimerais lire un roman du point de vue des autochtones ?!

    Intéressant !
    A bientôt !


    votre commentaire
  • Pour tout vous dire, j'ai hésité avant de faire un billet sur l'ouvrage dont il est question si après... A vrai dire, je ne fais pas d'article sur chaque livre, film, BD ou saison de série télé que je vois mais peut-être sur un sur deux de ces objets culturels...De plus pour Les éclats de rire de la jeunesse à l'arrêt des autobus de François Bott (à ne pas confondre avec François Bon), il y avait une difficulté supplémentaire, la grande diversité des 35 nouvelles du livre qui ne laissaient pas voir un fil rouge autour duquel appuyer ma présentation.

    Pourtant ce recueil est intéressant à plus d'un titre et donc voici une petite présentation de Les éclats de rire de la jeunesse...!

    Le temps passe, les vies passent, les souvenirs et les questions demeurent. Ce recueil va faire rentrer dans vos existences des gens qui ont un regard particulier sur le monde et une façon "élégante" de vivre... poétiquement d'une certaine façon ! Mais les personnages de François Bott ont aussi une part d'ombre. C'est cette complexité du personnage de fiction que l'auteur se propose d'éclairer, mais en réalité, c'est l'écrivain qui compose ces individus de papier, plus vrais que nature !

    Ce sont en effet des personnages énigmatiques - souvent - en tout cas, paradoxe, à la fois atypiques et généraux.

    Il y aura de l’introspection dans ces nouvelles - par le journal intime -comme dans "A quoi rêvent les vieillards ?". Le titre - emprunté à l'une des nouvelles - laisse supposer des jeunes gens et des moins jeunes - aube et crépuscule de la vie - transmission inter générationnelle à la veille de l'an 2000. Des rencontres ainsi celle improbable de deux générations d'écrivains : Nerval et Verlaine, sur le Pont Neuf.

    Ces nouvelles ont pour cadre temporel l'an 2000 et pour centre géographique Paris ("la Parisienne 2000", "Une semaine avant l'an 2000"). La capitale devient , sous la plume de François Bott - mais aussi de tout temps par sa légende - le lieu des amours, des rencontres, des deuils... et des ruptures (comme dans "Marie, c'est fini"...). Ce sont les petits drames du quotidien, dans une forme courte - la nouvelle - voire très courte, la moitié d'une page ressemblant alors à du poème en prose ou ce que les Anglais appellent la short-short story !

    Paris est le point névralgique mais il y a aussi du dépaysement, des rencontres et des réminiscences, les occasions fortuites et le hasard - les aléas de l'existence (maladies soudaines aussi !). On a presque l'impression de croiser ces personnages par hasard mais il n'en est rien car c'est l'art de l'écrivain de construire des personnages - l'art de la nouvelle ! L'instantané prémédité !

    Des personnages - je le redis - qui sont des originaux - souvent ! Par exemple: Juliette et ses petits mensonges, les "clochards célestes" etc....

    Autres exemples : Louise est la "Parisienne 2000" : élégante, poétique, raffinée, éprise de philosophie - 40 ans et elle rencontre Laurent, éclairagiste pour le cinéma (encore la "lumière") - à New York. Ou encore le mystère du suicide de Jean-François, artiste peintre qui se jette du TGV Paris-Bordeaux le jour de ses 60 ans dans "Requiem pour un ami disparu' qui montre le désarroi des proches et de sa veuve. Là encore, Jean-François, peintre, avait-il perdu la "lumière" ?

    Outre Paris, l'an 2000, Mozart est aussi un motif récurrent de ces nouvelles puisqu'il est évoqué une demi-douzaine de fois. Mais il y aussi des peintres (Matisse et Picasso) et on croise Nerval, Verlaine, Madame de Sévigné, Flaubert, Léo Mallet, Balzac, Tchekhov, James, Joyce, Fitzgerald, Proust, et mon "très cher" Paul Valéry !

    Il y a aussi un alter-égo de l’auteur : le détective privée F.B. qui enquête sur des personnages dans deux nouvelles !

    Le recueil se termine par une ballade dans Paris au mois d'août par un féru de littérature qui croise tous les héros de romans rencontrés dans ses lectures. Le rôle de l'écrivain n'est-il pas de "déchiffrer et inventer la destinée" ?

    Des nouvelles souvent mélancoliques - un nouveau "Spleen de Paris", entre rêves et paysages parisiens et intérieurs !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Laure Adler est une écrivain et journaliste française, née à Caen en 1950 - dont la famille est originaire d'Abidjan et qui est connu pour ses écrits féministes.

    Elle a perdu, au cours de son existence, un enfant et a écrit, suite à cette expérience tragique, un livre sur le travail du deuil.

    C'est ce travail de deuil qui est au centre du récit de la narratrice de A ce soir.

    "A ce soir" est la phrase que se disent les conjoints au début de leurs journées respectives. Or au début du récit, la narratrice manque d'avoir un accident de voiture, suite à un refus de priorité. Elle se rend alors compte que la vie et fragile et se remémore la perte de son jeune fils Rémi, 17 ans plus tôt !

    Ce court roman-témoignage est très poignant, assez insupportable par moments si vous êtes comme moi d'une sensibilité à fleur de peau. Il ne verse heureusement pas dans le pathos.

    Un premier mouvement raconte les joies de la grossesse, grossesse qui était jugée improbable dans le cas de la narratrice et donc d'autant plus désirée ! La joie de porter la vie, le corps qui se transforme, les rapports mère/enfant, cette force de la maternité - qui rendent la séparation future d'autant plus déchirante.

    Malheureusement, le petit Rémi est victime de la mort subite du nourrisson. La narratrice évoque bien sûr l'inévitable sentiment de culpabilité. Je sais bien qu'il y a eu de nombreux articles dans la presse sur les parents qui perdent un enfant et ce qu'ils ressentent mais ici ces choses-là sont très bien décrites sans être trop "cliniques" ou morbides et sans complaisances.

    Car c'est là le pouvoir des mots et de la littérature de décrire les expériences humaines même les plus tragiques - surtout les plus tragiques. J'appuierais sur le fait qu'il semble se produire chez la mère une sorte de coupure, une séparation d'avec son enfant mais aussi à l'intérieur d'elle-même, entre le soi et le jeu par l'utilisation successivement du "je" et du "elle" pour parler d'elle-même.

    On suit le calvaire, le parcours médicale de l'enfant et des parents, entre espoir, abattement, faux-espoirs et résignation, aveuglement aussi. L’hôpital est tantôt perçu comme hostile - avec son jargon technique, son caractère administratif, sa langue de bois tantôt vécu comme un soutient : petits gestes des infirmières, empathie du médecin - la vie d'un service de réanimation.

    Voilà un témoignage puissant ! Pour tout vous dire, sur les 182 pages du textes, j'ai eu un peu de mal à y entrer dans les 30 premières pages (mais bon j'écoutais une émission sur Chandler à la radio en même temps !). Puis, enfin, le texte m'est apparu avec toute sa force, celle de la vérité humaine !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • "Si la tragédie est grecque, les acteurs sont russes."

    La confrérie des moines volants - Metin ArditiMetin Arditi est un écrivain francophone d'origine turque que je découvre ici avec son La confrérie des moines volants, roman qui revient sur les pages noires de l'histoire russe sous le stalinisme, avec la répression de la foi orthodoxe, tournée vers les icônes, et le pillage des Églises.

    Deux époques dans ce roman : 1937 avec Frère Nikodime et 2000 avec Mathias Marceau, photographe talentueux - qui est en réalité - mais celui-ci l'ignore - le petit fils du Saint Homme.

    A la mort de son père André, Mathias découvre le passé de sa famille, de sa grand-mère Irina/Irène émigrée russe, et hérite d'un trésor de menuiserie, un petit secrétaire qui contient caché à l'intérieur du bois, le cahier secret de Nikodime.

    Près de soixante-dix ans plus tôt, Frère Nikodime échappa aux massacres de prêtres ordonnés par les communistes russes, et, à la tête d'un petit groupe de moines créa une confrérie, la confrérie des moines volants, qui œuvra à sauver les icônes et les objets sacrés des églises abandonnées ! "Moines volants" venait de leur habileté et des acrobaties nécessaires pour décrocher les icônes !

    Cependant, Frère Nikodime cachait un lourd secret et ne cessait de faire pénitence. Il mourut de la main du NKVD, non sans avoir fait un enfant à Irina.

    Mathias parviendra-t-il à retrouver la quarantaine d'objets cachés par Nikodime et sa confrérie ? C'est fort possible mais pas sans quelques rebondissements... Sans compter l'hostilité des nostalgiques de l'URSS !

    Un bon roman, pas exceptionnel mais qui nous fait prendre une leçon d'Histoire ! J'ai récemment fait un billet sur les famines en Ukraine en 1933, ici, c'est une autre exaction des hommes de Staline qui est mise en lumière ! En exhumant le passé, on peut faire rédemption et préparer l'avenir, telle est la leçon du roman !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Faber le destructeur, c'est l'histoire de Medhi Faber, gamin puis ado précoce et de ses deux amis Basile et Madeleine, mais ce n'est pas une réécriture à trois membres du Club des Cinq. Ce Faber là cache sa part d'ombre !

    Alors qu'il était un jeune garçon particulièrement brillant, toujours en avance sur les autres, Faber a échoué dans sa vie sociale et c'est au fond d'un trou perdu, tout couvert de merde, que son amie Madeleine le découvre au début du roman.

    La trentenaire, amie de Faber qui mène maintenant une existence rangée de pharmacienne, vole au secours de Faber au nom d'un pacte promulgué à l'adolescence d'entraide réciproque. Le jeune Faber a toujours été pour elle et Basile un redresseur de tort, contre Romu le petit tortionnaire de cour de récré, contre Mézières, le prof de collège sadique et tyrannique, ou menant la révolte des élèves du lycée Janvier de Mornay lors des évènements contre la Réforme des Retraites en 1995.

    Mais suite à ses années de lycée, Faber va sombrer dans la déchéance, sa part sombre reprenant le dessus, des secrets enfouis refaisant surface à l'occasion de sa première relation sexuelle. notre  héros, devenu un anti-héros, se prend pour le diable - celui qui dévoile soit dit au passage selon l'étymologie si je ne dis pas de bêtises !  Il y a d'ailleurs une longue digression à ce stade sur les anciens dieux païens devenus les démons du christianisme. Faber serait-il l'un d'eux et le texte basculerait-il dans le fantastique ?

    En réalité, on n'entre jamais vraiment dans ce registre du fantastique - c'est plus un ressort poétique - et il y a aussi une explication psychologique et là, j'ai bien cru que l'auteur, Tristan Garcia, allait nous ressortir les clichés fumeux sur la maladie psychique et la schizophrénie, sujets sur lesquels 90% de la population est à côté de la plaque. Mais bon, on a évité ça...

    Il y  a aussi une mise en abime pas inintéressante : Basile l'un des personnages écrit un livre sur Faber qui s'appelle Faber le destructeur, un livre dans le livre qui utilise la même technique du récit selon les points de vue de Faber, Basile et Maddie, l'histoire de deux jeunes gens qui ont cru aux espoirs que leur avait donné leur ami, plus brillant qu'eux et qui dix ans après veulent se venger !

    Apparait aussi à la toute fin, un personnage nommé Tristan , qui retravaille le récit et qui est sinon l'auteur lui-même, du moins un alter-égo.

    Faber est aussi un peu la mauvaise conscience d'une génération post-Trente Glorieuses.

    Au final, qu'est-ce que j'ai pensé de ce texte ? Pas mal, bien rédigé - l'auteur maitrise son récit et nous prépare plein de petites surprises. Mais si le début est prometteur, j'ai trouvé que ça trainait un peu et surtout cela a trop tendance à virer au simple fait-divers de province à partir du moment où on apprend que c'est une histoire de rancune et de vengeance !

    Impressions en demi-teintes donc ! Le mieux est encore de le lire vous-même pour vous faire votre propre avis !

    A bientôt !

     


    votre commentaire
  • Mémoire à bout portant - François-Michel DupontChaque année au mois de mai se tient à Caen un Salon du Livre,Passage de témoin, dans l'enceinte du château. De nombreuses activités et conférences ont lieu, notamment, la mise en lecture d'un ouvrage à l'auditorium.

    En 2013, on a ainsi pu assisté à la lecture de La liste de mes envies de Grégoire Delacourt. Pour l'évènement 2014, c'est Mémoire à bout portant, un polar d'un auteur local, François-Michel Dupont, chez un petit éditeur -Le Vistemboir - qui a été choisi !

    Qui est François-Michel Dupont ? Il est née le 27 février 1972, dans le Cotentin et est Conseiller Principal d'Education au sein du CLE (un Collège Lycée Expérimental) à Hérouville-Saint-Clair et donne aussi des cours de langues à la fac de Caen.

    Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a un vrai don d'observation. Son livre a certainement retenu l'attention parce qu'il met en jeu des lieux connus de tous à Caen, dans la Pays de Caux et dans le Cotentin : les Nouvelles Galeries, la Tour Leroy, l'Abbaye aux Dames, Mémoranda, le Bon Sauveur et quelques "célébrités" locales.

    Le roman raconte l'enquête de deux flics un plus vieux assez rigide, Philippe et un plus jeune Pierre-Arnaud un peu plus "fou-fou" qui se penchent sur un meurtre par "bookcrossing", l'échange de livres sur la voie publique. Un vieil enseignant a en effet ramassé un livre piégé qui l'a tué, méthode évoquant la résistance.

    Je en veux rien dévoiler de plus mais il est question de la guerre de 39 - 45, du milieu de la reconstitution historique - on croise d'ailleurs un groupe d'extrémistes, nostalgiques du Reich - et des collabos et des résistants.

    Au début, j'avais des doutes quant au choix de ce livre. Cela m'agace les gens qui ne lisent jamais un livre sauf une fois dans leur vie quand cela parle de leur petit quartier. Le livre est fait, je pense au contraire pour dépayser le lecteur - et j'en parlerais davantage dans la conclusion du volume 5 de mes "Chroniques littéraires". En plus, un livre ancré dans une époque et un lieu précis ne deviendra jamais intemporel et passera avec la mode !

    Mais en fait, j'ai trouvé ce bouquin formidable ! Ce monsieur est à suivre de près ! C'est bien écrit et très vivant ! J'ai lu quelque part que le genre polar était celui qui décrivait le mieux la réalité, le quotidien et les gens. C'est vrai ici ! Il y a de la vie dans ce livre !

    Un site internet va également se monter avec la Bibliothèque de la Guérinière de Caen. Je vais y participer et vous en reparlerais peut-être en post-scriptum d'un futur billet sans rapport !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Les faibles et les forts est un roman de Judith Perrignon, née en 1967, écrivain, journaliste et essayiste française, aussi intéressant dans sa forme que sur le fond.

    Il s'agit de l'histoire d'une famille noire-américaine sur fond de ségrégation raciale. Dans ce contexte de lutte entre Noirs et Blancs, on peut se demander qui sont les faibles ? Qui sont les forts du titre ? Le fort est-il l’oppresseur ou bien celui qui résiste ?

    Le roman comprend différentes parties, différents moments. Un premier tiers du livre donne la parole successivement aux membres de la famille au coeur du récit. On a donc différents points de vue, différentes focales qui se complètent pour donner un récit mosaïque. Parmi les personnages, il y a Mary Lee, la grand-mère, Dana, la mère et les enfants, Marcus, Jonah, Déborah, Wes et Vickie. Les hommes adultes sont absents et déficitaires dans leur autorité - cela a un sens dans le récit et dans le dernier tiers du livre un peu trop "roman à thèse" pour le coup ! J'y reviendrais.

    Marcus, le fils ainé se retrouve victime de harcèlement policier et subit une humiliation - comme son grand-oncle Howard avant lui - lorsqu'il doit baisser son pantalon pour une fouille. La grand-mère a ce geste fou au début de roman de le ligoter avec une corde à linge pour le préserver du danger !

    La police est un des éléments communs au premier tiers et au deuxième tiers du roman. Dans la suite du récit, on quitte la multifocalisation pour revenir en 1949 - l'intrigue au début du roman se situe en 2010, au présent, dans les années Obama. On nous conte alors un récit fondateur. Tentant de percer une brèche dans la discrimination raciale, des Noirs vont vouloir aller se baigner dans la piscine municipale des Blancs. Bien évidemment, dans le contexte des années 1950, cela provoque des émeutes raciales et l'oncle Howard perd l'usage de ses tympans lors d'une bastonnade.

    L'eau, que ce soit à la piscine ou dans la rivière est au coeur du récit. Il est important d'insister sur le fait que les héros noirs ici présentés -comme 60% des Noirs issus de l'esclavage - ne savent pas nager - du fait que l'accès aux piscines leur soit interdit - l'épisode de 1949 prend alors tout son sens. Dans la dernière partie survient un drame, la mort des enfants noirs par noyade. On termine sur un discours qui fait assez exposé mais qui n'en est pas moins retentissant sur la répression du corps des Noirs, le Noir dont on utilise la puissance de travail mais dont on redoute la force physique. La rivière est aussi l'allégorie de la monstruosité de la société moderne, pleine de détritus sur contexte de crise économique de 2008.

    L'action se passe à Saint-Louis, Denver et Chicago.

    Un roman que j'ai bien appréciez - la preuve étant que j'ai lu ses 153 pages d'une traite, sans en décrocher en une matinée -il y a de l'émotion mais pas trop et aussi un bon dosage de réflexion.

    Vous savez ce qu'il vous reste à faire... à lire....

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Supplément à la vie de Barbara Loden est un roman court constitué de plusieurs niveaux de récits - enfin pas vraiment mais bon vous allez me comprendre !

    Acheté ce matin au Relay, lu d'une traite ce soir, un roman court mais dense ! J'avais peur de ne pas rentrer dedans avant la fin mais finalement j'ai été capté par la densité.

    Pourtant ce n'est pas un récit optimiste.

    Premier niveau : la narratrice a été chargée d'écrire une notice sur l'actrice/réalisatrice des années 1960/1970, Barbara Loden. Or, peu connue, cette dernière n'a pas laissé de traces évidentes hormis quelques films dont sa propre œuvre, Wanda, qui reçu un prix à Venise en 1972 et ne fut diffusé que de manière confidentielle. Marguerite Duras s'extasiait devant ce film tandis que le MLF s'insurgeait !

    En effet, Wanda s'inspire d'un fait divers survenue en Pennsylvanie en 1959, une femme, Alma, accompagne un braqueur de banque pour perpétrer un casse. Le coup tourne au fiasco, lui est tué et Alma, ayant abandonné par ailleurs mari et enfants, réclame la prison tant elle considère sa vie comme un désastre.

    Wanda est l’œuvre de Barbara Loden car elle y enfile les deux casquettes de réalisatrice et d'actrice. La vie de Loden - qui fut la deuxième femme d'Eliah Kazan - est comme celle de son héroïne Wanda/Alma, une désespérance sans fin frappée dès le départ par une enfance malheureuse. Dans ce film Loden montre une "héroïne" - qui n'a rien d'héroïque - partagé entre l'archétype de la pin-up, c'est à dire voulant séduire afin d'être aimée et la femme au foyer, la femme résignée, soumise au mari qui ne l'aime plus ! C'est ce personnage négatif de femme soumise qui déplut tant aux féministes. Mais Barbara Loden voulait montrer ce qu'est une existence dont on n'attend plus rien. Ici, la prison apparait comme un suicide social volontaire et la seule issue.

    La narratrice, pour rédiger sa notice, va faire une longue enquête un peu disproportionnée par rapport à la tâche - mais pas à l'enjeu - comprendre un destin et une condition. Ces personnages - ce que j'appelle improprement les niveaux du récit - se reflètent, s'encastrent. Alma, Wanda, Barbara Loden, la narratrice, la mère de la narratrice...

    Un roman court -je le répète encore au moment ou sort Naissances de Yann Moix ou le pavé sur la Grande Guerre - Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre - mais un roman qui pose la réflexion - sans être un roman à thèse ! Plaisant n'est pas le terme exacte, disons intéressant mais il manque le petit plus qui me ferait le placer dans mes "Coups de Coeur" !

    Enfin ,ajoutons que ce livre est paru en 2012 et a eu le prix France Inter cette année là.

    Ah si, une toute dernière chose : vous ne serez pas étonné si je vous dit que l'intertexte fait référence à Bartleby de Melville ou plusieurs fois à Flaubert et Madame Bovary qui se placent haut en matière de récit d'existences mornes et résignées ! Ici, la filiation est revendiqué !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • On retrouve dans Le Montespan le style acerbe et si particulier propre à Jean Teulé. L'auteur a uneLe Montespan - Jean Teulé prédilection pour les monstres physiques et moraux, les dégénérés en tout genre ou les tortionnaires qui s'acharne toujours sur des victimes qui sont des parangons d'innocence. Je vous renvoie à mon billet sur Charly 9 avec l'autre caractéristique de l'écrivain, son goût pour les récits historiques et documentés traité de manière décalée.

    Dans l'écriture de Jean Teulé, on retrouve sans cesse l'attrait pour le cocasse, la bouffonnerie, l'absurde, le carnavalesque. Personnellement, j'adore ! Son style décapant ne peut guère heurter que certaines oreilles chastes et prudes de plus en plus rares de nos jours.

    Le Montespan relate l'histoire d'un cocu - on est aussi dans la veine rabelaisienne - l'époux d'Athénais de Rochechouart, dite marquise de Montespan. Celui-ci tente d'obtenir la renommée dans un premier temps par des victoires militaires, à Marsal puis à Gigeri mais ce sont des fiascos retentissants où le pauvre diable se ruine et se ridiculise.

    En fin de compte, c'est sa femme, qu'il aime tant, qui parvient à s'intégrer à la cour de Louis XIV (voir mon billet sur "les amours de Louis XIV"). Elle devient vite la favorite du roi et change du tout au tout !

    On assiste à la succession de deux époques au sein de la monarchie française dans ce roman : l'ancien temps où la gloire s'obtenait militairement et le nouveau à l'heure de Versailles et des courtisans. Les deux folies - très dépensières - de Louis XIV, la guerre et la parade.

    Le pauvre marquis de Montespan est inconsolable du départ de sa femme. Il est très amoureux jusqu'à la fin ! Tour à tour, il est malheureux, ridicule, offusqué, défie le roi, est contraint à l'exil, fait monter des bois de cerfs sur son carrosse, bref un personnage truculent. Une histoire tragique traitée sur le mode tragi-comique !

    Athénais, elle, en revanche est une mère indigne, qui engendre des monstres avec le Roi et qui finit par être mêlée à l'Affaire des Poisons, assassine par ce moyen une jeune rivale et célèbre des messes noires. Elle sera, comme on le sait, remplacée par la bigote Madame de Maintenon !

    Bref un roman qui sous ses airs de grosses bouffonnerie recèle une vraie intelligence narrative ! Plus subtil qu'il n'y parait et que ne le laisse penser son recours ua registre grivois.

    A noter des illustrations sur certaines pages car Jean Teulé touche aussi au monde de la BD ! Il existe d'ailleurs une adaptation de ce roman sous ce format.

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Avec La Reconstruction d'Eugène Green, on se trouve devant un roman qui aborde les thématiques de la mémoire, de la famille, des relations père-fils, de la manière dont la Grande Histoire influe sur la petite.

    C'est un roman assez bref mais dense en réflexions. Eugène Green fait le récit de la tentative de Jérôme Lafargue, un prof de Lettres de la Sorbonne de se réapproprier son passé et celui du fils d'un vieil ami d'il y a 30 ans, fils qui lui en a fait la demande.

    en effet, Johann Launer, fils de Wenzel Launer que Lafargue a connu lors d'un séjour à Munich en 1968, s'interroge sur sa parenté. Jérome Lafargue va alors interroger ses souvenirs et finira par être "visité" par la conscience de Wenzel pour batir une fiction - une reconstruction - de ce qui est à l'origine de cette histoire : une substitution d'identité pendant la Seconde Guerre Mondiale à Prague sous la botte nazie !

    C'est donc un roman sur la mémoire que nous livre Eugène Green - et sur la parole à l'instar du personnage centrale, Lafargue, qui rédige un journal intime de manière quotidienne. Je crois moi-même à la puissance des mots pour "fixer" le temps et rédige moi-même un journal intime, des carnets de réflexions et autres comme autant d'étapes de ma vie. La démarche de Lafargue procède de cette même logique !

    La famille est aussi au coeur du récit et particulièrement les relations entre les pères et les fils : entre Jérôme et son père, entre le père de Jérôme et le père de celui-ci, entre Jérôme et son fils et entre Wenzel et ses fils !

    Il est question de générations et seul petit bémol de ce roman, Jérôme Lafargue me fait parfois - de manière anecdotique il est vrai - l'impression d'être un réactionnaire : critique des "mémères qui nourrissent les pigeons", des Mac Do et de la malbouffe, des RMIstes qui "se prélassent", des nouveaux enseignements universitaires etc. Il me fait un peu l'impression, du haut de ses 55 ans, d'un vieux grincheux ! Mais bon, cela reste un  détail mais on a parfois l'impression que l'auteur se lâche sur des trucs qui l'agace au quotidien !

    Enfin, il est question - à côté de la reconstruction d'un passé familiale - de la reconstruction de l'Europe sur les ruines de la Guerre : la Grande et la petite histoire !

    Un roman agréable du fait qu'il nourrit une réflexion assez intéressante - mais j'attends de lire d'autres textes d'Eugène Green pour me faire une idée de ce que "vaut " cet écrivain. Pour le moment, ce premier contact me plait bien ! A confirmer !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • J'apprends est le récit de l'enfance et de la préadolescence, à la première personne, de Nadia, une enfant née de la Guerre d'Algérie, vivant dans la vallée du Rhône quelque part entre les années 1960 et 1970.

    Ce roman, assez authentique, est s'organise en trois chapitres et se compose de petits paragraphes. On J'apprends - Brigitte Giraudvoit l'itinéraire de Nadia depuis l'école primaire jusqu'au collège.

    Bien entendu dans ce style d'exercice, il y a la découverte du monde des adultes, du passé familial entre son père, "celle qui n'est pas [sa] mère", sa soeur et son demi-frère. Mais aussi la découverte du corps -ici notamment à travers la pratique de la gymnastique - et des garçons.

    Le texte est ponctué de références contextuelles et culturelles qui l'ancre dans une époque : Mike Brandt, Claude François, Michel Polnareff etc... Et aussi les milles petites expériences du quotidien dans lesquels bon nombres de lecteurs se reconnaitront -pas seulement ceux ayant vécu dans les années 1970, pas seulement les pieds-noirs ni les enfants des cités. Paradoxe, ce livre très placé dans un contexte est universel !

    Reste le coeur du roman : l'école ! Là encore le texte est agrémenté de poésies, de faits que l'on apprends à l'école (les carolingiens, la table de multiplication, la conjugaison...). L'ensemble est très vivant !

    Un chapitre marquant est celui où l'enfant découvre la cruauté des adultes à l'image de cette institutrice qui inflige un supplice à une élève qui ne connait pas sa leçon - et cela résonne en moi avec une expérience personnel d'une institutrice dérangée mentalement qui passait son temps, lors de mon année de CP, à frapper tous les élèves au visage à coup de cahier,même les bons élèves mais bon "il ne faut pas croire tous ce que les enfants racontent !".

    L'école a bien changé depuis ces années-là aujourd'hui le moindre geste déplacé sur un enfant fait presque la une des médias ! Et que diraient mes parents qui eux avaient droits aux coups de règles sur les doigts et aux bonnets d'ânes ! Mais je m'égare !

    Bref, vous l'aurez compris, j'ai assez aimé ce livre de 2005 de Brigitte Giraud - le trouve malheureusement pour cette raison trop court - et aurait bien aimé avoir aussi les années lycée de Nadia !

    Je dédie ce billet à ma nièce Marie, 6 ans, à l'étranger, qui entre dans l'équivalent du CP cette année et va découvrir l'univers des mots !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Quand j'étais drôle - Karine Tuil Fini de rire ! Quand j'étais drôle, roman de Karine Tuil (auteur qui est sur la liste du Goncourt de cette année pour un autre roman il me semble), pourrait faire penser à une farce burlesque, car c'est l'histoire d'un humoriste mais c'est en réalité du ressort du drame et de la chute personnelle puisqu'on a affaire à un comique déchu. Si il y a de l'humour, c'est donc davantage de l'ironie !

    Jérémy Sandre tente, en 2003, une carrière d'amuseur au États-Unis. Très mauvaise idée car dans le même temps, Jacques Chirac mets son véto à la Guerre de Bush en Irak et du coup, "Jérémy Sanders", tout comme les French fries, sont ostracisés par les américains. C'est le fiasco total pour notre "héros". Au bout de l'échec, son père le ramène en France !

    Mais Quand j'étais drôle est aussi le récit à la première personne d'une affaire judiciaire ! Jérémy Sandre formait le trio des Affreux avec Alain Venet et Thomas Vidal. Or, Sandre a tué Venet, le blessant mortellement avec la statue qui récompensa jadis le trio. Pourquoi donc ?

    On découvrira que Venet avait des pulsions pédophiles sur la propre fille de Jérémy, Eve !

    Car, et c'est là le point essentiel que je retiens sur cette histoire de clown triste, plus qu'un récit de la perte du rire et la réussite (ou la non réussite), c'est un récit sur la paternité qui est en jeu : rapport entre Jérémy et son père tyrannique mais déjà lui-même amuseur public, rapports entre Alain, le clown et son père éminence grise qui le désavoue, actes que Jérémy est prêt à commettre pour sa fille (aller au États-Unis, commettre un crime).

    Et puis il se rajoute une critique sociale : les émigrées de l'Est, les rapports hommes/femmes, la médiatisation, la vie en prison, les luttes de classe.

    Bref un roman bien moins léger qu'il n'y parait !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Pour cette rentrée littéraire 2013, Yannick Haenel, qui avait suscité la polémique autour de l'emploi de la fiction dans son Jan Karski, nous revient avec un nouveau roman : Les Renards pâles.

    Avant de vous dire, ce que sont les Renards pâles, je vais brièvement vous décrire la structure du livre qui est en deux parties. Le propos est politique - à l'heure où le politique se désengage - et c'est un propos subtil qui mériterait une deuxième lecture, crayon en main - j'espère toutefois ne pas faire de contresens ici !

    La première partie est le récit d'un narrateur quadragénaire, qui vit en marge, touche les Assedics, et est expulsé de chez lui ! Il vit désormais dans sa voiture, las d'être exploité par le monde des patrons et il découvre l'univers des exclus - de ceux que la société a rejeté à l'issue de la sélection qu'elle pratique insidieusement, ceux-là même qui sont montrés du doigt par les "braves gens". Notre personnage demeure désormais dans l'"intervalle" où l'envers des choses, cette vitre que traversent par exemple les salariés qui se suicident ou ce vide qu'occupent les sans-papiers. A la fin du récit, il brûle ses papiers d'identité et le "je" devient désormais le "nous" en forme de manifeste de la seconde partie, la parole des Renards pâles !

    Car, avec ce roman - qui va plus loin qu'un simple "roman de distraction",- c'est une diatribe en règle contre la société du XXIème siècle, celle qui est en crise et se fissure de partout, qui est livrée, contre ses méthodes de coercition, contre son culte illusoire du travail - à l'opposé de la futilité - et sur les boucs-émissaires.

    Dans ce chaos, cet envers du décor, se place la figure Dogon du Dieu Renard, le dieu du chaos - qui occupe le vide et nous vient du peuple des falaises, d'Afrique comme celle de Belleville. Par lui pourrait bien advenir la révolution, par l'emploi du masque et le refus d'être identifié, fiché et contrôlé ! Masques rituels africains se confondent alors avec celui que portent les Anonymous !

    Un livre qui va bien au delà de la vision simpliste que nous donne les médias des sans-papiers, car ce sont en quelques sorte eux, les Renards pâles !

    De plus, l'ombre de la Commune de Paris, révolution du peuple réprimée par les bourgeois, cette ombre plane sur ce roman !

    J'ai failli placer ce roman dans mes "coups de coeur" mais je le trouve un peu bref, bien que dense !

    Et si vous parcourez les rues de Paris, dans le XXème arrondissement, vous croiserez peut-être la figure de "Godot" sous quelques graffitis !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Un récit ayant pour centre une femme... Où plutôt trois récits, trois époques, trois femmes, c'est ce que nous offre Eric-Emmanuel Schmitt, auteur prolixe notamment consacré pour son œuvre théatrale par un Molière, dans La Femme au miroir... récits se faisant reflets l'un de l'autre !

    La Femme au miroir - Eric-Emmanuel SchmittLe miroir, aussi nommé psyché, est clairement un élément d'introspection. c'est donc ici la quête de soi de trois femmes, trois incarnations de la même personne : Anne, Hannah, Anny, trois femmes qui ne trouvent pas tout de suite leur place, leur destin face à la société, à la tyrannie du corps et aux enjeux de l'amour. Elles se confrontent toutes les trois à la réalité de leur temps. Pourtant, à leur manière, ce sont trois Elues !

    Il y a Anne de Bruges qui vécu au XVIème siècle en plein conflit religieux. Elle repousse un mariage et s'enfuit dans la forêt - passage de la traversée du "désert" qui rappelle les Ecritures (ou encore Yvain le chevalier au Lion). Par la suite, un moine tente de l'attirer dans la voie de Dieu et Anne entre dans un béguinage : un temps sainte puis hérétique !

    Ensuite, il y a Hannah, une jeune femme de la société bourgeoise viennoise, qui épouse Franz et se retrouve aux prise avec le carcan des conventions de son milieu... comédie humaine du début du XXème siècle à Vienne. Elle s'échappe dans la collection puis en découvrant la psychanalyse d'un certain "mage" Freud !

    Enfin, il y a Anny, une star montante d'Hollywood de nos jours, véritablement talentueuse mais dont la vie n'est que vacuité ! Elle, elle s'évade dans le superficiel, les paradis artificiels, sexe, alcool, drogue, vitesse. Elle est pourtant, comme ses deux autres incarnations, à la recherche d'une vie plus profonde !

    Un texte assez brillant - bon pas révolutionnaire - mais le tout est bien mené et suscite une réflexion sur le sens à donner à nos vies. Des destins de femmes captés par un homme - tour de force !

    Des points communs entre ces trois êtres : des tuteurs qui les guident (Braindor, Tante Vivi, "Sac-Vuitton"), la présence de différentes médecine - de chaque époque - censées les soigner. Aussi une réflexion sur le pouvoir des mots - thème bateau en littérature ! - sont-ils le reflet exact de la réalité - le "miroir que l'on promène le long d'un chemin" ou demeurent-ils imprécis. Dieu et la rhétorique religieuse, la psychanalyse, les scénarios Hollywood font chacun un emploi des mots, une mise en scène de la réalité ! Ici le mystère du réel, son fondement : Dieu, l'inconscient, les substances chimiques... Placebos ?

    Une lecture que je vous recommande si vous avez un peu de temps. Pour découvrir Eric-Emmanuel Schmitt, auteur qui a su susciter mon intérêt !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Qui sont les Little People ? En tout cas, ils sont au centre du livre 2 de 1Q84 qui lève de gros coins du voile - 1Q84 - Livre 2 - Haruki Murakamientre les mondes (de 1984 et 1Q84) !

    Dans le tome 1, Tengo et Fukaéri ont composé ensemble le roman La Chrysalide de l'air et ont de ce fait engagé une action anti-Little People. Cette action, l'oeuvre d'un écrivain dans le roman de Murakami permet en outre une mise en abyme. Murakami peut livrer sa conception de l'écriture à travers le personnage de Tengo. Plus fort encore le monde réel de 1984 et celui fictif du roman, 1Q84 (celui de la Chrysalide de l'air) se mélangent.

    Ce roman est aussi une histoire d'intermondes, de portes que l'on ouvre, de voies que l'on emprunte et de secrets que l'on révèle. Il y a un arrière monde, celui des Little People, dont je ne veux rien révélé. Toutefois, je dirais que ces êtres étranges semblent liés aux esprits des morts et des bêtes. Il règne dans le roman de Haruki Murakami une sorte de symbolique animiste, propre à l'orient, au shinto et au Japon. Ces créatures cachées viennent dedu fond des forêts dans un pays largement urbanisé et médiatisé.

    Cet aura de mystère et de mysticisme, ce côté énigmes révélé par couches m'évoque la série Lost. Il n'y a aucun rapport dans les éléments du récit mais le côté conte fantastique me conduit à rapprocher les Little People de la Fumée Noire, des forces primales, ancestrales et énigmatiques !

    Mais 1Q84 est aussi un roman sur la solitude (propre aux grands ensembles urbains ?) : solitude de Tengo et solitude d'Aomamé pourtant liés par des fils invisibles !

    Murakami est un écrivain qui a été pressenti pour le Nobel de Littérature. Je ne doute pas qu'il finira par le décrocher. Pour ma part, j'aime beaucoup la précision de ses description et l'agencement des éléments de son récit. il en explore vraiment tous les aspects !

    Et comme toujours, un "intertexte" très riche, pas seulement limité à la litérature qui fera la joie de tous les amoureux de culture éclectique : Tamerlan, Le Voyage fantastique de Richard Fleischer, L'Affaire Thomas Crown, Alice au pays des Merveilles...

    Mais déjà ma main se porte vers le livre 3 !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Après Hélène Grémillon, nous allons nous pencher sur une autre écrivaine en devenir, Agnès Martin-Lugand et son roman Les gens heureux lisent et boivent du café qui a connu un parcours éditorial particulier en étant d'abord autoédité sur internet puis publié par Michel Lafon grâce à un bon bouche à oreille... succès décidé par les lecteurs donc !

    Ce roman, c'est l'histoire d'un deuil, du deuil de Diane qui a perdu son mari et sa petite fille dans un accident de voiture. Le désarroi de la jeune trentenaire est assez finement décrit par une auteure qui est psychologue clinicienne de formation. Ce sont les meilleurs passages du roman même si pas forcément les plus joyeux. Ensuite, l'intrigue vire un peu à la bluette !

    Diane décide de se reconstruire en Irlande et se confronte à un voisin bourru mais jeune, beau et mystérieux. Évidemment, elle va en tomber amoureuse !

    Bref, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir une forte impression de "déjà-vu" face à ce roman. Est-ce parce que l'intrigue est prévisible ou aurais-je assister à une lecture publique d'extrait du livre dont je ne me souviendrais plus ? Cela m'a aussi fait penser à certains romans de David Foenkinos !

    Mais néanmoins, cela reste un ouvrage sympathique et optimiste, teinté d'amertume. Pas mal quand même pour un premier roman ! Et comme je n'ai pas l'habitude de dénigrer les auteurs qui se lancent, je vous recommanderais tout de même cet lecture !

    A vrai dire, je me suis lancé dans cette lecture sur un malentendus, pensant en voyant le titre qu'il s'agissait d'un essai littéraire ! En fin de compte, j'y ai trouvé mon contentement !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • La garçonnière ! Voilà un sacré bouquin orchestré de main de maitre par la jeune écrivaine Hélène Grémillon, dont c'est le deuxième roman (voir mon billet sur Le confident !).La garçonnière - Hélène Grémillon

    C'est dans ce genre d'ouvrage que l'on peut admirer l'art de la construction de récits des écrivains les plus talentueux. Le livre ne révèle tous ses secrets que dans ses dernières pages ! Et la fin est très poignante ! On n'en sort pas indifférent !

    La garçonnière, c'est l'histoire d'un couple en 1987, en Argentine, après les années de la Junte, l'histoire d'amour de Vittorio, psychanalyste et de Lisandra sa tendre épouse. Lisandra est assassinée et Eva Maria, une des patientes de Vittorio, va mener son enquête en se penchant sur les autres patients du psy. Mais en réalité, les choses sont bien plus complexes !

    Ce livre explore les liens de dépendance entre les humains, entre amant et maîtresse, entre maître et disciple, entre bourreau et victime. Des secrets sont cachés et vont être exhumés. Pour cela, la parole joue son rôle et l'écriture !

    J'ai particulièrement apprécié les petits indices que l'auteure pose dans son roman, indices qu'on ne remarque pas forcément sur le moment mais qui prennent tout leur sens rétrospectivement. C'est cela que j'appelle l'art de la construction du récit !

    J'ai pris un réel plaisir à la lecture du Confident ! Expérience réitérée avec La garçonnière ! Inutile de vous dire que je vais suivre le parcours littéraire de la dame !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • C'est la rentrée littéraire 2013 ! Bien évidemment, je ne pourrais pas lire - et chroniquer - les 555 livres et romans qui paraissent à cette occasion mais essayerais de m'attarder sur les plus notables !

    Ormuz - Jean RolinNous retrouvons Jean Rolin, écrivain bourlingueur, deux ans après Le Ravissement de Britney Spears dans de nouvelles déambulations cette fois avec Ormuz !

    Il ne s'agit plus cette fois de Los Angeles mais du détroit d'Ormuz entre Iran, Oman et Émirats Arabes Unis, ou transite une grosse partie des ressources pétrolières mondiales et donc un lieu stratégiques sillonné par de nombreuses marines de guerre, l'US Navy en tête !

    Le narrateur est parti en "éclaireur" pour un excentrique - mythomane ? - français, Wax qui s'est lancé dans le défi de traverser le détroit à la nage. Le narrateur donc, doit découvrir les lieux et nouer des contacts.

    A travers ces pérégrination,notre conteur nous dévoile par touches la situation politique et l'Histoire de la région, sa géographie. On est un peu dans la même configuration que pour le Ravissement de Britney Spears, un protagoniste qui explore le territoire à la poursuite - ou le devançant - d'un absent : là Britney Spears, ici Wax.

    C'est donc une aventure - un guide de voyage entre désert et mer turquoise que Jean Rolin nous convie. Cela se lit bien mais sans aucune surprise, pas son meilleur roman mais non dénué d’intérêt - A éviter si on est allergique à l'évocation de listes de navires de guerre !

    Le style est assz élaboré -avec de longues phrases lyriques qui n'en finisse pas - il faut parfois reprendre son souffle comme lors d'une traversée à la nage !

    Bref, Jean Rolin nous emmène une nouvelle fois en voyage. La littérature pour explorer le monde sans quitter son fauteuil !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • L'eau du bain est un roman court, un roman psychologique d'un nouvel auteur, Pascal Morin, né en 1969,L'eau du bain - Pascal Morin qui signe là son premier livre.

    C'est le récit d'un retour impossible aux origines. Le narrateur est revenu dans sa famille, dans la midi, où il retrouve ses deux frères, son père et son grand-père (milieu où les femmes sont absentes hormis la Petite qui est en fait sa demi-sœur). Le personnage a convaincu le grand-père de renoncer à son potager pour construire à la place une piscine. Cette piscine est le lieu de l'échappatoire, de la libération.

    Mais bien vite les drames se succèdent, car les trois frères, le narrateur, Franck et Emmanuel assassinent respectivement le grand-père, le père et la Petite - tout ceci passant pour des accidents. Ce livre à des allures de tragédie grecque !

    En tuant le grand-père, le père, c'est pour les fils le moyen brutal de tuer l'autorité, de se défaire du passé, de la tradition (avec laquelle, on ne parvient pas à renouer), de s'affranchir de la servitude du travail. C'est opter pour la modernité, l'oisiveté, la jouissance, le confort et la sécurité.

    Selon moi, la piscine représente une sorte de matrice maternelle ! Un moyen de trouver sa place, de s'affirmer (contre le père), de ne pas sortir de l'enfance (à l'image de la Petite). Une énième réécriture de l'Oedipe en somme ?!

    J'ai mis un peu de temps à rentrer dans ce roman. La survenue du premier meurtre surprend et révolte puis on comprends qu'il y a en dessous une démonstration, une métaphore (il me semble ! Sinon, cela se résumerait à un mauvais polar !).

    Certaines thématiques me font penser - toutes proportions gardées de talents - aux romans de Gide : L'Immoraliste (pour le soleil, l'eau, la pierre, l'oisiveté...) et Les Caves du Vatican (pour le meurtre gratuit !).

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Voici une écrivain, Agnès Abécassis - à ne pas confondre avec Eliette Abécassis qui écrit des romans plus cérébraux - qui je crois a le vent en poupe. Née en 1972, scénariste, illustratrice et écrivain, cette femme s'est fait une spécialité d'écrire pour les femmes de sa génération. Sa cible est donc les jeunes femmes et femmes entre 30 et 40 ans, plutôt bobo, qui s'assument et sont malheureuses en amour.

    Or, étant un homme, de 40 ans, célibataire par choix et étant plutôt apathique devant tout ce qui relève du registre de la comédie, ce genre de livre, Soirée Sushi, ne pouvait pas me parler !

    Pourtant, le livre à des qualités mais je trouve que les ficelles sont un peu grosses. C'est un peu comme du roman Harlequin, mais un roman Harlequin corrosif et décomplexé où les nanas auraient envoyé bouler leurs mecs ! Je me suis toutefois surpris à rire surtout vers la fin, le temps d'entrer dans le jeu malgré mes apriori négatifs, ayant tendance à considérer ce genre de livre comme de la "littérature de bimbo".

    Rebecca est dessinatrice et malheureuse en amour. De même, Hortense, qui travaille dans un institut de beauté et Séraphine, astrologue ont été trahies par la gente masculine, décidément si volage. Elles se consolent en se faisant des soirées repas et en particulier une soirée sushi où elles vont tenter de cerner le fond du problème aidées en cela par Rubis, la soeur d'Hortense, une jeune femme bien dans ses formes, entourée de geeks dans son travail, portant des jeans moulants et assumant sa sexualité.

    Le livre tourne autour de cette soirée repas et en 180 pages, c'est un peu court j'ai trouvé ! Agnès Abécassis a pourtant raison d'écrire pour ce public car sous nos latitudes, les derniers lecteurs sont des lectrices. Mais en lisant ce roman, on a l'impression de feuilleter les pages d'un magazine féminin avec ses rubriques psycho, sexo, beauté, cuisine et astrologie. Cela fait un peu clichés souvent !

    Mais il reste un ton libéré -malgré le cadre convenu - et "décomplexé". Je vois bien d'ici les lectrices de la dame - demoiselle ? - dire en tournant les pages "c'est tout à fait cela !".

    L'auteure utilise souvent des phrases qui font mouche comme des slogans publicitaires. Le plus gros du texte est fait de dialogues et il y a quelquefois des petites réflexions sur la société - hors des propos archi rabattus sur les rapports hommes/femmes - notamment sur internet et les NTIC (Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication).

    Bref, ça se lit vite, ça ne déplait pas à la lecture mais cela ne transcende pas non plus le lecteur !

    A bientôt !


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique