• Les intellectuels au Moyen Âge - Jacques Le Goff

    Je vais maintenant m'attarder sur l'essai de l'éminent historien médiéviste Jacques Le Goff, Les intellectuels au Moyen Âge, pour vous parler de la naissance des universités, de la scolastique, de l'aristotélisme et de l'Humanisme entre le XIIème et le XVème siècles ! C'est un ouvrage paru en 1957, richement illustré de représentations issues de manuscrits médiévaux et avec une abondante bibliographie de référence ainsi qu'une chronologie.

    Le Goff pose la naissance des intellectuels au XIIème siècle - bien avant l'Affaire Dreyfus donc ! Il nait en même temps que les villes. Ce siècle est une époque de croissance - inclue dans des cycles avec des progressions et des régressions (avant :les invasions barbares et la Chute de l'Empire Romain, après : la Peste de 1348 et la Guerre de Cent Ans).

    Auparavant, on était dans la Renaissance Carolingienne, renaissance pour une élite close censée fournir Les intellectuels au Moyen Âge - Jacques Le Goffadministrateurs et politiques. Les moines assuraient la transmission du savoir dans des scriptoria en recopiant des manuscrits. Mais ces livres sont alors encore considérés comme de la "vaisselle précieuse" et non comme des objets de savoir auxquels les moines ne s'intéressaient d'ailleurs que très secondairement. La Renaissance Carolingienne, de fait, thésaurise.

    La culture arabe va servir de "carrefour de circulation" des écrits grecs perdus. On redécouvre ainsi, par les traducteurs arabes, Aristote alors que jusque là, on ne considérait que Platon par le biais de Saint-Augustin, évêque d'Hippone (en Afrique du Nord) et manichéen converti au Christianisme au IVème siècle de notre ère. C'est l'époque du néo-platonisme avec notamment Plotin. Euclide, Ptolémée, Hippocrate, Galien ont suivi en Orient les chrétiens hérétiques - monophysites et nestoriens, ainsi que les Juifs persécutés par Byzance. Les traducteurs du XIIème siècle vont donc jouer un rôle crucial dans l'Histoire de la Pensée !

    Les premières universités vont naitre au XIIème siècle ! Bologne (en 1088), Paris (en 1150) et Oxford (en 1167) notamment. On y enseigne le trivium (grammaire, dialectique et rhétorique) puis le quadrivium (arithmétique, musique, géométrie et astronomie) dans les facultés des arts puis ce sont les facultés de médecine, droit et enfin théologie la plus prestigieuse ! L’Église règne sur ces universités et les enseignants sont des clercs, c'est à dire des religieux qui n'ont pas prononcé leurs vœux.

    Les étudiants sont regroupés en Nations (par pays) : France, Picardie, Normandie et Germanie à Paris par exemple. Il y a également des fraternités d'étudiants tels les Goliards, accusés de mener une vie de débauche ! Il n'est pas non plus rare que les étudiants "vagabondent" d'une université à l'autre, ce serait même plutôt la norme ! Enfin, pour les étudiants pauvres voire indigents, des Collèges sont crées tel celui de Robert de Sorbon qui deviendra la Sorbonne.

    Des querelles opposent assez souvent les universités, telle celle de Paris, aux autorités monarchiques et au Pape. Des compromis sont trouvés et ses statuts évoluent.

    L'enseignement pratiqué est celui de la scolastique qui consiste en lectio de textes, commentaires, quaestio, disputatio ou question disputée, questions quodlibétales et sommes.

    Les élèves notent les cours du maitre sur des feuillets - les pecias - qu'ils font ensuite regrouper par des artisans en livre. L'imprimerie, née en 1452, va changer la donne et diffuser peu à peu plus amplement le savoir et accessoirement la Réforme et l'Humanisme !

    Parmi les figures de maitres célèbres, il y a notamment Pierre Abélard - dont l'histoire tragique avec Héloïse a déjà fait l'objet d'un billet il y a longtemps sur ce blog du temps de biblio-drizzt !

    Dans les universités, se développe aussi une critique de la société. Et au XIIIème siècle, la position de l'intellectuel - du maitre - par rapport au travail se pose, de même que la question de la rémunération des cours. Une conception négative du travail héritée de l'Antiquité - lequel est la prérogative de l'esclave - va donner le principe de dérogation de la noblesse. Par la suite, le statut de l'intellectuel devient plus prestigieux et intéressant matériellement comme dans le cas de François Accurse qui accumule une véritable fortune et n'est d'ailleurs pas le seul.

    La scolastique va peu à peu se scléroser - sera la cible de Rabelais dans son Gargantua. L’aristotélisme de Saint Thomas d'Aquin notamment est attaqué à travers l'averroisme - qui est sa traduction par le philosophe arabe. Une certaine forme d'empirisme va naitre. La question de la Foi et de la Raison - qu'on tentait jusque là de concilier - et celle de la Raison et de l'Expérience se pose aussi de plus en plus et sous une nouvelle optique !

    La savant se détache de l'enseignant, l'Humanisme nait peu à peu et l'Humaniste (Erasme, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole...) se retire à la campagne pour "méditer" sur les classiques grecs encore exhumés depuis la prise de Constantinople par les Turcs. On s'achemine vers la Renaissance qui sera la floraison des Arts (d'abord en Italie) et la Révolution Scientifique - avec Copernic, Kepler et Galilée - jusque là freinée par la Religion.

    Voilà ! Il y aurait encore beaucoup à dire ! Je vous renvoie au livre de Le Goff ! Je m'en tiendrait là pour l'instant !

    A bientôt !

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