Après DC Comics, on repasse à Marvel avec la mini-série X-Force de 2004, écrit par Rob Liefeld et Fabian Nicieza, avec des dessins puissants et nerveux de Liefeld lui-même, constitue une tentative de relance tonitruante de la franchise X-Force, placée sous le signe de la violence mystique, de la résurrection d’anciennes menaces et du retour de figures cultes. Ce récit, publié en six numéros, met en scène un affrontement global autour d’un être surnaturel nommé Skornn, une entité démoniaque d’origine ancienne, capable de dévorer les pouvoirs mutants et de remodeler le monde à sa guise. Ce n’est pas une menace venue de l’espace ou une énième variation de l’évolution mutante : c’est une terreur mythologique, enfermée jadis et sur le point de renaître. Pour lutter contre elle, le récit orchestre le retour de plusieurs figures emblématiques des années 90, dont Cable, Shatterstar, Cannonball, Boom-Boom, Warpath et Domino, tout en convoquant aussi d’autres factions mutantes comme le Front de Libération des Mutants (MLF, ça ne s'invente pas !), la Garde Impériale Shi'ar et deux membres des 4 Fantastiques, tous pris dans une course contre la montre pour empêcher l’avènement de l’horreur absolue.
L’histoire débute avec la résurrection de Skornn, une entité cauchemardesque que les anciennes civilisations mutants avaient tenté d’anéantir, sans succès définitif. Sa particularité est de se nourrir des énergies mutantes pour grandir en puissance. Il absorbe la vie, la distord, et peut contaminer l’essence même des porteurs du gène X. Son retour provoque des cauchemars collectifs, des fractures mentales chez plusieurs télépathes, et une alerte immédiate au sein des différents groupes mutants. Cable, revenu d’un isolement volontaire sur son île de Providence (raconté dans la série Cable & Deadpool), perçoit la menace dans le flux temporel. Il comprend que seul un artefact légendaire, la "Lame des Cinq Doigts de l'Annihilation", forgée dans une époque oubliée et gardée dans un sanctuaire perdu, peut blesser ou détruire Skornn. Cette épée mystique est l’arme clé autour de laquelle s’articule l’intrigue. Elle nécessite un porteur "pur", quelqu’un de capable de résister aux manipulations mentales de Skornn et de canaliser toute la puissance de la lame sans sombrer dans la folie.
Cable reforme alors une version radicale de X-Force, composée à la fois d’anciens alliés comme Domino, Boom-Boom, Shatterstar ou Cannonball, et de nouveaux venus, dans une mission d’urgence : récupérer la lame avant que les sectateurs de Skornn ne la trouvent. Parmi ces ennemis, on trouve des fanatiques sapiens ayant juré fidélité à Skornn, considérant sa venue comme la fin nécessaire de l’humanité corrompue. Leur chef se considère comme le héraut de cette apocalypse. L’équipe de Cable se heurte à ces adorateurs dans des affrontements sanglants à travers divers lieux : un temple au Tibet, une base de recherche oubliée et les rues de New York.
Skornn, prenant forme physique à partir des corps sacrifiés par ses suivants, devient un monstre surpuissant voire presque invincible. Cable est finalement désigné comme porteur de la Lame magique. C’est lui qui, lors du combat final dans un paysage ravagé par l’énergie mutante, parvient à porter le coup décisif.
Mais la victoire n’est pas absolue. L’épée se fissure et Cable est téléporté dans un autre endroit de l'univers. Ce récit réactive plusieurs thématiques centrales des X-Men : le destin mutant, la manipulation génétique, la spiritualité, et le combat entre libre arbitre et domination mentale. Il entérine aussi le retour à une équipe plus offensive, capable d’agir là où les X-Men ne peuvent intervenir.
L’esthétique graphique de Liefeld, critiquée par certains pour ses proportions extrêmes, fonctionne pourtant ici pour souligner l’intensité chaotique du récit. Le design de Skornn rappelle les monstres lovecraftiens mêlés à l’imagerie techno-organique des années 90. Les scènes d’action sont saturées, explosives, avec un découpage cinétique, tandis que les couleurs appuient la noirceur croissante du monde mutant. Cet arc est une déclaration d’intention : X-Force n’est pas là pour faire de la figuration ou sauver le monde par des discours. Elle tranche, elle frappe, elle anticipe les pires scénarios. Avec cette relance, Liefeld et Nicieza redonnent à X-Force une place à part dans l’univers mutant, celle de l’équipe que l’on appelle quand l’apocalypse ne peut être empêchée, seulement repoussée.
A bientôt !