• Philip Roth est l'une des figures les plus imposantes de l'actuel paysage littéraire de l'Amérique du Nord. Il est l'auteur d'une trentaine de livres et a été multirécompensé. Ses ouvrages sont à la fois poignants, émouvants et donnent à réfléchir sur les Etats-Unis.

    Or, il a récemment déclaré qu'il n'écrirait plus de fictions. C'est pourquoi Némésis,roman qui raconte le destin d'un jeune professeur de sport de Newark touché par la polio, doit clôre une époque. La littérature a toujours interrogé les états d'âmes et les problèmes moraux du genre humain. Bucky Cantor, le personnage en question ne va pas cesser de se demander ce qu'il aurait pu faire face à l'épidémie qui touche la jeunesse de son quartier à l'été 1944.

    Mais présentons rapidement Mr Cantor ! Bucky n'a jamais connue sa mère, morte en couche, son père étant un voleur, ce sont ses grands-parents maternels qui l'ont élevé.

    Notre protagoniste aurait souhaité s'engager après Pearl Harbor comme l'ont fait ses deux meilleurs amis mais une vision défaillante l'en a empéché. au lieu de cela, il dirige et anime un terrain de softball.

    Par ailleurs, Bucky va se fiancer à la jolie Marcia Steinberg, comme lui de confession juive. Tout semble aller pour le mieux. Seulement le virus mystérieux de la poliomyélite va frapper.

    Mr Cantor va donc avoir son propre combat, sa propre guerre a mener : contre la maladie qui frappe des enfants innocents ! Dès lors, des interrogations vont naitre en lui, particulièrement de savoir si Dieu est bon ou impuissant et pourquoi il permet la mort d'innocents ! Il se demande aussi dans quel mesure il peut proteger ses jeunes.

    Mais las, il va en quelque sorte "prendre la fuite"  - c'est du moins ainsi qu'il le ressent -en partant superviser un camp de vacances dans les montagnes et rejoindre sa fiancée.

    La troisième partie montre comment la polio va le rattraper. En effet, lui aussi sera touché. Dès lors, il fera un choix dramatique !

    Un roman très émouvant qui mine de rien est infiniment plus profond qu'il n'y parait, que la simple anecdote et on pourrait gloser longuement sur l'oeuvre de Roth !

    Une histoire qui m'a beaucoup plu même si j'ai eu un peu de mal à accrocher au départ !

    A bientôt !

    COMPTE A REBOURS...4


    votre commentaire
  • Kenneth Cook est un journaliste, réalisateur et écrivain australien, décédé d'une crise cardiaque en 1987 et L'ivresse du kangourou - Kenneth Cookdont les trois recueils de nouvelles sur ses pérégrinations dans le bush australien ne furent traduit en français de manière posthume que très récemment.

    L'ivresse du kangourou et autres histoires du bush fait en effet partie d'un triptyque avec Le koala tueur et La vengeance du Wombat.

    Les nouvelles de ces recueils mettent en scène un narrateur qui s'exprime à la première personne dont on peut supposer qu'il s'agit à la fois de l'auteur Kenneth Cook dans des aventures réelles ou fantasmées.

    L'autre trait marquant et fil rouge de ces histoires - que l'on pourrait rapprocher de contes modernes - est leur aspect cocasse. Souvent, sont mis en scène des animaux de la faune locale, kangourou, chiens sauvages, autruche, rat etc qui jouent des tours "pendables" à l'homme - au narrateur ! Et quand ce ne sont pas les animaux, ce sont les éléments : blizzard, mer déchainé etc...

    Les hommes, à l'instar des sauveteurs en mer, paraissent pour le moins maladroits, voire incompétents !

    Mais pas tous les hommes car il y a dans ces nouvelles, une catégorie d'individus, très souvent des indigènes du cru - les arborigènes - qui semblent tirer leur épingle du jeu : type capable de lancer une balle au cricket comme personne, autre personnage pouvant faire tomber une pièce de monnaie du côté qu'il désire à tout coup, cow-boy impossible à désarçonner ou bras-de-ferriste imbattable quand on ne connaît pas sa faiblesse. Beaucoup de ces personnages ont un côté roublard et bluffeur !

    Bref, le bush de Kenneth Cook est un endroit où la surprise et l'inattendu vous attendent au bout de la moindre piste... Et c'est souvent le narrateur qui en fait les frais !

    Une lecture que j'ai beaucoup apprécié au point d'avoir envie d'étendre ma connaissance de cet écrivain dans le futur.

    Et pourquoi ne feriez-vous pas de même ?!

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Les enfants de la veuve - Paula FoxVoici un roman contemporain, Les enfants de la veuve, qui, comme son titre peut le laisser supposer aborde le thème de la famille.

    J'ai déja eu l'occasion de vous parler de Paula Fox à l'occasion d'un billet sur Le dieu des cauchemars, roman se déroulant à la Nouvelle-Orléans et abordant, si ma mémoire est bonne, les relations entre une nièce et sa tante à la dérive.

    Cela semble être des thématiques récurrentes chez cette auteure : la famille, la déliquescence des individus et les regrets qu'ils expriment. L'écrivaine déploie aussi un certain art de la psychologie !

    Dans Les enfants de la veuve, l'"action" tourne autour d'un dîner au restaurant, réunissant Laura la mère, Desmond le beau-père, Carlos le frère, Clara la fille et Peter l'ami puis de l'annonce du décès de la doyenne, la vieille Alma.

    La famille dont il est question possède son lot de non-dits, de rancunes, bref tout n'est pas pour le mieux... comme dans toutes les familles.

    Alma est l'ancêtre, celle qui, à 16 ans, a quitté son Espagne natale pour venir à Cuba épouser lors d'un mariage arrangé un riche homme de 22 ans son ainé. Elle eut trois enfants, Carlos, Eugénio et Laura et fut une mère absente. Aujourd'hui elle meurt dans une maison de retraite.

    Laura est une mère autoritaire, manipulatrice qui étouffe sa fille Clara qu'elle eut d'une première union avec Ed Hansen. Elle s'est remariée avec Desmond, un homme obnubilé par la boisson et la hantise de vieillir.

    Carlos est le frère de Laura et le bon oncle de Clara. Il est homosexuel. Son frère Eugénio lui souffre de troubles psychiques.

    Il y a Clara, la fille, qui tente de faire bonne figure face à Laura. Elle a été élevée par sa grand-mère Alma et semble regretter cette période de sa vie qui lui a été très pénible.

    Enfin, il y a Peter Rice, ami de Laura dans une relation complexe pas vraiment amoureuse mais teinté de rapports de domination et de soumission.

    Tout est en place pour cette tragédie familiale. L'auteure nous fait apercevoir lors de brefs instants de lucidité des protagonistes ce qu'ils cachent derrière leurs masques.

    A recommander à tous les amateurs de récits mettant en avant les relations humaines !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Oscar Wilde, auteur anglais de la fin du XIXème siècle, est avant tout un écrivain de théâtre. Cependant, il a, au cours de sa carrière littéraire, composé un roman virtuose, un unique roman, le Portrait de Dorian Gray.

    Ce roman présente des similitudes avec des oeuvres plus précoces dans le siécle, d'autres auteurs, notamment La peau de chagrin de Balzac. Dans les deux cas, les personnages doivent une forme d'immortalité -et de déchéance morale - à un talisman, là une peinture, là un morçeau de peau animale.

    Mais les ressemblances s'arrêtent là car chacune de ces deux oeuvres s'inscrit dans un contexte particulier. Dans le cas du roman de Wilde, on est au coeur de la société britannique victorienne. Les dandy sont à la mode !

    Résumons l'intrigue (mais rien ne remplacera votre lecture) : le jeune Dorian Gray est une beauté de la nature. Le peintre Basil Hallward va éxecuter son portrait, qui sera le summum de son art. Durant la séance, Dorian emet un voeu sans même s'en rendre compte : que le portrait vieillisse à sa place. Dès lors, en effet, à chaque fois que le jeune apollon recevra un coup du destin et à fortiori chaque fois qu'il commettra un forfait moral, ce sera le tableau, devenu receptacle de son âme, qui en portera les stigmates.

    On ne peut qu'admirer dans ce roman le style élégant et raffiné d'Oscar Wilde - servi par une excellente traduction - qui reflète une société huppée où les personnages ne sont pas avares de maximes révélatrices d'un certain cynisme face à la fin de siècle. On retrouve un peu l'ambiance des romans de Huysmans par moments (et Gray a parfois quelques manies communes à lui et Des Esseintes) !

    Ce qu'il est important de souligner c'est que tout au long de l'ouvrage court une réflexion poussée sur les rapports entre réalité (vérité ?) et art, entre intériorité et apparence (la psychanalyse verra bientôt le jour à peine un à deux décennies plus tard !). Tout se passe comme si l'art s'emparait du réel, comme si il y avait substitution de l'un par l'autre ! L'un traduit l'autre (dans le cas de l'apparence et de l'intériorité).

    Dorian Gray est influencé par le personnage de Lord Henry. Il va mener une vie d'hédoniste -qui basculera dans la débauche - en butte à une société anglaise où règne le puritanisme. Mais, notamment grâce au Portrait, les apparences sont sauves (pour un temps !).

    Si l'on exagère un peu, on pourrait presque établir une mise en abyme, un lien entre Lord Henry corrupteur du jeune Dorian et Oscar Wilde accusé - et incarcéré - pour avoir "détourné" le fils du Marquis de Queensbury !

    Enfin, on pourrait tout aussi bien dire que ce roman est un peu une promenade de Platon chez les dandy, une réflexion sur l'incarnation et la représentation des choses.

    Bonne lecture et à bientôt !


    votre commentaire
  • Le Sous-marin de l'Apocalypse - Michael DiMercurioVoici un roman de guerre, signé par un ancien officier de l'US Navy, Michael DiMercurio, à classer dans la catégorie des thrillers technologiques à la Tom Clancy.

    Le roman débute par le naufrage du sous-marin US Stingray, commandé par "Patch" Pacino du fait d'un officier russe, en pleine Guerre Froide. L'incident est étouffé et 30 ans plus tard, son fils, Michael Pacino, va se retrouver confronté à un amiral russe, rebelle et nostalgique de l'URSS et prêt à déclencher l'apocalypse nucléaire. L'amiral Novskoy est celui-là même qui a envoyé le Stingray par le fond.

    Vous l'aurez compris, on a ici tous les éléments d'une tragédie à l'antique, le fils voulant venger le père.

    Et l'amiral Novskoy a les moyens de son projet dément. Il usurpe le commandement du Kaliningrad, un sous-marin à double coques, à la propulsion révolutionnaire et armé de torpilles Magnum nucléaires et intelligentes.

    Le récit est construit à la manière cinématographique, alternant les scènes d'un lieu à l'autre et ménageant efficacement le suspense.

    L'équipage du Devilfish, le submersible de Michael Pacino devra payer le prix fort dans cet engagement. Le capitaine menera l'affrontement en compensant son désavantage technologique par l'usage de manoeuvres non-conventionnelles.

    Je concluerais ce billet en précisant que l'auteur connait bien son sujet. Il y a de nombreuses descriptions techniques sur le fonctionnement d'un sous-marin, de sa navigation, de ses missiles et torpilles, de la chaine et des procédures de commandement. En plus, on trouvera dans le livre des plans des navires et un glossaire.

    A bientôt !

    PS : En cherchant une photo pour illustrer ce billet, je découvre qu'il existe un film de 1961 intitulé "Le Sous-Marin de l'Apocalypse" mais qui est sans rapport avec notre roman ^^.


    votre commentaire
  • Revenants - Paul AusterA la fin des années 1980, l'auteur américain Paul Auster s'est fait connaitre avec sa trilogie new-yorkaise. Après un premier volume intitulé Cité de verre, Auster poursuit son cycle avec Revenants.

    Je serais tenté d'insister sur le caractère improbable de cette histoire qui me fait davantage pensé à un conte, par sa briéveté d'une part (à peine 80 pages dans sa traduction) mais aussi par les noms utilisés pour les personnages : Bleu, Mme Bleu, Blanc, Noir, Brun...

    Ce qui se cache plus certainement derrière Revenants, c'est un récit métalittéraire, autrement dit une réflexion sur la littérature, plus exactement sur l'auteur, l'écrivain (pas Auster mais l'écrivain au sens générique) et ses personnages !

    Bleu est un détective privé. L'"action" se passe en 1947 et pour l'essentiel entre 4 murs à Brooklyn Heights. Bleu se voit confier une enquête par Blanc. Il doit planquer et surveiller Noir... et aussi envoyer des rapports réguliers à son commanditaire.

    Noir est écrivain. Il a une vie bien peu passionnante. Il lit par ailleurs l'ouvrage ardu de Thoreau qui vécut en ermite. Cependant, c'est Bleu qui va se comporter en écrivain en rédigeant ses rapports. Et vous l'aurez peut-être compris, comme moi, Noir et Blanc ne sont en fait qu'une seule et même personne et Bleu observe, sans le savoir, son commanditaire. Bleu s'en rend compte à la fin du roman lorsqu'il subtilise le manuscrit de Noir pour découvrir que ce sont les rapports qu'il a rédigés. Bleu se retrouve donc en quelque sorte pris dans un piège. Comment cela va-t-il se terminer ?

    J'en ai déja trop dit...

    Paul Auster continue sa réflexion sur la littérature dans ses romans suivants.

    A bientôt !


    votre commentaire
  • "On peut violer l'Histoire si c'est pour lui faire de beaux enfants". Cette citation de Dumas père pourrait fort bien s'appliquer à Da Vinci Code, ce roman à énigmes de Dan Brown, best-seller de 2003. Je m'en souviens très bien, à l'époque, j'étais en région parisienne et de nombreuses personnes avaient le livre entre les mains dans le RER et le métro. Pour ma part, hostile par principe aux phénomènes de mode, j'attendais début 2006 pour lire la chose !

    Le Code Da Vinci décrypté - Simon CoxLe livre a déclenché une vive polémique à l'époque et des réactions offusquées des autorités religieuses. Il est vrai que la théorie centrale du roman : Jésus a eu des enfants et sa descendance s'étend jusqu'à nos jours en passant par les rois Mérovingiens a de quoi choquer le croyant car elle remet en question la nature divine du fils de Dieu. Le succès du livre s'explique en partie par ce battage médiatique mais aussi parce qu'il se déroule comme un roman policier, menant la lecteur d'énigmes en énigmes.

    Robert Langdon est un spécialiste en symbologie. Son ami Jacques Saunière, le conservateur du Louvre est assassiné dans son musée mais laisse un message ésotérique au moment de sa mort. De là, Langdon, assisté de Sophie Neveu, la petite fille de Saunière va mener l'enquête pour savoir qui a tuer le vieil homme et surtout quel secret millénaire il semblait protéger.

    Le Code Da Vinci décrypté se présente sous forme de dictionnaire avec autant d'entrées qui explicitent autant de thèmes du roman de Brown. On y trouve pêle-mêle Prieuré de Sion (s'agit-il d'une imposture ?), Chevaliers du Temple, Hérésie Cathare, Opus Déi, Léonard de Vinci, Isaac Newton, Féminin Sacré...

    On y apprend surtout que Dan Brown n'a rien inventé (enfin si car c'est quand même une fiction !) mais qu'il a repris des éléments -eux-même soumis à caution - d'un ouvrage de 1983 de Michael Baigent, Richard Leigh et Henry Lincoln : L'Enigme sacrée.

    Evidemment, tout cela pourra paraitre bien fumeux et j'avoue pour ma part avoir été nettement moins convaincu par un autre roman de Dan Brown, Anges et démons où la séquence où le pape fait exploser une bombe à antimatière (excuser du peu !) et saute en parachute outrepasse les limites du ridicules !

    Au delà de la polémique, les esprits chagrins se consoleront en se disant que ce n'est que littérature et non document historique ! Dès que l'on touche à la Foi, le travail de l'historien se trouve par ailleurs compliqué ! Et pour la littérature, je vous renvoie à la citation de Dumas en exergue.

    Un point positif est que le livre donne envie de se renseigner sur certains faits historiques eux-bien réels, encore faut-il faire preuve de discernement !

    Sur ce, je vous dis à bientôt !

     


    votre commentaire
  • La vie de Richard Granger n'avait pas commencé sous les meilleurs auspices ! Fils d'une prostituée battue, il devient un criminel, voleur, homicide et escroc. Ses combines tournent mal et il doit s'enfuir loin de la mafia en Californie...

    Des années plus tard, la communauté des Mangeurs de Riz est bien établie à Silver River Valley près de San Francisco. ses membres, une quinzaine d'individus, adoptent un mode de vie post-hippie, pratiquent l'amour libre et cultivent la vigne. C'est là que l'on retrouve Ricky devenue Priest, le leader de la secte.

    Mais voila que le gouverneur veut inonder la vallée en construisant un barrage. Priest, craignant de voir son monde s'écrouler, va alors retrouver les manières brutales de son ancienne vie qui ne cadrent pas trop avec le mode de vie hippie !

    Peut-on déclencher des séismes à volonté, qui plus est dans cette région où passe la faille de San Andréas. C'est le moyen de pression que trouvent Priest, Star, Mélanie et Chêne pour faire fléchir le gouverneur. Dès le début du roman Apocalypse sur commande, thriller de Ken Follett, Priest commet un autre homicide pour dérober un vibrateur sismique.

    Face à ce psychopathe en puissance, l'agent du FBI Judy Maddox va tout faire pour empécher la catastrophe. Mais elle ne rencontre pas que l'opposition des "Soldats du Paradis" mais aussi des querelles internes à son agence !

    Ajouter un vieux père flic proche de la retraite, un séduisante sismologue et vous avez tout une galerie de personnages auxquels pourra s'attacher le lecteur. On suit la progression de l'enquête jour après jour tandis que le chrono tourne ! On se croirait un peu dans 24 heures chrono. Ceci montre encore le pouvoir de l'écrit : un texte peut aussi bien faire passer de grandes idées philosophiques, des expériences, des sentiments, des émotions mais également réussir, aussi bien que le cinéma ou la télévision, à décrire des scènes d'actions à la manière des blockbusters dans un pur divertissement !

    Le personnage de Priest est le plus énigmatique du roman. Car après tout, sa cause écologique est juste mais la fin ne justifie pas les moyens et le lecteur se désolidarise de sa cause au fur et à mesure qu'il sombre dans une sorte de démence et d'entettement meurtrier !

    Voila, je vous parlerais plus en détails de l'auteur Ken Follett une prochaine fois (à l'occasion d'un billet sur Les piliers de la Terre peut-être...).

    En attendant, je vous dis à bientôt.


    votre commentaire
  • Prodigieuses créatures - Tracy ChevalierQui sont ces Prodigieuses créatures du titre ? S'agit-il de ces mystérieux fossiles, reliques d'un temps disparu que l'on trouve en abondance sur les plages du Dorsetshire ? C'est probable !

    Mais je pencherais aussi pour une autre interprétation... Il s'agit aussi vraisemblement de ces femmes hors du commun dans une époque où l'homme fait la loi, le XIXème siècle prévictorien, ces vieilles filles dotées d'un intellect développés dont Tracy Chevalier met en roman le parcours tiré de faits réels et méconnus !

    L'Histoire a retenu le nom de Cuvier, le grand naturaliste français du début du XIXème siècle, ainsi que nombre de ses confrères britanniques, jusqu'à Darwin... Mais Tracy Chevalier s'évertue dans tous ses romans à nous montrer l'envers du décor, tantôt les secrets qui se cachent derrière le modèle d'un tableau de Vermeer (dans La jeune fille à la perle), ou tantôt comme ici derrière une découverte scientifique sur le point de changer radicalement la vision du monde ! En effet, les fossiles remettent en jeu les Ecrits Bibliques de la Génèse (du moins si on s'en tient à une lecture uniquement littérale !).

    Ce roman, brillant, raconte l'histoire de Mary Anning, jeune fille pauvre, que l'on suit depuis son enfance (vers 10 - 11 ans) jusqu'à ses 21 ans. C'est un personnage féminin particulièrement volontaire et attachante. Issue d'une famille pauvre de Lyme, Mary a une passion et un don : elle a l'oeil pour ramasser des curios(ités) au coeur des falaises du pays. Ce sont des fossiles dont la mode est à les collectionner : belemnites, ammonites, ophiures, bezoares etc... La vie de Mary change le jour où elle met la main sur son premier "croco" qui s'avérera être en fait un ichtyosaure ! Espèce disparue d'où la remise en cause de l'infaillibilité de Dieu et de l'Age du monde selon l'Eglise !

    Mais Mary est de condition plus que modeste et c'est une femme. Les collectionneurs masculins et nobles vont se servir d'elle pour augmenter leurs renommées. Mais Mary peut compter sur les soeurs Philpot, en particulier sur Elisabeth, qui partage sa passion pour les fossiles, et ira jusqu'à la défendre devant la National Geologic society de Londres lorsque Cuvier acussera la jeune chasseuse de curios de falsifier ses squelettes !

    Car Mary et Elisabeth possèdent en réalité de grandes connaissances dans le domaine de la géologie et de la paléontologie et cette discipline leur devra beaucoup ! Mais cela seules quelques documents - et un musée à l'heure actuelle à Lyme - en atteste !

    En bonus, il y a aussi une histoire d'amour...qui finit en queue de poisson (fossilisé) mais une romance tout de même comme dans les romans de Jane Austen !

    Voila, j'ai beaucoup aimé ce roman. Certes, il est difficile de juger réellement du style d'un auteur étranger (Tracy Chevalier est américaine) dans un traduction mais je suppute qu'ici la traduction est fidèle et donc je qualifierais le style de cette dame de léger, fin et virevoltant !

    Une lecture de plus à mon compteur... que je ne regrette pas (Reposante après les tensions de Gomorra) !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Attention, voici un livre qui vous brûle les mains !

    Roberto Saviano est un écrivain et journaliste d'une trentaine d'années originaire de la région de Campanie. Or cette région, et la ville de Naples, est depuis longtemps la terre de pouvoir de la camorra, une organisation mafieuse très puissante et qui a recours de manière systématique à la plus brutale forme de violence pour régler ses affaires et engranger les millions de bénéfice.

    Dans Gomorra - Dans l'empire de la Camorra, Saviano conduit une enquête très documentée à base de rapports de la justice italienne et d'observations personnelles sur ce milieu. En effet, toute sa vie, l'auteur a baigné dans cette ambiance où il a été comme une sorte de témoin impuissant. Mais ce livre est aussi un roman et l'écrivain s'implique à la première personne, décrit son aversion pour le "Système".

    Il aborde plusieurs thèmes, dans les deux parties que compte l'ouvrage : la confection et la contrefaçon, le trafic de drogue (la cocaine), le rôle du secteur du batîment, les sanglantes guerres camoristes (qui font ressembler la zone à un théatre de guerre), le traitement des déchets mais aussi la mythologie de la camorra : le rôle des femmes, le mythe de l'AK-47 ou encore l'influence des films sur la mafia.

    La camorra dispose en effet d'un important pouvoir qui n'a d'égal en intensité que la forme extrème de violence qu'elle pratique. Par ailleurs, Saviano montre deux choses : l'existence d'une internationale du crime, de l'Amérique du sud à la Chine, de l'Ecosse jusqu'à l'Afrique du Sud et ensuite que le "Système" (ainsi que se nomme la camorra) jongle en permanence avec la légalité et l'illégalité, et fait fonctionner l'économie mondiale légale en sous-main. Une sorte d'ultracapitalisme poussé à son extrème !

    Le roman-enquête de Saviano a beaucoup fait parler de lui et de son auteur lorsqu'il est sorti. Il a reçu des prix et a valu à Saviano le respect de gens comme Umberto Eco mais aussi des menaces de mort de la part des camorristes, ce qui fait qu'aujourd'hui, l'écrivain, comme Salman Rushdie en son temps pour d'autres raisons, est obligé de vivre en exil et sous protection policière !

    Voila, si ce genre de lecture ne vous effraie pas, je vous la recommande car elle est très instructive ! Une adaptation en film existe également...

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Aujourd'hui, comme promis précédemment, nous nous intéresserons à la littérature étrangère contemporaine !

    Voici venir Firmin, autobiographie d'un grignoteur de livres de Sam Savage (Actes Sud et sa collection de poche Babel !) que je qualifierais de "fable urbaine mélancolique" puisqu'elle nous conte les (més)aventures d'un rat, son combat pour la survie dans un monde en décrépitude (à priori les vieux quartiers de Boston dans les années 1960, en passe de voir défiler les bulldozers !).

    Mais notre Firmin n'est pas un rat comme les autres ! Bien que soumis aux aléas de la vie d'un rat (quête de nourriture, quêtefirmin-sam-savage-babel-actes-sud.jpg d'un abri), la bestiole, évidemment dénuée du langage humain, n'en est pas moins douée d'intelligence ! Firmin est un rat qui sait naturellement lire et qui va acquérir un savoir livresque (et un don pour le piano) considérable !

    Ce récit est celui d'une résistance (active ou passive ?) face à un monde qui part en ruines. Firmin ne peut évidemment s'élever bien au delà de sa condition mais il fait tout pour ne pas sombrer dans la barbarie de son espèce ! Parce que sa génitrice s'est réfugié dans l'antre d'un bouquiniste, il a accès au savoir ! L'auteur de ce roman se livre alors à la classique métaphore filée autour de l'expression "rat de bibliothèque" et de la perspective d'"ingurgiter le savoir". Notre rat dévore d'abord le papier puis ce qui est écrit dessus.

    Mais notre rat a plusieurs centres d'intérêt : la littérature, le cinéma (avec le vieux cinéma de quartier de Boston, Le Rialto) mais aussi la musique (le jazz en particulier) et la danse (incarnée par Fred Astaire). Sa route croise celle d'humains atypiques et un peu bousculés par la vie : un bouquiniste (sur le compte duquel notre rat se trompera) et un écrivain de SF raté !

    Ce livre au ton ironique est un agréable divertissement teinté d'amertume. Il développe aussi une réflexion sur le pouvoir de la littérature. Peut-on vivre sa vie à travers les livres ? Sont-ils source d'expérience ? Pour ma part, je pense que savoir livresque et expérience "sur le terrain" sont complémentaires mais que les livres ont l'avantage qu'il permettent de vivre des expériences universelles où que l'on ne connaitra jamais (comme escalader l'Himalaya ou vivre la Première Guerre Mondiale), encore que c'est du ressort du talent de l'auteur qui, si lui a vécu ce genre d'expérience rare, d'arriver à nous la faire partager par des mots ! C'est là la grande question du pouvoir du langage ! De plus toute la connaissance de l'Humanité passant par le langage...

    Sur ces réflexions "philosophiques", je vous dis à bientôt !

    Compte à rebours : 2 ... (avant quoi ?)


    votre commentaire
  • Parfois, je me risque à prendre des ouvrages au petit bonheur la chance dans les rayonnages des bibliothèques municipales que je fréquente ! C'est ainsi que j'ai choisi de lire Préméditation  de l'écrivaine chinoise Chi Li, parce que c'est Actes Sud qui est un bon éditeur de littérature étrangère.

    Que sait-on sur l'auteur ? La notice wikipédia ne nous dit pas grand chose. Elle est née en 1957 à Wuhan, est diplômée de langue et de littérature chinoise, ancien médecin et éditrice d'une revue littéraire. Enfin, on nous dit qu'elle est une des fondatrice du groupe néoréaliste.

    Penchons nous sur Préméditation. Pour oser un parallèle osé avec la littérature occidentale, c'est un peu l'histoire d'Abel et Cain, bref un récit de rivalité entre deux hommes qui pourraient être frères, ne le sont pas de fait, mais ont fréquenté la même école d'art martiaux et ont grandi ensemble.

    C'est l'histoire de deux familles, une qui est ruinée, les Wang, et une qui accède à la richesse et à l'aisance, les Ding. De cette situation, Wang Liegou va nourrir une haine  meurtrière envers Ding Zongwang. Pourtant Zongwang considère Wang Liegou comme un frère et n'a aucun mépris pour lui. Il est loin de s'imaginer que l'autre, qui l'estime responsable du malheur de sa lignée, veut le tuer.

    Le roman s'appuie sur des éléments historiques, la guerre civile entre communistes et nationalistes, la guerre contre les Japonais, la prise de pouvoir des communistes en 1949. Le récit est accompagné de pas mal de notes de bas de pages du traducteurs concernant des personnages réels (généraux, dignitaires communistes).

    La guerre et la révolution, la réforme agraire, vont-elle permettre à Wang Liegou d'assouvir sa vengeance ?

    Le roman s'achève sur la morale suivante (un peu édifiante) : le savoir est un bien précieux et peut vous tirer des mauvais pas.

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Entamons maintenant le 205ème billet de biblio-drizzt et le 29ème article des "chroniques littéraires volume 3" (on est déja à mi-chemin du volume 4 !).

    J'ai choisi cette fois le roman de Peter Ackroyd, qui se déroule à la fin du XIXème siècle en Turquie : La chute de Troie.

    Le personnage central en est l'énigmatique et tonitruant Heinrich Obermann, un allemand qui a embrassé la profession  d'archéologue. Mais est-il réellement un éminent spécialiste de cette discipline ou bien un charlatant ? Quoiqu'il en soit, il révèle bien vite une personnalité tyrannique, n'aimant pas la contradiction.

    En Grèce, il va épouser (un mariage arrangé suivant les standards du XIXème siècle) en deuxième noce, la belle Sophia et l'emmener sur son chantier de fouilles dans les environs du Mont Ida où il s'échine à mettre à jour la mythique Troie. Obermann voue une véritable passion - un culte - au "divin Homère" et voit Troie comme une ville de héros !

    Heinrich Obermann va communiquer sa passion à sa femme, laquelle tente de s'émanciper. Elle se rend compte que son époux possède des secrets. il détourne une partie des trésors qu'il déterre et les confie à un étrange couple de paysans. Sophia va faire leur connaissance et s'interroger sur les cris de folle qu'elle entend à la ferme.

    Un anglais nommé Thornton va venir assisté Obermann sur le chantier lorsque des tablettes en argile seront découvertes. Celles-ci sont recouvertes de curieux pictogrammes, peut-être la plus ancienne forme d'écriture. Le jeune anglais du British Museum va se lancer dans leur déchiffrage et s'éprendre de Sophia. Il va découvrir que les Troyens ne sont pas d'origine grecque mais indienne lorsque les inscriptions seront rapprochées du sanskrit.

    Évidemment, cette théorie ne va pas plaire à Heinrich Obermann : l'idée que les Troyens soient des indiens anthropophages (un squelette d'enfant est également découvert qui corrobore cette thèse) et non des héros grecs. Il va aller jusqu'à détruire les preuves.

    Enfin, Sophia va découvrir un important secret de son époux qui n'est pas sans rappeler un aspect du roman Jane Eyre.

    Bref, un roman plaisant, qui peine un peu à démarrer mais devient de plus en plus passionnant à mesure que le mystère autour de l'archéologue tyrannique s'épaissit. il y règne un souffle épique !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Faisons une nouvelle incursion dans les littératures étrangères en abordant de nouveau l'Amérique du Nord, mais cette fois-ci la province du Québec !

    Nicolas Dickner est un auteur de ma génération, né en 1972 à Rivière-du-Loup où se passe en partie l'histoire de Tarmac.

    L'intrigue débute en 1989, année clé dans l'Histoire du monde.  Mickey Bauermann rencontre Hope Randall. Ils ont tous les deux 17 ans.

    Hope a suivi sa mère dans sa fuite en Lada jusqu'à Rivière-du-Loup. La famille Randall est en effet affublée d'une sorte de malédiction. Chacun de ses membres est en effet à un moment de sa vie victime d'une vision où il a la révélation de la date de la fin du monde. Ce qui complique les choses, c'est que ses différentes révélations ne donnent jamais la même échéance, ce qui pousse les membres Randall dans des institutions psychiatriques ou vers des morts tragiques et généralement violente. Ann Randall, la mère de Hope, vit donc de crise en crise, shootée à la Clozapine. Hope échappera-t-elle à sa destinée ?

    9782207101186Mickey et Hope deviennent bien vite amis, une amitié amoureuse pour le garçon. Mickey a lui aussi un poids familial : il doit reprendre un jour la cimenterie des Bauermann. Mais il se destine plutôt à la littérature comparée.

    L'intrigue commence à la fin de l'année 1989 et on assiste à la Chute du Mur de Berlin puis en 1990- 1991 avec la Première Guerre en Irak. Les hits musicaux de REM, Samantha Fox et Fine Young Cannibals font un bref passage en arrière fond, ce qui rappellera des souvenirs aux lecteurs qui comme moi font partie de la génération de l'auteur et des héros.

    Le style d'écriture de ce roman est "frais" (si du moins un tel qualificatif s'applique à un style!), ou tout du moins assez léger. Le roman fleure bon l'innocence de la fin de l'adolescence. Hope va cependant traverser une crise en ayant la révélation de la date de fin du monde pour le 17 juillet 2001 (on aurait pu penser au 11 septembre 2001 mais l'auteur Nicolas Dickner a su éviter ce piège!).

    Bref un roman qui est parfait pour des post-ados ou de jeunes adultes mais qui peut aussi intéresser les autres générations !

    A bientôt !

     

    COMPTE A REBOURS : 5


    votre commentaire
  • Voici un livre que j'ai failli classer dans la catégorie "Coups de cœur". Mais comme je suis assez bon public en littérature, je me suis dit qu'il fallait que j'élève mes critères d'exigence et Ce livre va vous sauver la vie est certes un roman, frais, plaisant, optimiste et agréable à lire mais il y manque un petit quelque chose pour vraiment m'enthousiasmer !

    AM%20Homes%20BW%20webAmy M. Homes collabore à Vanity Fair et a publié fictions et essais dans The New Yorker, Granta, Harper's, MacSweeney, Artforum  et The New York Time. Le roman qui fait l'objet de ce billet est son premier roman post 11 septembre.

    C'est pour cette raison qu'elle s'est attachée à dépeindre une certaine Amérique qui se pose des questions. Le cadre est Los Angeles, une ville où tout peut arriver.

    Le livre pose une quantité impressionnante de personnages qui gravitent autour de Richard Novak. C'est un roman qui interroge sur les gens et la façon dont les rapports humains se tissent entre eux. Il me sera impossible de citer dans ce billet tous les personnages qui figurent dans ce livre. Je vais pourtant essayer de vous en présenter très sommairement un certain nombre.

    Au début du roman, dont l'intrigue s'étale sur un été, Richard Novak est une sorte de reclus, qui vit dans les hauteurs de Los Angeles, à la vie bien réglée entre les repas de sa diététicienne et le suivi des cours de ses actions via internet. Deux évènements vont venir chambouler ce train-train morne : d'une part, il va avoir une douleur à la poitrine, d'autre part, un trou va se creuser sous sa maison.

    Dès lors, Richard sera amené à sortir de chez lui et les rencontres vont se9782742777662 succéder : Anhil, le vendeur de donuts, Cynthia, la mère de famille qui étouffe dans son existence, le docteur Lusardi qui s'avérera être un usurpateur, Nic, le voisin qui est en fait une célébrité littéraire retirée, Sylvia, la diététicienne, Sydney la professeur de gyrotonique avec qui Richard entretiendra une brève aventure, Malibu, le chien errant recueilli sur la plage... Autour de Richard gravitent donc ces personnages et d'autres et autour de ces personnages tournent encore d'autres individus : la famille d'Anhil, celle de Cynthia...

    Richard Novak, longtemps reclus, va pourtant lier des rapports authentiques et désintéressés avec ces gens mais son vrai défi sera de renouer avec son fils, Ben, un post adolescent qu'il a abandonné des années plus tôt lorsqu'il (Richard) a quitté  New-York et le domicile familial.

    Il y a aussi de la psychologie dans ce roman, même si l'adage veut qu'il ne s'agisse que de héros de papier. Pourtant, dans ce domaine, A. M. Homes fait preuve de pas mal de subtilité !

    Un livre que je vous recommande car c'est une lecture plutôt réconfortante en cette époque d'individualisme forcené. Comme le dit le titre, ce livre va vous sauver la vie !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Dans les enfants de Staline, la biographie familiale vient recouper la Grande Histoire. C'est à un véritable travail d'enquête, de retour sur son passé que s'est livré l'auteur, diplomé d'Histoire à Oxford et journaliste, actuellement directeur de la rédaction de Newsweek à Moscou.

    Owen Matthews est né à Londres, d'une mère russe et d'un père anglais. Le roman revient deux générations en arrière, d'abord dans les années trente avec le grand-père, Boris Bibikov, pur homo sovieticus.

    Revenons sur le contexte, les années trente en URSS voient la collectivisation forcée des terres appartenant aux koulaks, à l'occasion du Premier Plan. Il s'ensuit des famines abominables. C'est aussi la veille des grandes purges qui commencent avec l'assassinat de Kirov. Boris Bibikov va être victime de ces purges. Jugé selon les méthodes du NKVD, il est tué d'une balle dans la nuque en 1937. Sa femme, Martha, connaitra le goulag et ses filles les orphelinats.

    Puis c'est la Seconde Guerre Mondiale, le plan Barbarossa, la Bataille de Stalingrad. Les deux filles survivent au milieu de ce chaos.

    Ensuite, on revient sur Ludmilla la mère russe de l'auteur. Elle mènera une belle carrière universitaire. Son père sera réhabilité en 1956, conséquence du XXème congrès du PC.

    Elle rencontre Mervyn Mathhews, diplomate anglais auquel le KGB fait des avances qu'il refuse, on est en pleine Guerre Froide.

    La suite on la connait, Gorbatchev arrive au pouvoir; c'est la Perestroika. 1989, chute du mur de Berlin et 1991, effondrement de l'URSS.

    Un livre intéressant pour sa valeur de document. Une écriture rigoureuse et précise et parfois poignante.

    Plus un livre de journaliste que d'écrivain à proprement parler !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Aujourd'hui, je vous présente un écrivain égyptien contemporain (né en 1957) qui a connu un succès planétaire avec L'immeuble Yakoubian. Il a aussi comme particularité d'exercer la profession de dentiste au Caire!

    Chicago est un roman paru en 2006, d'abord chez Actes Sud puis dans la collection poche Babel. On y suit la vie d'une communauté d'émigrés egyptien sur un campus universitaire, à Chicago, comme l'indique le titre de l'ouvrage. Des professeurs et des étudiants en histologie... couv-livre 1193336147

    Dès lors, El Aswani dresse plusieurs histoires en parallèle. il n'y a pas loin d'une douzaine de personnages. Citons les rapidement :

    Il y a Cheima Mohammedi qui va connaitre une romance avec un autre étudiant, Tarek Hosseîb. Seulement voila, Cheima suit les principes de la religion avec beaucoup de ferveur et ne veut pas aller trop loin dans la relation par peur du péché. Elle n'envisage l'union physique que dans la perspective du mariage. Un cas de conscience se pose à elle. Ca va très mal se passé d'ailleurs puisqu'elle va tomber enceinte!

    Il y a ensuite Nagui el-Samad, un autre étudiant qui, avec des professeurs égyptiens émigrés, va se lancer dans une action politique. Il va faire signer un manifeste qui doit être remis au président égyptien lors d'une visite officielle. Mais c'est sans compter sur Safouat Chaker, le terrible chef de la Sécurité Intérieure.

    Il y a aussi le professeur Raafat Sabet, qui a quitté l'Egypte dans les années 60, et qui connait des problèmes avec sa fille. Elle a en effet plongée dans le crack. Comment Raafat va-t'il réagir?

    Il y a d'autres personnages que je vous laisse découvrir !

    Ce livre est très critique sur le régime politique égyptien. Mais de là à penser que l'opinion du narrateur et de l'auteur se confondent, il y a un pas à ne pas franchir comme le dit El Aswani lui-même dans sa préface à son recueil de nouvelles J'aurais voulu être égyptien... Mais à mon avis, il s'agit d'une posture de défense!

    Voila un livre pour découvrir la culture égyptien comme le livre de Kader Abdolah, Cunéiforme, nous montrait la culture iranienne. Les cultures arabes et perses sont particulièrement intéressantes.

    Voila je vous souhaite de bonnes lectures et à bientôt !


    votre commentaire
  • Les œuvres les plus connues de Tolstoï demeurent La Guerre et la Paix et Anna Karénine.

    Je vais ici m’intéresser à un petit corpus de nouvelles (deux nouvelles) parues notamment en Folio 3011 : La Mort d'Ivan Illitch, Trois morts et Maitre et serviteur. Je m'attarderais plus longuement sur la première, parlerais un peu de la seconde et ferais abstraction de la dernière que je n'ai pas encore lue (mais ça ne saurait tarder!). On le voit, ces trois textes ont en commun la mort.

    La mort a toujours été pour Tolstoï une préoccupation. En effet, il a vu mourir nombre des siens : sa mère est décédée alors qu'il n'avait que deux ans, son père, les deux tantes qui l'ont élevé, et son frère.

    La littérature est un moyen de saisir les derniers instants d'un individu. il ne viendrait pas à l'idée de quelqu'un de demander à un mourant ses impressions! L'écrit permet de parler de ce tabou.

    La mort n'a pas toujours été tabou dans nos sociétés occidentales. au Moyen-Age, elle était acceptée. Au XX ème et XXIème siècle, elle fait peur en même temps qu'elle s'est médicalisée et technicisée.

    Revenons à Tolstoï et d'abord à La Mort d'Ivan Illitch. C'est une nouvelle écrite à la fin des années 1870 après que l'écrivain ait traversé une autre de ses crises spirituelles. En effet, Tolstoï s'est plusieurs fois détourné au cours de sa vie de l'écriture qu'il prenait alors en dégout pour se consacrer notamment à l'éducation des paysans russes.

    Le récit débute par l'annonce de la mort du protagoniste principal, puis revient sur sa vie. On constate qu'Ivan Illitch sortit de l’École de Jurisprudence, porte un grand intérêt à sa carrière juridique. il gagne vite de hautes responsabilités. Il se marie mais bien vite son idylle se gâte car sa femme a mauvais caractère. Il se réfugie alors davantage dans le travail.

    Un jours, il obtient un poste à cinq mille roubles et fait aménager un luxueux appartement à Saint-Pétersbourg. En tendant des rideaux, il chute et se blesse - sans gravité croit-il -au côté. Plus tard, des problèmes de santé vont apparaitre.

    Les derniers chapitres de la nouvelle nous montrent la déchéance progressive d'Ivan Illitch. Sa blessure au côté n'est pas bénigne. Les médecins n'identifient pas précisément ce qu'il a, ou du moins ne veulent pas lui dire (la focalisation se fait de son point de vue). On évoque un rein décollé ou une pathologie au caecum.

    La douleur persistante va alors lui rappeler constamment son état puis le fait qu'il va mourir.

    Bientôt, il ne peut plus quitter son fauteuil et ne trouve du réconfort qu'auprès d'un domestique, gars de la campagne, qui en lui soulevant les jambes des heures durant apaise un peu sa douleur.

    Lors des ultimes moments, Illitch s'interroge : pourquoi ne peut-il pas vivre? Sa vie a-t'elle été vaine? L'opium et la morphine ne le calment plus, la confession ne lui apporte qu'un bref répit.

    Pourtant à la toute fin, il ne voit pas la mort mais la lumière et semble libéré, de son point de vue. Encore que peut-on donner un point de vue a ce qui n'est plus?

    Cette nouvelle interroge chacun de nous sur sa conception de la mort, que l'on soit croyant ou athée.

    Trois morts est une nouvelle plus courte, nous montre comment trois êtres -une dame, un paysan et un arbre - acceptent la mort. La thèse de Tolstoï est la suivante : plus on est proche de la Nature, plus on accepte l'échéance. L'écrivain russe avait lu Rousseau et avait de l'affection pour la paysannerie.

    Voila un auteur et des textes bien intéressants !

    A bientôt !

     PS - Lecture complémentaire :

    Philippe Ariès;  Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen-Age à nos jours; Points Histoire H31


    votre commentaire
  • Herman Melville est né à Manhattan le 1er août 1819 et décédé le 28 septembre 1891. C'est donc un romancier, essayiste et poète américain.

    Son œuvre maitresse reste Moby Dick (1851), oeuvre quasiment ignorée à sa mort mais redécouverte dans les années 1920.

    Moby Dick raconte l'obsession du capitaine de baleinier Ackab qui pourchasse sans répit le cétacé blanc qui lui a couté sa jambe.

    Mais mon propos d'aujourd'hui n'est pas de m'attarder sur ce livre mais plutôt de vous parler de Bartleby le scribe, publié en 1856 dans les Contes de la Véranda.

    La nouvelle a connu d'autres titres : Bartleby : une histoire de Wall Street  ou plus simplement Bartleby.

    Ce récit, atypique, a beaucoup marqué les écrivains du XXème siècle par son côté absurde.

    Bartleby est un scribe - qui recopie des textes - et qui est engagé par un homme de loi de Wall Street (le narrateur).

    Au début, Bartleby se montre consciencieux et efficace mais un jour son employeur lui demande de procéder à une vérification. La surprise est grande quand Bartleby lui répond "Je ne préfère pas" ("I would prefer not to" dans la version originale).

    Dès lors, le scribe va adopter un comportement de plus en plus bizarre, refusant d'accéder à toute demande, cessant de travailler, refusant même de quitter le cabinet de l'homme de loi, même lorsque l'on vide les meubles pour un déménagement.

    Quel est donc le propos de Melville dans cette nouvelle? J'avoue que j'ai un peu de mal à le cerner. Pour ceux qui désireraient une analyse plus poussé je les renvoie au texte de Gilles Deleuze : Bartleby ou la formule dans Critique et clinique.

    Doit-on y voir la description d'un cas clinique? Je ne le pense pas. Ce serait trop restrictif. Je verrais plutôt cette nouvelle comme une allégorie sur le refus de la vie. A la fin du récit, Bartleby meurt comme il a vécut : allongé sur la pelouse d'un asile.

    Les dernières pages nous révèlent le secret de Bartleby, son passé, dont le narrateur est informé, bien que ce ne soit qu'une rumeur.

    A bientôt !


    1 commentaire
  • http://cocktailculture.files.wordpress.com/2009/12/ernesthemingwayhemingway.jpgJe ne connaissais pas la prose d'Hemingway avant de lire Les neiges du Kilimandjaro. J'avais fait un billet sur cette nouvelles et les textes associés dans l'édition Folio sur ce blog et je disais à cette époque mon envie d'en lire plus et en particulier Le vieil homme et la mer.

    Mais tout d'abord, faisons une petite présentation biographique de l'auteur.

    Ernest Hemingway est née en 1899, près de Chicago.

    En 1917, il s'engage comme reporter puis va sur le front italien.

    Après un séjour au Moyen-Orient, il s'installe à Paris et apprend son métier d'écrivain. Son second roman Le soleil se lève aussi lui apporte le succès et le fait connaître. Fort de ce prestige, il voyage à nouveau, aux Etats-Unis, en Afrique, au Tyrol et en Espagne.

    Lorsque la Guerre Civile Espagnole éclate, il s'engage auprès de l'armée républicaine comme correspondant  de guerre. Puis il participe à la Seconde Guerre Mondiale et suit la division Leclerc.

    De nouveau, après guerre, il voyage : de Cuba à l'Italie en repassant par l'Espagne.

    C'est en 1953 que parait le roman qui nous intéresse aujourd'hui : Le vieil homme et la mer qui lui vaudra le prix Nobel l'année suivante.

    Malade, il se tue en 1961 d'un coup de fusil.

    http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/9/7/0/9782070360079.jpgLe vieil homme et la mer est une épopée, celle d'un vieil homme qui se lance à la poursuite d'un espadon d'une taille comme l'on en a jamais vu après quatre-vingt quatre jours de pêche infructueuse. L'enjeu de cette lutte est grand : lutte pour la survie de part et d'autre.

    Il y a aussi le Gamin qui accompagnait le vieil homme et dont les parents ont décidé de le changer de bateau car notre héros tragique a trop le guignon.
    Roman sur l'intériorité humaine, sur la solitude, sur l'amitié entre génération, sur le combat pour dompter la nature, ce livre aux résonances bibliques et homériques manie une langue qui puise dans le registre familier tout en atteignant des sommets.

    Au final, c'est une tragédie car le vieil homme capturera le poisson mais la bête attachée à son petit bateau sera dévoré par les requins qui n'en laisseront que la carcasse.

    On remarquera que les protagonistes n'ont pas de nom hormis "le vieil homme" , "le gamin", "le poisson" comme pour mieux les ancrer comme des figures mythologiques et atemporel. D'autre part, le roman s'achève sur un échec. Mais ce n'est pas si évident car le pêcheur a tout de même capturer le poisson... Seulement le sort s'en est mêlé: échec dans la victoire et victoire dans l'échec.

    Voila ! Comme de coutume, je ne saurais que vous recommander la lecture de ce livre qui fait figure de classique.

    A bientôt !


    2 commentaires
  • Dans le travail de constitution de ce qu'on a appelé "le Mythe de Cthulhu" par August Derleth, on trouve les Grands Anciens et parmi ces Grands Anciens, outre Cthulhu, le plus connu, il y a aussi Hastur qui est présenté comme son frère et un "esprit de l'air". En réalité, il faut remonter à Robert W. Chambers (et à Ambrose Bierce), auteur à cheval sur les XIXème et XXème siècle pour trouver les premiers mentions d'Hastur et du Roi en jaune (et de Carcosa, la cité mythique). C'est ainsi que Chambers est parfois vu comme un précurseur de Lovecraft ! Arrêtons-nous maintenant sur Le Roi en jaune  qui est un recueil de nouvelles de Chambers, publié en 1895.

    Ce recueil contient en réalité deux parties bien distinctes. La première moitie s'apparente au genre fantastique dont nous rappelons la définition de Tzvetan Todorov qui est quand le lecteur hésite pour un fait entre une explication rationnelle et une explication surnaturelle ! La seconde moitié relève du genre qui fera la gloire et la fortune de Chambers par la suite, à savoir la romance.

    Les artistes - les peintres en particulier ! - tiennent une grande place dans l’œuvre de Chambers et notamment dans ce recueil. Dans les deux parties de l'ouvrage ! Si on regarde la biographie de l'auteur, on apprend qu'il a suivi les cours, entre 1886 et 1892, de l'Académie Julian, une école de peinture ouverte aux Américains (car celle des Beaux-Arts leur est fermée). Chambers a donc vécu six ans à Paris et en montre une bonne connaissance dans les nouvelles "La Rue des Quatre-Vents", "La Rue du premier obus" (qui se passe pendant la Guerre Franco-prussienne en 1870), "La Rue Notre-Dame des Champs" et "Rue barrée" -  à propos de rues, notre écrivain connaît donc bien celles de la capitale de la France, la géographie autour du Quartier Latin et la "vie de Bohême". Ces quatre histoires constituent la seconde moitié du livre et sont donc des romances. Je les ai trouvé bien écrites et pas niaises du tout et même touchant, en particulier la deuxième, "La Rue du premier obus" et sa fin surprenante, inattendue et bien pensée !

    Revenons au Roi en jaune, vous le voulez bien ? J'aurais l"occasion une autre fois de vous parler des suppléments pour le jeu de rôles L'Appel de Cthulhu  que sont "Les Oripeaux du Roi" chez Sans-Détour et d'un des scénarios de  "Cthulhu 90" chez Jeux Descartes (qui tournent autour du Roi en jaune, d'Hastur, du Signe jaune et d'une certaine pièce de théâtre !). "Le Roi en jaune", œuvre dans l’œuvre, est en effet une pièce de théâtre de type symboliste, tellement bien écrite et efficace qu'elle rend les gens qui la voient complétement fous ! On est un peu dans L'Antre de la Folie de John Carpenter !

    Dans "Le Restaurateur de réputations", on se demande si le personnage principal - qui se voit le descendant de "la lignée impériale d'Amérique" et d'Hastur et se prépare à prendre le contrôle du monde - est fou ou pas ! A priori oui mais certains éléments comme une histoire autour d'une armure introuvable sèment le doute dans nos esprit ! Ce personnage qui se nomme Hildred Castaigne deviendra un meurtrier et finira à l'asile ! Sa folie est expliquée par le fait qu'il a lu la pièce "Le Roi en jaune" !

    J'aime particulièrement la nouvelle "Le Masque" qui figure aussi dans la première partie, sur le fantastique et qui voit Boris Yvrain qui expérimente dans son meublé parisien les propriétés d'un mystérieux liquide de son invention qui transforme les êtres vivants en statues de marbre quand on les plonge dedans ! S'ajoute à cela une rivalité amoureuse et le twist final est du à une propriété inattendue de la substance en question !

    On retrouve Jack Scott, un peintre qui apparaît déjà dans "Le Masque" dans la nouvelle "Le Signe jaune". Ces nouvelles fantastiques insistent sur les aspects oniriques, mystérieux et macabres des récits, aspects réunis ici en un savant dosage ! Ici, dans "Le Signe jaune", notre artiste-peintre et son modèle Tessie vont "trouvé le Signe jaune" synonyme de Folie et de Mort et connaîtront une issue funeste tous les deux !

    Je passe sur "La Cour du Dragon" qui est une autre variation sur le Roi en jaune et signalerais "La Demoiselle d'Ys", référence à la ville légendaire et qui se déroule donc en Bretagne et est une légende locale, teintée de poésie, ancrée dans le Moyen-âge et annonce les récits de romance de la seconde partie !

    On a droit aussi, dans l’Édition du Livre de Poche, excellemment réalisée, à un ensemble de poèmes en prose, au centre de l'ouvrage et à la fin à une biographie de Chambers, à un récit d'Ambrose Bierce sur Carcosa et un fantôme et enfin une analyse de la Saison 1 de la série-télé True Detective - dont je ne parlerais pas car n'en ai vu que le Pilote à ce jour !

    Signalons enfin, qu'en guise de transitions entre ces nouvelles, Chambers utilise le "retour des personnages " (certes avec moins d'ampleur qu'un Balzac !) ainsi dans la partie "intrigues amoureuses", on a les trois amis Clifford, Elliott et Rowden qui reviennent !

    J'ai beaucoup aimé ce recueil mais Chambers est encore trop méconnu en France ! Il y a pourtant de quoi faire car il est l'auteur prolifique de plus de quatre-vingt dix livres !

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Continuons notre incursion dans les littératures étrangères, avec cette fois-ci un auteur chinois, Dai Sijie !

    Balzac et la Petite Tailleuse chinoise a remporté le Prix Relay du Roman d'évasion en 2000.
    Le cadre est la Chine des années 1970, sous le régime communiste donc.

    On suit le parcours de deux jeunes gens de dix-huit ans, le narrateur et son ami Luo voués à moisir dans un village au fin fond de la campagne dans le cadre d'un programme de "rééducation".

    C'est dans ce cadre qu'ils vont faire la connaissance de la Petite Tailleuse. Le roman se présente donc à ce stade comme un traditionnel triangle amoureux, si ce n'est le cadre dépaysant de l'Asie.

    Mais, c'est aussi un roman sur la littérature. Les deux compagnons ont un ami, le Binoclard, auquel ils vont subtiliser une valise qui contient des romans "subversifs". Vous me voyez venir : il y a dans la valise des romans de Balzac.

    Le dépaysement est bien au rendez-vous. On découvre la vie des paysans chinois, leur dur labeur, leurs conditions misérables. Dans cet univers morne, les deux amis s'évadent par la littérature.

    Je voudrais terminer en précisant que dans la lignée des Don Quichotte et des Madame Bovary, ce roman est aussi l'histoire sur la façon dont la littérature peut nous influencer.

    Au final, Balzac aura le dernier mot!


    votre commentaire
  • Aujourd'hui, je vais vous présenter un auteur iranien, résidant aux Pays-Bas. il s'agit de Kader Abdolah?
    Je viens de terminer la lecture d'un de ses romans à savoir Cunéiforme.

    Cunéiforme
    est un de ces innombrables romans qui explorent la relation père-fils. Rien de nouveau, me direz-vous? Et bien non, car la particularité du livre est de baigner dans la culture persane.

    La toile de fond est historique. Tout au long des 350 pages, on parcourt l'Histoire de l'Iran au cours du XXème siècle, depuis Rez Khan, le régime des Shah, le rôle des Etats-Unis, les activistes de gauche et finalement la révolution de Khomeiny.

    Le père, c'est Aga Akbar, fils illégitime d'un noble persan, qui a la particularité d'être sourd muet. La mère, c'est Tine, femme qui ne s'en laisse pas compter.

    Le fils, c'est Ismael, le relais du père et de la société. Le roman exprime l'amour du fils pour le père avec une grande justesse. Le fils apprend à lire au père, lui raconte son combat politique.

    Mais Ismael, comme Kader Abdolah, choisira l'exil aux Pays-Bas où il aura quelque mal à s'intégrer.

    Aga Akbar présente une autre particularité : il recopie dans des cahiers d'antiques inscriptions cunéiformes que personne ne peut déchiffrer. Le fils s’efforcera pourtant de le faire pour communiquer davantage avec son père.

    Le récit est émaillé de citations et de poésies en persan et fait référence à plusieurs mythes de cette région.

    Un livre à conseiller pour le dépaysement! Aucune culture n'étant supérieure à une autre!

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Paula Fox est une écrivaine américaine, née en 1923. Son œuvre est longtemps restée méconnue en France mais redécouverte à l'initiative de quelqu'uns et des éditions Jodelle, à la fin des années 1980.

    Le dieu des cauchemars est un roman qui se déroule à la Nouvelle-Orléans, en 1941, avec la guerre en toile de fond.

    Helen Bynum quitte sa mère pour partir dans le Sud afin de s'occuper de sa tante Lulu, une ancienne danseuse des Ziegfield Follies, devenue alcoolique.

    La tante fait figure de fée ou de sorcière - c'est selon - et pour la rejoindre Helen doit traverser un point d'eau - en l’occurrence une fuite d'eau qui s'écoule dans le caniveau. On notera ici la symbolique du roman.

    A la Nouvelle-Orléans, Helen va découvrir le milieu des intellectuels bohèmes. Fox nous dépeins tout une galerie de personnages attachants et surtout les liens qui se tissent entre eux, dans ce roman de l'innocence, de l'amour et de l'amitié.

    Il y a Gérald, le poète, Claude, le riche homosexuel (menacé par la Black Hand - la mafia), Nina, la copine révoltée par la ségrégation des Noirs, la tante Lulu et évidemment Helen.

    Ce récit est relaté à la première personne. C'est toute la subjectivité d'Helen qui s'exprime. On notera les références littéraires abondantes: Benjamin Constant, Proust, Homère, Keats...

    Helen a toujours vécue dans l'innocence. après le départ de son père, sa mère et elle ont toujours vécu dans l'illusion. Or voila que le père décède loin de là et soudainement Helen quitte sa génitrice pour aller retrouver sa tante. Elle va donc à la Nouvelle-Orléans, dans le quartier français, sorte de Paris en moins sûr, avec toute l'innocence de ses 23 ans. Sa naïveté transparaît tout au long du roman, mais au bout du compte, elle s'adapte.

    La première partie du roman s'étend sur 11 chapitres. Le 12ème chapitre constitue à lui seul la deuxième partie, plus courte donc, et se déroule vingt ans plus tard, montrant qu'avec l'expérience, on n'échappe pas à la trahison.

    Paula Fox est donc une auteure intimiste et subtile dont je vous recommande la lecture.

    A bientôt !


    votre commentaire
  • Quand on dit "Ernest Hemingway", on pense aussitôt à Le vieil homme et la mer.

    Mais aujourd'hui, je vais plutôt vous parler d'un recueil de nouvelles : "Les neiges du Kilimandjaro" suivi de "Dix indiens" et autres nouvelles.

    Ce qui frappe dans ces textes, c'est la prédominance et la répétition de certaines thématiques. A n'en pas douter, l'auteur était un homme proche de la Nature. Ainsi plusieurs fois, il est question de parties de chasse ou de pêche, d'animaux sauvages : le lion, le buffle, le vautour.

    Ces thèmes sont le prétexte à explorer la nature profonde de l'homme et également les relations (difficiles) entre les hommes et les femmes, particulièrement dans la nouvelle "l'heure de gloire de Francis Macomber".

    Les textes d'Hemingway ont pour cadre l'Afrique, l'Amérique et aussi l'Espagne. Il prend d'ailleurs part à la Guerre Civile de 1936, faut -il le rappeler ?

    A signaler, un texte sous forme de dialogue entre les légionnaires qui ont crucifié Jésus, texte non dénué d'un certain humour ironique !

    Le style d'Hemingway est simple, fluide et efficace. Il campe bien les personnalités des personnages en peu de pages et reflète leurs classes sociales dans leurs façons de s'exprimer.

    Hemingway confirme là qu'il est un grand auteur. Il me tarde de lire Le vieil homme et la mer !


    votre commentaire
  • Ce week-end, j'ai fait un peu de rangement dans ma bibliothèque et j'ai mis la main sur de vieux ouvrages que j'ai lu il y a plus de 25 ans, lorsque j'étais gamin, en classe de CE2.

    Parmi ces trésors, il y avait Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll, L'étrange histoire de l'apprentie sorcière de Mary Norton et enfin Ali Baba et les 40 voleurs.

    Comme vous le voyez, il s'agit de l'ancienne édition du Livre de Poche Jeunesse. Une édition illustrée par André Dahan.

    Les mille et une nuits ont été traduites à la fin du XVIIème siècle par Antoine Galland.

    "De ses voyages en Perse, celui-ci rapporta des manuscrits arabes du XIVème siècle dont il traduisit les contes en les adaptant à l'esprit de son temps mais en respectant le merveilleux et l'humour inimitable" (Notice de mon édition).

    Galland publia Les mille et une nuits en plusieurs volumes à partir de 1704.

    On connaît le "Sésame ouvre-toi", formule célébrissime.  Ali Baba découvre en effet une grotte alors qu'il se promène avec ses ânes et surprend la bande des voleurs dont le chef prononce la formule.

    Si on connaît ces aspects du conte, peut-être d'autres sont-ils moins fameux ? Il y a le frère et la belle-sœur d'Ali Baba qui vont découvrir son secret.

    Sans vouloir trahir l'histoire, on peut révéler que les voleurs vont chercher à se venger de ceux qui ont mis la main sur leurs trésors.

    Il s'ensuit une série de péripéties où les voleurs vont mettre en danger la vie d'Ali Baba.

    Fort heureusement, celui-ci peut compter sur sa malicieuse servante dévouée qui va se faire un devoir de protéger son maître.

    Finalement tout finit bien !

    Une lecture que jeunes et moins jeunes apprécieront ! Dans la traduction de Galland, on retrouve l'esprit classique à travers certaines formules, certaines tournures et un vocabulaire spécifique du siècle de Louis XIV. Mais il serait trop long de s'engager dans cette étude ici !

    Voila ! Un petit détour par la Perse. Nous y retournerons bientôt lorsque je vous parlerais d'un roman de Kader Abdolah, auteur né en 1954 en Iran et exilé aux Pays-Bas.

    A bientôt !


    votre commentaire
  • La première fois que j'ai entendu parler de La Reine des lectrices, c'était lors d'une émission du week-end sur France-Culture (On y avait aussi parlé du livre de Philippe Vasset, Journal d'un marchand de canon).

    Le sujet - la lecture - m'avait dès lors un peu titillé.

    Or il se trouve que dans ma bibliothèque municipale, comme dans toutes les bibliothèques d'ailleurs - il y a un cahier de suggestions d'achats d'ouvrages. J'y inscrivais le titre de Bennett.

    Et bien depuis, ce livre ne cesse d'être emprunté et j'ai eu beaucoup de mal à l'avoir entre les mains. Il semble rencontrer beaucoup de succès.

    Mais finalement, j'ai "touché" l'objet et je vais vous donner mes impressions.

    La Reine d'Angleterre croise un jours à Buckingham Palace, alors qu'elle promène ses insupportables chiens, un bibliobus. Par politesse, elle emprunte un livre d'Ivy Compton- Burnett et rencontre aussi Norman, un jeune aide cuisinier du palais.

    Peu à peu, la lecture va l'absorber. Elle va faire de Norman son page et "conseiller littéraire" en quelque sorte. Ceci ne va évidemment pas plaire à son entourage. En effet, la Reine ne peut s'empêcher de poser des questions à tout ceux qui l'approchent sur leurs dernières lectures et leur avis sur la littérature.

    Son comportement change laissant croire à certains qu'elle devient sénile. Mais il n'en est rien. En vérité, tout un nouvel horizon s'ouvre à la noble vieille dame.

    A la fin de l'ouvrage, elle se rend compte que lire n'est pas l'action et dès lors annonce lors de son 80ième anniversaire qu'elle va se mettre à écrire.

    Bien entendu, il s'agit d'une fiction et aussi d'une comédie. Ce livre est assez agréable à parcourir avec son humour typiquement anglais mais toutefois j'ai été légèrement déçu qu'il n'y ait pas plus de références littéraires, de titres cités (ceci dit il y en a déjà un grand nombre !). La plupart des références font de plus partie de la littérature anglaise.

    Enfin, je suppose que pour avoir plus de références littéraires, mieux vaut consulter une histoire littéraire. Ici, le sujet est l'attitude de la Reine et son évolution mentale est d'ailleurs bien décrite.

    En résumé, une lecture que je vous recommande même si j'y met un petit bémol (l'attente était sans doute trop grande !).


    votre commentaire
  • J'avais beaucoup aimé la lecture de Dix petits Indiens, recueil de nouvelles de Sherman Alexie, que j'ai commenté ici même. C'est pourquoi, partant de cette bonne impression, j'ai voulu renouveler l'expérience et je me suis lancé dans un de ses romans, à savoir Flight.

    Flight signifie vol. Or, il est bien question d'un "vol", d'une expérience mystique.

    Spots est un ado d'origine indienne, vivant à Seattle, en 2007. Sa mère est morte jeune et son père les a abandonnés à sa naissance. Le garçon passe de familles d'accueil en familles d'accueil et a déja fait beaucoup de "conneries".

    En prison, il rencontre un autre  garçon qui se donne le surnom de Justice. il va avoir une mauvaise influence sur Spots et le pousser à faire un carnage à l'arme à feu dans une banque.

    Tandis que Spots s'écroule au sol, mortellement touché par un vigile, son âme s'envole dans le temps, et d'une façon qui rappelle un peu la série télé Code Quantum, il voyage de corps en corps, assiste à des moments clés de l'Histoire indienne.

    Au bout de ce voyage, il va faire une rencontre et va avoir une révélation, des réponses.

    Pour tout vous dire, le dénouement de ce roman, très bien ficelé, m'a époustouflé. Peut-être certains lecteurs trouveront cette fin, ce happy-end, un peu trop mièvre, mais bon ! On réalise à ce stade de lecture la progression de la psychologie de Spots et la leçon qu'il en a tiré : toute vie est sacrée.

    Voila, vous l'aurez compris, si je fais un billet sur ce livre, c'est que comme d'habitude, je vous en recommande la lecture et comme précédemment avec le roman de Paul Auster, Seul dans le noir, il est court, se lit bien et est donc à conseiller !


    1 commentaire
  • L'Egypte, ses pyramides, son panthéon, le Nil et ses crocodiles, a toujours suscité la fascination. Après tout, les pharaons ont régner pendant près de 3000 ans!

    J'aurais l'occasion un jour de parler des livres de Christian Jacq - je suis en train de lire La Pierre de Lumière - mais en attendant, je vais vous présenter cette fois-ci l’œuvre d'une autre égyptologue chevronnée, Pauline Gedge, dont il me semble qu'elle sort un nouveau livre en traduction française ce mois-ci.

    Voici donc Le Scorpion du Nil. Peut- on parler de roman féministe à son propos ? Je pense que oui car il raconte l'ascension fulgurante d'une jeune paysanne de la région d'Assouan.

    Thu est la fille d'un ancien guerrier libou, reconverti en paysan et d'une guérisseuse. Un jour la barque de Houi, le Voyant de la cour arrive au temple de Ouapoutou, la divinité locale et Thu décide de tenter sa chance. Elle réussit avec audace à se faire enrôlé par le Voyant qui a lu un avenir prestigieux pour elle.

    Dès lors, elle se rend avec lui à la cour de Pi-Ramsès et développe ses talents de médecin ainsi que ses capacités de séduction.

    Elle attire bien vite l'attention de Pharaon qui la fait entrer dans son harem. elle deviens une de ses favorites, non sans s'attirer des hostilités, et est bientôt anoblie : Dame Thu.

    Mais en réalité, dans l'ombre, certains espèrent qu'elle saura user de son influence et changer la politique du Taureau Puissant qui fait trop de concessions au culte d'Amon.

    Un roman plaisant dont l'intérêt réside surtout dans la description de la dynastie égyptienne (rites, habillement, politique). Je ne vous révèle évidemment pas le dénouement - à vrai dire il me reste aussi à le découvrir - mais je peux déjà vous en conseiller la lecture.

    A noter qu'il existe une suite à ce roman !


    votre commentaire
  • "Marina Lewycka est née à la fin de la guerre de parents ukrainiens dans un camp de réfugiés à Kiel en Allemagne, et à grandi en Angleterre. Elle est mariée, mère d'une fille aujourd'hui adulte et vit à sheffield, où elle enseigne à Hallam University. " Telle est la notice que fournit Une brève histoire du tracteur en Ukraine, qui est son premier roman.

    Ceux d'entre vous qui liront cet excellent roman verront que l'auteure partage bien des points communs biographiques avec Nadezhda, le personnage principal.

    Nadezhada - Nadia - et Véra sont les deux filles adultes de Nikolaî, un vieil Ukrainien de quatre-vingts quatre ans qui a rencontré Valentina, une ukrainienne dans la trentaine et qui n' a qu'un but ; jouir des plaisirs qu'offre la civilisation occidentale par rapport à son pays en proie au crime organisé.

    Valentina va donc s'arranger pour épouser Nikolai. elle va venir habiter chez lui - espèce de bimbo vulgaire - avec son fils Stanislas - petit génie supposé.
    Dès lors un combat commence pour les deux filles pour chasser l'intruse. Combat psychologique et bataille juridique avec le Home Office et l'immigration.

    Le récit oscille entre le comique, voire le loufoque, et le tragique. Parallèlement, Nikolai écrit "une brève histoire du tracteur en Ukraine" où il parle des progrès de la mécanisation agricole.

    Au bout du compte, cette histoire fort plaisante -dont, vous vous en doutez je vous recommande la lecture - est l'occasion de découvrir les secrets de famille de Nikolai et ses deux filles, notamment concernant un certain camp de prisonniers à Kiel...

    En vous souhaitant à tous de bonnes lectures!


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique