• Les 110 pilules - Magnus

    Magnus est le pseudonyme de Roberto Raviola, un "érotomane chic et choc" né à Bologne en 1939 et décédé en 1996, à l'âge de 56 ans. Il n'a pas seulement produit des bandes-dessinées érotiques mais est surtout connu pour cet aspect de son travail bien que longtemps resté dans l'ombre d'autres maîtres du genre tel Guido Crepax ou Milo Manara dont j'ai déjà parlé sur ce blog ! Cet aspect de son travail lui a apporté la reconnaissance tardive du public !

    Magnus débute sa carrière professionnelle en 1964 avec les séries Criminal, Satanik puis Alan Ford, toutes coécrites avec Max Bunker. Il a participé de fait à l’émergence d'un nouveau style de BD parti d’Italie, les fumetti neri ou bandes-dessinées noir, une industrie qui produira toutes sortes d’œuvres dans les années 1960 de plus ou moins bonne facture !

    Notre auteur participe ainsi à l'aventure des éditions italiennes Erregi puis Edifumetti, crées à partir de 1972 par Renzo Barbieri et Giorgio Cavedo et dont la filiale française, dirigée par Georges Biellec, s'appelait Elvifrance ! Magnus dessine notamment quatre récits érotiques autonomes, réédités en 2011 dans un seul volume par les éditions Delcourt sous le titre L'internat féminin et autres contes coquins qui mets en scène un malade mental qui prends la place du docteur dans un pensionnat de jeunes filles !

    Entre 1977 et 1979, animé depuis toujours d'une passion pour l'Orient, Magnus suit une troupe de théâtre en Asie mineure. De retour en Europe, Jean-Pierre Dionnet publie, en tant que rédacteur en chef de Métal Hurlant, le récit de notre auteur intitulé Les Brigands, dans les pages de son magazine. Mais seul le succès d'estime étant au rendez-vous, Magnus retourne à ses premières amours, l'érotisme en petit format et publie la série Necron, l'histoire d'une femme nécrophile qui se fabrique un zombie, qui le fera connaître une première fois du public français. Un peu plus tard, l'artisan des fumetti se lance dans la création des 110 pilules, pour L’Écho des Savanes, et qui parait dans la revue en 1983, son unique best-seller !

    Les 110 pilules - MagnusLes 110 pilules est une "relecture infidèle" d'un célèbre roman chinois, le Jin Ping Mei, composé sous la dynastie Ming, et précisément du passage qui s'intéresse à l'addiction au sexe du marchand Hsi-Men-Cheng ! C'est un roman anonyme, du XVIème siècle donc ! Magnus comprend vite qu'il tient enfin là le sujet de sa vie. Le roman dont est tiré la BD est une sorte de Kama-Sutra chinois, d'une taille considérable, composé de dix chapitres et de plus de 1800 pages, paru dans La Pléiade en deux volumes !

    L'histoire du Jin Ping Mei se passe au XIIème siècle et mets en scène Ximen Qing (Hsi-Men Cheng dans la bande-dessinée) et ses six femmes. La trame du récit s'inspire d'un autre célèbre roman chinois, Au bord de l'eau, à ceci près que Jin Ping Mei contient de nombreuses scènes de sexe - au total soixante-douze scènes ! Dans Au bord de l'eau, Ximen est brutalement tué en plein jour par Wu Song, le beau-frère de Jinlian (Lotus d'or dans la BD), qui a empoisonné son époux, tandis que dans Jin Ping Mei, c'est Ximen qui s'est chargé d'empoisonner l'époux. Dans le roman ce dernier succombe à une overdose d'aphrodisiaques administrés par Jinlain afin de pouvoir faire l'amour avec lui tant et plus !

    Dans la BD, Les 110 pilules, le riche marchand Hsi-Men Cheng a reçu d'un moine un cadeau incomparable : 110 pilules qui décuplent la force sexuelle ! Toutefois, il est recommandé de n'en prendre qu'une à la fois et seulement durant la pleine lune. Mais notre marchand est un libertin et se laisse aller à une frénésie de sexe avec ses six épouses (Dame Lune, Tournesol, Œil de Neige, Tige de Jade, Lotus d'Or et Madame P'Ing) et des prostituées ! Il se noie véritablement dans les plaisirs de la chair ! La morale est que plus on tire sur la chandelle, plus on vit une existence de plaisirs intenses voire de débauches, plus cette vie se raccourcit et à la fin du tome, Hsi-Men Cheng est véritablement bien malade et passe rapidement de vie à trépas à seulement 41 ans ! Les dernières pages sont édifiantes à cet égard !

    Cette BD connut donc un vif succès ! Du point de vue de la technique, Magnus est unLes 110 pilules - Magnus adepte de la "Ligne claire" qui fait notamment que les traits de contour sont de la même épaisseur peu importe que l'on se trouve au premier ou au second plan de l'image. Il n'use également pas de niveaux de gris ! Chez lui, c'est noir ou blanc ! Et oui, cette BD, je n'ai pas précisé, est en Noir & Blanc ! L'artiste figure avec une élégance inouïe les pénétrations et autres fellations sur papier glacé, ce qui lui valut d'être censuré en Italie où on "éteint pudiquement la lumière" sur les scènes jugées trop explicites !

    Par la suite, Magnus s'est lancé dans un autre projet malheureusement inachevé car trop ambitieux, l'adaptation en grand format de sept vieux contes chinois, Femmes Envoûtées. Durant les sept dernières années de sa vie, Magnus réalise 223 planches de la série italienne de western Tex qui ne seront publiées en France qu'en 2014 !

    Il y a eu une suite aux 110 pilules, intitulé La Fleur du Lotus et réalisée par George Pichard, qui parait en 1987 et qui est tombée aux oubliettes ! En effet, le style de Pichard y étant trop différent de celui de Magnus, on peine à reconnaître les personnages dont Lotus d'or ! L'histoire de cette suite est centrée sur cette dernière, peu après la mort de Hsi-Men Cheng, et véritable personnage central de Jin Ping Mei. La cinquième femme du marchand s'amourache de l'un de ses gendres, provoque l'ire de Dame Lune et connaîtra une fin brutale par son beau-frère Wu-Song, le frère de son premier mari assassiné !

    Pour conclure, Les 110 pilules est vraiment une très belle création, magnifiquement illustrée, avec un très beau texte et hautement érotique ! A lire pour tous les amateurs de ce genre car c'est dans ce domaine un incontournable !

    A bientôt !

    PS : les informations de ce billet proviennent du dossier de fin de tome de l'album de Magnus dans l'édition Hachette : "Les Grands Classiques de la Bande-Dessinée Érotique" ! Dossier dont les auteurs ont fait un excellent boulot et dont j'ai fait plus haut la synthèse !

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  • Commentaires

    1
    Flupke
    Dimanche 16 Juin à 13:19
    Pardonnez-moi mais l'expression « bande dessinée » s'écrit sans trait d'union, puisqu'elle ne contient ni ellipse ni archaïsme. Et, de fait, la collection publiée par la maison Hachette est intitulée « Les Grands Classiques de la Bande Dessinée érotique », et non pas : Les Grands Classiques de la « Bande-Dessinée Érotique ».
    Cela dit, vos articles sont très intéressants.
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