• Vie d'Albert Camus - III - Camus et Sartre

    Vie d'Albert Camus - III - Camus et SartreAlbert Camus et Jean-Paul Sartre, c'est l'histoire d'une vive amitié qui s'interrompt brutalement en 1951 avec la publication de L'Homme révolté. Retour en arrière...

    Il y a des points communs entre Camus et Sartre dès le départ qui peuvent expliquer leur amitié. Ils sont tous deux orphelins de père et amateurs de sport (boxe pour Sartre, football pour Camus). Ce sont tous les deux des séducteurs de la gente féminine, des penseurs de l'action et de l'immédiat.

    Leur amitié "fougueuse" dura de 1943 à 1952 - soit neuf ans d'admiration et de complicité. S'ensuit une âpre dispute et un long silence seulement brisé par Sartre le 7 janvier 1960 après l'accident de voiture mortel de Camus lorsqu'il rédige un émouvant éloge funèbre qui qualifie cette mort de "scandale".

    A la fin des années 1930, les deux hommes se lisent et s'apprécient. En 1938, Camus qui vient de publier sa première œuvre L'Envers et l'Endroit, est recruté comme critique littéraire à Alger républicain par Pascal Pia. Il y salue les œuvres de Sartre La Nausée et Le Mur, "un univers intense et dramatique".

    Sartre, de huit ans l’aîné de Camus, apprécie aussi le jeune critique. En février 1943, dans Les Cahiers du Sud, il consacre un article à L’Étranger , paru en 1942. Il ne compare pas moins Camus à Voltaire, Kafka ou Hemingway.

    Trois mois plus tard, en juin 1943, la rencontre a lieu au théâtre de la Cité, lors de la générale de la pièce de Sartre, Les Mouches. S'ensuivent des collaborations théâtrales comme Huit clos malgré les obstacles de la Gestapo.

    Les deux hommes fréquentent Jacques Lacan, Raymond Queneau et Michel Leiris à Saint-Germain-des-Prés et tous mettent en scène en juin 1944 Le Désir attrapé par la queue. En 1945, le Caligula de Camus remporte un triomphe et Sartre présente son L'Existentialisme est un humanisme.

    Camus poursuit en parallèle sa carrière journalistique avec Combat dont il est rédacteur en chef et engage Sartre pour écrire en août 1944. Sartre va ainsi pouvoir réaliser une série de reportages aux États-Unis, pays dont les figures le passionne.Il rencontre notamment Roosevelt à la Maison-Blanche et fait en 1947, une conférence à Harvard sur La Peste, publié deux ans plus tôt.

    Le 1er octobre 1945, Camus participe au lancement de la revue Les Temps Modernes avec Sartre et Simone de Beauvoir. En 1947, ils soutiennent la revue Présence africaine et réhabilitent la mémoire de Paul Nizan tombé sous les balles des Allemands en 1940. Ils soutiennent le RDR, une troisième voie entre socialisme et communisme, à la salle Pleyel en décembre 1948 avec André Breton.

    Mais dès 1945 les premières dissensions apparaissent. Passons sur une rivalité amoureuse autour de Wanda Kosakiewicz, une jeune comédienne et attardons nous sur les désaccords philosophiques.

    En novembre 1945, Camus déclare dans Les Nouvelles littéraires n'être pas existentialiste. Camus refuse la divinisation du non-sens et de la contingence de Sartre et privilégie la réflexion morale.

    Deux ans plus tard, dans L'Impromptu des philosophes, Camus tourne en ridicule Mr Néant en écho à L’Être et le Néant de Sartre. Sentiment de l'absurde chez Camus, sens du tragique chez Sartre. Même leurs théâtres s'opposent. Sartre vise le cathartique et Camus emploie le didactique.

    C'est L'Homme révolté en 1951 qui va consommer le divorce. Dans cet essai, Camus oppose révolte morale et révolution violente, valorisant la maitrise et la mesure. Sartre oppose une réponse graduée en envoyant d'abord Francis Jeanson en première ligne en mai 1952, dans Les Temps Modernes.Camus se sent trahi d'autant qu'il écrit pour la revue.Il se défend et la réponse sartrienne arrive en août : c'est un adieu. Sartre évoque, contre son ami, le refus du compromis et la radicalité.

    Camus est alors rejeté par les intellectuels dont la plupart sont au minimum proches du Parti communiste. Simone de Beauvoir le ridiculisera dans Les Mandarins en 1954.

    On voit Sartre et Camus ensemble pour la dernière fois, à la salle Wagram le 22 février 1952 pour protester contre la condamnation à mort de syndicalistes espagnols. La rupture est consommée. Pourtant en 1957, Sartre s'appuiera sur Les Justes lors du procès de Mohamed Ben Sadok l'assassin d'Ali Chekkal ancien vice-président de l'Assemblée algérienne pour discuter de la distinction entre terrorisme et assassinat politique.

    Sartre enverra donc une superbe épitaphe à la mort de Camus et concluera en 1972, "on s'amusait bien ensemble." Trop tard.

    A bientôt !

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