Diffusée au Japon entre octobre 1997 et avril 1998, la première adaptation animée de Berserk compte vingt-cinq épisodes. Produite par Nippon Television et VAP, animée par le studio OLM et réalisée par Naohito Takahashi, elle transpose essentiellement les treize premiers tomes du manga de Kentaro Miura et se concentre sur le grand arc narratif intitulé « L’Âge d’or ». Le premier épisode constitue toutefois une ouverture située dans le présent de Guts, devenu le mystérieux Guerrier noir, avant que la série ne revienne longuement sur son passé.
Guts est d’abord un mercenaire solitaire, un combattant d’une force exceptionnelle qui ne semble vivre que pour les batailles et la survie. Sa rencontre avec Griffith bouleverse son existence. À la tête de la Brigade des Faucons, celui-ci possède à la fois le charisme d’un chef, l’élégance d’un prince et l’ambition dévorante d’un conquérant. Après avoir vaincu Guts en duel, Griffith lui impose de rejoindre ses mercenaires. Le guerrier solitaire découvre alors une forme de communauté et trouve progressivement sa place au milieu de combattants tels que Judeau, Pippin, Corkus, Rickert et surtout Casca, seule femme parmi les principaux officiers de la troupe.
La relation entre Guts et Griffith constitue le cœur de la série. Elle repose sur l’admiration, la rivalité, la fascination et une dépendance affective que les deux hommes ne parviennent jamais à exprimer clairement. Griffith considère d’abord Guts comme un élément essentiel de son ascension, tandis que Guts accepte longtemps de combattre pour le rêve d’un autre. Pourtant, lorsqu’il entend Griffith expliquer qu’un véritable ami doit poursuivre son propre rêve, Guts comprend qu’il ne pourra devenir son égal qu’en quittant la Brigade des Faucons. Cette décision apparemment légitime provoque une catastrophe, car Griffith ne supporte pas de perdre celui qu’il croyait posséder.
Casca occupe une place tout aussi fondamentale. D’abord hostile à Guts, qu’elle considère comme le favori de Griffith et comme un élément perturbateur, elle apprend peu à peu à le respecter. La série développe avec finesse leur rapprochement, sans réduire Casca à une simple fonction sentimentale. Elle est une combattante et une dirigeante, mais aussi une femme dont l’existence s’est longtemps organisée autour de sa fidélité à Griffith. Ses sentiments contradictoires traduisent l’une des grandes questions de Berserk : peut-on vivre pour le rêve d’une autre personne sans finir par perdre sa propre identité ?
À travers les victoires de la Brigade des Faucons, engagée par le royaume de Midland dans une guerre interminable, la série pourrait d’abord apparaître comme une grande épopée militaire médiévale. Pourtant, derrière les sièges, les duels et les batailles, elle raconte surtout une ascension sociale fragile. Griffith veut dépasser sa naissance modeste et obtenir son propre royaume, tandis que ses soldats espèrent s’élever avec lui. La réussite de la troupe repose toutefois sur un équilibre précaire entre ambition individuelle et fraternité collective. Lorsque cet équilibre se brise, l’épopée glorieuse laisse progressivement la place à la tragédie.
La force de cette adaptation tient beaucoup à son atmosphère. Son animation peut sembler limitée en comparaison des productions contemporaines, notamment en raison de nombreux plans fixes, mais ces contraintes sont souvent transformées en véritables choix de mise en scène. Les visages silencieux, les paysages immobiles et les images suspendues accentuent la gravité du récit. La musique singulière de Susumu Hirasawa, parfois mélancolique, parfois presque irréelle, contribue également à donner à la série une identité immédiatement reconnaissable.
L’anime simplifie néanmoins l’œuvre de Kentaro Miura. Certains personnages et plusieurs passages du manga disparaissent, tandis que la dimension surnaturelle demeure longtemps plus discrète. La série privilégie les rapports entre Guts, Griffith et Casca ainsi que la lente construction de la catastrophe. Cette concentration lui procure une grande efficacité dramatique, mais son interruption à la fin de l’Éclipse est particulièrement brutale. Elle laisse le spectateur au bord du gouffre, sans véritable résolution et sans montrer pleinement les conséquences de l’événement.
Cette fin frustrante participe paradoxalement à la puissance de la série. Le spectateur sait dès le premier épisode que le rêve héroïque s’achèvera dans l’horreur, mais il s’attache malgré tout à la Brigade des Faucons et espère presque pouvoir empêcher l’inévitable. L’Âge d’or n’est donc pas seulement le récit d’une époque glorieuse : il représente un paradis perdu, celui d’un moment pendant lequel Guts a possédé des compagnons, une place dans le monde et peut-être la possibilité d’aimer.
Plus de vingt-cinq ans après sa diffusion, Berserk demeure ainsi une œuvre majeure de la dark fantasy animée. Derrière son univers violent, la série aborde la solitude, le libre arbitre, l’ambition, l’amitié, le désir de reconnaissance et le prix monstrueux que certains sont prêts à payer pour accomplir leur rêve. Elle ne restitue pas toute la richesse graphique et narrative du manga, mais elle en saisit profondément l’âme tragique. Ses vingt-cinq épisodes forment une longue montée vers l’abîme, portée par des personnages inoubliables et par la certitude que les plus beaux rêves peuvent aussi engendrer les pires cauchemars.
A bientôt !