• C'est le cœur léger, à l'idée de renouer avec une certaine nostalgie, que j'ouvrais la couverture de Sempé du Folio 5577, L'été 76 de Benoit Duteurtre.

    L'auteur a une triple carrière d'écrivain, de journaliste et de musicien. Son style d'écriture est assez simple - "le situant à part dans le paysage littéraire français" dit la notice - et ce faisant assez plaisant.

    L'été 76L'été 76 est un roman autobiographique où l'auteur revient sur son adolescence, période infiniment malléable de l'existence. Ce fut pour lui un parcours initiatique tout intellectuel fait de découvertes, d'abord l'amitié amoureuse et platonique, qui lui ouvrira la voie vers des mondes nouveaux : la littérature d'avant-garde, la musique moderne et la peinture.

    Benoit Duteurtre est né dans les environs du Havre et a donc eu une jeunesse de province. Sa famille est une famille "chrétienne de gauche". Le contexte est celui de l'après Mai-68, du premier choc pétrolier, de la loi IVG de Simone Weil, bref une époque de transition, entre sévérité petite-bourgeoise et libération des mœurs, entre "Trente Glorieuses" et début de la "Crise".

    Cette période représente pour notre narrateur une extraordinaire période de liberté, d'ouverture au monde, mélange à la fois de lucidité et de naïveté.

    Il y a le petit groupe d'amis férus d'arts et de littérature : Benoit, Hélène, Pierre, Jean-Pierre, Vincent, la fascination pour Paris, les années Giscard, un été caniculaire...

    Et le texte grouille de références : Léo Ferret, Led Zeppelin, Metal Hurlant, Jean-Paul Sartre, Auguste Perret, Debussy, Satie... Jouissif !

    Pour ma part, en 1976, j'avais 4 ans ! Mais je me rappelle une époque plus légère, un Paris moins stressé et la fin de l'innocence d'une certaine époque !

    Bref, tous les enfants de la génération née dans les années 1960 - 1970 se doivent de se ruer sur ce livre !

    A bientôt !


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  • Falaises est un roman d'Olivier Adam dont le narrateur se nomme Olivier et ressemble en tout point à l'écrivain... S'agit-il pour autant d'un roman autobiographique ? Ou d'une autofiction ? Je n'en sais rien, n'ai pas fait de recherches dans ce sens car ce n'est pas ce qui importe !

    Le récit s'ouvre par un drame inaugural, brutal, inexplicable et soudain ! Lors d'un séjour à Etretat, la mère du narrateur s'éclipse durant la nuit de l’hôtel où est établie la famille et se jette du haut d'une falaise. Chute fatale évidemment ! Dès lors tout le roman tourne autour des conséquences pour ses proches de cet acte gratuit.

    Falaises, c'est la narration d'un vide, d'une chute, celle d'une mère dépressive, puis de son mari et de ses deux fils.

    Tout ce qui précède cet "évènement" semble frappé d'amnésie pour le narrateur. A la fin du texte pourtant, Olivier parait touché par une réminiscence ultime... à moins qu'il ne s'agisse d'une rêverie, d'une reconstruction ?

    Car notre narrateur est par moment frappé d'hallucinations. Il reconnait furtivement sa mère dans les miroirs, dans le regard d'inconnues.

    Ou bien s'agit-il de delirium tremens, explication trop simple à mon goût et Olivier ne sera sauver de l'alcoolisme, forme d'anesthésie auto-affligée, que par l’amour que lui portera Claire.

    Falaises est un roman qui parle de vacuité et aussi d'amour (de la vacuité de l'amour ? Non !). Amnésie, hallucination, fuite (celle du frère dans l'errance maritime, murement du père dans la violence), anesthésie d'un trop plein d'amour ?

    Les liens entre les êtres sont parfois ténus et notre narrateur vivra des expériences similaires à celle qu'il vécu avec sa mère avec d'autres femmes : Lorette, Léa. Comme sa mère, il sera incapable de les sauver de leur propre perte : anorexie pour l'une, suicide pour l'autre...

    Jamais explications ne sont fourni ! Comme si les secrets étaient indicibles ! Nulle psychanalyse ici !

    Je retiendrais du point de vue de l'écriture la récurrence particulièrement frappante de la lumière, de la plage, des oiseaux ( de mer surtout), du froid... comme pour recréer par morceaux tout au long du roman le paysage fatal !

    Enfin, j'ai particulièrement apprécié l'évocation d'une époque : les années 1970 et 1980 - l'auteur est de ma génération et nous partageons des expériences communes (sauf qu'heureusement ma mère ne s'est pas suicidée !) ! Je parle surtout d'une ambiance nostalgique !

    Des connaissances à moi trouvent Olivier Adam particulièrement insipide,- je ne partage pas cet avis mais il est vrai qu'eux et moi n'avons pas lu les mêmes romans de cet auteur !

    A bientôt !


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  • Voici un roman qui se lit vite (en à peu près une heure pour ce qui me concerne... qui dit mieux !?), Autoportrait givré et dégradant d'Anne-Sylvie Sprenger et qui joue avec les codes de l'autofiction.

    Judith est une femme désespéré qui cherche à se jeter sous un train. Elle doit son salut aux réflexes aiguisés de Paul, le conducteur du train, qui freine à temps ! De manière assez imprévu et romanesque, le conducteur et l'institutrice tombe amoureux, vont vivre ensemble et se marier !

    Ce roman, c'est l'histoire de personnages qui ne trouvent pas leur place dans la société, toujours en décalage dans leur vie et en quête d'absolu ! Cette absolu, Judith le trouve dans sa drogue : les livres et la lecture. Paul a une autre maitresse plus destructrice : l'alcool !

    Il faut dire que l'entourage de Paul et donc du couple est délètère ! Paul a une mère et quatre soeurs possessives et destructrices (ce qui lui sera fatal !), vit dans le regret d'une morte, Irène, sa première femme dont il élève Caroline, la fille qu'il a eu avec la défunte dont on ne sait rien.

    Le style du roman est sobre, découpé en courte chapitres - très courts même et qui tiennent plus du paragraphe. Il y a cette allusion récurrente aux oiseaux, comme une métaphore obsédante !

    Judith va par ailleurs vivre une liaison extraconjugale avec un de ses élèves, mineur, et avoir une fille, Héloise, de lui. Le scandale éclate et son couple ne cesse d'aller plus loin sur le chemin du délitement !

    Comment cela va-t-il finir ? Je vous laisse le découvrir !

    Un roman qui ne m'a pas particulièrement enthousiasmé mais dont on peut retirer un enseignement, des parcours de vie fictionnés - c'est toujours instructif ! Quoi qu'ici l'histoire entre ésespoir et folie est un peu déprimante !

    L'avantage, comme je l'ai dit, est que cette lecture ne vous prendra pas beaucoup de temps !

    A bientôt !


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  • Je me suis longtemps demandé si j'allais faire un compte-rendu du livre de Patrick Besson, Un état d'esprit. Cet auteur, faisant partie de ceux que l'on a appelé les nouveaux hussards, ami de Jean-Edern Hallier est en effet un type qui dérange, qui vient gratter là où ça fait mal...

    Et puis à vrai dire la lecture des 50 premières pages d'un état d'esprit m'a plutôt agacé : écrivain cynique et désabusé mais qui publie et donc qui crache dans la soupe, ne parle que des chèques que lui versent ses éditeurs... associé à un style de phrases courtes qui, si on les lit à haute voix, font que l'on a du mal à trouver son rythme de respiration (ce qui est oppressant).

    Mais parfois, il faut pousser plus loin la lecture et chercher à fouiner un peu au fond des choses.

    En fait, le regard de Patrick Besson est celui d'une certaine lucidité. Lucide sur le milieu littéraire, milieu de copinages, prix littéraires cooptés etc.. On est un peu là dans le cliché. Patrick Besson se fait un peu l'impression d'être un imposteur, refuse d'entrer dans le jeu de la vie. C'est plus complexe que cela évidemment mais je résume les grands traits dans ce billet trop court !

    Et puis le style évolue sur la fin : récit de vacances en Grèce, périple au sein d'un journal et du Parti communistes. Au fond, ce gars assène certaines vérités et n'est pas si antipathique.

    A lire donc avec toutefois certaines réserves dues aux premières impressions...

    Un livre aussi traversé par les vins et les femmes... comme pour oublier l'absurdité du réel et ne faire que jouir au lieu de penser !

    A bientôt !


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  • La liste de mes envies - Grégoire DelacourtJe vais être honnête avec vous, cette fois, je n'ai pas lu le livre dont je vais vous parler. Mais j'ai pris connaissance du deuxième roman de Grégoire Delacourt, la liste de mes envies, (après l'écrivain de la famille) par le biais d'une troupe de théatre amateur, lors des journées de Passages de témoins #4, le Festival du Livre de Caen.

    Cette troupe, amateure mais talentueuse, était constituée de personnes venues des PIAF (Greta), des CATTP Caen Est et Ouest, de l'Ecole des Parents et Educateurs, du Foyer Soleil, du CAT de Lébisey et du Foyer Léone Richet, avec le concours des bibliothèques de Caen.

    Les romans de Grégoire Delacourt mettent en scène des personnages du tout commun qui sont touchés par un coup du destin. Dans son troisième roman, là où le regard se pose, un quidam voit Scarlett Johansson (qui malheureusement - et bizarrement - n'était pas à la représentation !) débarquer chez lui mais dans la liste de mes envies, c'est Jocelyne, une femme mariée et d'âge mûr qui tient un commerce de broderie - et un blog - qui va toucher le gros lot à la loterie. Elle est marié à Jocelyn, un homme assez quelconque qui va se faire la malle avec le chèque et va vite réaliser son erreur. Il y a des personnages étonnants, les jumelles de Coiff'Esthétique, la psychologue de la Française des Jeux, le vieux Papa sénile... Bref un roman coloré qui s'inscrit un peu dans la tradition de La tête en friche !

    La morale pourrait être que même si on ne peut se passer d'argent pour vivre, le bonheur ne peut être donner par l'argent, le bonheur c'est davantage être aimé et prendre conscience de sa chance de l'être !

    Une adaptation au cinéma est d'ailleurs en cours de préparation avec Mathilde Seigner et Marc Lavoine.

    S'en est suivi après cette représentation enthousiasmante, un échange de dialogues avec l'auteur qui nous dit s'être inspiré de sa maman, décédée pour camper Jocelyne et d'autres personnages de sa famille, mais en précisant que ce n'était pas tant la part autobiographique qui importait mais la part de vérité qu'on pouvait trouver dans son livre !

    Bref, une excellente matinée de découverte littéraire qui m'inspire de vous dire de songer à sortir au théatre de temps en temps, même pour des troupes amateurs !

    A bientôt !


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  • Il semblerait que Delphine de Vigan ait une affinité avec les personnages en souffrance, en errance. C'est ce qui rend par ailleurs son écriture très humaine !

    Dans Les Heures souterraines, deux destins sont narrés en parallèles - Celui de Mathilde et celui de Thibault... Les deux histoires vont-elles se croiser à un moment ? Je ne vous dis rien !

    Mathilde est une veuve, mère de trois enfants qui est victime de harcélement au travail. Le "salopard" qui lui pourri la vie se nomme Jacques, encore un de ces petits chefs hargneux et mesquins comme il y en a tant et qui sont la plaie de la civilisation.

    Delphine de Vigan nous décrit un monde urbain gagné par l'absurdité - et qui est pourtant aujourd'hui le lot quotidien de millions de personnes. il y a d'une part le rituel quotidien de se rendre au boulot - transports en commun - qui devient insupportable dès lors que l'entreprise est devenu un enfer : blessures faites au corps.

    Et puis, il y a le monde de l'entreprise, décrit ici - et là encore c'est une situation qui existe et qui est fréquente - qui est le lieu des petites bassesses, des rivalités, des mesquineries, de la loi du plus fort !

    L'autre personnage est Thibault. Lui vit une histoire d'amour qui n'en est pas vraiment une. Il aime Lila mais Lila ne montre aucun geste de tendresse ou d'attachement, ne l'aime que pour le sexe. Il est médecin ambulatoire et voit toute la misère du monde : la solitude qui dévore les vieux, la mort qui guette même les trentenaires. Bref, lui aussi est au bout du rouleau !

    En disant tout cela, vous devez vous dire : "voilà un roman bien déprimant !" . Peut-être, je ne sais pas... En tout cas, il aura le bénéfice de vous dessiller les yeux si vous vivez dans l'univers des Bisounours et, plus encore si votre propre vie est pénible, de vous montrer que des écrivains ont su saisir - prendre conscience et acte de - cette réalité !

    Tout cela, dans le style tout en finesse et avec une ironie subtile de Delphine de Vigan qui est vraiment une auteure parmi mon TOP 10 personnel des auteurs du XXIème siècle.

    Avec Emmanuel Carrère, Michel Houellebecq entre autres...

    Le seul point négatif est la fin que je trouve baclée pour le moins à moins de faire des suppositions plutôt hasardeuses entre les lignes !

    Cela n'en reste pas moins un très bon roman !

    A bientôt !


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  • Eliette Abécassis ne cesse d'explorer les multiples facettes de la condition de femme tout en abordant ses thèmes secondaires : la judéité ou encore les relations parents-enfants.

    Après avoir écrit sur la relation père/fille dans Mon père, l'écrivaine à la plume si fine et juste s'attarde sur les liens mère/fille dans Mère et fille, un roman... A travers deux femmes, Sonia, la mère et Nathalie la fille qui s'inscrivent dans une plus longue lignée de femmes qui puisent ses origines en Russie, en Roumanie, en France et dans le judaïsme.

    Ces deux femmes, très liées, sont deux créatrices de mode qui mènent leur entreprise là aussi familiale. Abécassis déploie son art à "disséquer" tous les aspects des liens entre mère et fille : amour, admiration, dépendance réciproque, étouffement, possessivité, aliénation, bref ambiguité. Le fond n'est pas vraiment nouveau, le thème étant universel et bien connu des femmes qui ont été mère ou au moins fille mais la façon de l'aborder, avec l'élan poétique de cette auteure est intéressant.

    Pourtant, je n'ai pas été entièrement convaincu -peut-être parce que je suis un homme. mon principal grief est que le texte est surtout une description de personnalités,autrement dit des portraits, qu'une véritable intrigue. Certes il y a des récits biographiques, les analyses des caractères et motivations, désirs, aspirations etc... Mais à vrai dire Eliette Abecassis est surtout une fine observatrice du sentiment - le terme "psychologie" étant à utiliser avec précautions pour des personnages de roman ! Cela a son charme !

    Ces portraits et cette absence d'intrigue confère, cela n'engage que moi, un aspect intemporel à cette exposition, la femme, les femmes de tout temps !...

    L'autre point d'ancrage du roman est le monde de la mode. La créatrice de mode est conçu comme une artiste: elle se nourrit de son milieu et "pose, dispose, transpose", se faisant elle modèle la femme.

    En conclusion totalement subjective, je dirais que ce roman est élégant, comme toujours avec Eliette Abecassis mais personnellement, je ne me sens pas concerné par son sujet...

    A bientôt !


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  • Le Journal intime d'un arbre - Didier Van CauwelaertOn trouve toute sorte de narrateurs en littérature : des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des héros, des salauds, des narrateurs non fiables, des animaux, des objets... mais il est peu fréquent que celui qui raconte l'histoire soit un arbre...

    C'est pourtant le cas dans ce roman de Didier Van Cauwelaert, Le Journal intime d'un arbre.

    Tristan est un poirier qui s'est effondré au début du récit et dont la "conscience" va subsister après son débitage en buchettes et aussi dans une petite statuette de femme qu'a façonnée une adolescente mal dans sa peau.

    Car l'arbre a un contact -une empathie - particulier avec les humains : avec la famille de Georges Lannes, avec Manon l'adolescente qui deviendra Tristane, "sculpteuse" mondialement connue et défenseuse de la forêt amazonienne, Yannis, écrivain et historien, l'amant de Tristane, Rafik, le petit voleur de banlieue qui cache un secret que ses frères intégristes n'admettraient pas.

    L'arbre en a croisé des vies, a vu maints destins s'accomplir.

    En effet, dans ce livre, Van Cauwelaert tisse une mosaïque d'existences qui s'entrecroisent, destinées individuelles et évènements historiques. On retrouve une sorcière, des révolutionnaires, les batârds de Louis XV, des Résistants de la Seconde Guerre Mondiale, un botaniste parachutiste et même le capitaine Dreyfus !

    Bein évidemment, le livre a aussi une portée écologique et l'auteur, qui a une vive imagination, s'est documenté sur la biologie des arbres.

    Je regrette seulement un certain "angélisme", une forme de naïveté dans le propos surtout perceptible à la fin de l'ouvrage.

    N'hésitez pas à parler à vos plantes et à bientôt !


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  • Je vais vous parler d'un roman, Avancer, d'une jeune auteure, Maria Pourchet que j'ai trouvé excellent sur la forme mais un peu convenu sur le fond ! Pourtant, je réalise bien que dans ce cas les deux sont liés !

    Sur la forme, Maria Pourchet use sans vergogne d'une écriture incisive, ironique, fondue dans un registre de langage familier et une "méthode" qui s'inscrit dans la lignée ouverte par Jacques le Fataliste de Diderot.

    Le fond est , je disais précédemment, un peu convenu : c'est l'histoire d'une bourgeoise bohême, une bobo, qui se noie dans des problèmes qui, selon moi, sont un peu superficiels (mais peut-être est-ce voulu ?).

    Les situations dans lesquelles avance notre Marie-Laure/Victoria/Agathe relèvent en effet beaucoup du pathétique, de l'absurde et du ridicule peut-être pour souligner la vanité et -précisément - l'absurde de nos existences d'occidentaux aisés du début du XXIème siècle. Et là - j'avance une hypothèse de lecture - le style, le ton employé, volontairement ironique, serait là pour souligner ce caractère vain !

    La narratrice - qui interpelle le lecteur et use de la troisième personne du singulier - s'affuble de différents prénoms comme autant de masques - ou signes d'une détérioration névrotique ? - tour-à-tour, Marie-Laure, la brave fille naïve débarqué de province, Victoria, la tête brulée un peu pied -nickelée ou Agathe la coincée. Il y a aussi deux personnages attachants qui sont deux enfants jumeaux : le Petit et sa soeur, le premier semblant avoir accaparé toute l'intelligence disponible à la naissance pour le duo !

    L""héroine" se cherche, vit avec Marc-Ange un sociologue raté, fait des enquêtes sur les Vellenville, cherche son chat, se fait "virer" pour infidélité et joue la cartomancienne sur un chantier du métro près de l'Hôtel de Ville de Paris. La référence à la sociologie sous-entend que la "vie" ne serait pas dans les manuels de sociologie mais dans des romans comme Avancer qui se montreraient plus lucides.

    Bref un roman que j'ai globalement apprécié et que j'ai trouvé plus réussi dans sa conclusion.

    A bientôt !


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  • Une histoire familiale sur fond de folklore breton, c'est ce que propose Nelly Alard dans Le crieur de nuit. Une histoire brillamment racontée mais somme toute assez banale : celle d'un tyran domestique, un chef de famille qui a terrorisé ses enfants, un être d'une espèce fort répandue dont j'ai personnellement, moi auteur de ce billet, eu le malheur de connaitre un des représentants !

    Le début du roman s'ouvre sur le décès du paternel despotique. On assiste à tout le rite des obséques. La narratrice, Sophie, tout au long des chapitres, va revenir sur une enfance et une adolescence de vexations qui ont formé son caractère adulte. Elle a une soeur, Isa, et un frère, Eric qui ont subis les mêmes traitements dans une relation ambivalente, faite d'amour et de haine. Car, comble du paradoxe, il y a parfois une place pour l'amour dans ce genre de relation malsaine. C'est quelque part un drame de l'incommunicabilité qui s'exprime dans ces pages.

    Maintenant, me direz-vous, pourquoi Nelly Alard recours-t-elle au folklore breton des morts ? C'est là toute l'habileté de cette écrivaine qui tire des citations d'un ouvrage d'Anatole Le Braz de 1928 et qu'elle explicite dans les dernières pages.

    Le crieur de nuit est une sorte de spectre, d'âme torturée et inaccomplie qui vient tourmenter les vivants et doit être exorcisé. C'est donc la figure, ici, du paternel tyrannique, touché à la fin de sa vie par la maladie de Parkinson, qui vient tourmenter la narratrice et qu'elle exorcise dans son récit. A la fin, elle est libérée et tourne les yeux vers le ciel !

    A bientôt !


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  • Les romans courts ont leur mérite ! Outre de se lire rapidement, de viser l'efficacité à travers la concision, ils me fournissent la matière de ces billets entre deux romans plus conséquents.

    C'est ainsi que je vous livre ici le 350ème billet de Bibliothèque-éclectique / Biblio-drizzt Version 2. Certes, il faut rappeler que ce n'est pas à proprement parlé le 350ème billet de biblio-drizzt, mon ancien blog mais bien celui  -le 350 - de la Bibliothèque éclectique qui regroupe Biblio-drizzt Version 1, historia-drizzt et "Chroniques des Voyageurs de la Science", ce qui fait monter le total des billets à ce chiffre.

    Parlons maintenant du texte de Laurent Graff : Les Jours heureux. C'est un roman à la fois emprunt d'humour, de pathétique, d'empathie et de philosophie.

    Le narrateur, à 18 ans, estime avoir tout expérimenté de la vie et est dans l'attente -la crainte ? - de la mort. Il décide d'adopter une attitude de retrait et d'obervation. Son but ne serait-il pas alors de se désengager pour comprendre le sens de la vie, de se placer à l'écart des choses pour mieux les appréhender ?

    Il peut certes passer pour un original, car, il décide, à 35 ans, de vivre comme pensionnaire d'une maison de retraite, Les Jours heureux.

    Ce roman nous fait entrer dans un cadre de fin de vie, celui de nos personnes agés, que la société moderne voudrait oublier, effacer. Nos petits vieux sont livrées au cours du temps qui s'effiloche, rétrécit comme une peau de chagrin, perdant peu à peu leur autonomie, continuant néanmoins à se mentir. Ces personnes n'en reste pas moins des êtres humains.

    Notre "héros" va faire la rencontre de Mireille, une pensioonaire condamnée par un cancer, et l'accompagnera jusqu'au dernier moment. Il la conduit avant la fin au bord de la mer devant laquelle l'homme se sent si petit !

    Je ne peux pas m'empécher d'établir un rapprochement entre ce roman et le Bartleby de Melville. Mais Laurent Graff n'est pas l'illustre écrivain. Son roman est à déconseiller aux personnes déprimées qui seraient étanche à un genre d'humour cynique assez particulier. Néanmoins, ce court opus, dont le sujet peut donc déranger, n'en suscite pas moins un questionnement.

    Je vous laisse le soin de le lire si cela vous chante !

    A bientôt !


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  • Journal intime d'une prédatrice - Philippe VassetAu tout début de ce blog, j'avais fait un billet sur Journal intime d'un marchand de canons de Philippe Vasset. Celui-ci est un journaliste qui touche à la géopolitique et s'est lancé dans sa série des "Journaux intimes..." mélant personnages et faits réels et éléments de fiction pour dépeindre la société capitaliste moderne !

    En 2010, Vasset récidive avec Journal intime d'une prédatrice. Passons tout de suite sur deux points négatifs ! Tout d'abord, le titre qui a mon goût fait un peu trop penser à un roman érotique de gare ! Enfin, l'auteur utilise à tout bout de champ le signe typographique des parenthèses pour tout ce qui n'est pas dialogues ! Si le lecteur a le malheur de se focaliser sur ce point -et cela a été mon cas au début - cela peut vite l'énerver ! Est-ce à dire que c'est tout le roman qu'il faut mettre entre parenthèses ?

    Venons en maintenant au sujet ! Par moment, le roman fait penser à une grosse bouffonnade ! On suit le parcours de Elle et le narrateur est un de ses protégés, son bras droit discret et dévoué si l'on peut dire !

    Elle travaille dans le domaine du réchauffement climatique. Elle allie écologie et profits. Les glaces fondent ? Qu'importe ! Cela donne accès aux ressources du Pôle Nord, le pétrole, les diamants...

    Cynique et opportuniste, Elle propose un fond d'investissement, ICECAP, qui permet de miser sur les changements du climat !

    Les faits présentés concernent la géographie du Pôle, les juridictions, la culture Inuit etc...

    Elle fait tout son possible pour se hisser vers la gloire, mais est vite concurrencée par A. une ancienne protégée revêche et rancunière.

    Comment vont se terminer les affaires de Elle et A. ... Sur fond du Sommet de Copenhague et de prédictions du GIEC....

    Mais je vous laisse le découvrir ! Un roman qui se lit plaisamment mais certes pas un de mes coups de coeur !

    A bientôt


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  • Je vais maintenant vous parler de la biographie d'une des filles de François Mauriac par la petite-fille de celui-ci, Anne Wiazemsky. il s'agit d'un témoignage romancé sur une période sombre de l'histoire du monde. Néanmoins, le livre respire la nostalgie et son auteur fait preuve de beaucoup de tendresse dans sa prose.

    Le cadre est donc le Berlin en ruine de 1945, ville ravagée où les Allemands vont payer le prix fort pour avoir porter Hitler au pouvoir, en particuliers les Berlinoises qui souffriront de la faim et seront victimes de viols. C'est aussi le commencement de la Guerre Froide en arrière-plan. Et le pire reste à venir car le grand public commence à avoir écho de la Shoah !

    Dans ce contexte, la Croix-Rouge Française s'efforce de venir en aide aux nombreux déportés, travailleurs du STO, soldats de toutes nationalités blessés. Entre les filles de Léon de Rosen, à savoir Claire, Mistou, Rolanne, Olga et toutes les autres va s'établirent un franc sentiment de corps et de camaraderie pour venir en aide aux plus démunis.

    Claire Mauriac est la protagoniste principale de ce récit. Je l'ai déja mentionné plus haut, elle est la fille de François Mauriac, le célèbre écrivain français, auteur à l'époque d'une chronique dans Le Figaro et menacé de mort par l'extrème-droite française. C'est comme pour beaucoup de jeunes filles de tout temps, un véritable combat pour elle afin de s'affirmer, de ne pas être écrasée par son nom de famille ou de s'engager dans un mariage avec un correspondant de guerre qu'elle ne souhaite plus !

    A Berlin, Claire Mauriac va découvrir l'amour en la personne d'un prince russe exilé -un russe blanc donc- dont la famille a été déracinée et qui fait preuve d'un sens affirmé du cosmopolitisme. Plein d'énergie, le jeune officier va séduire Claire et l'épouser. De leur amour naîtra Anne, l'auteure de ce livre...

    J'ajouterais quelques mots sur la forme de ce récit pour terminer. Il est constitué à partir du témoignage d'Olga, une traductrice qui a épousé Léon de Rosen, l'homme à la tête du dispositif. Il comprend également extrait de journaux intimes et de correspondance (dont je ne peux pas vous garantir qu'ils n'ont pas été retravaillés).

    Une lecture plaisante, avec des passages et des moments tendres et amusant que je recommanderais à tout ceux et celles qui en jurent en littérature que par les histoires vraies !

    A bientôt !


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  • No et moi - Delphine de ViganCe billet sera consacré au magnifique roman de Delphine de Vigan, No et moi, publié en 2007 et prix des libraires en 2009. Le livre a été qualifié de "roman moral" par ailleurs.

    Par contre, je ne parlerais pas de la vie de son auteur car je m'octroie le droit d'y revenir dans l'avenir.

    No et moi s'étend sur l'amitié qui va s'établir entre Lou Bertignac, 13 ans, jeune surdouée de son état (la narration se fait de son point de vue) et No(lwenn), jeune SDF de 18 ans née d'un viol. Chacune à leur façon, les deux jeunes filles sont rejetées par ce monde "qui est toujours le plus fort" : Lou parcequ'elle possède une "maturité inquiétante" et No parce qu'elle est à la rue, cassée.

    Delphine de Vigan traite dans ses romans de sujets graves avec une légèreté et un humour bienvenus. Sans cette tonalité, le récit serait pesant, alors qu'ici on se surprend souvent à sourire à la lecture, tantôt on est pris par l'émotion de ce qui est raconté. L'auteur est une habituée des personnages brisés : jeune anorexique, fils en mal de reconnaissance paternelle, mère bipolaire, pas seulement dans ce roman mais dans toute son oeuvre !

    Il y a aussi tout une galerie de personnages secondaires tout aussi bien dessinés : le professeur sévère mais juste, le petit ami rebelle, le père qui supporte tout l'édifice à lui tout seul, les copines de classes sûr d'elles et pour une fois pas érigées en bimbo, la mère bipolaire etc etc.

    Par contre, l'intrigue est assez prévisible (même si la fin reste ouverte et que j'attendais aussi une romance entre No et le petit ami de Lou qui n'a pas eu lieu) mais c'est plus le cheminement qui importe, la manière, le style, la tonalité. Comme on peut s'en douter, Lou invite No à vivre avec elle, chez ses parents. Les embuches seront nombreuses et je ne dis rien qui pourrait vous dévoiler le dénouement.

    Si les catégories existaient encore sur cette nouvelle version d'overblog, je classerais No et moi dans la catégorie "coup de coeur". J'ai même davantage apprécié ce roman que L'élégance du hérisson, c'est dire !

    Enfin, une adaptation au cinéma -que je n'ai pas vue - est sortie en 2010 par Zabou Breitman !

    A bientôt !


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  • J'ai choisi de vous parler cette fois-ci d'un livre de 2011 de Laurence Tardieu dans le registre autobiographique.

    Attardons-nous d'abord sur le sens du titre et la polysémie du mot "peines". il s'agit à la fois de la peine, de la souffrance morale et du chagrin mais aussi de la peine de prison. La confusion des peines revient sur les relations entre la narratrice et son père.

    Ce père donnait jusque là une image de lui irréprochable, une figure étouffante sur sa fille qui devait toujours "lever les yeux" pour le regarder. Or voici qu'un jour il est accusé et condamné dans une affaire de corruption impliquant des marchés publics et des partis politiques. Dès lors, ce père modèle n'apparait plus tout blanc et une frontière est franchi : on est passé du camps des bons à celui des méchants.

    La narratrice parle aussi avec tendresse de sa mère, condamnée dans la même période que le scandale politico-financier par une tumeur cérébrale. Cette mère est d'origine italienne, austère mais aimante, refusant les faux-semblants du XVIème arrondissement parisien !

    Ce livre est un livre sur le silence, les non-dits d'une famille (les secrets que l'on retrouve dans toutes les familles). La fille s'interroge sur la culpabilité du père. Écrire lui permet de se retrouver, de devenir une femme et de renouer avec son paternel. Et bien entendu, il y a aussi au coeur de ce parcours une "scène primitive"

    Ce livre est aussi un livre sur la vie et sa complexité. L'auteur- narratrice récuse les "histoires vraies" car la vie n'est pas une histoire avec un début, un milieu et une fin mais la vie procède par cahots, clopin-clopant, toujours imprévisible. Laurence avait été confronté à la noirceur du monde par la littérature mais lorsque le malheur la frappe elle et sa famille, elle redécouvre le réel. De là la genèse de ce livre !

    Un ouvrage intéressant qui fait s'interroger le lecteur sur son propre contexte familial et permet de prendre du recul. Bref rien que pour cela, c'est une lecture à conseiller !

    A bientôt !


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  • Le dernier récit d'Emmanuel Carrère est la biographie d'Edouard Limonov, personnage étonnant et polémique aux multiples facettes. L'auteur a reçu le prix Renaudot 2011 pour ce roman mêlant l'itinéraire d'un être singulier et la grande Histoire, plus précisément celle de la Russie depuis la fin de la "Grande Guerre Patriotique", comme les Russes appellent la Seconde Guerre Mondiale..

    On verra donc aussi se succéder dans ce livre : Staline, Khrouchtchev, Brejnev, Gorbatchev, Eltsine et Poutine. J'avoue que suite à la lecture de cet ouvrage, je suis un peu moins ignorant des réalités russes dont les médias occidentaux ne donnent peut-être pas toujours une juste vision. Emmanuel Carrère est le fils de l'Académicienne Hélène Carrère- D'Encausse, d'origine russe et russophile émérite. Il connait donc bien son sujet, ce pays où sa famille a ses racines.

    Mais revenons à Edouard Limonov. Le personnage est en effet sujet à polémique et certains ont  pu reprocher à l'auteur de donner une vision sympathique d'un type qui ne l'est pas : leader d'un parti d'extrème-droite dont le drapeau s'inspire du drapeau nazi, un fasciste donc !

    En réalité, d'une part, Carrère ne juge pas et oscille -il le dit - entre divers sentiments envers son personnage -sujet : fascination, admiration, surprise, moquerie, dégoût et d'autre part, le personnage de Limonov est ambivalent et pas d'un seul bloc !

    Certes, Limonov a une conception du monde un peu schématique : divisé selon lui entre deux catégories d'individus, ceux qui réussissent et les ratés. Lui ne veut évidemment pas faire partie du groupe des pauvres types !

    Limonov mènera une vie d'aventurier : voyou en Ukraine, poète underground à Moscou, clochard puis majordome d'un milliardaire à New-York, écrivain a succès à Paris, soldat en ex-Yougoslavie et taulard en Russie.

    D'un certain point de vue, Ed Limonov a en effet des aspects peu ragoûtants (notamment lors de son allégeance aux miliciens serbes) mais c'est aussi un homme fidèle en amitié, et tout en contradictions, détestant les pauvres mais prêt à venir en aide à ceux touchés par l'infortune. Enfin, Limonov est aussi attachant pas son côté "Pied-Nickelé".

    Le mieux que je puisse vous conseiller est de lire ce récit. Vous l'aurez compris, parce que Limonov est précisément un aventurier, cela ne rend son parcours que plus romanesque ! Carrère réussit une fois de plus à nous livrer un témoignage passionnant qui touche à la complexité des êtres et du réel, des apparences et des masques. L'auteur semble persister après le Jean-Claude Romand de L"Adversaire à dresser des portraits d'êtres atypiques voir "monstrueux", en tout cas hors normes et c'est ce qui est fascinant pour le lecteur !

    A bientôt !


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  • Si vous êtes des habitués de ce blog, vous savez déjà que j'ai eu l'occasion d'aborder Jean-Louis Fournier à propos de son très médiatique Où on va, papa ? ou il parlait avec humour (un humour qui ne se moque pas) et tendresse de ses deux enfants lourdement handicapés. Peut-être est-ce parce qu'il fut un ami de Pierre Desproges que l'auteur sus-cité a choisi d'aborder la vie avec une légèreté  -feinte ? - qui permet dans une certaine mesure de dédramatiser, du moins d'apaiser un peu l'âme.

    Le 12 novembre 2010, la vie de Jean-Louis Fournier est traversée par un nouveau drame : sa femme Sylvie décède subitement d'un arrêt cardiaque !

    Ne nous y trompons pas, ce livre -qui reprend la structure en petits paragraphes de Où on va, papa ?  est véritablement ce qu'il convient d'appeler un acte d'amour.

    Certes, on y ressent comme un sentiment de culpabilité de l'auteur, sentiment qui refuse de se nommer, mais que ressentent tous les "survivants" qui ont perdu un proche. Ce livre est aussi un livre humaniste. Comme le dit si bien Jean-Louis Fournier, reprenant une citation d'un grand esprit - Pascal ou Spinoza ou un autre, je ne sais plus ? - "on ne reconnaît le bonheur qu'au bruit qu'il fait en partant." Rien à redire, c'est profond et une vérité universelle !

    Le témoignage est donc fortement ambivalent : à la fois traversé - allégé ? - par un humour doux-amer combiné à une écriture avec des pointes poétiques et à la fois emprunt de mélancolie et de tristesse (Quoi d'étonnant à cela !?).

    Par cet ouvrage, Jean-Louis Fournier parvient, comme il l'écrit lui-même, à "réanimer" sa bien-aimée.

    Enfin, je terminerais en disant que certaines anecdotes cocasses (les prospectus, l'abonnement téléphonique..) ne sont que quelques  exemples de l'absurdité de la situation. Après tout, cet ouvrage n'est-il pas aussi une tentative pour donner du sens !

    A lire absolument !

    A bientôt !

    J'adresse enfin mon affection chaleureuse à ma tante Françoise, mon oncle Didier, mémé Ginette et Marius qui a un moment ou un autre se sont retrouvés dans l'inconfortable situation décrite par l'auteur.


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  • On connait Didier Daeninckx comme un écrivain engagé, militant communiste. J'ai déja eu l'occasion de parler de lui sur biblio-drizzt.

    Dans Play-back, il dénonçait les travers du monde du show-biz, prêt à briser les gens pour faire de l'argent (regardez la télé-réalité pour vous en convaincre et ses candidats jetables !)

    Dans Cannibale, l'écrivain décrivait, non sans un certain humour salvateur, les tribulations de canaques déracinés et exportés à Paris comme des marchandises pour l'exposition coloniale, stigmatisés et rabaissés. On était en présence d'un plaidoyer contre le racisme et le colonialisme.

    Dans Galadio, Daeninckx met en avant le personnage du jeune Ulrich, né des amours furtifs d'un père tirailleur sénégalais  et d'une mère ouvrière allemande. L'intrigue se développe sur 150 pages dans un contexte de montée du nazisme puis de guerre mondiale.

    Métis, Ulrich se retrouve vite stigmatisé, comme tâche à la "pureté de la race". C'est toute la cruauté et la stupidité des SA et des SS qui est décrite. On assiste à une escalade dans l'horreur et la cruauté : d'abord les SA raflent les animaux familiers des indésirables (juifs, homosexuels, communistes) pour les abattre puis on connait la suite, ce sera les camps, les déportations, la Shoah (Dachau et Auschwitz sont évoqués à la fin du roman).

    Évidemment, aujourd'hui, nous savons ce qui s'est passé : six millions de juifs exterminés. Certes, à l'époque, on soupçonnait ce qui se déroulait (voir le roman-témoignage polémique Jan Karski) mais Ulrich assiste incrédule à la progression des évènements. Il présent bien un danger pour son intégrité physique et moral lorsqu'on le convoque à l’hôpital de Cologne.

    Ce livre nous montre aussi des actes de résistance modestes : la famille juive qui cache Ulrich dans son grenier, l'infirmière amie de sa mère qui fait croire qu'il a été stérilisé alors qu'il n'en est rien. Dans le noir, il subsiste une lueur d'espoir !

    Ulrich va être "sauvé" (si toutefois, on peut utiliser ce terme, du moins, il échappe à la mort mais pas à l'avilissement) par un cinéaste allemand du régime nazi qui l'engage comme figurant dans des films de propagande à Babelsberg. On voit là tout le mensonge de cette propagande présentant le Noir comme la perversion de la race aryenne et les métis comme le résultat de viols (alors que dans le cas d'Ulrich et de tous les personnages métis du roman, il n'en est rien !).Ce mensonge va s'opposer à la vérité de l'Afrique plus loin dans le livre.

    On peut ici établir un parallèle dans la démonstration avec les attractions canaques de l'exposition coloniale de Cannibale.

    Ulrich, dans le dernier tiers du roman, va partir en Afrique pour un tournage. Il décide d'y rester et de rechercher son père. A cette occasion, l'auteur nous gratifie de superbes descriptions de ces terres, pleines de poésie et de vocabulaire exotique.  

    Le jeune garçon ne retrouvera pas son père car celui-ci n'est jamais revenu au Sénégal (dans quelles conditions, je vous laisse le découvrir) mais il fait la connaissance de son oncle.

    Finalement, suivant les traces de son père, il s'engage dans l'armée française et va libérer l'Europe. La boucle est en quelque sorte bouclée et une page d'Histoire se tourne !

    Voila pour ce compte-rendu d'un livre qui fait réfléchir tout en réservant de beaux moments d'émotion !

    A bientôt !


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  • Quelques mots sur Maylis de Kerangal en guise d'ouverture de ce billet !

    L'auteure de Naissance d'un pont est née en 1967 et a passé son enfance au Havre. Au cours de son existence, elle a notamment séjourné au Colorado, étudié à l'EHESS et travaillé dans le secteur de l'édition jeunesse et chez les guides Gallimard. Je ne m'étend pas davantage et mon petit doigt me dit que j'aurais l'occasion de faire d'autres billets sur cette écrivaine dans l'avenir.

    Naissance d'un pont  a remporté le Prix Médicis 2010 à l'unanimité et au premier tour et a également été sélectionné pour les Prix Goncourt, Fémina et Flore. A vrai dire, ces récompenses sont méritées.pont-normandie.jpg

    Je serais tenté de comparer ce roman foisonnant et polyphonique à une épopée moderne, moderne car emprunt de modernisme et d'urbanisme, épopée car racontant la lutte des hommes emmenés dans une action collective pour bâtir un pont aux abords de la ville de Coca, à l'ouest des États-Unis, dans une Californie imaginaire.

    Ce roman a aussi le caractère encyclopédique propre aux épopées, c'est une sorte de microcosme, de représentation en miniature du monde de notre époque, où l'on découvre les destins des nombreux artisans du pont : Le Boa, maire de Coca (gagné par la folie de Dubai), Diderot, Summer Diamantis, Sanche Alphonse Cameron, Katherine Thoreau, Soren Cry, Jacob, Verlaine, Duane Fisher et Buddy Loo...

    Le style de Maylis de Kerangal est nerveux, le vocabulaire se distingue par une grande richesse.

    Bref, je ne veux rien dévoiler ici de ce "roman-fleuve à l'américaine" comme l'indique le quatrième de couverture. Le chantier rencontrera des obstacles car c'est le propre d'une lutte de rencontrer des oppositions.

    Une lecture recommandable !

    A bientôt !


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  • Véronique Ovaldé est une figure montante de la  littérature contemporaine. Elle a fait la rentrée littéraire 2011 avec son nouveau roman Des vies d'oiseaux (paru aux éditions de l'Olivier) mais c'est de Ce que je sais de Vera Candida, republié récemment en poche chez J'ai Lu dont je vais vous parler aujourd'hui.

    Vera Candida est un roman des femmes écrit par une femme. Je n'ose pas dire roman féministe. Le livre a remporté par ailleurs le Grand Prix des Lectrices ELLE, ce qui va dans ce sens !

    Le récit se passe à Vatapuna, une ile fictive au large de l'Amérique du Sud et à Lahoméra un pays du même continent tout aussi fictif. On est dans des lieux en pleine déliquescence, de bidonvilles pauvres et de polices politiques.

    Le récit, toujours, s'ouvre de manière rétrospective, en flash-back (ou par une analepse pour parler formaliste). Vera Candida,atteinte d'un cancer, revient sur son ile pour passer ses derniers jours et renouer avec ses racines.

    Dans ce livre, on suit quatre générations de femmes : Rose Bustamente qui pêche au filet et exerce aussi le plus vieux métier du monde (pécheuse et pécheresse ?). elle va croiser la route de Jeronimo, une espèce de playboy excentrique et décadent. La génération suivante est celle de Violette Bustamente puis vient ensuite Vera Candida.  Enfin, il y a la petite Monica Rose dont on ignore l'identité du père car elle est née d'un viol.

    Ce sont donc dans ce roman quatre portraits de femmes blessées qui font face à l'adversité avec courage.

    Mais les rares figures masculines du roman sont encore plus mal loties. il y a d'abord Jéronimo dont l'origine de la fortune semble douteuse et qui finira par se pendre, seul et ruiné. Il y a aussi Itxaga -alias billythekid (deuxième allusion au Far-West) - qui n'a pas vraiment les attributs du prince charmant : bec-de-lièvre, doigt amputé (signe de castration), Vespa pour seul véhicule et manque d'assurance pour séduire celle qu'il aime à savoir Vera Candida.

    Bref, tous les personnages sont marqués par la souillure. Ce roman pourrait être vite déprimant par ses sujets graves mais comme le style tend du côté de la légèreté, de la désinvolture et plus encore d'une forme de tendresse et d'empathie du narrateur pour ses personnages, la lecture s'avère agréable.

    Enfin, un mot sur le titre. Qui est ce "je " de Ce que je sais de Vera Candida. Le narrateur ? Le lecteur? Et l'identité du violeur de Vera Candida ? Je penchais pour un anonyme mais en fait le récit nous assène une révélation assez sidérante dans les derniers chapitres sur son identité et je dois dire  que je ne m'y attendais pas et cela a été une claque ! Véronique Ovaldé sait endormir le lecteur pour mieux le surprendre !

    Une auteure à surveiller donc !

    A bientôt !


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  • La rentrée littéraire 2011 nous a livré un nouveau David Foenkinos.

    Les souvenirs est un roman qui aborde des sujets graves : la vieillesse, la mort, l'amour. Mais à cette gravité, se joint un traitement, une écriture qui allie finesse et légereté.

    Le narrateur qui pourrait être David Foenkinos, mais qui est en réalité nommé à une reprise Patrick, est gardien de nuit dans un hôtel. Il espère devenir écrivain mais ne trouve pas l'inspiration.

    Ce livre est un livre générationnel : Patrick va perdre son grand -père puis sa grand-mère va devoir être confiée à une maison de retraite. Dans le même temps, ses parents se retrouvent à la retraite : son père s'ennuie et sa mère va faire une dépression nerveuse, frôler la folie. David Foenkinos par le biais de son narrateur se livre, comme dans ses romans précédents, à une fine analyse des sentiments humains à laquelle il adjoint des éléments pittoresques comme cette croûte représentant une vache, dans la maison de retraite. Le sujet est profond, le ton est délicat et il y a une pointe d'humour.

    La grand-mère va soudain disparaitre : au sens littéral. Elle va faire une fugue d'adolescente, pour retrouver son enfance à Etretat. Ce roman est celui de la mémoire. En effet, entre les chapitres, le narrateur insère des souvenirs appartenant à un personnage apparaissant dans l'intrigue, des personnages principaux aux simples figurants, digressions écrites en italiques.

    La question secondaire que pose ce roman est celui du rôle de l'imagination et de la mémoire dans l'écriture romanesque. Le narrateur ne parvient pas à écrire un livre car il n'a pas d'imagination. Mais en réalité, il y parvient à la fin du récit - et nous livre précisément ce récit (il y a du Proust chez Foenkinos !). Donc on pourrait en conclure que pour devenir écrivain, il faut avoir une certaine expérience de la vie !

    A bientôt !


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  • La délicatesse est un roman sentimental. Il pourrait s'inscrire dans la veine des recueils Harlequins ou Nous Deux/ Mondiales Editions mais s'en distingue par sa qualité d'écriture. Le roman de Foenkinos se caractérise aussi par une certaine forme d'humour et d'autoparodie que n'ont pas les romans précités. Ce livre a par ailleurs été récompensé d'une dizaine de prix.

    Jugeons l’œuvre sur pièce ! Nathalie est une jeune fille bien sous tous rapports. Par le fruit du hasard - comme généralement dans les histoires d'amour - elle rencontre François et une idylle nait entre eux. Mais voila, à ce stade, le roman prend un faux départ. François est fauché par une voiture et Nathalie se ferme à l'amour. D'autres hommes vont alors tenter d'entrer dans sa vie. Charles, son boss, échouera. Markus, employé maladroit, parviendra à la séduire à force de surprises et de délicatesse.

    Voila donc un roman qui devrait plaire aux femmes et aux hommes n'ayant pas une nature de brutes.

    Le roman s'organise en plus d'une centaine de "chapitres" courts (parfois quelques lignes). Il y a deux particularités.

    D'abord, certains chapitres sont d'amusantes digressions sans réelle utilité en apparence. Quelques exemples :

    Chapitre 39 - Code d'accès de l'immeuble de Markus A9624

    Chapitre 45 - Titre d'un tableau de Kuzimir Malevitch : carré blanc sur fond blanc (1918)

    Ces courts détours ne sont pourtant pas sans rapport avec la trame et sont très amusants.

    Enfin, il y a les notes de bas de pages, parfaitement inutiles et donc indispensables, également de portée humoristique ou ironique.

    De plus, le roman est ancré dans l'actualité de 2008 - 2009 et n'est pas intemporel comme la plupart des romans à "l'eau de rose" : allusion à la faillite de l'Islande, au duel Aubry - Royal pour la dirigeance du PS etc...

    Un roman que j'ai apprécié et que vous apprécierez également si vous recherchez une certaine forme de légèreté, de nostalgie et d'émotion dans la littérature !

    A bientôt !


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  • Les gens est un roman de Philippe Labro de 2009 qui suit les itinéraires de vie de trois personnages principaux et d'une foule d'individus secondaires. L'auteur utilise la métaphore des rails de train qui se croisent pour parler de ces destins.

    Les trois protagonistes sont Maria, une jeune polonaise élévée aux USA par une famille adoptive (et abusée par son père adoptif), Caroline, une parisienne trentenaire qui vient de se faire plaquer par son amant et enfin Marcus Marcus  star de la télévision, présentateur pratiquant l'interrogatoire incisif et infirme sentimental.

    Vous l'aurez peut-être deviné en lisant les lignes précédentes (ou le quatrième de couverture) le point commun de ces personnages est le manque d'amour.

    Bien entendu, ces destins vont finir par se croiser. Maria va être engagé comme fille au pair par les Stadler, dont lui sera nommé ambassadeur américain à Paris. Là, elle va rencontrer Caroline embauchée comme coach par madame Stadler. De plus, Caroline a une nouvelle liaison avec David, l'homme à tout faire de Marcus Marcus.

    Mais je n'en dévoilerais pas plus. Le dénouement est assez intéressant et bien mené.

    C'est un roman qui se lit bien. J'émettrais toutefois deux réserves.

    Tout d'abord, si la psychologie des personnages centraux est assez finement posée, on ne peut pas en dire autant des seconds rôles. Cela reste assez caricatural. De plus, la majorité des personnages sont des gens de la haute, des cadres dynamiques, des "winners", des stars des média, pas d'ouvrier ou d'équarisseur ! On a droit au cliché habituel des bobos qui se font un rail de coco dans les toilettes !

    Second reproche : Labro a déclaré qu'il remplissait des carnets entiers d'aphorismes et de citations depuis l'âge de quinze ans. Et bien, on sent qu'il cherche à rentabiliser ses efforts. Il nous assène à tout bout de chant des proverbes par le biais de ses personnages. Ca fait un peu téléphoné ! Un ou deux proverbes, ca peut encore aller mais point trop n'en faut. Ca me rappelle une métaphore où il est question de culture et de confiture !

    Certes, ne vous méprenez pas, j'aime bien ce qu'écrit Labro. Mais je dois dire que même si j'ai passé un bon moment en lisant Les gens, qui a des qualités, j'ai préféré Quinze ans par exemple.

    On sent trop les réflexes de journalistes sous les gens.

    Cependant , je ne vous empêcherais pas de le lire, surtout si vous aimez les comédies humaines. C'est ici une fresque à la Balzac dans le monde moderne, ce qui nous manque un peu dans le paysage littéraire actuel.

    A bientôt !


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  • Je ne le cache pas, j'adore Daniel Pennac ! Pour moi, ses romans et ses essais sont comme des friandises. J'avais déja lu Chagrin d'école peu après sa sortie en librairie fin 2007 (il avait alors obtenu le prix Renaudot 2007) et généralement j'évite de relire des ouvrages que j'ai déja lu (sauf si je les ai lu il y a plus de dix ans ou si c'est dans le cadre de mes études littéraires !) mais là j'ai fait une exception et l'ai relu cette semaine.

    J'ai déja eu l'occasion de critiquer trois ouvrages de Pennac : Comme un roman, Au bonheur des ogres et Des chrétiens et des Maures. La série ne s'arrétera probablement pas là : il me reste à lire entre autres Monsieur Malaussène, Malaussène au théatre, La Fée Carabine et même la bande-dessinée Lucky Luke contre Pinkerton (avec Tonino Benacquista).

    Chagrin-d-ecole.jpgChagrin d'école est-il un énième roman sur l'école ? Un prolongement de Entre les murs de Bégaudeau ou La fabrique du crétin, essai de Brighelli ? En fait, il louche à la fois vers le roman autobiographique et un peu vers l'essai. Cette fois-ci, c'est le point de vue d'un ex-cancre (mais un cancre tout de même) qui finit par devenir professeur de français et écrivain à succès, le tout traité avec humour et lucidité.

    Car le jeune Pennac a beaucoup souffert à l'école, de long moments de solitude devant les devoirs à rendre, les problèmes de maths que l'on arrive pas à résoudre :" mais tu le fais exprès !" Et bien non, le cancre ne le fait pas exprès. Pennac prend la défense des cancres et nous apprend que rien n'est jamais perdu. Tout enfant peut un jour devenir !

    Qu'est-ce qui a sauvé Pennac ? Trois choses : l'amour de la lecture (voir à ce sujet son essai Comme un roman) où des milliers de pages avalées, hors du cadre scolaire, au sujet desquelles on croit ne rien retenir, finissent quand même par imprégner et forger l'individu. Chez Pennac, cela à contribué à developper son goût de la narration. Personnellement, je suis de cet avis: seul la lecture -et peut-être l'expérience de la vie mais de manière très moindre - permet de se lancer dans l'écriture (et pas seulement pour des raisons orthographiques).

    La deuxième chose qui a sauvé Pennac, ce sont quatre professeurs, imprégnés de leur matière (mais qui dès qu'il rentraient chez eux passaient à autre chose), de l'amour du métier... et de considération -aujourd'hui, on dirait  du "respect". Pour ces professeurs, rien n'était jamais perdu. Si l'on aidait les élèves en perdition, c'était uniquement par ce que lorsque quelqu'un se noie, il est un devoir de le réanimer !

    Enfin, le troisième événement qui le fait devenir, c'est la rencontre avec l'amour (valorisant) à l'adolescence.

    Pennac nuance son propos sur bien des points, trop nombreux pour être énumérés ici ! Par exemple, il précise qu'il ne dévoile pas son parcours personnel pour se vanter. Enfin, il explique que celui qui a quitté l'école très tôt n'est pas nécessairement perdu pour la société, qu'il y a naturellement des élèves modèles (ce qu'il appelle des élèves "friandises"). Et surtout, il ne nie pas les problèmes sous-jacents : chômage, problèmes familiaux des élèves, pathologies, ZEP etc Mais il déclare qu'il faut se garder de tirer des généralités sur ce que l'on nous montre dans les médias sur ce qui se déroule dans les banlieues par exemples, ou sur les moindres agressions et faits divers mis sous les projecteurs avec un effet démultiplicateur.

    Il tente de cerner la psychologie du cancre (en ayant été un véritable lui-même). Il fournit un début d'explication et d'analyse sur l'évolution des élèves entre les années 1960 et les années 1990 (où il arrêta d'enseigner) toujours valable de nos jours : la transition de l'élève "pull-chandail" à l'élève-client.

    Voila, j'ai été enthousiasmé -comme toujours - par la lecture de Daniel Pennac. Et je recommande à tous les professeurs et surtout aux cancres de se lancer dans la lecture de ce livre. Pourquoi d'ailleurs, enseignants, ne pas le proposer à la lecture à vos élèves ?

    A bientôt !


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  • "Je travaille de nuit comme correcteur de presse dans un grand journal régional." C'est ainsi que commence de manière identique les dix premiers chapitres du premier roman de Jean Bernard-Maugiron, l'histoire d'un ouvrier typographe nommé Victor, vieux garçon naif qui vit seul avec sa vieille mère et qui collectionne les locomotives miniatures.

    Encore un roman sur le monde du travail ! Je vous avais déja présenté Journal d'une serveuse de cafétéria d'Anne Buisson et l'enquête de Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham. Après les employés de restauration et les femmes de ménage, cette fois, ce sont les ouvriers du livre qui sont mis en avant.

    Le roman, par la voix naîve de Victor, nous explique les principes du métier. Je ne vous exposerais pas ici le fonctionnement d'une linotype ou encore comment un typographe assemble une ligne de caractères car le vrai sujet du livre, c'est plutôt de nous dépeindre le caractère saugrenu et attachant de Victor dans un langage familier et populaire.

    Toutefois, concernant ce métier, le typographe -avant l'informatisation - tapait son texte sur un clavier qui faisait couler du plomb dans une matrice et une fois la ligne assemblée le texte était imprimé - et encore avant l'ouvrier composait le texte caractère par caractère en prenant ceux-ci dans un cassetin. D'où le titre du roman qui est aussi une métaphore pour "du plomb dans la tête"

    Car cela va mal se terminer pour Victor ! En effet, le final est apocalyptique mais sans être tragique car traité avec dérision et humour. Je vous en laisse la surprise !

    A bientôt pour de nouvelles lectures !


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  • Olivier Adam est un écrivain français né en 1974 en banlieue parisienne. Il vit actuellement à Saint-Malo.

    928_photo.jpgSon ouvrage Passer l'hiver est un recueil de neuf nouvelles courtes - qui se déroule donc en hiver - et qui sont autant de récit à la première personne d'hommes et de femmes au bout du rouleau pour diverses raisons (deuils, absences de perspectives professionnelles, tensions familiales, déracinement, séparation) et qu'une pichenette suffirait à faire chuter. Pourtant, ces personnages résistent et vont tant bien que mal "passer l'hiver".

    Ces individus qui sont-ils ? Il y a un instituteur, un chauffeur de taxi, une employé de bureau, un ex-taulard, une vendeuse de station-service. Le style d'Olivier Adam est moderne et rythmé. Il se veut au plus près du réalisme et l'on suit des instants de vie auxquels l'auteur donne un cachet d'authenticité par l'ajout de maints petits détails. J'ai noté avec amusement l'abondance des "et j'allumais une cigarette" et formules similaires dans le texte.

    Passer l'hiver a reçu, il est bon de le signaler, le Prix Goncourt de la Nouvelle 2004.

    Enfin, je reprendrais cet article de Lire numéro 372 de février 2009 à propos de Des vents contraires, autre livre d'Olivier Adam qui s'applique également à ce recueil de nouvelles :

    "Les personnages d'Olivier Adam étouffent dans des vies trop petites, tapent leurs têtes contre les murs ou s'enferment dans le sommeil pour oublier que demain sera pire qu'aujourd'hui."

    C'est bien là ce qui ressort à la lecture de Passer l'hiver, de Falaises, d'A l'abri de rien ou de Des vents contraires.

    Mais il ne faudrait pas en conclure que cet écrivain est déprimant. C'est la vie réelle qu'il peint !

    A bientôt !


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  • Yannick Haenel est un écrivain français né en 1967, comme Jonathan Littell. Ces deux auteurs ont d'ailleurs plusieurs points commun, celui d'avoir écrit sur la Seconde Guerre Mondiale, d'avoir été primés et aussi d'avoir suscité la polémique !

    Jan Karski a obtenu le Prix Interallié 2009. Avant de revenir sur la polémique qui opposa Haenel à Claude Lanzmann. Je vais d'abord présenter la biographie du protagoniste éponyme.

    Jan Karski est un polonais né en 1914. Il suis des études en Allemagne et en Suisse notamment. C'est donc un intellectuel. En septembre 1939, lorsqu'éclate la Seconde Guerre Mondiale par l'invasion de son pays, il est mobilisé mais très vite son régiment est capturé par les Russes. Plusieurs fois dans sa vie, il trompera la mort. Il réussit à s'évader des mains des soviétiques et échappe ainsi au massacre de Katyn, longtemps imputé aux nazis mais en fait ordonné par Staline.

    Karski va alors s'engager dans la Résistance polonaise. Il va faire office de messager. Il sera d'ailleurs capturé et torturé par la Gestapo mais parviendra une nouvelle fois à s'échapper ! Mais Karski est surtout connu pour avoir averti les Alliés de l'extermination des Juifs par Hitler. il a visité à deux reprises le Ghetto de Varsovie et un camp de concentration et a vu l'enfer. Il va se rendre à Londres en 1942 et à Washington en 1943 mais son appel à l'aide nekarski2 sera pas entendu.

    En 1978, Karski sort d'un silence de 30 ans pour témoigner pour le film Shoah de Lanzmann (film qui sortira en 1985). Il meurt en 2000.

    Le roman de Yannick Haenel se compose de trois parties. La première est une reprise de l'interview de Karski par Lanzmannet reprend d'ailleurs les propos du film. La seconde est une présentation de la vie de Karski et met en avant le livre que celui-ci écrivit en 1944, traduit en français en 1948, Histoire d'un État Secret.

    C'est la troisième partie qui fut au coeur de la polémique car Haenel y fait parler Karski avec des propos qui relève de l'invention. C'est là tout l'art romanesque. Outre le fait que Lanzmann a accusé Haenel de plagiat concernant la première partie, il lui reproche également avec force de défigurer l'Histoire. Haenel utilise deux arguments dans l'air du temps : l'ignorance feinte des Alliés et leur inaction et la réhabilitation du peuple polonais.

    Pour ma part, je ne suis pas sensible à cette polémique. Haenel réussit là un roman brillant - et non un documentaire - cependant très dur car reposant sur des faits historiques indéniables.

    Un livre à lire à notre époque, pour ne pas oublier, à l'heure où les fascismes resurgissent !

    A bientôt !

    COMPTE A REBOURS : 3


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  • Après avoir parlé de Michel Houellebecq ou d'Emmanuel Carrère, bref des grosses pointures de la non-moins grosse machinerie littéraire, je vais cette fois-ci m'attarder sur quelque chose de plus léger, une écrivaine plus confidentielle mais qui néanmoins sait aussi manier la plume, Anne Buisson et son Journal d'une serveuse de cafétéria.

    Ce récit, comme l'indique le titre, se présente sous la forme d'un journal intime qui s'étend sur une année.

    Anne est serveuse. Elle travaille alternativement dans l'arrière-cuisine avec le chef ou George le plongeur à préparer les plats ou à laver les assiettes et dans la salle ou elle sert - et observe du même coup - les clients.

    Le matin et le soir, elle prend le métro comme des millions d'autres salariés. C'est donc en fait une sorte de chronique du quotidien, de la banalité ambiante, de la médiocrité que la serveuse tente de rompre à coup de petites révoltes, d'ironie ou de rires.

    Petit à petit, la serveuse s'englue dans la répétition quotidienne, seulement interrompue par les congés des uns ou des autres, les arrêts maladies, les venues d'intérimaires ou les contrôles sanitaire.

    Parmi les désagréments quotidiens, il y a les blagues grasses des clients et les salissures sur les assiettes, les restes de nourritures qui provoquent des hauts-le-coeur à la narratrice.

    Ce livre se lit assez vite car il fait moins de 80 pages très aérées. Écrit dans un style sobre, il a le mérite de pouvoir être assimilé à une sorte de témoignage du quotidien. Et oui, la littérature, ce ne sont pas seulement des aventuriers qui sauvent le monde, c'est aussi la description du quotidien dans ses gestes les plus simples, bref la réalité dans tous ses aspects, fantasmés ou quotidiens et vécus.

    A bientôt !


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  • Faisons encore une incursion dans la littérature contemporaine avec Emmanuel Carrère.

    A l'heure où les préférences des auteurs vont à l'autofiction, se mettant eux-même en scène dans des aventures imaginaires, Emmanuel Carrère, après avoir lui-même un temps pratiqué le roman (La Moustache, La Classe de neige...), explore le récit autobiographique depuis L'Adversaire.

    Emmanuel Carrère est le fils d'Hélène Carrère d'Encausse, soviétologue et académicienne. Il est ancien étudiant à Sciences-Po puis débute sa carrière dans la critique de cinéma pour Positif et Télérama.

    En 1983, il publie son premier roman, l'Amie du jaguar chez Flammarion avant de passer chez P.O.L (qui demeure son éditeur à ce jour) avec Bravoure en 1984. Il garde un contact avec le monde de l'audiovisuel et s'occupant de scénarios pour la télévision notamment Léon Morin, prêtre. Certains de ses récits seront adaptés au cinéma notamment L'Adversaire en 2002 par Nicole Garcia avec Daniel Auteuil, le documentaire Retour à Kotelnitch en 2003 dont il est question dans Un roman russe et il réalise lui-même La Moustache en 2005.

    Cet écrivain est souvent perçu par la critique comme un auteur narcissique et pessimiste. Il y a en effet chez lui uneemmanuel carrere angoisse intérieure qu'il évoque dans ces récits. On s’intéressera ici à ses trois derniers livres : L'Adversaire (2000), Un roman russe (2007) et D'autres vies que la mienne (2009), récits dont les évènements se suivent dans le temps et qui marquent une montée en puissance de la maitrise de l'auteur.

    L'Adversaire s'intéresse au cas de Jean-Claude Romand, inquiétant et énigmatique protagoniste d'un drame familial qui a défrayé la chronique en janvier 1993. Mythomane invétéré, celui-ci s'était inventé une vie de médecin et acculé par ses mensonges a fini par assassiner les siens. Carrère retrace et tente de comprendre le parcours de ce criminel sans pour autant l'excuser. Un voyage au fond de la noirceur de l'âme humaine !

    Un roman russe débute par une enquête pour le magazine Envoyé spécial. Carrère se voit confier une enquête sur le dernier des prisonniers hongrois de la Seconde Guerre Mondiale, resté 55 ans en Russie dans un asile psychiatrique à Kotelnich. Partant de là, l'écrivain va revisiter ses origines russes, l'histoire de son grand-père maternel, collaborateur durant l'Occupation. Parallèlement, on trouve aussi un récit érotique dans cet ouvrage au coeur de la relation sentimentale entre Carrère et sa compagne de l'époque, Sophie.

    Enfin, D'autres vies que la mienne, au sujet duquel les critiques sont unanimes pour dire que c'est un succès se penche sur le travail de deuil : victimes du tsunami de 2004, mort du cancer de la belle-sœur de Carrère. L'auteur marque enfin son ouverture aux autres et apaise un peu l'angoisse qui le tient au corps.

    Bref, j'avoue que j'ai une préférence pour les ouvrages de cet écrivain que je préfère à beaucoup d'autres de ses contemporains. Même si son œuvre est résolument sombre, ses dernières évolutions montrent un regain d'optimisme. Une lecture a recommander !

    A bientôt pour une nouvelle chronique !


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  • Voici un roman étrange de Paul Auster au sujet duquel on n'aura pas le dernier mot.

    En effet, parce qu'il met en scène successivement plusieurs narrateurs et que la plupart de ceux-ci font partie de ce que l'on appelle en théorie littéraire, des "narrateurs non-fiables", on peut dire qu'il y a autant de lectures possibles, de réceptions envisageables d'Invisible qu'il y a de lecteurs.

    Invisible bouscule les repères de la fiction.

    Au départ, il y a le personnage d'Adam Walker, jeune étudiant en littérature à l'université de Columbia, en 1967. Celui-ci va faire la connaissance de Rudolf Born, un être mystérieux et malsain et sa compagne du moment, l'énigmatique et torturée Margot. Ces deux derniers personnages sont des français expatriés.

    Born va entrainer Walker dans un meurtre puis prendre la fuite. Ce roman est en effet un roman de la disparition et de la fuite tout autant qu'un roman d'initiation.

    De nos jours, mourant, Adam Walker adresse un tapuscrit relatant les évènements le concernant lui et Born à son ami d'université devenu écrivain, James - Jim - Freeman (avatar de Paul Auster ?) pour qu'il mette en forme le récit. Puis il lui adresse un second tapuscrit très transgressif et dérangeant puisqu'il ne décrit pas moins qu'un inceste !

    Le troisième et ultime tapuscrit décrit comment Walker essaie de faite capoter, en guise de vengeance, le mariage de Born avec une française dont le mari est dans le coma suite à un accident de voiture. Adam Walker fait alors la connaissance de Cécile, la future-belle fille de Born. Mais là encore, il sera contraint à prendre la fuite. Victime de machination de Born qui pourrait bien être un espion. Réalité ou fantasme? Fiction ?

    La surprise finale vient quand le lecteur apprend que le récit d'inceste consenti entre Adam Walker et Gwyn sa soeur ne relevait que du fantasme. Selon les dires de celle-ci, il ne s'est jamais rien passé. Là encore qui croire ? Les repères de la fiction sont bousculés une fois de plus.

    Le roman s'achève sur la retranscription du journal intime de Claire Juin dans lequel on apprend qu'elle a revu Born quarante ans plus tard, que le mariage avec sa mère ne s'est jamais fait et que Born sous couvert de sa fiction a suggéré qu'il pourrait être l''auteur de l'accident du père de Claire . Personnage malsain donc et nouvelle séquence d'indécision dans le récit !

    Voici donc un texte qui sous couvert de fiction tient un discours métatextuel, précisément sur le statut et les mécanismes de la fiction.

    Un Paul Auster de bon cru !

    A bientôt !


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