• L'esprit, ça ne marche pas comme ça - Jerry Fodor

    Dans le cadre de mon mémoire de Master M1 de Philosophie, je travaille sur le domaine ô combien ardu mais passionnant et fertile des sciences cognitives et de la philosophie de l'esprit. Je vais ici vous parler d'un livre de Jerry Fodor au titre amusant, L'esprit, ça ne marche pas comme ça.

    L'auteur y aborde ce que l'on appelle la Nouvelle Synthèse qui est dans le domaine précité, l'ensemble des Théories Computationnelles de l'Esprit (TCE). Peut-être vous êtes vous entendu dire enfant, si vous aviez de bons résultats à l'école ou si vous veniez de résoudre un problème de maths ardu que vous "fonctionniez comme un ordinateur" ?  C'est cela la TCE, comparer le fonctionnement de l'esprit humain à celui d'une machine, plus précisément d'une machine de Turing !

    Cette théorie pose que les processus mentaux sont en fait des calculs qui s'exercent sur des représentations syntaxiques. Ils ont la particularité d'être des phénomènes locaux et même modulaires ! L'esprit fonctionnerait par modules qui s'acquittent chacun d'une tâche précise (reconnaitre les triangles ou les carrés, additionner, détecter les menteurs, etc,..).

    En réalité, l'esprit ne fonctionne ni par calcul et n'est pas modulaire dans sa globalité. Nos théories scientifiques pensées par notre esprit présentent un certain nombre de caractéristiques (la simplicité, la centralité,...) qui ne vont pas bien avec des processus locaux, c'est le problème de l'abduction ou comment on restreint les hypothèses. Les représentations syntaxiques ne sont pas dépendantes du contexte ! Ainsi "Pierre aime Marie" ou "Jean aime Juliette" ont la même structure syntaxique mais des contextes différents. Comment dès lors l'esprit différencie-t'il ces contextes si ce n'est pas par des calculs locaux ? C'est le rôle de la pensée globale qui n'est donc pas modulaire !

    Noam Chomsky a balisé le terrain de ces représentations syntaxiques, à propos du langage, sur le terrain épistémique. Il pose, dans la lignée de Platon et des rationalistes depuis Descartes, qu'il existe des connaissances innées ! En effet, il observe qu'autrement, les nouveaux-nés, qui évoluent dans un environnement "pauvre en stimuli", ne pourraient faire autrement l'acquisition du langage sans ce matériel innée. C'est donc un nouveau nativisme à peu de frais !

    Et Darwin dans tout cela ? Si on pense les processus cognitifs comme des calculs, on est amené à envisager la modularité et si on croit en la modularité, alors l'adaptation évolutionnaire est invoquée. Nous aurions un bagage à la naissance qui nous permet de nous adapter "à tous les mondes" (et à interagir avec nos congénères qui partagent le même bagage) puis dans notre vie, on acquiert des connaissances empiriques et contingentes qui nous aident à interagir avec notre milieu local. Comme le monde précède l'esprit, on peut raisonnablement envisage que celui-là façonne celui-ci ! Cet argument en faveur de l'évolution tient en tout cas plus la route que ceux de la cohérence, de la téléologie (fonctions) ou de la complexité !

    C'est un domaine vraiment très intéressant comme vous pouvez le voir ici si j'ai bien fait mon boulot ! A la fin de son essai, Jerry Fodor confesse et dresse un constat qu'en un demi-siècle de sciences cognitives, on n'a pas beaucoup progressé et que notre ignorance reste abyssale !

    Ca m'intéresse d'autant plus qu'il y a 25 ans, j'ai obtenu une maitrise de neurosciences (mais c'est encore une autre approche !) et que j'envisage aussi de faire plus tard un cursus de psychologie ! Et comme vous le savez, je suis à fond pour la transdisciplinarité !

    A bientôt !

    « Le Paris des Merveilles - Tome 1 : Les Enchantements d'Ambremer - Pierre PevelGhost in the Shell - Rupert Sanders »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :